De la Commune à l’anarchie/Épilogue

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Stock, éditeur (p. 293-294).
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ÉPILOGUE



Depuis que la dernière page de ce livre a été écrite, les événements ont marché. La lutte pour la transformation sociale s’est engagée avec une nouvelle violence ici par des actes individuels, là par des révoltes en masse.

Les mineurs français et anglais, les paysans de Sicile ont revendiqué leur droit à la vie. Pallas a donné la sienne pour venger les garrottés de Xerès et ses mânes ont reçu à Barcelone un terrible holocauste ; Auguste Vaillant a jeté sa bombe aux rois de la république.

Pauvre Vaillant ! qui m’eût dit, il y a huit ans, que tu serais devenu, un jour, dynamiteur et martyr ?

Des repus lui ont reproché une condamnation pour mendicité, après qu’il eut essayé tous les métiers pour vivre. Quelle terrible patience faut-il à de tels hommes pour tendre la main !

C’était, antithèse qui ne semblera étrange qu’aux seuls naïfs, un homme doux jusque la timidité, un sentimental devenu capable de fortement haïr parce qu’il était capable de fortement aimer. Il a traversé toutes les phases du socialisme, s’effarouchant jadis aux théories des compagnons qu’il devait plus tard dépasser de toute la hauteur du fait accompli. Il a fini par perdre patience, écœuré de voir ses anciens chefs de file ne plus déployer d’énergie que pour entrer au Palais-Bourbon et alors il est parti en guerre à lui seul.

Quand on arrive aux hommes qui, pour réaliser un idéal, savent donner vie et liberté, on oublie leurs misérables caricatures. On oublie surtout ces gens qui ne sont d’aucun parti et qui spéculent sur tous, hurlant aujourd’hui au capitaliste, demain à l’anarchiste et que la bourgeoisie, qui les a produits, voudrait faire passer pour nôtres. Secouons la boue, mais ne calomnions pas le sang, ô philosophes qui rêvez la paix et le bonheur universels, car ce sang, qui, déjà, empourpre l’horizon, annonce la grande aurore. Puisque l’humanité paie chèrement ses conquêtes, que la refonte de tout un monde ne peut s’opérer sans douleur, vienne au plus tôt… mais j’oubliais que la presse n’est plus libre !



FIN