Correspondance 1812-1876, 5/1867/DCXLII

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DCXLII

À GUSTAVE FLAUBERT, À PARIS


Nohant, 6 août 1867.


Quand je vois le mal que mon vieux se donne pour faire un roman, ça me décourage de ma facilité, et je me dis que je fais de la littérature savetée. J’ai fini Cadio ; il est depuis longtemps dans les pattes de Buloz. Je fais une autre machine[1], mais je n’y vois pas encore bien clair ; que faire sans soleil et sans chaleur ? C’est à présent que je devrais être à Paris, revoir l’Exposition à mon aise, et promener ta mère avec toi ; mais il faut bien travailler, puisque je n’ai plus que ça pour vivre. Et puis les enfants ! cette Aurore est une merveille. Il faut bien la voir, je ne la verrai peut-être pas longtemps, je ne me crois pas destinée à faire de bien vieux os : faut se dépêcher d’aimer !

Oui, tu as raison, c’est là ce qui me soutient. Cette crise d’hypocrisie amasse une rude réplique et on ne perd rien pour attendre. Au contraire, on gagne. Tu verras ça, toi qui es un vieux encore tout jeune. Tu as l’âge de mon fils. Vous rirez ensemble quand vous verrez dégringoler ce tas d’ordures.

Il ne faut pas être Normand, il faut venir nous voir plusieurs jours, tu feras des heureux ; et, moi, ça me remettra du sang dans les veines et de la joie dans le cœur.

Aime toujours ton vieux troubadour et parle-lui de Paris ; quelques mots quand tu as le temps.

Fais un canevas pour Nohant à quatre ou cinq personnages, nous te le jouerons.

On t’embrasse et on t’appelle.

  1. Mademoiselle Merquem