Concours des animaux reproducteurs de la race bovine du Mezenc, tenu à Fay-le-Froid, le 4 septembre 1878

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


CONCOURS
DES ANIMAUX REPRODUCTEURS

DE LA RACE BOVINE DU MEZENC
TENU À FAY-LE-FROID LE 4 SEPTEMBRE 1878


RAPPORT de M. Nicolas, directeur de la Ferme-école.


Le concours annuel de Fay, destiné principalement à l’exhibition de la race bovine du Mezenc, s’est tenu mercredi dernier 4 courant.

Les sujets, exposés en aussi grand nombre au moins que les années précédentes, étaient de premier choix, et les connaisseurs se sont plus à noter, à expliquer à l’assistance les qualités de cette belle race indigène, qui, depuis plusieurs années, tend à se perfectionner.

Le Comice agricole, cette section importante de la nouvelle Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire, tenait mercredi ses deuxièmes assises ; ses débuts sont de plus en plus heureux ; il comprend que les populations ont confiance en lui ; il en a eu la preuve dans l’accueil que la ville de Fay a fait à ses membres ; s’il avait eu besoin d’encouragements, si sa foi dans l’avanir agricole de notre pays avait eu besoin d’être ranimée, les sympathies qui l’ont entouré à Fay auraient fortifié ses espérances et doublé son ardeur.

Lorsque le jury des primes a procédé à l’examen des sujets, les éleveurs n’ont cessé de prêter une oreille attentive aux observations techniques qui leur étaient adressées chemin faisant. Le jury a compris que le but des concours serait manqué si les éleveurs n’y trouvaient pas une occasion de se renseigner, de rectifier leurs procédés, de s’élever de la routine inconsciente qui préside d’ordinaire aux opérations de l’élevage et de l’agriculture en général, à la notion des principes scientifiques et des méthodes raisonnées, qui, seuls, peuvent garantir aux efforts de notre brave population rurale un succès durable, et, sans lesquels, on le sait trop souvent, les résultats obtenus sont sans lendemain.

Nous avons vu sur la place où se tenait le concours tous les membres dirigeants du Comice, entre autres M. Émile Mauras, maire de Saint-Julien, président-fondateur ; M. Couderchet, l’éleveur si connu et tant de fois couronné ; M. Chorand, l’habile agronome de Talobre, etc… Ces messieurs étaient assistés de M. Nicolas, directeur de la ferme-école de Nolhac ; de M. Médard, vétérinaire breveté de l’arrondissement du Puy ; Vérot-Monnier, propriétaire à Allentin, commune de Vergezac ; M. Gimbert, agriculteur et éleveur distingué de Vals ; M. Giraud, boucher, etc.

Aux membres du Comice, s’étaient joints plusieurs membres de la Société des amis des sciences, M. le docteur Morel, vice-président de la Société, qui avait bien voulu s’associer à l’œuvre éminemment utile du Comice, en remplacement du président, le digne M. Aymard que l’état de sa santé avait malheureusement retenu au Puy ; MM. Alix, père, trésorier de la Société et du Comice ; Florian André, président du tribunal civil à Yssingeaux ; Alex André, conseiller de préfecture à Dijon ; Besse ; Blanc-Marthory ; Boyer, avoué ; Léon Mauras, conseiller général, Moullade, pharmacien, etc., etc. Si nous omettons d’autres assistants, que le lecteur veuille nous excuser, nous citons de souvenir.

Enfin signalons la présence de M. le préfet Assiot, accompagné de notre secrétaire général, M. Brousse, qui ont témoigné le plus vif intérêt aux opérations du Comice, après lui avoir donné une précieuse marque de sympathie, en s’exposant aux fatigues du voyage.

À cinq heures et demie, les prix ont été proclamés ; voici la liste des lauréats :

taureaux de 1 à 2 ans.
1. Prix.  
Arcis Régis, de Borée (Ardèche).
2.  —   
Michel Régis, de Chamard, commune des Estables.
3.  —   
Rochette Étienne, du Béage (Ardèche).
4.  —   
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles.
5.  —   
Jouve Pierre, des Vastres.
6.  —   
Roméas Louis, de Chaudeyrolles.
taureaux de 2 à 3 ans.
1. Prix.  
Chanal Régis, de Chaudeyrolles.
2.  —   
Michel Pierre, des Estables.
3.  —   
Descours Alexandre, des Estables.
4.  —   
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles.
génisses âgées de 1 à 2 ans.
1. Prix.  
Michel Régis, des Estables.
2.  —   
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles.
3.  —   
Rochette Étienne, du Béage.
4.  —   
Descours Alexandre, des Estables.
5.  —   
Roméas Louis, de Chaudeyrolles.
6.  —   
Jacquet Claude, de Fay-le-Froid.
7.  —   
André Pierre, de Fay-le-Froid.
8.  —   
Ruelle Pierre, de Troubat.
génisses âgées de 2 à 3 ans.
1. Prix.  
Michel Régis, des Estables.
2.  —   
Cuoq Claude, de Saint-Front.
3.  —   
Descours Alexandre, des Estables.
4.  —   
Devidal Pierre, de Chaudeyrolles.
5.  —   
Jouve Jean-Pierre, des Vastres.
6.  —   
Guillot Samuel, d’Ugon.
7.  —   
Flandin Joseph, de Fay-le-Froid.
8.  —   
Giraud Régis, de Chaudeyrolles.
vaches de tout âge.
1. Prix.  
Michel Régis, des Estables.
2.  —   
Eyraud Louis, des Estables.
3.  —   
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles.
4.  —   
Descours Alexandre, des Estables.
5.  —   
Rochette Étienne, du Béage.
6.  —   
Bonnefoy Pierre, de Chanteloube.
7.  —   
Devidal Joseph, de Saint-Clément.
8.  —   
Sanial Jean-Baptiste, du Mezenc.
9.  —   
Chambon Baptiste, de Montusclat.
bœufs de travail.
1. Prix.  
Michel Régis, des Estables.
2.  —   
Rochette Étienne, du Béage.
3.  —   
Cortial Augustin, de Saint-Front.
4.  —   
Clauzier, d’Olefin[sic].
prix de bandes.
1. Prix.  
Michel Régis, des Estables.
2.  —   
Descours Alex.         —
3.  —   
Eyraud Louis.           —
4.  —   
Rochette Étienne, du Béage.
5.  —   
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles.
6.  —   
Chanal Régis.           —


La distribution des récompenses a été suivie de réjouissances publiques, organisées par M. Julien, le sympathique maire de Fay ; une foule nombreuse se pressait sur la place, groupée autour de la municipalité, pour assister aux jeux variés qui avaient été préparés : tourniquet, course au sac, ascension du mât de cocagne, etc.

Après les jeux, un banquet a réuni les membres du Comice et de la Société des amis, M. le Préfet, M. le Secrétaire général, et plusieurs autres invités, parmi lesquels nous devons signaler les principaux lauréats du concours. La plus franche cordialité n’a cessé de régner entre les convives, qui se sont séparés en emportant un excellent souvenir les uns des autres.

Au dessert, M. Morel, en sa qualité de vice-président de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire, a prononcé l’allocution suivante qui a été écoutée avec un vif intérêt, et fréquemment interrompue par les applaudissements les plus sympathiques :


« Messieurs,

« C’est comme vice-président de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire, que je vous demande la permission de prendre la parole.

« Je suis heureux et fier de me trouver au milieu de vous ; c’est la première fois qu’il m’est donné d’assister à pareille fête ; j’ose espérer que ce ne sera pas la dernière ; quoiqu’il en soit, habitants du canton de Fay, soyez bien certains que le souvenir de votre loyal accueil ne s’effacera jamais de ma mémoire, et que mon cœur sera toujours avec vous.

« Appelé à remplacer ici M. Aymard, l’honorable président de notre Société, je voudrais avoir sa voix si autorisée pour pouvoir, tout en reconnaissant hautement les qualités précieuses de votre race bovine du Mezenc, vous dire en termes techniques ce qui vous reste encore à faire, Messieurs les éleveurs, pour la perfectionner et la faire monter au premier rang parmi les races classées.

« D’ailleurs, ce qu’il y a à faire, vous le savez tous, aussi bien, sinon mieux que nous ; vous savez que, pour permettre le développement rapide et superbe des animaux, il ne suffit pas de posséder de riches pâturages, mais qu’il est nécessaire encore d’observer, dans la construction des étables, les règles de l’hygiène ; vous n’êtes plus étrangers, nous avons pu nous en assurer, aux principes de la sélection, dont l’application patiente corrige les défauts, et perpétue, en les accroissant, les qualités.

« Que notre premier toast soit donc aux éleveurs du Mezenc et au perfectionnement complet de leur race bovine, de cette race, qui, pour la première fois, osant affronter les luttes lointaines, vient de figurer d’une manière remarquable au grand concours de notre glorieuse exposition universelle.

« Je vous propose, en second lieu, messieurs, de porter avec moi la santé de M. Aymard, du digne président, qui est l’âme de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire. Que ce témoignage public d’estime et d’affection le dédommage un peu du chagrin qu’il a éprouvé de ne pouvoir nous suivre ! Soyez bien convaincus que son cœur est avec nous et qu’il tressaille de joie à la pensée que nous sommes réunis dans un banquet fraternel, en l’honneur des éleveurs de nos montagnes, pour proclamer les mérites supérieurs de la race bovine du Mezenc, l’une des variétés qui ont eu pour ancêtre commun le bos primigenius.

« À la prospérité du Comice agricole, de ce comice qui vient de faire ici et d’une manière aussi brillante ses premières armes ; à la santé de son président M. Émile Mauras, l’intelligent, le dévoué maire de Saint-Julien-Chapteuil ; à la santé de ses deux vice-présidents, MM. Couderchet et Chorand, qui, aujourd’hui, nous ont montré d’une manière aussi éclatante, comment une sage pratique doit toujours soutenir et éclairer la science.

« Nos bien sincères remerciements à la municipalité de Fay, pour son sympathique accueil.

« En terminant, permettez-moi, messieurs, de porter encore un toast qui, j’en suis bien convaincu, sera chaleureusement accueilli par vous tous ; c’est un toast au premier magistrat de notre département, à M. le Préfet, qui, malgré ses travaux si nombreux, a bien voulu nous suivre et témoigner ainsi de tout l’intérêt qu’il prend à notre pays, à sa fortune, à sa prospérité ; à la santé de M. Assiot, du magistrat intimement convaincu que, sous le gouvernement de la République, la France marche vers le progrès, sous l’égide de la liberté ! »

Au sortir du banquet, l’assistance s’est rendue sur la place publique, brillamment éclairée par des lanternes vénitiennes aux mille couleurs. Toute la population se pressait pour jouir du coup d’œil. Enfin on a eu le plaisir d’assister à un feu d’artifice, des plus pittoresques, tiré du haut du Mont Tardif, et favorisé exceptionnellement par un ciel calme et serein.

Aucun incident n’est venu troubler cette fête locale dont les assistants garderont longtemps le souvenir.