Explication suivie des quatre Évangiles/Chapitre 2

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Chapitre 1 Chaîne d’or sur l’évangile de saint Jean Chapitre 3


CHAPITRE II



Versets 1-4.



S. Chrysostome : (hom. 21 sur S. Jean.) Jésus est invité à ces noces, parce qu’il était très-connu dans la Galilée : « Et trois jours après il se fit des noces à Cana, en Galilée. »— ALCUIN. La Galilée est une province de la


Palestine, dans laquelle se trouve le bourg de Cana. — S. Chrysostome : (hom. précéd.) Le Sauveur est invité à ces noces, non pas comme un personnage considérable, mais simplement comme une connaissance ordinaire. C’est ce que semble indiquer l’Evangéliste en ajoutant : « Et la mère de Jésus y était, » c’est-à-dire qu’ils invitèrent le fils, parce qu’ils avaient invité la mère : « Et Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples. » En se rendant à cette invitation, il ne considère pas les intérêts de sa dignité, mais le bien qui peut en résulter pour nous ; il n’a pas dédaigné de prendre la forme d’esclave, il ne dédaigne pas davantage de se rendre aux noces de ses serviteurs. — S. AUG. (serm. 41 sur les par. du Seig.) Que l’homme rougisse donc de son orgueil, en voyant comment un Dieu pratique l’humilité. Entre autres raisons, le Fils de Dieu assiste à ces noces pour montrer que c’était lui qui, avant son incarnation et lorsqu’il était dans le sein de Dieu le Père, avait institué le mariage.




Bède : (hom pour le 1° dim. après l’Epiphan.) La démarche pleine de condescendance de Jésus, en assistant à ces noces, confirme la foi des chrétiens, et démontre combien est condamnable l’erreur de Tatien et de Marcion, qui déclarent le mariage illicite. Si le lit nuptial, orné de la pureté requise, et le mariage, contracté avec la chasteté voulue, étaient illicites, le Seigneur n’eût jamais voulu assister à ces noces. La chasteté est bonne, la continence des veuves est meilleure, la perfection virginale est bien supérieure ; Nôtre-Seigneur donc pour approuver le choix de ces divers états de vie, et discerner cependant le mérite de chacun, a daigné naître du sein immaculé de la Vierge Marie ; aussitôt sa naissance, il a voulu recevoir les bénédictions de la prophétesse Anne qui était veuve, et, dans sa jeunesse, il honore de la présence de sa haute vertu les noces auxquelles il est invité.




S. AUG. (Traité 8 sur S. Jean.) Qu’y a-t-il d’étonnant que le Fils de Dieu se soit rendu à ces noces, lui qui est venu dans le monde pour célébrer des noces toutes divines ? Il a, en effet, une épouse qu’il a rachetée de son sang, à laquelle il a donné l’Esprit saint pour gage, et qu’il s’est unie dans le sein de la Vierge Marie. Le Verbe est lui-même époux, et la nature humaine est sou épouse, et l’un et l’autre forment un seul Fils de Dieu, comme un seul Fils de l’homme. Le sein de la Vierge Marie a été le lit nuptial, d’où il s’avance comme un époux qui sort de sa chambre nuptiale.




Bède : Ces noces ont lieu trois jours après l’arrivée de Jésus en Galilée ; et cette circonstance n’est pas sans mystère. Le premier âge ou le premier jour du monde, avant la loi, a été éclairé par les exemples éclatants des patriarches ; le second sous la loi, par les oracles des prophètes ; le troisième sous la grâce, par les écrits des Evangélistes, et c’est dans ce troisième jour, que Nôtre-Seigneur a voulu naître dans une chair mortelle. Ces noces ont lieu à Cana, en Galilée, c’est-à-dire (d’après la signification de ces deux mots), dans le zèle de la transmigration, et cette circonstance apprend à ceux qui veulent se rendre dignes de la grâce de Jésus-Christ, qu’ils doivent être enflammés du zèle d’une religion véritable, et passer des vices à la pratique des vertus et des choses de la terre à l’amour des biens célestes. Pendant que le Seigneur prend part au repas des noces, le vin vient à manquer, et il le permet pour faire éclater, par la création d’un vin plus exquis, la gloire qui est comme cachée dans l’Homme-Dieu : « Et le vin, venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont plus de vin. »




S. Chrysostome : (hom. 21 sur S. Jean.) Il est important d’examiner d’où venait à la mère de Jésus, cette haute idée qu’elle avait de son Fils, alors qu’il n’avait encore fait aucun miracle, puisque l’Evangéliste fait plus loin cette remarque : « Ainsi Jésus fit à Cana, en Galilée, le premier de ses miracles, » etc. Nous répondons que sa gloire et sa puissance commençaient à se révéler par le témoignage de Jean, et par ce que Jésus lui-même avait dit à ses disciples. D’ailleurs, et bien auparavant, sa conception toute divine, et les prodiges qui entourèrent son berceau, avaient donné à Marie la plus haute idée de l’enfant dont elle était mère. Saint Luc confirme cette explication, lorsqu’il dit : « Et sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur. » Pourquoi donc Marie ne l’a-t-elle pressé plus tôt de faire des miracles ? C’est qu’il commençait seulement alors sa vie publique ; jusque-là sa vie extérieure avait été celle d’un homme ordinaire, et sa mère n’avait osé lui faire une demande semblable. Mais dès qu’elle eut appris le témoignage que Jean lui avait rendu, et qu’elle l’eut vu entouré déjà de disciples, elle lui fait cette prière avec confiance. — ALCUIN. Marie représente ici la synagogue qui presse Jésus-Christ de faire un miracle ; car les Juifs avaient coutume de faire de semblables demandes.




« Jésus lui répondit : Femme, qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ? » — S. AUG. (Traité précéd.) Il en est qui osent contredire l’Evangile, affirmer que Jésus n’est point né de la Vierge Marie, et ils cherchent à appuyer leur erreur sur ces paroles de Jésus à Marie. Comment, objectent-ils, regarder comme sa mère celle à qui Jésus ne craint pas de dire : « Qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ? » Mais quel est donc celui qui présente ces dernières paroles du Seigneur à notre foi ? c’est Jean l’Evangéliste ; mais n’est-ce pas lui aussi qui vient de nous dire : « Et la mère de Jésus était là ? » Pourquoi s’exprime-t-il de la sorte ? c’est que les deux choses sont vraies. Mais Jésus s’est-il donc rendu à ces noces pour enseigner aux enfants à mépriser leurs mères ? — S. Chrysostome : (hom. 21.) Voulez-vous savoir le respect profond que Jésus avait pour sa mère ? écoutez saint Luc qui vous dit que « le Sauveur était soumis à ses parents. » Tant que les parents, en effet, ne s’opposent pas à l’accomplissement de ce que Dieu demande de nous, c’est un devoir de leur être soumis. Mais quand leurs exigences sont inopportunes, et tendent à nous arracher à nos devoirs religieux, il n’est plus sûr de leur obéir.




S. AUG. (du symbole, 2, 5) Jésus, en tant qu’homme, était inférieur à Marie, et il lui était soumis ; mais en tant que Dieu, il était au-dessus de toutes les créatures. C’est donc pour bien distinguer entre l’homme et Dieu, qu’il dît à Marie : « Femme, qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ? » — S. Chrysostome : (hom. 21.) Le Sauveur fait encore cette réponse pour une autre raison, il ne veut pas que ses miracles soient l’objet du moindre soupçon. En effet, c’étaient à ceux qui manquaient du vin, et non à sa mère, de lui faire cette demande. Il veut donc montrer qu’il fait toutes ses actions en temps convenable, avec discernement et sans aucune confusion. C’est pour cela qu’il ajoute : « Mon heure n’est pas encore venue, » c’est-à-dire, je ne suis pas encore connu de ceux qui sont ici ; ils ne savent pas encore que le vin manque, laissez-les donc s’en apercevoir tout d’abord. Celui qui n’a pas éprouvé la nécessité d’un bienfait, n’en comprendra pas non plus l’importance.




S. AUG. (du symbole, 2, 5.) Ou bien encore, Nôtre-Seigneur répond de la sorte, parce qu’en tant qu’il était Dieu, il n’avait point de mère ; il en avait une en tant qu’homme, mais le miracle qu’il devait opérer était l’œuvre de la divinité, et non de la faible nature humaine. Cependant la mère de Jésus le pressait de faire ce miracle. Mais Jésus, alors qu’il allait accomplir les œuvres divines, semble méconnaître le sein où il a été conçu, et il dit à sa mère : « Femme, qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ? » paroles dont voici le sens : Vous n’avez pas engendré la puissance qui doit en moi opérer ce miracle, c’est-à-dire ma divinité. (Il l’appelle femme, pour désigner son sexe, et non pour l’assimiler aux femmes ordinaires.) Mais comme c’est vous qui avez engendré ce qu’il y a de faible en moi, je vous reconnaîtrai lorsque cette faible nature humaine sera suspendue à la croix. Voilà pourquoi il ajoute : « Mon heure n’est pas encore venue, » c’est-à-dire, je vous reconnaîtrai lorsque cette humanité, dont vous êtes la mère, sera attachée à la croix. C’est alors, en effet, qu’il recommande sa mère à son disciple, parce qu’il allait mourir avant elle, et qu’il devait ressusciter avant sa mort. Remarquez qu’à l’exemple des manichéens qui cherchent un appui à leurs pernicieuses erreurs dans ces paroles : « Qu’y a-t-il de commun entre vous et moi ? » les astrologues veulent autoriser leur système erroné sur ces autres paroles du Sauveur : « Mon heure n’est pas encore venue. » Vous voyez, disent-ils, que Jésus-Christ était assujetti au destin, puisqu’il déclare lui-même que son heure n’est pas encore venue. Qu’ils se rendent donc à ces paroles du Fils de Dieu, lorsqu’il dit : « J’ai le pouvoir de quitter la vie, et de la reprendre ensuite ; » qu’ils cherchent le véritable sens de ces paroles : « Mon heure n’est pas encore venue ; » qu’ils cessent d’asservir au destin le Créateur du ciel, car en supposant même l’influence des astres sur la destinée de l’homme, le Créateur des astres devait être nécessairement affranchi de cette influence. Ajoutez que non-seulement Jésus-Christ ne fut point soumis à cette destinée fatale, ni vous, ni un autre, ni aucun homme que ce soit. Que signifient donc ces paroles : « Mon heure n’est pas encore venue ? » C’est qu’il avait le pouvoir de mourir quand il le voudrait, et que le temps ne lui paraissait pas encore venu d’user de ce pouvoir. Il voulait auparavant appeler ses disciples autour de lui, annoncer le royaume des deux, opérer les prodiges et les miracles qui devaient faire reconnaître sa divinité, et aussi manifester son humilité en se soumettant à toutes les infirmités de notre nature mortelle. Lorsqu’il eut accompli suffisamment ces divers desseins, l’heure vint pour lui, non l’heure de la nécessité, mais celle de sa volonté, non l’heure imposée par la fatalité, mais déterminée par sa puissance.

Versets 5-12.



S. Chrysostome : (hom. 22 sur S. Jean.) Bien que Jésus vienne de dire à sa mère : « Mon heure n’est pas encore venue, » il se rend cependant à ses désirs, et démontre amplement par là qu’il n’était point soumis à l’heure. Car s’il était assujetti à une heure déterminée, comment se fait-il qu’il opère ce miracle avant que l’heure soit arrivée ? Un autre motif de cette conduite, c’est le témoignage d’honneur qu’il veut donner à sa mère, pour ne point paraître la contredire et la couvrir de honte devant tant de témoins ; car elle avait fait approcher les serviteurs, pour faire appuyer sa demande par un plus grand nombre de personnes : « Sa mère dit à ceux qui servaient, faites tout ce qu’il vous dira. » — Bède : Comme si elle leur disait : Il fera ce miracle, bien qu’il paraisse le refuser, car sa mère connaissait sa bonté et son âme compatissante : « Or, il y avait là six urnes de pierre, » etc. Ces urnes (en latin hydriae), étaient des vases destinés à contenir de l’eau, et leur nom vient du mot grec ΰδωρ, qui veut dire eau.




ALCUIN. Ces vases étaient destinés à contenir de l’eau pour servir aux purifications en usage chez les Juifs, qui, entre autres traditions pharisaïques, observaient celle de se purifier fréquemment.— S. Chrysostome : (hom. précéd.) Comme le sol de Palestine est très-aride, et qu’on y rencontre peu de fontaines et de puits, les Juifs remplissaient d’eau de grandes urnes, pour n’être pas obligés d’en aller chercher dans les fleuves, et pouvoir se purifier facilement s’ils venaient à tomber dans quelque impureté légale. L’Evangéliste ajoute : « Qui servaient aux purifications des Juifs, » pour ôter aux incrédules jusqu’à l’ombre du soupçon qu’il restait au fond de ces vases de la lie avec laquelle en jetant de l’eau dessus, on aurait fait un vin fort léger, et il montre aussi jusqu’à l’évidence, que ces vases n’avaient jamais contenu de vin.




S. AUG. (Traité 9 sur S. Jean.) Le mot metretas vient du grec μέτρον, et signifie des vases d’une certaine mesure, des urnes, des amphores ou autres vases semblables. — Bède : Ces expressions deux ou trois ne veulent pas dire que parmi ces vases, les uns contenaient deux mesures, les autres trois, mais que chacun d’eux pouvait contenir deux ou trois mesures.




« Jésus leur dit : Remplissez les urnes d’eau, et ils les remplirent jusqu’au bord. » — S. Chrysostome : (hom. précéd.) Mais pourquoi Jésus ne fit-il pas ce miracle avant que les urnes fussent remplies d’eau ? Le miracle eût été bien plus éclatant, s’il eût fait sortir une nouvelle substance du néant, au lieu de donner simplement de nouvelles propriétés à une substance déjà existante. Oui, en effet, ce miracle est d’un ordre supérieur, mais pour plusieurs il eût paru beaucoup moins digne de foi. Aussi voyons-nous souvent Nôtre-Seigneur affaiblir, pour ainsi dire, la grandeur de ses miracles, pour les rendre plus croyables. Ajoutons qu’il opère un grand nombre de miracles à l’aide de substances déjà existantes, pour détruire cette pernicieuse erreur que le Créateur du monde est distinct du vrai Dieu, car si ce prétendu créateur du monde lui était opposé, il ne ferait point servir les objets qu’il a créés à démontrer sa puissance divine. Ce n’est point Jésus lui-même qui puise dans les vases pour montrer que l’eau est changée en vin, c’est aux serviteurs qu’il donne l’ordre de puiser pour les rendre eux-mêmes témoins du miracle : « Et Jésus leur dit : Puisez maintenant et portez-en au maître d’hôtel. »




ALCUIN. Le mot triclinium veut dire une rangée de trois lits, du mot grec χλίνη, lit de repos sur lequel les-convives s’étendaient ; l’Architriclinus, ou président du festin, était le premier des convives qui, suivant l’usage antique, étaient étendus sur des lits. Il en est qui pensent que ce président du festin étaient un des prêtres juifs, qui pouvaient assister aux noces, pour apprendre comment on devait s’y conduire. — S. Chrysostome : (hom. 22.) On aurait pu objecter que les convives étaient dans l’ivresse et que leur goût était émoussé au point de ne plus pouvoir juger si c’était de l’eau ou du vin qu’on leur présentait. Ceux au contraire qui étaient chargés du service de la table, étaient à l’abri de tout soupçon et n’avait qu’un soin, celui de préparer tout avec ordre et intelligence. Aussi est-ce pour donner un témoin irrécusable du miracle qu’il venait d’opérer, que Nôtre-Seigneur dit aux serviteurs : « Portez-en au maître du festin, » parce que son palais n’était pas émoussé, et non pas : Servez ce vin aux convives.




S. HIL. (de la Trin., 3.) C’est de l’eau que l’on verse dans les urnes, et c’est du vin que l’on en retire avec les coupes ; ceux qui ont rempli ces urnes diffèrent de sentiment avec ceux qui viennent y puiser. Les premiers ne peuvent pas supposer qu’on puisse en retirer autre chose que de l’eau ; ceux au contraire qui puisent dans ces urnes croient qu’on les a remplies de vin : « Sitôt que le maître du festin eut goûté l’eau changée en vin, ne sachant d’où il venait (mais les serviteurs qui avaient puisé l’eau le savaient), il appela l’époux. » Ce ne fut pas un mélange, mais une création. L’eau pure disparut pour faire place à un vin généreux ; ce n’est point par le mélange d’une substance plus forte qu’on obtient une liqueur plus faible ; la première substance est complètement détruite, et fait place à une substance qui n’existait pas encore.




S. Chrysostome : Nôtre-Seigneur voulait que le caractère divin de ses miracles se révélât peu à peu ; aussi ne fait-il pas connaître lui-même ce qui vient d’arriver. Le maître du festin n’appelle pas non plus les serviteurs (car leur témoignage n’eût pas suffi pour faire admettre un miracle aussi étonnant de la part de celui que l’on regardait comme un homme ordinaire) ; il s’adresse à l’époux qui était beaucoup plus on mesure de voir et d’apprécier ce qui venait de se faire. Or, ce n’est pas un vin ordinaire, mais un vin excellent que Nôtre-Seigneur met à la place de l’eau : « Et il lui dit : Tout homme sert d’abord le bon vin, » etc. En effet, un des caractères des miracles de Jésus-Christ, c’est d’être beaucoup plus éclatants et aussi plus utiles que les choses qui sont le produit ordinaire de la nature. Les serviteurs furent témoins du changement de l’eau en vin, et le maître du festin aussi bien que l’époux, jugèrent eux-mêmes de l’excellence de ce vin. Il est probable que l’époux exprima sa reconnaissance en quelques paroles, mais l’Evangéliste n’en dit rien, il se contente de rapporter ce qui est nécessaire, c’est-à-dire, que Jésus a changé l’eau en vin, et il ajoute aussitôt : « Ainsi Jésus fit à Cana, en Galilée, le premier de ses miracles. » (hom. 23.) C’était le moment, en effet, d’opérer des miracles, puisqu’il était entouré de disciples parfaitement disposés et qui suivaient avec une grande attention toutes les actions du Sauveur, (hom. 21.) Prétendrait-on qu’il n’y a point de preuve suffisante que ce soit là le premier des miracles de Jésus, parce que l’Evangéliste ajoute : « A Cana, en Galilée, » ce qui permet de supposer qu’il en avait déjà fait ailleurs ? Nous répondrons en citant de nouveau les paroles de Jean-Baptiste : « C’est pour qu’il fût manifesté en Israël, que je suis venu baptiser dans l’eau. » (Jn 1, 31.) Si le Sauveur avait fait des miracles dans sa première enfance, les Israélites n’auraient pas eu besoin qu’on vînt le leur révéler. La multitude des miracles que fit Jésus dans un court espace de temps, lui donnèrent une si grande célébrité, que son nom était connu dans toute la Judée. Mais sa réputation eût été mille fois plus grande s’il avait commencé à faire des miracles dès ses premières années, car des miracles faits par un enfant eussent paru plus surprenants et ils auraient eu beaucoup plus de temps pour se répandre. Mais il convenait qu’il ne fit point de miracles dès son enfance, car on eût refusé de croire à son incarnation, et la jalousie extrême de ses ennemis les aurait portés à le crucifier avant le temps qu’il avait marqué.




S. AUG. (Traité 9 sur S. Jean.) Ce miracle par lequel Nôtre-Seigneur a changé l’eau en vin, n’a rien d’étonnant pour ceux qui savent que c’est Dieu qui agit lui-même. Il opère aux noces de Cana, dans les urnes pleines d’eau, ce qu’il fait tous les ans dans les ceps de nos vignes, nous n’admirons pas cette dernière transformation, parce qu’elle s’accomplit chaque année sous nos yeux ; Dieu s’est donc réservé de nouveaux prodiges pour réveiller les hommes de leur assoupissement, et leur rappeler l’adoration qu’ils lui doivent, voilà pourquoi l’Evangéliste ajoute : « Et il manifesta sa gloire. » — ALCUIN. C’est qu’en effet, il est le roi de gloire qui change les éléments aveu une puissance souveraine. — S. Chrysostome : (hom. 23.) Voilà ce qu’il a fait, de son côté du moins, pour manifester sa gloire. Si ce miracle fut alors inconnu d’un grand nombre, tout l’univers devait dans la suite l’entendre raconter.

« Et ses disciples crurent en lui. » Ils devaient, en effet, croire avec plus de facilité, et examiner avec plus d’attention les faits dont ils étaient témoins. — S. AUG. (de l’acc. des Evang., 2, 17.) Mais si leur foi en Jésus-Christ ne date que de ce miracle, ils n’étaient donc pas encore ses disciples, lorsqu’ils se rendirent à ces noces ? Il faut donc voir ici une manière de parler semblable à celle que nous employons, lorsque nous disons que l’apôtre saint Paul est né à Tarse, en Cilicie, car il est évident qu’il n’était pas Apôtre au moment de sa naissance. De même lorsque nous lisons dans l’Evangile, que les disciples de Jésus-Christ furent invités à ces noces, nous devons entendre qu’ils n’étaient pas encore ses disciples, mais qu’ils devaient le devenir plus tard.




S. AUG. (Traité 9 sur S. Jean.) Considérez maintenant les mystères qui sont renfermés dans ce miracle du Seigneur ; toutes les prédictions qui avaient Jésus-Christ pour objet devaient recevoir en lui leur accomplissement. C’était de l’eau qu’il avait sous les yeux, et il a changé cette eau en vin lorsqu’il ouvrit l’intelligence de ses Apôtres et qu’il leur expliqua les Ecritures. (Lc 24) C’est ainsi qu’il donne de la saveur à ce qui était insipide, et une force enivrante à ce qui n’en avait aucune. — Bède : Au moment où le Seigneur se manifesta dans le mystère de son incarnation, la saveur généreuse du vin de la loi perdait insensiblement de sa force première par suite de l’interprétation toute charnelle des pharisiens. — S. AUG. (Traité précéd.) S’il avait fait répandre l’eau qui était dans les urnes pour la remplacer par un vin qu’il aurait tiré des trésors cachés de la création, il aurait paru condamner les livres de l’Ancien Testament. Mais au contraire, il change cette eau en vin, et nous démontre ainsi qu’il est l’auteur de l’Ancien Testament, car c’est par son ordre que les urnes ont été remplies d’eau. Mais cette eau reste sans saveur si la foi n’y découvre pas le Christ. Nous savons que les livres de la loi comprennent tout le temps qui s’est écoulé depuis le commencement du monde, que ce temps se partage en six époques, et que nous sommes dans la sixième de ces époques. La première se compte d’Adam jusqu’à Noé ; la seconde, de Noé à Abraham ; la troisième, d’Abraham à David ; la quatrième de David jusqu’à la captivité de Babylone ; la cinquième de la captivité de Babylone jusqu’à Jean-Baptiste ; la sixième, de Jean-Baptiste à la fin du monde. Les six urnes sont donc la figure des six âges du monde pendant lesquels la prophétie n’a pas fait défaut. Les urnes pleines représentent les prophéties accomplies. Mais que signifie cette circonstance qu’elles contenaient deux ou trois mesures ? Si l’Evangéliste n’avait dit que trois mesures, notre esprit, sans chercher ailleurs, s’arrêterait au mystère de la Trinité. Mais de ce qu’il s’est exprimé autrement, en disant : « Deux ou trois, » ce n’est pas une raison pour abandonner cette interprétation, car là où le Père et le Fils sont nommés, on doit y joindre aussi l’Esprit saint, qui est la charité mutuelle du Père et du Fils. Voici une autre explication qu’on peut encore donner. Les deux mesures peuvent représenter les deux peuples, Juifs et Grecs, et les trois mesures, les trois enfants de Noé.




ALCUIN. Les serviteurs sont les docteurs du Nouveau Testament, chargés d’expliquer aux simples fidèles le sens spirituel des Ecritures. Le président du festin, c’est tout homme versé dans la science de la loi, comme Nicodème, Gamaliel, Saul. L’eau changée en vin que l’on présente au maître du festin, c’est la doctrine de l’Evangile qui leur est confiée et qui était comme cachée sous la lettre de la loi. Nous voyons à ce festin nuptial trois espèces différentes de convives, parce que l’Église se compose de trois ordres de fidèles ; les personnes mariées, les vierges et les docteurs. Nôtre-Seigneur Jésus-Christ a gardé le bon vin pour la fin, parce qu’il a réservé l’Evangile pour le sixième âge du monde.




Versets 12-13.



S. Chrysostome : (hom. 23 sur S. Jean.) Le Seigneur, peu de temps avant d’aller à Jérusalem, se rend à Capharnaüm, pour ne pas conduire partout avec lui ses frères et sa mère : « Après cela, il descendit à Capharnaüm avec sa mère, ses frères et ses disciples, et ils n’y demeurèrent que peu de jours. » — S. AUG. (Traité 10 sur S. Jean.) Tel est le Seigneur notre Dieu, le Verbe de Dieu, le Verbe fait chair, le Fils du Père, le Fils de Dieu, et en même temps le Fils de l’homme. Il est le Très-Haut, et par-là même notre Créateur, il s’est fait humble pour nous régénérer ; il vit au milieu des hommes, il se soumet aux infirmités de leur nature, et voile ainsi ses attributs divins. Il a une mère, il a des frères, il a des disciples. Il a des frères, par la même raison qu’il a une mère. Or, l’Ecriture a coutume de donner le nom de frères, non-seulement à ceux qui ont un même père ou une même mère, mais encore à ceux qui sont nés au même degré de deux frères ou de deux sœurs. Quelle était donc la parenté de ces frères avec le Seigneur ? car il est certain que Marie n’eût pas d’autres enfants, puisque c’est à elle que remonte l’honneur de la virginité. Abraham était oncle de Loth (Gn 12), et Jacob avait également pour oncle Laban le Syrien (Gn 13), et cependant l’Ecriture leur donne à tous le nom de frères. — ALCUIN. Les frères du Seigneur sont donc les cousins de Marie et de Joseph, et non pas leurs fils, car non-seulement la bienheureuse Vierge, mais encore Joseph, le témoin de sa chasteté, demeurèrent toujours étrangers à tout rapport conjugal.




S. AUG. (de l’acc. des Evang., 2, 17.) L’Evangéliste ajoute : « Et ses disciples. » Veut-il entendre par là Pierre et André, et les fils de Zébédée ? c’est ce qu’il est difficile de dire. En effet, d’après saint Matthieu, Nôtre-Seigneur est venu d’abord à Capharnaüm, où il a fixé son séjour ; et ce n’est qu’après qu’il aurait appelé à sa suite ces deux disciples, occupés alors à la pèche. Saint Matthieu a-t-il donc simplement récapitulé ce qu’il avait omis, comme le ferait supposer l’absence dans son récit de désignation précise de temps : « En se promenant sur le bord de la mer de Galilée, il vit deux frères ? » Ou bien les disciples dont il parle sont-ils différents de Pierre et d’André, et des fils de Zébédée ? Ces deux explications ont chacune leur probabilité. On sait, en effet, que les saints Evangiles et les épîtres des Apôtres donnent le nom de disciples, non-seulement aux douze Apôtres, mais à tous ceux qui croyaient en Jésus-Christ et que le divin Maître instruisait des mystères du royaume des cieux. Comment encore saint Jean a-t-il pu dire que Jésus se rendit en Galilée avant que Jean-Baptiste eût été mis en prison, tandis que nous lisons dans saint Matthieu et dans saint Marc : « Jésus, ayant appris que Jean avait été jeté en prison, il se retira en Galilée ? » Saint Luc lui-même ne dit rien de l’emprisonnement de Jean, et comme les deux premiers Evangélistes, il place le voyage de Jésus en Galilée après son baptême et sa tentation. Nous répondons que les trois premiers Evangélistes ne sont pas en opposition avec saint Jean, mais qu’ils ont tout simplement passé sous silence le premier voyage du Sauveur en Galilée, voyage qui suivit immédiatement son baptême, et où il changea l’eau en vin. — EUSEBE. (Hist. éccles., 23, 24.) Lorsque Jean l’Evangéliste eut pris connaissance des trois premiers évangiles, il confirma par son témoignage l’authenticité de la doctrine et la véracité des faits qu’ils contenaient, mais il y découvrit quelques lacunes, surtout pour les premiers temps de la prédication du Sauveur. Il paraît certain, en effet, que les trois premiers évangiles ne contiennent que les faits qui se sont passés l’année où Jean-Baptiste a été jeté dans les fers et mis à mort. C’est pour cela que saint Jean fut prié de transmettre par écrit les événements de la vie du Sauveur qui avaient précédé l’emprisonnement de Jean-Baptiste, et un examen attentif découvrira que les Evangiles ne se contredisent pas, mais que saint Jean et les trois premiers Evangélistes racontent des faits qui se sont passés dans des temps différents. — S. Chrysostome : Nôtre-Seigneur ne fit alors aucun miracle à Capharnaüm, parce que les habitants étaient fort mal disposés à son égard, et profondément corrompus. Cependant il se rend dans cette ville et s’y arrête quelque temps, par considération pour sa mère.




Bède : Cependant ils n’y restèrent pas longtemps à cause de la fête de Pâques qui approchait, « Or, la pâque des Juifs était proche. » — ORIG. (Traité 10 sur S. Jean.) Mais pourquoi l’Evangéliste ajoute-t-il : « Des Juifs, » puisqu’aucun autre peuple ne célébrait cette fête ? C’est peut-être qu’il y avait une pâque toute humaine, que les hommes célébraient en dehors de la volonté et de l’institution de Dieu, et une pâque véritable et divine qui se célébrait en esprit et en vérité, et c’est pour distinguer cette seconde pâque de la première, qu’il ajoute : « Des Juifs. »




« Et Jésus monta à Jérusalem. » D’après le récit évangélique, Jésus se rendit deux fois à Jérusalem, une première fois, la première année de sa vie publique, avant que Jean-Baptiste eût été jeté en prison, et une seconde fois l’année de sa passion. Nôtre-Seigneur nous apprend ici par son exemple la soumission parfaite que nous devons aux commandements de Dieu. Si le Fils de Dieu a voulu accomplir les préceptes de la loi dont il était l’auteur, en célébrant les fêtes légales comme les autres hommes, avec quel soin et quelle exactitude ses serviteurs doivent-ils célébrer les saintes solennités, et s’y préparer par la pratique des bonnes œuvres ?




ORIG. Dans le sens allégorique, c’est après la préparation des noces à Cana, en Galilée, que Jésus, avec sa mère, ses frères et ses disciples, descend à Capharnaüm, dont le nom signifie le champ de la consolation. Après avoir donné le vin généreux qui augmente la force et l’ardeur, il était convenable que le Sauveur vint avec sa mère et ses disciples dans le champ de la consolation pour consoler et fortifier par l’espérance des fruits à venir, et par la perspective des champs nombreux et fertiles ceux qui embrassaient sa doctrine, et aussi l’âme de celle qui l’avait conçu du Saint-Esprit. Ceux qui portent des fruits de salut voient descendre vers eux Nôtre-Seigneur, avec les ministres de la parole sainte et ses disciples, et le Seigneur vient les fortifier en présence de sa sainte mère, et souvent même par son intercession. Ceux qui ont été conduits à Capharnaüm, ne supportent pas longtemps la présence de Jésus, parce que le champ de la consolation terrestre ne peut supporter l’éclat d’un grand nombre de vérités, et peut à peine en recevoir quelques-unes. — alcuin. Ou bien encore, Capharnaüm signifie la campagne très-belle, et figure le monde dans lequel le Verbe de Dieu a voulu descendre.




Bède : Nôtre-Seigneur n’y resta que peu de jours, parce qu’en effet, il a passé peu de temps sur la terre au milieu des hommes. — ORIG. (Traité 11 sur S. Jean.) Jérusalem, c’est la cité du grand roi, comme l’atteste le Sauveur lui-même ; (Mt 5, 35) et aucun de ceux-qui restent sur la terre ne peut monter ni entrer dans cette ville. Mais toute âme qui s’élève à la perfection de sa nature, et arrive à comprendre les vérités spirituelles, mérite d’habiter cette ville dans laquelle nous voyons Jésus seul entrer. Ses disciples y sont présents eux-mêmes plus tard, lorsqu’ils se rappellent ces paroles : « Le zèle de votre maison me dévore, » mais c’est Jésus qui monte encore dans la personne de chacun de ses disciples.

Versets 13-17.



Bède : Aussitôt son arrivée à Jérusalem, Nôtre-Seigneur se rend immédiatement au temple pour prier, et nous donne ainsi l’exemple, quelque part que nous allions, de nous rendre aussitôt dans la maison du Seigneur pour lui offrir nos prières : « Et il trouva, dit l’Evangéliste, des hommes qui vendaient des bœufs, des brebis et des colombes. » —S. AUG. (Traité 10 sur S. Jean.) Ces sacrifices que Dieu avait imposés à ce peuple étaient en rapport avec ses inclinations charnelles, et avaient pour but de le détourner du culte des idoles ; ils immolaient donc des bœufs, des brebis et des colombes.




Bède : Mais comme ceux qui venaient de loin ne pouvaient porter avec eux les victimes qu’ils devaient immoler, ils en apportaient le prix. C’est ce qui donna lieu à l’usage établi par les scribes et les pharisiens de vendre les animaux destinés aux sacrifices ; les pèlerins achetaient ces animaux et les offraient à Dieu, et les scribes et les pharisiens les revendaient à d’autres après qu’ils avaient été offerts, et augmentaient ainsi leurs bénéfices. Des changeurs se tenaient à leurs comptoirs pour faciliter les transactions entre les acheteurs et les vendeurs, c’est pour cela que l’Evangéliste ajoute : « Et les changeurs assis à leurs tables. » Le Seigneur ne veut pas souffrir dans sa maison le moindre trafic terrestre, n’eut-il rien que de légitime, et il chasse dehors, sans distinction, tous les trafiquants. — S. AUG. Il flagelle le premier ceux qui devaient un jour le flageller : « Et ayant fait comme un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, » etc. — THEOPHYL. Il jette dehors non-seulement les acheteurs et les vendeurs, mais tout ce qui leur appartenait : « Les brebis, les bœufs, et il jeta par terre l’argent des changeurs, et renversa leurs tables, » c’est-à-dire les comptoirs qui contenaient leur argent.




ORIG. Examinons sérieusement cette action qui peut nous paraître excessive, puisque nous y voyons le Fils de Dieu se faire un fouet avec des cordes pour chasser ces vendeurs hors du temple. A toutes les difficultés qu’on pourrait objecter, nous aurons toujours pour réponse la puissance divine de Jésus, qui pouvait, lorsqu’il le voulait, réprimer la fureur de ses ennemis, malgré leur nombre, et apaiser l’agitation tumultueuse de leurs esprits ; « car le Seigneur dissipe les desseins des nations, il rend vaines les pensées des peuples, et il renverse les conseils des princes. » (Ps 32, 10.) Ce fait ne le cède en rien aux miracles les plus éclatants de la vie du Sauveur, on peut même assurer qu’il y déploie une puissance plus grande que lorsqu’il changea l’eau en vin ; car dans ce dernier miracle, il agit sur une matière inanimée, tandis que dans le premier, c’est sur des milliers d’hommes qu’il exerce sa domination.




S. AUG. (de l’acc. des Evang., 2, 67.) Il est évident que le fait dont il s’agit s’est répété deux fois, saint Jean raconte ici le premier, et les trois autres Evangélistes le second. — ORIG. D’après saint Jean, le Sauveur ne chassa que les vendeurs, tandis que saint Matthieu y joint les acheteurs. Or, le nombre des acheteurs était beaucoup plus considérable que celui des vendeurs, et il fallait pour les chasser hors du temple, une puissance supérieure à celle du fils d’un charpentier, comme on l’appelait ; aussi était-ce par un effet de la puissance divine, qu’il commanda, comme nous l’avons dit, à toute cette multitude.




Bède : Nous voyons ici clairement les deux natures en Jésus-Christ, la nature humaine, parce qu’il est accompagné de sa mère ; et la nature divine, parce qu’il se déclare le vrai Fils de Dieu. En effet, écoutons la suite : « Et il dit à ceux qui vendaient des colombes : Emportez cela d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » — S. Chrysostome : (hom. 22 sur S. Jean.) Il appelle Dieu son Père, et ils ne s’irritent point contre lui, parce qu’ils prennent cette appellation dans le sens le moins rigoureux. Mais lorsque plus tard, il s’exprimera plus clairement, de manière à leur faire comprendre qu’il est égal et consubstantiel à son Père, ils donneront un libre cours à leur fureur. Saint Matthieu ajoute qu’en les chassant, il disait : « Cessez de faire de cette maison une caverne de voleurs. » Il parlait ainsi aux approches de sa passion, et son langage était plus sévère. Au contraire, le fait raconté par saint Jean avait lieu au début de sa vie publique et pleine de miracles ; aussi ses expressions sont moins dures, et ses reproches plus modérés.




S. AUG. (Traité 10 sur S. Jean.) Ce temple n’était encore qu’un temple figuratif, et le Seigneur en chasse tous ceux qui venaient y faire le trafic. Et qu’y vendaient-ils ? Les victimes nécessaires aux sacrifices alors en usage. Qu’aurait fait Jésus-Christ s’il y avait trouvé des hommes plongés dans l’ivresse ? Si la maison de Dieu ne doit pas être une maison de commerce, doit-on en faire une maison de buveurs ?




S. Chrysostome : (hom. précéd.) Mais pourquoi Nôtre-Seigneur manifeste-t-il un si grand courroux ? Il devait opérer des guérisons le jour du sabbat, et faire un grand nombre d’œuvres qui paraissaient aux Juifs une véritable transgression de la loi de Dieu. C’est donc pour leur prouver qu’il n’est point en opposition avec Dieu, qu’il chasse, au péril de sa vie, les marchands hors du temple, et il donne à comprendre que celui qui s’expose ainsi au danger pour défendre l’honneur de la maison, ne peut être accusé de mépriser le maître de la maison ; aussi pour montrer la parfaite harmonie qui règne entre Dieu et lui, il ne dit pas : La maison sainte, mais : « La maison de mon Père. » C’est pour la même raison que l’Evangéliste ajoute : « Ses disciples se ressouvinrent alors qu’il est écrit : Le zèle de votre maison me dévore. » — Bède : En effet, les disciples, témoins de ce zèle si ardent, se ressouvinrent que c’était le zèle pour la maison de son Père, qui lui faisait chasser les impies hors du temple. — ALCUIN. Le zèle, pris en bonne part, est une certaine ardeur de l’âme qui l’enflamme du désir de défendre la vérité en méprisant toute crainte des hommes. — S. AUG. Celui qui est dévoré du zèle de la maison de Dieu s’efforce d’en bannir tout ce qui pourrait la déshonorer, et si cela lui est impossible, il gémit en souffrant un mal qu’il ne peut empêcher ; vous prenez soin qu’aucune action mauvaise ne se fasse dans votre maison, devez-vous donc la souffrir, si vous pouvez l’empêcher dans la maison de Dieu, où le salut éternel vous est annoncé ? Est-ce votre ami qui lui manque de respect ? avertissez-le avec douceur ; est-ce votre épouse ? mettez un frein sévère à sa légèreté ; est-ce votre servante ? employez même les châtiments extérieurs pour la maintenir ; en un mot, faites tout ce que vous pouvez, eu égard à la position que vous occupez.




ALCUIN. Dans le sens allégorique, Dieu entre tous les jours dans sa maison pour y considérer la manière dont chacun s’y conduit. Gardons-nous donc de nous laisser aller dans l’Église de Dieu à des futilités, à des rires, à des haines, à des désirs passionnés, si nous ne voulons qu’il ne vienne à l’improviste nous chasser à coups de fouet hors de sa maison. — ORIG. Il peut arriver, en effet, que même un habitant de Jérusalem tombe dans cette faute, et que les plus intelligents comme les plus instruits s’écartent du droit chemin, et s’ils ne reviennent au plutôt de leurs erreurs, ils perdent la force et la pénétration de leur esprit. Jésus trouve donc quelquefois dans le temple (c’est-à-dire, au milieu des fonctions saintes et dans l’exercice de la prédication de la parole divine), des hommes qui font de la maison de son Père une maison de commerce. Ils mettent en vente les bœufs qu’ils auraient dû réserver pour la charrue et empêcher de retourner en arrière pour les rendre propres au royaume de Dieu. Il en est aussi qui préfèrent les richesses d’iniquité aux brebis qui auraient pu suffire à leur entretien et à leur ornement. Il en est enfin qui dédaignent la simplicité et l’innocence, et leur préfèrent l’amertume du cœur et les emportements de la colère, et pour un vil motif d’intérêt, ils sacrifient la fidélité de ceux qui sont figurés par les colombes. Lorsque le Sauveur trouve ces hommes dans la maison sainte, il fait un fouet avec des cordes et les chasse dehors avec leurs brebis ; il jette à terre leur argent, renverse les comptoirs dressés dans l’âme des avares, et défend de vendre désormais des colombes dans la maison de Dieu. Ce fait renferme encore, si je ne me trompe, un enseignement mystérieux et caché. Jésus veut nous faire comprendre que les sacrifices que Dieu exigeait des prêtres ne devaient plus être conformes aux sacrifices extérieurs de la loi, et que la loi elle-même ne serait plus observée comme le voulaient les Juifs encore charnels. En chassant les bœufs et les brebis, en commandant d’emporter les colombes, qui étaient les victimes ordinaires des Juifs ; en renversant les tables couvertes de cette monnaie matérielle qui était la figure indirecte de la loi divine, c’est-à-dire, de ce qui était honnête et licite, à ne consulter que la lettre de l’Ecriture ; enfin en prenant un fouet pour chasser le peuple du temple, Nôtre-Seigneur nous apprenait que tout ce qui faisait partie de l’ancienne loi devait être détruit et dispersé, et que le royaume ou le sacerdoce des Juifs devait être transféré à ceux qui, parmi les nations, ont embrassé la foi.




S. AUG. Ou bien encore, ces vendeurs dans l’Église sont ceux qui cherchent leurs intérêts, et non les intérêts de Jésus-Christ. (Ph 2) Tout est vénal chez eux parce qu’ils veulent être payés de tout. Pourquoi Simon voulait-il acheter l’Esprit saint ? Parce qu’il voulait le vendre. Il était du nombre de ceux qui vendent les colombes, car c’est sous la forme d’une colombe que l’Esprit saint a voulu apparaître, cette colombe ne se vend pas, elle se donne gratuitement, parce qu’elle s’appelle grâce. — Bède : Ceux-là donc vendent les colombes, qui ne donnent pas gratuitement, comme Dieu l’ordonne, la grâce de l’Esprit saint, mais qui la vendent à prix d’argent ; ou bien si ce n’est point à prix d’argent, c’est pour un vain désir de popularité qu’ils accordent l’imposition des mains qui appelle le Saint-Esprit dans les âmes, et ils confèrent les saints ordres, non d’après le mérite de la vie, mais en sacrifiant à la faveur ou à la complaisance. — S. AUG. Les bœufs représentent les Apôtres et les prophètes, par le moyen desquels Dieu nous a transmis les saintes Ecritures. Ceux donc qui se servent des Ecritures pour tromper la multitude, afin d’en recevoir des honneurs, vendent les bœufs, les brebis, c’est-à-dire, les peuples eux-mêmes ; et à qui les vendent-ils ? au démon, car tout ce qui est détaché de l’Église qui est une, est emporté par le démon qui, comme un lion rugissant, tourne autour de nous, cherchant quelqu’un à dévorer. (1 P 5, 8.) — Bède : Ou bien, les brebis sont les œuvres d’innocence et de piété. Vendre les brebis, c’est donc pratiquer la piété en vue des louanges des hommes ; les changeurs d’argent dans le temple sont ceux qui se livrent publiquement dans l’Église aux intérêts de la terre. On fait encore de la maison du Seigneur une maison de commerce, non-seulement quand on confère les saints ordres pour recevoir en échange de l’argent, des louanges, des honneurs, mais encore quand on exerce le ministère tout spirituel qu’on tient de Dieu, avec une intention qui n’est pas droite, et en vue d’une récompense toute humaine.




S. AUG. L’action de Nôtre-Seigneur, faisant un fouet avec des cordes pour chasser les vendeurs hors du temple, renferme un sens mystérieux et caché. Tout homme qui ne cesse d’ajouter de nouveaux péchés à ceux qu’il a commis, se fait comme une corde de ses iniquités. Lors donc que les hommes souffrent parce qu’ils sont coupables, qu’ils reconnaissent que Dieu se fait comme un fouet avec des cordes, et les avertit de changer de conduite, sinon ils entendront à la fin de leur vie cette parole terrible : « Liez-lui les mains et les pieds. » (Mt 22) — Bède : Après avoir fait un fouet avec des cordes, il chasse les vendeurs hors du temple, c’est-à-dire, qu’il exclut du sort et de l’héritage des saints ceux qui se trouvant mêlés parmi les saints pratiquent la vertu par hypocrisie ou commettent ouvertement le mal. Il chasse également les brebis et les bœufs pour montrer que leur vie comme leur doctrine sont également dignes de condamnation. Il jette à terre l’argent des changeurs, et renverse leurs tables, parce que les réprouvés à la fin du monde se verront enlever jusqu’à la figure de ce qu’ils avaient aimé. Il commande de faire disparaître du temple la vente des colombes, pour nous apprendre que la grâce de l’Esprit saint que nous recevons gratuitement, doit aussi être donnée gratuitement.




ORIG. Le temple peut encore être considéré comme la figure de l’âme attentive à son salut, parce que la parole de Dieu habite en elle, et qui avant d’avoir reçu les divins enseignements de Jésus-Christ, servait d’habitation aux passions terrestres et aux instincts des animaux sans raison. Le bœuf qui sert à la culture des champs, est le symbole des passions de la terre, la brebis, le plus stupide des animaux, est la figure des mouvements contraires à la raison ; la colombe est l’image des âmes légères et inconstantes, et les pièces d’argent, la figure de ceux qui portent l’apparence de la vertu, et que Jésus-Christ chasse par sa divine doctrine en défendant que la maison de son Père soit plus longtemps une place publique.




Versets 18-22.



THEOPHYL. Les Juifs voyant Jésus agir avec une si grande puissance, et dire hautement : « Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de trafic, » lui demandent un miracle. « Les Juifs prenant la parole, lui dirent : Par quel miracle nous prouvez-vous que tous avez le droit de faire ces choses ? » — S. Chrysostome : (hom. 22.) Etait-il donc besoin d’un miracle pour lui donner le droit de mettre fin à des actions coupables ? Le zèle ardent qu’il faisait paraître pour la maison de Dieu, n’était-il pas une preuve éclatante de sa puissance ? Ils se souvenaient bien de la prédiction du prophète, mais ils ne laissent pas de lui demander un miracle, parce qu’ils sont mécontents de le voir entraver le honteux trafic auquel ils se livraient dans le temple et qu’ils veulent l’empêcher d’exercer cette puissance. Ils ont la prétention de le déterminer ou à faire un miracle, ou à revenir sur la défense qu’il leur a faite. Aussi Nôtre-Seigneur ne leur accorde pas le miracle qu’il demande. Il leur répond comme il fera plus tard à ceux qui venaient lui demander un prodige dans le ciel : « Cette génération coupable et adultère demande un signe, et il ne lui sera donné d’autre signe que celui du prophète Jonas. » (Mt 12) C’est la même réponse de part et d’autre, mais dans cette dernière circonstance, le Sauveur s’exprime plus clairement, tandis qu’ici sa réponse a quelque chose de plus obscur. Sans nul doute il eut accédé à leur demande, lui qui multipliait les miracles avant même qu’on le lui demandât, s’il n’avait remarqué tout ce que leur âme renfermait de fourberie : « Il leur dit donc : Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. » — Bède : Ils demandent à Nôtre-Seigneur un signe qui établit le droit qu’il se donnait de défendre dans le temple le trafic qui s’y faisait ordinairement ; et il leur répond que ce temple était la figure de son corps dans lequel on ne pourrait trouver la moindre tache du péché. Voici donc le sens de ses paroles : de même que je purifie ce temple inanimé du trafic coupable et des crimes dont vous le souillez, ainsi je ressusciterai après trois jours, lorsque tous l’aurez détruit de vos propres mains, ce temple de mon corps, dont ce temple matériel est la figure.




THEOPHYL. Ces paroles : « Détruisez ce temple » ne sont pas toutefois une provocation à l’homicide, mais une preuve que leurs desseins criminels ne lui sont pas inconnus. Or, que les ariens écoutent cette parole du Seigneur qui vient détruire l’empire de la mort : « Je le relèverai par ma propre puissance. » — S. AUG. (Traité 10 sur S. Jean.) C’est aussi Dieu le père qui l’a ressuscité, comme il le lui demande dans le livre des Psaumes : « Ressuscitez-moi, et je le leur rendrai. » (Ps 40, 10.) Mais que fait le Père sans le Verbe ? De même donc que le Père ressuscite le Fils, le Fils aussi se ressuscite lui-même, car le Fils a dit : « Mon père et moi nous ne sommes qu’un. » (Jn 10) — S. Chrysostome : (hom. 22.) Mais pourquoi leur donne-t-il de préférence le signe de sa résurrection ? Parce que ce miracle était celui de tous qui prouvait invinciblement qu’il n’était pas seulement un homme, qu’il pouvait triompher de la mort, et détruire d’un seul coup l’empire tyrannique qu’elle exerçait depuis si longtemps.




ORIG. (Traité 12 sur S. Jean.) Ces deux choses, le corps de Jésus et le temple, me paraissent être la figure de l’Église qui est construite de pierres vivantes pour former une maison spirituelle, un sacerdoce saint ; et aussi conformément à ces autres paroles : « Vous êtes le corps de Jésus-Christ et les membres les uns des autres. » (1 Co 12, 27.) Cet édifice de pierre semble renversé, et les os du Christ semblent dispersés par le vent des adversités et des tribulations, mais il sera rétabli et ressuscitera le troisième jour qui doit répandre ses clartés sur un nouveau ciel et sur une nouvelle terre. De même que le corps sensible de Jésus-Christ a été crucifié et enseveli avant de ressusciter, ainsi le corps mystique du Sauveur composé de tous les saints a été crucifié avec lui. Aucun d’eux, en effet, qui se glorifie en autre chose qu’en la croix de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, par laquelle il est crucifié pour le monde. (Ga 6, 14.) Aucun d’eux également qui ne soit enseveli avec Jésus-Christ, et ne ressuscite avec lui, parce qu’il marche dans une sainte nouveauté de vie (Rm 6) ; mais aucun d’eux cependant n’a encore eu part à la bienheureuse résurrection. Aussi n’est-il point écrit : Je le rétablirai le troisième jour, mais : « dans trois jours, » pour marquer que la restauration de ce temple s’accomplira pendant toute la durée de ces trois jours. THEOPHYL. — Les Juifs qui s’imaginaient qu’il parlait du temple matériel, se moquaient de lui. « Les Juifs répartirent : On a mis quarante-six ans à bâtir ce temple, et vous le rebâtirez en trois jours ? »




ALCUIN. Remarquez que les Juifs ne veulent point parler ici de la première construction du temple par Salomon, et qui dura sept ans, mais de sa reconstruction par Zorobabel, qui se prolongea pendant quarante-six ans au milieu des obstacles sans nombre que les ennemis ne cessaient d’y apporter. (Esd 1, 4.) — ORIG. Il en est qui prétendent qu’on peut compter ces quarante-six ans du jour où David consulta le prophète Nathan sur la construction du temple, s’occupant dès lors d’amasser les matériaux nécessaires. Ne serait-il pas même possible que ce nombre quarante appliqué au temple soit la figure des quatre éléments du monde, et le nombre six le symbole du sixième jour où l’homme fut créé ? — S. AUG. (de la Trinité, chap. 5.) On peut dire encore que ce nombre exprime convenablement la perfection du corps du Seigneur. En effet, six fois quarante-six font deux cent soixante-seize, c’est-à-dire neuf mois et six jours. Or, c’est justement le temps que le corps de Jésus se développa dans le sein de sa mère jusqu’au jour de sa naissance, comme nous pouvons le conclure delà tradition de nos ancêtres, tradition que l’Église a revêtue de son autorité. C’est en effet, le huitième jour des calendes d’avril, c’est-à-dire le vingt-cinq mars, que l’on croit que Jésus fut conçu et souffrit la mort, et c’est le huitième jour des calendes de janvier, c’est-à-dire le vingt-cinq décembre, qu’il est né. Depuis le jour de sa conception jusqu’à celui de sa naissance, on compte donc deux cent soixante-seize jours que l’on obtient par le nombre quarante-six multiplié par six. — S. AUG. (Liv. des 88 quest., quest. 6.) Tels sont, dît-on, les phénomènes progressifs de la conception de l’homme ; pendant les six premiers jours son corps, a l’apparence du lait ; durant les neuf jours suivants ce lait se change en sang ; ce sang se coagule pendant les douze jours qui suivent ; puis les organes se forment et les contours des membres se dessinent pendant dix-huit autres jours, et le corps continue à se développer le reste du temps jusqu’à l’époque de l’enfantement. Or, les nombres six, neuf, douze, dix-huit additionnés ensemble, font quarante-cinq ; et en ajoutant un, quarante-six. Si on multiplie quarante-six par le nombre six qui se trouve en tête de cette addition, on obtient deux cent soixante-seize, c’est-à-dire neuf mois et six jours. Ce n’est donc point sans raison qu’on a mis quarante-six ans à construire le temple qui était la figure du corps du Sauveur, mais pour que les années de sa construction fussent le symbole et l’image des jours pendant lesquels le corps du Seigneur atteignit sa perfection.




S. AUG. (Traité 10 sur S. Jean.) Ou bien encore, Notre Seigneur a reçu son corps d’Adam, mais sans en prendre le péché. Il a donc reçu de lui le temple de son corps, mais non l’iniquité qui doit être bannie de ce temple. Si vous prenez les quatre mots grecs άνατολή, orient ; δύσις, l’occident ; άρχρτς, le septentrion ; μεσημξρία, le midi ; et que vous réunissiez les quatre premières lettres de ces mots, vous avez le nom d’Adam. Aussi le Seigneur nous déclare qu’il rassemblera ses élus des quatre vents, lorsqu’il viendra juger les hommes. Les lettres qui servent à former le nom d’Adam, correspondent en grec au nombre quarante-six qui est le nombre d’années qu’a duré la construction du temple. Ce nom, en effet, est composé de α, c’est-à-dire un ; de δ, quatre ; de α, c’est-à-dire un ; de y, quarante ; ce qui fait en tout quarante-six. Mais les Juifs, esclaves des inclinations de la chair, ne pouvaient goûter que les choses charnelles, et ne comprenaient pas le langage spirituel du Sauveur. Aussi l’Evangéliste nous explique de quel temple il voulait parler : « Mais Jésus voulait parler du temple de son corps. »




THEOPHYL. Apollinaire nous oppose ce texte pour prouver que la chair de Jésus-Christ était inanimée, parce que le temple auquel il la compare était lui-même inanimé. Dites donc alors que la chair de Jésus était un composé de pierres et de bois, puisque tels sont les éléments qui entrent dans la construction du temple. Vous prétendez que ces paroles : « Mon âme est troublée, » etc. (Jn 12) « J’ai le pouvoir de donner mon âme, » etc. (Jn 10) ne doivent point s’entendre d’une âme raisonnable ; dans quel sens prendrez-vous donc ces paroles : « Seigneur, je remets mon âme entre vos mains ? » (Lc 23) Car vous ne pouvez pas davantage l’entendre d’une âme raisonnable, pas plus que ces autres paroles : « Vous ne laisserez pas mon âme dans l’enfer. » (Ps 15) — ORIG. Le corps du Seigneur est ici appelé le temple de Dieu, parce que de même que le temple de Dieu était rempli de la gloire de Dieu qui l’habitait, ainsi le corps de Jésus-Christ qui représente l’Église contient le Fils unique, qui est l’image substantielle de la gloire de Dieu.




S. Chrysostome : (hom. 22 sur S. Jean.) Deux choses s’opposaient à ce que les disciples comprissent parfaitement le sens de ces paroles : la première, c’était le fait même de la résurrection ; la seconde, c’est que Dieu lui-même habitait le temple de son corps, ce que le Seigneur avait exprimé en termes mystérieux et cachés, en disant : « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. » Aussi ajoute-t-il : « Lors donc qu’il fut ressuscité d’entre les morts, ses disciples se ressouvinrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à l’Ecriture et à la parole qu’avait dite Jésus. » — ALCUIN. Avant la résurrection, ils ne comprenaient pas les Ecritures, parce qu’ils n’avaient pas encore reçu l’Esprit saint, et « l’Esprit saint n’avait pas encore été donné, parce que Jésus n’était pas encore glorifié. » (Jn 7) Mais le jour de sa résurrection, Notre-Seigneur apparut à ses disciples, et leur ouvrit l’intelligence pour comprendre ce que la loi et les prophètes avaient prédit de lui. (Lc 24) « Et ils crurent alors à l’Ecriture, » (c’est-à-dire aux prophètes qui avaient prédit qu’il ressusciterait le troisième jour), et à la parole que Jésus leur avait dite : « Détruisez ce temple, » etc.




ORIG. Dans le sens analogique, nous parviendrons au complément de la foi, au jour de la grande résurrection du corps entier de Jésus, c’est-à-dire de son Église ; car la foi qui voit Dieu tel qu’il est, est bien différente de celle qui ne le voit que comme dans un miroir et sous des images obscures.




Versets 23-25.



Bède : L’Evangéliste vient de raconter ce qu’avait fait le Sauveur en arrivant à Jérusalem, il fait connaître maintenant la conduite qui fut tenue à son égard pendant son séjour à Jérusalem : « Lorsque Jésus était à Jérusalem, » etc. — ORIG. Il nous faut examiner comment la vue des miracles dont ils furent témoins en détermina un grand nombre à croire en lui ; car nous ne lisons pas qu’il ait fait aucun miracle à Jérusalem, à moins qu’il n’en ait fait sans que l’Evangile les ait rapportés. C’est à vous de voir si l’on ne doit pas mettre au nombre des miracles l’action de Jésus faisant un fouet avec des cordes, et chassant les marchands hors du temple.




S. Chrysostome : (hom. 22.) Les disciples qui s’étaient attachés à Jésus-Christ, non pour ses miracles, mais pour sa doctrine, avaient été les mieux inspirés. En effet, les esprits vulgaires sont attirés par l’éclat des miracles, tandis que les âmes plus élevées sont beaucoup plus sensibles à la vérité des prophéties ou de la doctrine. Aussi l’Evangéliste ajoute : « Mais Jésus ne se fiait pas à eux. » — S. AUG. (Traité 11) Que signifient ces paroles ? « Ils croyaient au nom de Jésus, et Jésus ne se fiait pas à eux ? » Est-ce qu’ils ne croyaient pas en réalité, et que leur foi n’était qu’apparente ? Mais alors l’Evangéliste n’aurait pas dit aussi expressément : « Beaucoup crurent en son nom. » Chose extraordinaire et merveilleuse ! Les hommes croient en Jésus-Christ, et Jésus-Christ ne se fie pas aux hommes. C’est surtout parce qu’il est le Fils de Dieu ; s’il a souffert, c’est parce que telle était sa volonté, et s’il ne l’avait pas voulu, il n’eût jamais souffert. Or, tels sont tous les catéchumènes. Si nous demandons à un catéchumène : Croyez-vous en Jésus-Christ ? il répond : je crois, et fait sur lui le signe de la croix. Si nous lui faisons cette question : Mangez-vous la chair du Fils de l’homme ? Il ne sait ce que nous lui disons, parce que Jésus ne s’est pas encore confié à lui. — ORIG. On peut dire encore que Jésus ne se fie pas à ceux qui croient en son nom, mais qui ne croient pas encore en lui ; car ceux-là seuls croient en lui qui suivent la voie étroite qui conduite la vie. (Mt 7) Ceux dont la foi ne repose que sur les miracles ne croient pas en lui, mais en son nom.




S. Chrysostome : (hom. 22.) Ou bien encore, l’Evangéliste s’exprime de la sorte, parce que Jésus ne se fiait pas à eux, comme il se fie à des disciples parfaits, il ne leur confiait pas encore tous ses dogmes, comme ù des fidèles fortement affermis dans la foi ; car il ne s’arrêtait pas aux paroles qui sortent de la bouche, il pénétrait jusqu’au fond des cœurs, et savait parfaitement le moment favorable pour ses divines communications. C’est pour cela que l’auteur sacré ajoute : « Parce qu’il les connaissait tous, et qu’il n’avait pas besoin que personne lui rendit témoignage d’aucun homme, car il savait lui-même ce qu’il y avait dans l’homme. » En effet, il n’appartient qu’à Dieu, qui seul a formé les cœurs des hommes, de connaître ce qu’ils renferment de plus intime. Il n’avait donc nul besoin de témoignages étrangers pour lui apprendre les pensées secrètes des cœurs qu’il avait créés.




S. AUG. (Traité 11.) Ce divin ouvrier connaissait mieux ce qui était dans son œuvre, que l’œuvre ne pouvait le connaître elle-même. Ainsi Pierre sentait bien ce qui se passait au fond de son cœur, lorsqu’il disait à Jésus : « Je vous suivrai jusqu’à la mort, » (Jn 13) mais Nôtre-Seigneur savait bien mieux ce qui était dans l’homme, lorsqu’il lui répondait : « Avant que le coq chante, vous me renierez trois fois. » — Bède : Avertissement salutaire de ne jamais nous reposer entièrement sur le témoignage de notre conscience, mais d’être toujours dans une craintive sollicitude ; car ce qui demeure caché pour nous, ne saurait échapper aux yeux du Juge éternel.