Dans la rue (Bruant)/Paillasse

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Ernest Flammarion (Volume IIIp. 57-62).
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PAILLASSE


Moi, la mienne est née en voiture.
C’est eune espèce d’ romani,
Eun’ bell’ gitane au teint bruni,
Mais alle est paillasse d’ nature :
I’ faut qu’a pagnotte en roulotte,
Comm’ quand all’ ’tait chez ses auteurs ;
Tous les ans, au printemps, a s’trotte…
A fout son camp chez les lutteurs.

Chez les gros… les hercules d’ foire…
Les Marseille et les Bamboula…
Vraiment ça fait naquer du fla…
Rien qu’d’en parler j’en ai la foire…
J’comprends qu’eun’ bergèr’ s’embéguine
Pour des artiss’s ou des dompteurs
Et mêm’des fois pour eun’ coquine…
Mais la mienne y faut des lutteurs.


Et quand c’est la fête à Joinville,
Au Parc, au Trône, à Gentilly,
Et à Montmartre et à Neuilly,
Et à Vincenn’ et à Bell’ville,
A peut pus démarrer des planches ;
A jette l’gant aux amateurs,
A guinche, en tortillant ses hanches,
Su’ l’tremplin… avec les lutteurs.


A me r’vient quand alle est vannée,
À l’automne, après la saison.
Pis a se r’met dans eun’maison
Où qu’a pourrait fair’ tout’ l’année
Avec des michets ben honnêtes :
Des miniss’s et des sénateurs…
Mais quand er’vient l’époqu’ des fêtes,
Faut qu’a r’tourne avec les lutteurs.