Correspondance 1812-1876, 4/1862/DXVIII

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DXVIII

À SON ALTESSE LE PRINCE NAPOLÉON (JÉRÔME),
À PARIS


Nohant, 26 juillet 1862.


Mon cher prince,

J’arrive des bords de la Creuse, et j’apprends l’heureux événement ; j’en suis enchantée, vous le savez d’avance.

La princesse est une brave mère de nourrir son enfant ! Vous, il faut en faire un homme, un vrai homme, de cet enfant-là. Vous serez un tendre père, j’en suis sûre, parce que vous avez été un bon fils ; mais occupez-vous vous-même de son éducation, et elle sera ce qu’elle doit être pour un homme de l’avenir et non du passé.

Vos amis comptent là-dessus et se réjouissent. Je ne peux pas vous dire combien je pense à vous et combien je rêve de votre fils, vous êtes content, cette fois ? Dites-moi oui, et donnez-lui un baiser pour moi, au nom du bon Dieu, le roi des rois, avec qui je ne suis pas trop mal.

Il n’est pas encore question d’un bonheur comme ça chez nous. J’attends l’espérance avec impatience. Mes enfants sont chez mon mari à Nérac. Il a été gravement malade ; il est hors d’affaire, et mes enfants vont me revenir.

Je vous aime de tout mon cœur, toujours.

GEORGE SAND.