Correspondance 1812-1876, 6/1873/DCCCXC

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 277-278).


DCCCXC

À MADAME LEBARBIER DE TINAN[1]


Nohant, 27 février 1873.


Eh bien, chère amie, d’après ce que vous me dites et la joie qu’en ressent votre fille, j’ai lieu, ce me semble, de vous faire compliment de ce mariage et de vous féliciter. Vous savez que ce qui vous touche m’intéresse toujours vivement. Je voudrais surtout vous voir reprendre la santé et savoir celle de notre cher Maurice assurée. Je crains qu’il ne travaille trop. Il assure pourtant qu’il est très fort et jamais malade, et c’est possible, tandis que vous, qui avez si belles apparences, vous luttez contre l’éternelle bronchite. Ah ! ce Paris est terrible l’hiver, et je n’ose pas y aller. J’attends le beau temps tout à fait : Je vous trouverai alors vaillante et faisant, comme tous les ans, le miracle d’être toujours plus belle en sortant de maladie.

L’enfant m’a envoyé ses vers, qui ne sont pas mal tournés pour un écolier. C’est un charmant et excellent enfant qui saura être heureux, n’ayant d’autre passion que le travail, la seule qui ne trompe pas !

Mes fillettes sont bien portantes et superbes. La petite a tout à fait triomphé de la tendance anémique. Elle est aussi fraîche que l’autre. Toutes deux se souviennent bien de vous, et Aurore prend souvent sur mes épaules le joli tricot que vous m’avez fait et dont elle se fait une sortie de bal ; car il y a bal au salon tous les dimanches, et ces demoiselles s’en donnent avec passion.

Je vous envoie les respectueuses amitiés de mes enfants et toutes mes tendresses.

G. SAND.
  1. Grand’mère de Maurice-Paul Albert.