Correspondance 1812-1876, 6/1871/DCCXCIII

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 96-97).


DCCXCIII

À M. EDMOND PLAUCHUT, À PARIS


Nohant, 6 mars 1871.


Enfin, les journaux disent qu’il ne se produit pas de malheurs nouveaux à Paris, malgré l’agitation malsaine des uns et la trop légitime douleur des autres. Voilà les Prussiens partis, l’impression générale en province, c’est qu’ils ont fait un four complet, et qu’encore une fois le bon esprit et le fin esprit de Paris, eût prévalu. Toi qui vois le détail de près, tu n’es peut-être pas tout à fait content ; nous qui voyons l’ensemble, nous sommes encore une fois fiers de vous. — Non, mon enfant la France n’est pas perdue et Paris est toujours l’âme du monde. Il a ses jours de fièvre, de délire ou de marasme ; est-ce possible autrement, après de telles aventures, des drames sinistres, des épouvantes, des fautes, des misères qu’il a si courageusement subies ? — En ce moment, les idéologues sans savoir et sans principes vrais, font plus de bruit qu’ils ne sont gros. C’est un grand malheur pour les idéologistes qui comprennent le présent et l’avenir, d’avoir une pareille guerre à leur suite. Mais le jour se fera. Patience ! encore des heures de danger et de crise, et on s’entendra sur les points où il est possible de s’entendre. La France est plus sage et plus patriote que vous ne pensez, vous verrez cela peu à peu. — La forme du gouvernement futur sera très républicaine, et fasse le ciel qu’elle conserve le titre de république, c’est la seule qui puisse honorer notre malheur politique.

Tu dois être éreinté, mon pauvre enfant. Qu’il nous tarde de te voir ! nous t’embrassons du meilleur de nos cœurs. Quand viens-tu ? Il faut vraiment que tu te détendes de toutes ces émotions et que tu retrouves l’espérance dans un milieu plus calme. Nous avons besoin de te voir, nous ; un peu de joie nous est bien permise après tant d’angoisses.