Cours d’agriculture (Rozier)/ENTORSE ou FOULURE

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Hôtel Serpente (Tome quatrièmep. 235-236).


ENTORSE ou FOULURE. C’est une distension subite & violente des tendons ou des ligamens d’une articulation sans qu’il y ait déplacement sensible des parties osseuses. L’inflammation & le gonflement de la partie ne tardent pas à se manifester, & le mal devient très-opiniâtre pour peu qu’on diffère à y apporter les remèdes convenables.

Le meilleur de tous, sans contredit, est de plonger tout aussitôt la partie foulée dans l’eau très-froide, & ne pas l’y tenir pendant long-temps. Les femmes, dans leur temps périodique, ne peuvent employer ce remède.

Si l’on peut se procurer promptement de l’alun & des œufs frais, on fera bientôt soulagé ; ce topique n’a jamais manqué son effet. Il faut avoir une assiette ou un plat d’étain sur lequel on jette le blanc de trois ou quatre œufs, sans le jaune ; alors on prend le morceau d’alun gros comme une petite noix, & on le frotte contre les parois du plat en tournant toujours, de manière qu’il ne reste point de parties du blanc d’œuf sans avoir touché l’alun. L’étain frotté par l’alun produit sur lui l’effet d’une lime douce qui en détache des particules très-fines ; cette poudre d’alun s’incorpore avec le blanc d’œuf, le réduit en une espèce de pâte blanche de la consistance du fromage mou ; on l’étend sur un linge & on l’applique sur la partie foulée ; deux à trois fois par jour au plus, on répète l’opération. Si les œufs ne sont pas frais, on parviendra difficilement à les réduire en pâte ; mais, frais ou non, l’alun n’a aucune action sur le germe, il reste intact. L’opération est plus longue sur un plat d’argent que sur un plat d’étain, & presque impossible sur de la faïence ; l’alun réduit en poudre très-fine, mêlée & battue avec les blancs d’œufs, ne se réduit pas si bien en pâte : les particules d’étain qui se mêlent à l’alun & aux œufs, en feroient-elles la cause ?

Le repos le plus absolu est indispensable dans ces sortes de cas ; il contribue plus à la guérison que tous les remèdes.

Les compresses d’eau-de-vie, & encore mieux, d’esprit de vin camphré, ou d’eau fortement imprégnée de sel de cuisine, produisent de bons effets. S’il survient une inflammation violente, la saignée pratiquée près de la partie affectée produit le meilleur effet.

Lorsque l’inflammation & la douleur sont dissipées, il est très-prudent de tenir le pied bandé pendant long-temps avec des ligatures, afin de prévenir de nouvelles entorses, parce qu’il reste foible, & le moindre faux pas renouvelle le mal.

Si l’entorse a été considérable ; s’il reste quelque foiblesse, on fera très-bien de prendre la douche en mettant le pied & la jambe sous la canelle, au moment où l’on tire le vin de la cuve.