Leçons de géologie (Delamétherie)/Tome I/Section cinquième

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DE LA COMPOSITION DES TERRAINS PRIMITIFS DE LA CROUTE DU GLOBE ; DE LEURS MONTAGNES, DE LEURS VALLÉES, ET DE LEURS PLAINES.


Après avoir exposé la position respective des différens terrains qui composent la surface du globe, celle des montagnes primitives et secondaires, celle de leurs principales vallées et des plaines, la nature de ces substances, et le mode de leur cristallisation ; le géologue doit rechercher la manière dont tous ces phénomènes ont été produits. Il doit surtout bien distinguer les différentes époques de ces grandes opérations, s’il veut y porter de la précision.

Nous venons de voir que la masse principale du globe paraît avoir été formée par les combinaisons des différens principes dits élémentaires, à l’état aériforme, opérées, soit dans le vide, soit dans l’air. L’eau n’existait qu’en très-petite quantité, dans, ces premiers momens ; mais elle s’accumula peu-à-peu à la surface du globe ; enfin, sa quantité devint assez considérable pour s’élever à plusieurs milliers de mètres de hauteur.

Les combinaisons, qui s’étaient opérées, jusqu’à ce moment, dans le vide et dans l’air, continuèrent d’avoir lieu dans le sein des eaux ; et elles y formèrent les terrains primitifs, qui composent la croûte extérieure du globe ; car tout annonce que ces terrains ont été formés dans les eaux. Les cristallisations des substances dont ils sont composés, paraissent ne pouvoir être opérées que dans l’eau, telles que celles des granits, des porphyres, des smectites… et des différens cristaux qui s’y trouvent mélangés, comme grenats, tourmalines, hyacinthes, émeraudes, berils, topazes…

Une partie des terrains primitifs est déposée par couches, qui forment des strates, tels que les gneis, les schistes micacés, les schistes primitifs… Or, ces couches supposent une dissolution, et des dépôts dans les eaux, plutôt que dans le vide, ou, dans l’air.

Il faut donc supposer que toutes ces substances ont été, à cette époque, tenues dans un état de solution dans le sein des eaux, quelle qu’en ait été la cause.

Mais ces solutions cessèrent peu-à-peu par les causes que nous avons indiquées ci-devant. La plus grands partis de ces substances cristallisa donc dans ces momens, et ces cristallisation s’opérèrent suivant les lois des affinités.

Je dis la plus grande partie de ces substances cristallisa : car il en demeura certainement une portion dans les eaux-mères, ce sont les lois ordinaires de la cristallisation.

Et d’ailleurs, toutes ces cristallisations se sont opérées successivement, et à différentes époques.

Enfin, quelques portions, les terreuses, n’ont pas cristallisées ; elles étaient seulement tenues en suspension par les eaux.

Les terrains primitifs sont composés principalement de roches, ou pierres agrégés, tels que granits, granitoïdes, porphyres, porphyroïdes, smectites…

On y trouve quelques pierres homogènes, telles que les pétrosilex, les cornéenes, les schistes, les serpentines…

Il y a aussi quelques pierres qui contiennent des acides, telles que les calcaires, les gypses, les fluors, les barytites, les strontianites…

On y trouve encore une assez grande quantité de substances métalliques, d’anthracite, de soufre…

Il y a enfin des parties terreuses.

Nous allons parler de chacune de ces substances en particulier.

Il faut se rappeler ce que nous avons dit précédemment, que les molécules de ces substances étaient, dans le principe, à l’état naissant, ce qui facilitait leurs combinaisons et leur cristallisation.

Il faut encore se rappeler qu’il y a trois modes de cristallisation.

a. Les élémens purs, le soufre, le phosphore, la baryte pure, la strontiane pure, les métaux… cristallisent.

b. Ces substances se combinent avec l’oxigène, et forment des oxides, qui cristallisent.

c. Ces substances se combinent avec les acides, et forment des sels neutres, qui cristallisent.


DE LA COMPOSITION DES GRANITS ET DES GRANITOÏDES.


Les roches granitiques sont composées principalement de feldspath, de quartz, de mica, de hornblende, de stéatites… cristallisés ensemble[1]. Les roches granitoïdes sont également composées de différentes substances cristallisées ensemble ; mais, ordinairement, il ne s’y trouve ni feldspath, ni quartz ; ou au moins, ces substances n’y sont pas agrégées comme dans les granits ; c’est pourquoi je leur ai donné le nom de granitoïdes, telles sont les roches suivantes :

Quartz et tourmalines ;
Adulaires et amianthe ;
Quartz adulaires et amianthe ;
Quartz et topaze, topasfelsde Wernr ;
Quartz, feldspath et pinite.

J’ai fait plusieurs sous-divisions des granitoïdes, à raison des diverses substances dont ils sont composés :

1. Granitoïdes siliceux.
2. Granitoïdes argileux.
3. Granitoïdes magnésiens.
4. Granitoïdes calcaires.
5. Granitoïdes barytiques.
6. Granitoïdes strontianites.
7. Granitoïdes gluciniques.
Granits avec beril.
8. Granitoïdes circoniques.
Granits avec hyacinthes.
9. Granitoïdes gadoliniques.
10. Granitoïdes sulfureux.
11. Granitoïdes anthraciques.
Granit avec anthracite.
12. Granitoïdes métalliques.
13. Granitoïdes volcaniques.

Tous ces granitoïdes ont de l’analogie, par la manière dont ils ont cristallisé ; mais ils diffèrent par la nature des substances dont ils sont composés.

Les principes de ces granitoïdes sont particulièrement la silice, l’alumine, la magnésie, la chaux, la potasse, le carbone, le fer oxidé…

Tous ces principes se sont réunis et combinés suivant les lois des affinités. Ils ont cristallisé séparément, pour former des quartz, des feldspaths, des micas, des hornblendes, stéatites…

Ces différens cristaux se sont ensuite réunis pour former les granits et les granitoïdes, comme différens sels neutres mélangés…, tels que ceux qui se trouvent dans le nitre dit première cuite.

Les granits et, les granitoïdes sont déposés en grandes masses ; et ne forment pas des couches, comme les schistes…

Quelques naturalistes ont avancé le contraire ; mais il est enfin reconnu aujourd’hui qu’ils étaient dans l’erreur.

Les granits et les granitoïdes sont des mélanges de différens oxides qui ont cristallisé ensemble, comme cristallisent différens sels neutres, le nitre, le sel marin.


DE LA COMPOSITION DES PORPHYRES ET DES PORPHYROÏDES.


Les porphyres forment une autre portion considérable de terrains primitifs : ils sont composés de cristaux, de feldspath, noyés dans une pâte de nature siliceuse.

Cette pâte peut être de différente nature[2]

1. Pétro siliceuse.
2. Keralique.
3. Téphrinique.
4. Leucostine.
5. Ophitine.
6. Varioline.
7. Hornblendique.
8. Cornéenne.
9. Lydienne.

Les porphyres varient à raison de la pâte, et de la manière dont les cristaux de feldspath y sont noyés.

Les porphyroïdes sont formés d’une manière analogue aux porphyres. Ce sont des substances cristallisées, également noyées dans une pâte ; mais ils en diffèrent, en ce que ces cristaux ne sont pas des feldspaths, et que la pâte est de différente nature.

J’ai fait plusieurs sous-divisions des porphyroïdes, à raison des substances dont ils sont composés :

1. Porphyroïdes siliceux.
2. Porphyroïdes argileux.
3. Porphyroïdes magnésiens.
4. Porphyroïdes calcaires.
5. Porphyroïdes barytiques.
6. Porphyroïdes strontianiques.
7. Porphyroïdes gluciniques.
8. Porphyroïdes circoniens.
9. Porphyroïdes gadoliniques.
10. Porphyroïdes sulfureux.
11. Porphyroïdes anthraciques.
12. Porphyroïdes métalliques.
13. Porphyroïdes volcaniques.

Les porphyres et les porphyroïdes ne sont point par couches : ils forment de grandes masses comme les granits.

Werner a supposé que les porphyres avaient été produits long-tems après les granits. Je ne crois pas cette opinion fondée, et elle me paraît contraire aux faits.

1°. On observe constamment que les granits et les porphyres se trouvent ensemble.

2". Les granits et les porphyres ont des rapports si considérables, que les minéralogistes les plus exercés sont souvent embarrassés pour décider si telle roche est granitique ou porphyrique.

La formation des porphyres et porphyroïdes s’est donc opérée d’une manière analogue à celle des granits, des granitoïdes, et aux mêmes époques.

Les granits et granitoïdes, les porphyres et porphyroïdes paraissent constituer la majeure partie des terrains primitifs.


DE LA COMPOSITION DES GNEIS, ET DES SCHISTES MICACÉS.


Après la cristallisation de la majeure partie des granits et des porphyres, il est resté dans les eaux-mères une portion de ces substances tenues en solution. Car on sait que lorsque des sels cristallisent, il en demeure toujours dans les eaux de cristallisation, des portions qu’on n’obtient que lorsqu’on fait évaporer les dernières molécules de ces eaux. La même chose a donc dû avoir lieu dans les grandes cristallisations minérales.

Les portions qui restèrent dissoutes dans la masse des eaux, furent particulièrement celles qui sont les plus solubles, et qui demandent une portion moins considérable d’eau, pour cristalliser.

Nous avons vu que le feldspath est une des substances qui exige la plus grande quantité d’eau pour sa cristallisation. Il aura, par conséquent, presque tout cristallisé dans les premiers momens.

Le quartz demande peut-être un peu moins d’eau pour être tenu en solution. Il aura donc cristallisé à peu près à la même époque, quoique un peu plus tard. Par conséquent, il en sera demeuré une plus grande quantité dans les eaux de cristallisation.

L’hornblende, la stéatite, paraissent plus solubles que ces deux premières substances. Aussi sont-elles moins abondantes dans les premières cristallisations.

Enfin, le mica est la plus soluble de toutes ces substances. Mais il était si abondant dans les eaux primitives, qu’une partie a cristallisé avec les feldspaths, les quartz et les hornblendes.

Ces quatre substances ont donc formé la plus grande partie des terrains primitifs, les roches granitiques et les roches porphyriques.

Après ces premières cristallisations, les micas ont cristallisé en plus grandes masses, soit que les eaux eussent diminué, soit que les autres causes, qui tenaient en solution toutes ces substances, eussent perdu de leur activité.

Quelques portions de feldspath, restées dans les eaux, ont également cristallisé.

Il s’y est aussi réuni quelques portions de quartz.

Ces substances ont cristallisé ensemble, et ont formé :

Les gneis,
Les granits veinés,
Les schistes micacés.

Le mica domine dans ces roches, et leur fait affecter un tissu feuilleté. Mais il est plus abondant dans les schistes micacés.

Le quartz s’y trouve aussi en une certaine quantité. Enfin le feldspath y est le moins abondant, parce que, exigeant une grande quantité d’eau, pour être tenu en dissolution, il s’est presque tout déposé dans les premières cristallisations, les granits et les porphyres.

La position géologique de ces roches indique qu’elles ont cristallisé après les granits et les porphyres. Car les gneis et les schistes micacés se trouvent ordinairement au-dessus des granits et des porphyres, et particulièrement sur leurs flancs. Ces roches ont été déposées par couches, lesquelles sont quelquefois assez étendues.

Ces couches sont quelquefois horizontales, comme le sont celles qui composent le Mont-Bose. « La situation des couches dans le Mont-Rose, et dans les montagnes adjacentes, est presque partout à peu près horizontale » dit Saussure, Mais, le plus souvent, ces couches sont plus ou moins inclinées ; quelquefois, elles s’approchent de la verticale.

Toutes ces roches agrégées, les granits, les porphyres, les gneis, les schistes micacés… varient, à raison des substances dont elles sont composées, qui ont plus ou moins de volume, qui ont des couleurs différentes…

Elles varient même souvent dans la même montagne.

Les substances, dont sont composées ces roches, ont cristallisé ensemble, comme celles qui composent les granits.


DE LA COMPOSITION DE L’HORNBLENDE, DU PÉTROSILEX, DE LA LYDIENNE, DE LA CORNÉENNE ET DES SCHISTES PRIMITIFS…


Les granits, les granitoïdes, les porphyres, les porphyroïdes, les gneis, les schistes micacés… sont des roches composées de différentes substances minérales agrégées.

Mais il existe aussi, dans les terrains primitifs, des masses pierreuses considérables, qui sont composées d’une seule substance, telles sont les hornblendes, les pétrosilex, les lydiennes, les cornéennes, et les schistes primitifs… Il faut voir ce qui en a est dit dans mes Leçons de Minéralogie, tome 2.


L’hornblende.


L’hornblende se présente ordinairement en grandes masses, cristallisées confusément. Quelquefois elle forme des cristaux particuliers.

Sa couleur est souvent noirâtre, ou d’un vert foncé.


Le pétrosilex.


Je laisse le nom de pétrosilex à une des variétés de l’hornstein des Allemands, celle qui rapproche le plus du feldspath.

Werner a donné en dernier lieu au pétrosilex, le nom de feldspath compacte, dichter-feldspath.

Le pétrosilex à une demi-transparence.

Sa cassure est esquilleuse, souvent demi-concoïde : elle a quelques rapports avec la cassure de la cire…


La lydienne.


Cette substance doit être regardée comme une espèce de schiste siliceux (Kiesel Schiffer de Werner), dont le grain est fin et serré.

Sa couleur est ordinairement d’un noir foncé.

Sa dureté est assez considérable pour donner des étincelles par le choc du briquet.

Cette substance est appelée trapp par plusieurs minéralogiste (Leçons de Minéralogie).


La cornéenne.

Pierre de corne, de Saussure qui a dit, Journal de Physique, tome 44, pag 354,

Cornéenne, de Delamétherie ;
Corneus nitens, de Wallérius ;
Thon-schiffer, de Werner.

La cornéenne est une espèce de schiste primitif.

Sa couleur est le plus souvent d’un gris noirâtre ou bleuâtre.

Elle ne donne pas d’étincelles avec le briquet.

Elle donne une poussière d’un gris blanc, lorsqu’on la raie avec un instrument tranchant.

Sa cassure est terreuse, concoïde.

Ses fragmens sont trapézoïdaux…

Lorsqu’on l’humecte par la respiration, elle exhale une odeur terreuse.


Schiste primitif.


Le schiste primitif se rapproche beaucoup de la cornéenne.

Sa dureté est quelquefois assez considérable pour donner des étincelles par le choc du briquet.

Il s’amollit difficilement sous le manteau.

Dans sa cassure il présente un grain fin et terreux.

Mais en masse il est feuilleté, d’où lui vient le nom de schiste. Il se casse souvent en fragmens rhomboïdeux, comme les échelons d’une échelle, ou les marches d’un escalier : ce qui lui a fait donner, par quelques minéralogistes, le nom de trapp[3].

Toutes ces substances sont homogènes, et leurs principes constituans, d’après les analyses, se rapprochent beaucoup de ceux du feldspath et des micas. La silice y domine également : elle y est mélangée avec l’alumine, la chaux, la potasse, du fer oxidé…

Il s’y trouve aussi quelquefois de la magnésie, du carbone…

Analyse du feldpath
Silice 64
Alumine 20
Chaux 2
Potasse 14
Fer oxidé
Analyse du mica.
Silice 48
Alumine 20
Fer oxidé 15
Manganèse oxidée 1
Potasse 14
Analyse de l’hornblende
Silice 45
Alumine 8
Chaux 10
Magnésie 6
Fer oxidé 20
Manganèse oxidée 2
Chrome 1
Potasse 0 50
Analyse du Pétrosilex
Silice 68
Alumine 19
Chaux 1
Potasse 5 50
Analyse de la lydienne.
silice 55
Alumine 15
Chaux 0 5
Fer oxidé 10
Manganèse 0 1
Potasse 8
Charbon 8
Eau et matières volatiles 5
Analyse de la Cornéenne
Silice 51
Alumine 16
Chaux 8
Fer oxidé 12
Charbon
Potasse
Analyse des schistes primitifs
Silice 65
Alumine 26
Magnésie 7
Fer oxidé 6
  Et quelquefois
De la potasse.
Du carbone.

La cristallisation a souvent fait affecter à ces substances un tissu fibreux comme à quelques hornblendes, hornblende-schiffer, à d’autres, un tissu feuilleté comme aux schistes primitifs, à quelques cornéennes, et enfin, à d’autres un grain fin et serré comme aux pétrosilex, aux lydiennes…

La plupart de ces substances ont un caractère commun, celui de se décomposer, et d’acquérir une couleur blanchâtre : c’est ce qu’on observe dans les pétrosilex, les lydiennes, les cornéennes, les schistes primitifs, les hornblendes.

On peut supposer que la formation de ces substances homogènes a de grands rapports avec celle des roches agrégées.

Les granits sont formés de quartz, de feldspath, de mica, et souvent de hornblende, de stéatite, cristallisés chacune séparément.

L’hornblende, quelquefois, s’y trouve en plus ou moins grande quantité, ce qui forme les siennites.

Les gneis et les schistes micacés sont formés à peu près de la même manière ; mais les granits avec stéatites sont appelés protogines, et le mica y est très-abondant.

Les porphyres sont formés de cristaux de feldspath noyés dans une pâte homogène, composée des autres élémens du granit ; cette pâte varie : elle es, ou pétrosiliceuse, ou ophitine, ou cornéenne, ou lydienne, ou horhblendique… Une partie de ces substances est cristallisé confusément et une autre d’une manière distincte.

Enfin, les pétrosilex ; les hornblendes, les cornéennes, les lydiennes, les schistes primitifs… paraîssent souvent formés

d’une manière analogue à celles des schistes micacés ; mais tous les principes de ces derniers y sont mélangés, et forment une masse cristallisée confusément, à peu près homogène et d’un grain terreux.

Ils contiennent souvent des pyrites, ainsi que les lydiennes.

La position géologique des pétrosilex, hornblendes, lydiennes, cornéennes et schistes primitifs, indique que leur formation a été ordinairement postérieure à celle des granits porphyres… ; car, ils se trouvent constamment sur les flancs des montagnes primitives.

Toutes ces masses pierreuses doivent être regardées comme des mélanges de divers oxides ; savoir : de silicium, d’aluminium, de calcium, de potassium, de fer, ils sont combinés, et ont formé des masses homogènes.


DE LA COMPOSITION DES SMECTITES, TALCS, STÉATITES, SERPENTINES, ASBESTOIDES, ASBESTES, AMIANTHES.


Toutes ces espèces de pierres magnésio-silicites[4], les talcs, les stéatites, les serpentines, les asbestoïdes, les asbestes…, ont encore cristallisé postérieurement aux gneis, aux pétrosilex, aux schistes ; la cause de ce phénomène est la même que celle qui a fait cristalliser les gneis, les schistes après les granits et les porphyres.

La cristallisation de l’amianthe est remarquable, parce qu’elle présente des libres soyeuses analogues aux libres végétales et animales.

Les élémens de cet ordre de pierres, sont la silice qui domine, la magnésie, l’alumine, la chaux, le fer oxidé, et quelquefois la potasse… ; ils se sont réunis par les lois des affinités, et ont formé cet ordre nombreux de pierres.

Elles sont plus solubles que celles dont nous avons parlé, elles ont donc pu être tenues en solution à l’époque où les autres furent obligées de cristalliser, par le défaut d’une quantité suffisante de dissolvant.

Aussi, toutes ces substances ont-elles cristallisé d’une manière confuse, et postérieurement à celles dont nous avons parlé, comme l’indique leur position géologique.

On trouve cependant, souvent, ces substances mélangées avec les granits, porphyres.

Toutes ces substances sont, en général, composées de

Silice 60
Magnésie 30
Fer oxidé
Potasse, une petite portion.

Quelques-unes contiennent de l’alumine et de la chaux.

La serpentine ne cristallise pas ordinairement en couches : elle forme de grandes masses continues, comme les granits et les porphyres.

La serpentine contient quelquefois des cristaux d’autres substances, telles que du fer oxidé, du talc… ; elle passe alors à l’état de porphyroïde, et je lui à donné le nom de serpentinite.

Toutes ces pierres magnésio-silicites forment rarement des grandes masses, comme les granits, les porphyres.

« Cependant, le Roth-Horn, montagne très-élevée, est en grande partie, dit Saussure, 2157, composée de serpentines compactes et semi-dures, c’est-à-dire, dures à peu près comme le marbre. Elles sont divisées naturellement en irrégulières d’une grandeur énorme.


Ces serpentines sont surmontées par des roches d’un verd glauque foncé, dont la pâte paraît une stéatite. »

Toutes ces roches magnésiennes ont cristallisé comme les pierres magnésiennes homogènes, le péridot, l’olivine… ; elles sont des mélanges d’oxide de magnésium, d’oxide de silicium, d’oxide de fer…, qui ont une grande dureté…, ils sont combinés, et ont formé des masses homogènes, analogues aux cristaux composés de divers oxides métalliques, tels que les cristaux de fer et de manganèse oxidés…


DE LA COMPOSITION DE LA LHERZOLITE.


J’ai donné le nom de lherzolite à une pierre, qui se trouve I auprès de l’étang ou lac de Lherz, dans les Pyrénées. Elle y forme des masses considérables, et je l’avais regardée comme une roche particulière.

Charpentier fils en a observé des portions cristallisées, comme l’augite, d’où il a conclu que la lherzolite était de l’augite en masse.

Vogel a fait l’analyse de la lherzolite, Journal de Physique, tom. 76, et en a retiré :

Silice 45
Alumine 1
Chaux 19 50
Magnésie 16
Oxide de fer 12
Oxide de chrome 11 50
Manganèse, une trace…


DE LA COMPOSITION DES CALCAIRES PRIMITIFS, DES DOLOMIES.


On trouve, au milieu des substances des terrains primitifs, des masses calcaires plus ou moins considérables. Ces calcaires ne contiennent aucuns débris d’êtres organisés, tels que les marbres, de Carare. Ces marbres ne forment point de couches, et sont cristallisés en grandes masses.

On doit donc regarder tous ces calcaires comme de formation primitive, ainsi que les granits, les porphyres, les gneis… antérieurs aux êtres organisés.

Ces calcaires peuvent être cristallisés avec les magnésies carbonatées ; et elles forment alors des pierres qu’on a appelées dolomies.

Mais ces calcaires primitifs sont souvent cristallisés avec des pierres de nature différente ; tels sont, par exemple :

a. Les marbres cypolins, composés de calcaire pur et de mica ou de talc.

b. Les verts antiques, les polzeverras… composés en partie de calcaire pur, en partie de serpentine… cristallisés séparément.

c. Les dolomies avec les trémolites.

Les calcaires purs primitifs forment souvent de très-beaux marbres. Tels sont :

Les marbres de Carare. Ils contiennent quelquefois des cristaux de quartz assez gros dans des géodes.

Ils contiennent aussi quelquefois des pyrites. Ces pyrites se décomposent à l’air : l’oxide rouge de fer, qui en provient, colore ces marbres, comme on le voit dans les jardins de Versailles.

Ces calcaires sont de vrais sels neutres, qui ont cristallisé comme ceux-ci.


DE LA COMPOSITION DES GYPSES PRIMITIFS, DES FLUORS, DES APPATITS, DES PHARMACOLITES, DES TUNGSTATES…[5]


La chaux peut être combinée, dans les terrains avec d’autres acides que le carbonique.

Combinée avec l’acide sulfurique, elle forme les gypses primitifs. On les trouve souvent mélangés avec le mica.

La chaux, combinée avec l’acide fluorique forme les fluors Ils se trouvent ordinairement dans les terrains primitifs, et particulièrement dans les filons métalliques.

La chaux se combine également avec l’acide phosphorique, et forme les appatits, qu’on trouve, en forme de petits cristaux, dans les terrains primitifs, surtout dans les filons métalliques. Mais on n’a pas encore trouvé l’appatit formant de grandes, masses.

La chaux combinée avec l’acide ansenique, forme les pharmacolites, qui forment des cristaux particuliers, dans les terrains primitifs, surtout dans les filons métalliques.

La chaux, combinée avec l’acide tungtique, forme les tungtates calcaires.

Toutes ces combinaisons de la chaux avec ces divers acides, cristallisent, comme les calcaires, ou les combinaisons de la chaux avec l’acide carbonique. Ce Sont de vrais sels neutres.


DE LA FORMATION DE CRISTAUX PARTICULIERS, TELS QUE GRENATS, TOURMALINE, ÉMERAUDES, HYACINTHE, YTTRIA… CONTENUS DANS LES PIERRES DES TERRAINS PRIMITIFS.


On trouve souvent, dans les masses des terrains primitifs, les granits, les gneis, les schistes micacés, les schistes primitifs, les talcs, les serpentines, les calcaires primitifs… des cristaux particuliers de différentes substances, tels que grenats, tourmaline, augites… topazes, émeraudes, berils, hyacinthe, corindous, saphirs, rubis, fer oxidé ou sulfuré.

La formation de ces cristaux a été opérée par les mêmes moyens, et suivant les mêmes lois que celle des autres substances cristallisées. Tous les élémens qui les composent, terres, métaux, alkalis, acides… sont dans un état de dissolution : ils se réunissent suivant les lois des affinités, et cristallisent séparément.

Des schistes micacés, des schistes primitifs… par exemple, contiennent les élémens du grenat : les schistes, d’un côté, et le grenat de l’autre… des pyrites…

Les chlorites contiennent de beaux cristaux octaèdres de fer oxidé…

Quelques granits, tels qu’il y en a en Norwège, sont composés de feldspaths, de hornblendes et de hyacinthes cristallisés.

Les principes de l’hyacinthe sont de la circone, de la silice, de l’alumine et du fer oxidé.

D’autres granits, particulièrement les graphiques, contiennent de l’émeraude, des berils… L’émeraude est composée de glucine, de silice, d’alumine, de chrome.

D’autres substances contiennent de la gadolinite, dans laquelle se trouve l’yttria.

Il faut donc supposer qu’au milieu des élémens du granit, savoir la silice, l’alumine, les oxides de fer… il se trouve quelquefois de la circone, de la glucine, de l’yttria, du chrome… : ces dernières terres se combinent alors avec une portion des autres terres, et forment de l’hyacinthe, de l’émeraude, de la gadolinite…, cristallisés.

La baryte a également été quelquefois mélangée, et a formé l’andréolite…

La strontiane a aussi cristallisé avec d’autres terres, et a formé d’autres substances.

Les calcaires primitifs contiennent de la trémolite cristallisée.

Ils contiennent aussi quelquefois du quartz cristallisé.


DE LA FORMATION DES AGATES, DES CALCÉDOINES, DES PISSITES, DES PRASES, DES JASPES, DES TERRAINS PRIMITIFS.


Les substances qui se trouvent accidentellement au milieu des terrains primitifs, ne sont pas toujours cristallisées régulièrement. Souvent elles le sont d’une manière confuse. Les opales, les halbopales, les pissites (pechstein), les prases, les clnrysoprases, les agates, les calcédoines, les jaspes[6], sont déposés ordinairement en petites masses arrondies. Elles sont composées d’une pâte homogène, compacte, dense, siliceuse, assez dure pour donner des étincelles, lorsqu’elles sont choquées avec le briquet… mais elles n’affectent point de formes régulières.

Il n’est pas rare de trouver au milieu de ces substances des cristaux réguliers de quartz incolore, ou coloré…

Ces substances sont composées d’une grande quantité de silice, d’une petite portion d’alumine, d’oxide de fer…

Les substances qui leur servent de gites, sont des serpentines, comme au Mussinet, à Baudisséro… où l’on trouve de belles halbopales ; des porphyres décomposés, comme à Cherwenitza, où l’on trouve les belles opales ; des lydiennes, des cornéennes… comme à Oberstein, où l’on trouve de belles agates, des jaspes, des laves décomposées ; les magnésilites de Kosemitz, en Silésie, où se trouvent les prases, les chrysoprases…

La formation de ces substances a été opérée par les mêmes moyens que celle des cristaux dont nous venons de parler. La silice s’est combinée avec l’alumine, l’oxide de fer… La cristallisation n’a pas formé des cristaux réguliers, mais des masses arrondies.

Ces serpentines, ces porpbyres décomposés, ces lydiennes, ces laves… contiennent de la silice non-combinée. Les eaux, en traversant ces substances, s’emparent de cette silice, la charrient, et vont la déposer en petites masses arrondies, comme on l’observe distinctement dans les calcédoines déposées sur le pissaphalte près de Clermont, en Auvergne, dans les agates d’Oberstein, dans les prases et cbrysoprases de Kosemitz…

Cette silice étant mélangée avec de l’alumine… ne peut former des cristaux réguliers.

Mais lorsque la silice se trouve pure dans un état parfait de dissolution, elle cristallise régulièrement, et forme au milieu de la masse de beaux cristaux de quartz, comme on l’observe dans les calcédoines d’Auvergne, dans les agates d’Oberstein, dans les prases de Silésie.


DE LA COMPOSITION DES ARGILES DES TERRAINS PRIMITIFS.


On trouve souvent dans les terrains primitifs, des masses argileuses plus ou moins considérables. J’ai observé quelquefois, au milieu des granits ou des porphyres, des fentes peu étendues remplies d’une argile extrêmement tenace.

Mais les argiles qu’on rencontre le plus souvent dans les terrains primitifs, sont des produits de la décomposition des porphyres, des granits, des schistes micacés, des cornéennes, des schistes primitifs… On y trouve encore le plus souvent des portions de ces diverses roches, qui ne sont point décomposées.

Ceci s’observe surtout dans les argiles, dont on fait les porcelaines. On y voit ordinairement les élémens des porphyres ou des granits, dans lesquels les feldspaths dominent : il y a aussi souvent du mica… mais on pulvérise avec soin ces substances, et leurs divers élémens ne paraissent plus.

Mais dans les argiles primitives dont on fait la tuile, la briques et qu’on emploie telles qu’on les trouve, sans les réduire en poudre, j’y ai distingué encore très-souvent des cristaux de feldspaths, des portions de mica, des hornblendes, des quartz…

Ces argiles, par conséquent, ne sont pas homogènes.

Les argiles primitives, qui sont le produit de la décomposition des pétrosilites, des cornéennes, des schistes primitifs… sont plus homogènes, parce que ces diverses substances, dont elles sont formé, sont à peu près homogènes.

Mais j’ai observé, dans les terrains primitifs, des argiles qui ne proviennent point de la décomposition des substances pierreuses, telles sont celles qui existent dans des fentes de roches granitiques, porphyriques… Elles paraissent homogènes, et paraissent formées aux mêmes époques que les granits.


DE LA COMPOSITION DES TERRES MAGNÉSIENNES, DES TERRES À FOULON…


Toutes les pierres magnésiennes ; telles que les tales, les serpentines, les arbestes, les arbestoïdes, les amianthes… peuvent se décomposer, comme les porphyres, les granits… Elles fournissent également des terres qui contiennent des quantités plus ou moins considérables de magnésie, telles sont,

1°. Toutes les argiles à foulon, ou terres smectites.

2°. Les terres de Baudisséro, de Mussinet… qui paraissent les produits de la décomposition des serpentines… car toutes les montagnes environnantes sont d’une serpentine verdâtre. On voit cette serpentine s’altérer peu à peu ; enfin elle arrive à une véritable décomposition, ce qui produit ces terres de Baudisséro et de Mussinet, dont l’analyse a retiré,

Silice,
Magnésie,
Alumine.

Des eaux coulant sur ces terres en dissolvent la partie siliceuse, et en se mélangeant avec l’alumine, les oxides de fer… vont former ces halbopales[7] dont nous avons parlé.


DE LA COMPOSITION DES PIERRES BARYTITES ET STRONTIANIQUES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Ces deux terres la baryte et la strontiane forment deux ordres de pierres assez bornées. Quoique ces terres pures puissent cristalliser par l’art, on ne les a pas encore trouvées dans le règne minéral en cet état. Elles sont toujours combinées, ou avec l’acide carbonique, ou avec l’acide sulfurique ; et c’est sous ces formes de carbonates et de sulfates qu’elles se présentent dans les terrains primitifs. Elles accompagnent particulièrement les filons métalliques.

Les barytites y sont abondans.

La strontiane combinée avec l’acide carbonique, a été premièrement observée à Strontin, en Écosse, d’où lui est venu son nom. Elle est avec un filon de galène, qui se trouve dans des gneis.

On l’a encore trouvée à Léadhills, également en Écosse, avec de la galène :

Et à Braunsdorf, en Saxe…

Les strontianes sont beaucoup plus rares que les barytes.

Toutes ces pierres barytites, strontianites, sont de vrais sels neutres, qui ont cristallisé comme les calcaires, les gypses, les fluors.


DE LA COMPOSITION DES PIERRES GLUCINIQUES, CIRCONIENNES ET GADOLINIQUES.


On trouve dans les terrains primitifs des émeraudes, des bérîls, des hyacinthes et des gadolines[8].

L’émeraude, ou béril, se trouve particulièrement dans les granits graphiques.

On a trouvé l’hyacinthe dans des granits de Suède, composés de feldspath et de hornblende.

La gadolinite se trouve à Ytterby, dans une roche composée de feldspath et de mica…

Nous avons exposé la manière dont on peut concevoir la cristallisation de toutes ces substances, qu’on doit considérer comme des mélanges de différens oxides. Elles ont la dureté et toutes les qualités des composés des oxides métalliques mélangés, tels que l’oxide de fer et de manganèse…


DE LA COMPOSITION DES SUBSTANCES MÉTALLIQUES, DANS LES TERRAINS PRIMITIFS.


Les substances métalliques se présentent, dans les terrains primitifs, sous différens états.

En filons ou gangs des Allemands.

En amas, nids ou rognons, stock-werck des Allemands.

Nous allons parler de chacune de ces substances.


Des filons.


On appelle filon, une veine quelconque de substances hétérogènes au terrain dans lequel elles se trouvent, et qui le traverse dans une étendue plus ou moins considérable. Ce filon ou veine, s’étend presque toujours en ligne droite. Souvent il traverse plusieurs montagnes, et même des vallées, sans se déranger de sa direction.

Cependant, il est quelquefois interrompu par des masses hétérogènes qu’on appelle crins, failles, spruns.

D’autres fois, il est étranglé, c’est-à-dire, qu’il diminue au point qu’on ne l’aperçoit presque plus ; et, plus loin, il reparaît avec sa première puissance, comme le filon de la Biscaina, au Mexique.

Il arrive souvent que plusieurs filons se croisent et, se coupent dans des sens différens.

On distingue, en général, deux espèces de filons, les pierreux et les métalliques.

Les filons pierreux sont des veines de pierres différentes de celles du terrain où elles se trouvent. On observe, par exemple,

souvent des filons de quartz peu épais dans le gneis, qui se propagent, en ligne directe, à d’assez grandes distances.

« L’or des mines de Pataz, au Pérou, dit Humboldt, Histoire de la Nouvelle-Espagne, pag. 604, se retire des filons de quartz qui traversent les roches primitives ».

Les filons métalliques, dont il s’agit ici, sont des veines qui renferment une ou plusieurs substances métalliques.

On distingue, dans un filon, le toît, le mur et la salbande.

Le toît, T., est la partie qui couvre le filon.

Le mur, M., est la partie sur laquelle repose le filon.

La salbande, S., est une partie terreuse ou pierreuse, qui accompagne le minéral contenu dans le filon ; car tout l’espace compris entre le toît et le mur n’est pas ordinairement rempli des minerais. Les deux portions de la salbande, qui touchent le toît et le mur s’appelent lisières du filon.

La tête du filon est sa partie la plus prêche de la surface de la terre.

L’inclinaison du filon se mesure par sa direction, relativement à la verticale.

La direction du filon s’estime relativement à sa manche au sud ou au nord.

La puissance du filon est son épaisseur.

Le plus grand nombre des filons a plus de puissance à sa tête, et elle diminue à mesure que le filon s’enfonce dans le sein de la terre, en sorte que le filon affecte la forme d’un coin.

Cependant, il y a des exceptions à cette loi générale.

A Freiberg, en Saxe, il y a un filon appelé Kuhcacht, dont la puissance augmente en s’enfonçant.

En Franconie, le filon appelé Golderanach, a moins de puissance à sa tête.

Les filons métalliques se trouvent ordinairement dans les terrains primitifs, les gneis, les schistes primitifs, les lydiennes, les porphyres, les calcaires primitifs, les grauwackes.

Il y en a aussi dans les granits. J’ai vu un filon de galène dans du granit, dans la montagne d’Ajou ; on en trouve également dans plusieurs autres montagnes.


Des stock-wercks ou amas.


Les substances métalliques se trouvent quelquefois en amas ou nids, que les mineurs allemands appèlent stock-werks.

Schreiber a décrit un grand nombre de petits filons, qui se trouvent à Allemont aux Chalanches, dans l’ancien Dauphiné, et qui, se réunissant forment des amas ou stock-werks. (Journal de Physique, année 1786).

« Le cinabre, dans la mine de Santa-Barbara, à Huancavelica, dit Humboldt, pag. 589, forme des strates particuliers. Quelquefois, il se trouve en petits filons, qui se traînent et se réunissent en amas (stock-werks), il en résulte que la masse métallisée n’a généralement que 60 à 70 mètres de largeur ».


Des couche métalliques, floez.


Les substances métalliques se trouvent quelquefois en couches, dans les terrains primitifs.

« La Veta Madre, ou le filon principal de Guanaxuato, dit Humboldt, pag. 524, a beaucoup de ressemblance avec le célèbre filon de spital, de Schemnitz, en Hongrie. Les mineurs allemands, qui ont eu occasion d’examiner l’un et l’autre de ces minerais ont agité la question si l’on doit les considérer comme de vrais filons, ou comme des couches métallifères (erz lager). En n’observant la Véta Madre de Guanaxuato que dans les mines de Valenciana ou de Rayas, où le toît et le mur sont du thon-schieffer, on serait tenté d’admettre la dernière de ces opinions…

Tous les faits que nous venons de rapporter sont confirmés par les descriptions des puissans filons métalliques qu’on observe au Pérou et au Mexique, et qui nous ont été donnés par Humbold[9]. Il parle d’abord des diiférens gîtes des substances métalliques.

« Le filon de Guanaxuato, dit-il, page 494, le plus riche de toute l’Amérique, traverse un schiste primitif (thon-schieffer), qui passe souvent au schiste talqueux (talk schieffer). La serpentine de Zimapan paraît dénuée de tous métaux. »

(« Les riches filons de Zacatecas sont également dans des schistes primitifs, page 534 »)

« Les porphyres du Mexique, dit-il, page 494, peuvent être considérés, en grande partie, comme des roches éminemment riches en mines d’or et d’argent…, ce qui les caractérise tous, c’est la présence constante de l’amphibole (hornblende) et l’absence du quartz si commun dans les porphyres primitifs de l’Europe, surtout dans ceux qui forment des couches dans les gneis. Le feldspath commun se présente rarement dans les porphyres mexicains ; il n’est propre qu’aux formations les plus anciennes, à celles de Pashuca, de Real del Monte, et de Moram,


dont les filons fournissent deux fois autant d’argent que la Saxe entière. »

« Le plus souvent on ne découvre dans les porphyres de l’Amérique espagnole, que du feldspath vitreux ; la roche qui est traversée par le riche filon aurifère de Villapando, près de au Guanaxuato, est un porphyre dont la base se rapproche du klingstein (phonolite) et dans lequel l’amphibole est extrêmement rare. »

« Plusieurs de ces terrains, de la nouvelle Espagne, ont de grandes analogies avec les roches problématiques de la Hongrie, désignées par Déborn, sous la dénomination de Saxum métalliferum. »

« Les filons de Zimapan, les plus instructifs sous le rapport des minéraux, traversent des porphyres à base de grunstein, porphyres qui paraissent appartenir aux roches trappéenes de nouvelle formation. »

« Parmi les roches de transition qui renferment des minerais d’argent, on peut citer le calcaire de transition (uebergangs kallstein) du Réal del Cardinal, de Xacala, et de Lomo du Toro au nord de Zimapan. »

« Le grauwacke alternant avec le grauwacke-schieffer, n’est pas moins riche en métaux au Mexique, que dans plusieurs à parties de l’Allemagne. C’est dans cette roche, dont la formation a précédé immédiatement celle des roches secondaires, que paraissent se trouver plusieurs filons de zacatecas. »

« À Villapando (page 504), l’or se trouve en grande quantité dans un limon argileux.

« à mesure que le nord du Méxique sera parcouru par des géologues instruits, on reconnaîtra que les richesses métalliques du Mexique n’appartiennent pas exclusivement aux terrains primitifs et aux montagnes de transition ; mais, qu’elles s’étendent aussi à celles de formation secondaire J’ignore si le plomb qui s’exploite dans la partie méridionale de l’intendance de San Luis Potosi, se trouve en filons ou en couches ; mais il paraît certain que les filons d’argent du Réal de Catorce, comme ceux du Doctor et du Xaschi, près de Zimapan, traversent la pierre calcaire alpine (alpenkalkstein). Cette roche repose sur un poudding à ciment siliceux, que l’on peut regarder comme la plus ancienne des formations secondaires ; le calcaire alpin et le calcaire du Jura (Jura kalkstein), renferment les célèbres mines d’argent de Tasco, et celles de Tehuilotepeo, dans l’intendance de México ; et c’est dans ces roches calcaires, que les nombreux filons, qui sont dans ce pays l’objet d’une exploitation très-ancienne, ont montré le plus de richesses.

« La filon de la Vélandgra, dans les Mines de la Sombrette (page 536), est si riche qu’il a donné dans l’espace de quelques mois, un produit net de plus de vingt millions de livres tournois. Il se trouve dans une pierre calcaire compacte, qui renfermait comme celle de la Sanceda, du kiesseschiffer, et de la pierre lydique. C’est surtout dans cè district des mines, qu’abonde l’argent rouge sombre. On l’a vu former toute la masse des filons qui ont plus d’un mètre de puissance.

« Il résulte de cet aperçu général des gites métallifères (Erz fuhrende lagerstate), que les Cordilières du Mexique offrent des filons dans une grande variété de roches, et que celles qui fournissent dans le moment actuel la presque totalité de l’argent exporté annuellement de la Véra-Crux, sont les schistes primitifs, la grawacke, et la pierre calcaire alpine, traversés par les principaux filons de Guanaxuato, de Zacatecas et de Catorce.

» C’est aussi dans un schiste primitif, sur lequel repose du porphyre argileux, contentant des grenats, que sont renfermées les richesses du Potosi, dans le royaume de Buénos-Ayres.

« Au Pérou, au contraire, c’est dans la pierre calcaire alpine que se trouvent les mines de Hualguyoc, ou de Chora, et celles de Yauricocha, ou de Pasco, qui, ensemble, rendent annuellement deux fois autant d’argent que toutes les mines » d’Allemagne.

« Plus on étudie en grand la constitution géologique du globe, et plus on reconnaît qu’il existe à peine une couche qui, dans de certaines contrées, n’ait été trouvée éminemment métallifère ».

« Le plus souvent la richesse des filons est indépendante de la nature des couches que ces filons traversent ».

Des terrains volcaniques paraissent aussi contenir des substances métalliques.

On trouve, au Vésuve, de l’arsenic sulfuré rouge, ou réalgar sublimé.

Il y aussi du plomb sulfuré ou galène.

Au Mexique, des terrains volcaniques contiennent également des substances métalliques.

« Du sein de ces montagnes de calcaire compacte secondaire (à Catorce), dit Humboldt, pag. 536, s’élèvent, comme dans le Vicentin, des masses de basalte et d’amygdaloïde poreuses, qui ressemblent à des produits volcaniques, et qui renferment de l’olivine, de la zéolite et de l’obsidienne. Un grand nombre de filons peu puissans, et très-variables dans leur largeur et leur direction, traverse la pierre calcaire, qui elle-même recouvre un thon-schieffer de transition ».

Les gîtes métalliques varient beaucoup pour leurs richesses. Il en est qui contiennent peu de substances métalliques, d’autres

en contiennent de grandes quantités, et ils se propagent à des distances plus ou moins considérables.

« On observe, dit Humboldt, pag. 496, dans les mines les plus célèbres de l’Europe, que les terrains souterrains se dirigent sur une multitude de filons peu puissans, comme dans les montagnes primitives de la Saxe, ou sur un très-petit nombre de gîtes de minerais d’une puissance extraordinaire, comme Clausthal au Hartz, et près de Schemnitz, en Hongrie.

« Les Cordilières du Mexique offrent de fréquens exemples de ces deux genres d’exploitation. Cependant, les districts des mines dont la richesse est la plus considérable, ceux de Guanaxuato, de Zacatecas et de Réal del monte, ne présentent chacun qu’un filon principal (Véta Madre). On cite, à Freyberg, comme un phénomène remarquable, le filon appelé Halsbrükner spath, dont la puissance est de deux mètres, et qui a été reconnue dans une longueur de six mille deux cents mètres. La Véta Madre de Guanaxuato, dont il a été extrait, dans les derniers dix ans, plus de six millions de marcs d’argent, à une puissance de 40 à 45 mètres. Elle est exploitée depuis Santa-Isabella et San-Bruno, jusqu’à Buonavista, sur une longueur de plus de 12,700 mètres.

» Les quatre filons (dit-il, pag. 539) de la Biscaina, du Rosario, de Cabreka et de Lincino parcourent les districts de Réal del monte, de Moran et de Pachuca, à des distances extraordinaires, sans changer de direction, et presque sans rencontrer d’autres filons qui les traversent ou les dérangent »

Les filons se trouvent à différentes élévations au-dessus du niveau de la mer.

« Dans l’ancien continent, dit Humboldt, page 496, les filons de Freyberg et de Chausthal, qui traversent des montagnes de gneis et de grauwacke, viennent au jour dans des plateaux, dont l’élévation n’est que de 350 à 370 mètres ; Cette élévation peut être regardée comme la hauteur moyenne des mines les plus abondantes de l’Allemagne. »

« Dans le nouveau continent, les richesses métalliques sont déposées, par la nature, sur le dos même des cordilières, quelquefois dans des sites peu éloignés des limites des neiges perpétuelles. Les exploitations les plus célèbres du Mexique, se trouvent à des hauteurs absolues de 1,800 à 3,000 mètres. »

« Dans les Andes, les districts des mines du Potosi, d’Oruro, de la Paz, de Pasco, et de Hualgayoc, appartiennent à une région dont l’élévation surpasse celle des plus hautes cîmes des Pyrénées. Près de la petite ville de Muipampa, dont la grande place, d’après ma mesure, est élevée de 3,618 mètres au-dessus du niveau de la mer, un amas de minerai d’argent connu sous le nom de cerro de hualgayoc, a offert d’immenses richesses dans ses affleuremens, à une hauteur absolue de 4,100 mètres. »

Les filons se coupent quelquefois.

« À Villalpando, dans les mines de Santa-crux, dit humboldt, age 504, le filon principal est traversé par un grand nombre de petits filons pourris, d’une richesse extrême. »

« Le limon argileux, dont ces filons sont remplis, contient une si grande quantité d’or, disséminé en parcelles impalpables, qu’on force les mineurs, lorsqu’ils sortent presque nues de la mine, de se laver dans des grandes cuves. »

Les filons se divisent quelquefois en plusieurs branches, et d’autres fois ils se réunissent,

« Dans la mine de Valenciana, dit Humboldt, page 525, la vêta madre a été trouvée sans ramification, et de 7 mètres de largeur depuis la surface, jusqu’à la profondeur de 170 mètres ; à ce point, elle se divise en trois branches, et sa puissance, en comptant du mur au toît de la masse entière, est de 50, quelquefois même de 60 mètres. De ces trois branches de filons il n’y en a généralement qu’une seule qui soit riche en métaux. Quelquefois toutes les trois se joignent et se traînent comme à Valenciana, près du puits de San Antonio : à 300 mètres de profondeur, le filon offre d’immenses richesses sur une puissance de plus de 25 mètres : dans la Pertonancia de Santa Leocadia, ont observe quatre branches. Un trum, dont l’inclinaison est de 65 degrés, se sépare de la branche inférieure (cuerpo baxo) et coupe les feuillets de la roche du mur. »

« Le filon de la Biscaina, dit-il, page S40, se divise en trois filons différens. »

« Le filon de Cinabre, dit-il, page 589, se divise en petits filons qui se traînent et se réunissent en amas (stock-werde). Quelques filons paraissent se perdre pendant un certain espace, sont étranglés, et se retrouvent ensuite avec leur même puissance. »

« Le filon de la Biscaina, dit Humboldt, pag. 542, à l’est et à l’ouest du point central où il était le plus riche, c’est-à-dire, le puits de Santa-Theresa, se trouve ÉTRANGLÉ sur une distance de plus de 400 mètres. Il conserve sa direction primitive ; mais, dépourvu de métaux, il est réduit à une veine presque imperceptible. Pendant long-tems, on avait cru que ce filon se perdait insensiblement dans la roche ; mais, en 1798, on découvrit des métaux très-riches, à une distance de plus de 500 mètres à l’est et à l’ouest du centre des anciens travaux. On creusa dès-lors les puits de San-Ramo et de San-Pedro : on reconnut que le filon reprend son ancienne puissance, et qu’un champ immense se présente à de nouvelles exploitations ».

Plusieurs filons sont presque horizontaux.

D’autres approchent plus ou moins de la verticale.

Enfin des troisièmes sont en partie horizontaux, et en partie verticaux ; c’est-à-dire qu’ils sont coudés.

Mais le plus grand nombre des filons est incliné. Il paraît même que les plus riches sont inclinés de 40 à 60 degrés. Celui de Guanaxuato, peut-être le plus riche qu’on connaisse, est incliné de 45 à 48 degrés au sud-ouest.

Les substances métalliques sont rarement pures dans les mines. Elles sont le plus souvent mélangées entr’elles ; ainsi l’or y est presque toujours mélange avec l’argent, le fer.

L’argent y est mélangé avec l’or, le fer… et la plupart des autres métaux.

Le tellure est mélangé avec l’or, l’argent, le plomb…

Au Mexique, l’argent se trouve ordinairement en filons, en amas, en couchés.

« Mais l’or mexicain, dit Humboldt, page 503, provient, pour la plus grande partie, des terrains d’alluvion, dont on l’extrait par des lavages.

« Une autre partie de l’or mexicain est, extraite des filons qui traversent les montagnes de roches primitives. C’est dans la province d’Oaxaca que les filons d’or natif sont les plus fréquens.

« L’or péruvien, dit-il page 604, provient en partie des provinces de Pataz et de Huailas, où on le retire des filons de quartz, qui traversent des roches primitives, en partie des lavages. »

La platine est également dans les terrains d’alluvion. On n’en a pas encore trouvé de filons.


DE LA FORMATION DES FILONS.


L’origine des gites ou amas des substances métalliques, et leur formation, ont été les objets de grandes discussions parmi les minéralogistes.

Quelques auteurs, tels, que Descartes, Kircker… ont supposé que les substances métalliques, qu’on trouve à la croûte du globe, ont été sublimées de son centre, ou au moins d’une grande profondeur, par la chaleur souterraine, et se sont déposées dans le sein des montagnes…

(Ils avaient attribué à la même cause l’origine des fontaines.)

Mais cette hypothèse, n’étant appuyée par aucun fait, est aujourd’hui presque généralement abandonnée.

L’opinion la plus universellement reçue suppose que toutes ces substances qui forment les filons, soit pierreux, soit métalliques, existaient avec les terrains qui les contiennent aujourd’hui, et se sont ensuite déposées suivant les lois des affinités.

Mais comment ont-elles été ainsi déposées, ou en filons, ou en amas, Stockwercks, ou en couches, Floez ?

Agricola disait qu’il s’était formé, dans les montagnes à filons, des fentes plus ou moins considérables, larges en haut au jour et se terminant en coins dans leurs parties inférieures. Des eaux chargées de substances métalliques ou pierreuses, sont venues postérieurement remplir ces fentes, et y ont déposé les filons métalliques ou pierreux.

Quelques minéralogistes qui ont adopté cette opinion d’Agricola, pensent que ces fentes furent remplies par les eaux des mers, et que par conséquent ces filons furent formes dans le sein des mers.

D’autres soutiennent que ces fentes ne furent formées qu’après que les continens furent sortis du sein des mers, et qu’elles furent remplies par des eaux douces, qui y déposèrent les substances métalliques.

D’autres disent que tous les filons, plus ou moins inclinés, ou verticaux, ont été déposés primitivement en couches horizontales, ou à peu prés horizontales ; et postérieurement ces terrains ont été renversés, et les filons, d’abord horizontaux, se sont trouvés plus ou moins inclinés.

J’ai fait voir (Théorie de la Terre, tome 4, page 100) que ces opinions ne pouvaient se soutenir, et qu’il fallait rechercher la formation des filons dans les lois générales de la cristallisation.

Car lorsque les filons se divisent, et se réunissent ensuite, comme les filons de la Biscaina, celui de Valenciana, celui de Cinabre, des mines de Santa-Barbara… quelle est la cause qui aurait produit ces effets, dans l’hypothèse que les filons auraient été des fentes ?

Je pense donc que primitivement les masses métalliques et pierreuses, dont sont formés les filons, étaient mélangées avec les diverses substances, dont furent composées les montagnes et autres terrains primitifs où se trouvent ces filons.

Dans, la cristallisation générale de ces masses, chacune de ces substances obéit aux lois générales des affinités, et se réunit en portions plus ou moins considérables, les granits, ou les porphyres, les gneis… les substances métalliques, se réunirent également, ou en filons, ou en amas, ou en couches.

Lorsque la cristallisation ne fut pas précipitée, il se forma des cristaux distincts, et chaque substance cristallisa séparément ; ainsi on trouve souvent, dans un même filon, des cristaux

D’or,
D’argent natif,
De cuivre,  : :D’antimoine,
Des galènes,
Des blendes,
Des quartz,
Des fluors,
Des barytites,
Des strontianites.

Lorsque la cristallisation a été un peu précipitée, ces différentes substances pierreuses et métalliques sont plus ou moins mélangées, et on ne les distingue qu’avec peine.

Enfin, lorsque la cristallisation a été très-précipitée, les substances métalliques furent toutes mélangées, et formèrent des masses, telles que les diverses variétés de sulfures, de grangiltigers, de cuivre gris.

Mais quelques fois ces substances métalliques ne purent toutes se réunir en filons, en amas ou en couches, et il en demeura une partie disséminée dans là masse des montagnes, et qui forme ce qu’on nomme des mouches.

Cet exposé prouve que la formation des filons, soit métalliques, soit pierreux, des terrains primitifs, s’est opérée suivant les lois générales de la cristallisation, et que chaque substance a obéi aux affinités, dans la formation première des terrains primitifs.

Mais nous avons vu que postérieurement il y a eu des masses métalliques des filons déposés dans des terrains qui ont été remaniés par les eaux, comme des granwackes, dans des terrains volcaniques.

De puissans filons se trouvent dans les granwacks de Zacatecas

Des filons se trouvent dans des terrains volcaniques contenant de l’olivine, comme à Catorce

On doit conclure que les masses métalliques ont été déposées dans ces terrains à des époques postérieures à la première formation des terrains primitifs. Elles ont été mélangées avec ces diverses substances, et s’en sont séparées en obéissant aux lois des affinités…

Une des principales difficultés qui se présente, est de savoir pourquoi ces cristallisations des substances métalliques n’ont pas toujours formé des amas, mais ont fait le plus souvent, dans le sein des montagnes, des veines, ou filons, plus ou moins prolongés en ligne droite, quelquefois à des distances considérables, ainsi que nous l’avons vu.

Il y a des faits qui peuvent jeter quelque lumière sur cette direction en ligne droite des filons. Quelques schistes sont traversés en ligne droite par des filons quartzeux très-minces. Les lois des affinités ont fait séparer ces quartz des autres substances.

Ces quartz forment quelquefois des amas, ou espèce de stocks wercks.

D’autres fois, ils cristallisent en filons, plus ou moins prolongés.

Les mêmes phénomènes ont eu lieu pour les substances métalliques.


DE LA COMPOSITION DU CARBONE, ET DE L’ANTHRACITE DANS LES TERRAINS PRIMITIFS.


Le carbone se trouve en assez grande quantité dans les terrains primitifs sous forme d’anthracite. Il y en a dans la Maurienne…

On en a trouvé dans du granit, commune de Mussi, proche la Clayette.

Le carbone est aussi très-abondant dans ces terrains, combiné avec l’oxigène, sous forme d’acide carbonique.

Mais l’anthracite peut être dans les terrains secondaires. Héricart de Thury en a trouvé aux Challanches, en Dauphiné, avec des impressions de plantes. Sans doute il y a été apporté, des terrains primitifs.

L’anthracite se trouve ordinairement en amas, ou espèce de stock-werk…

faut donc supposer que l’anthracite a été déposé comme les mines métalliques, et par les mêmes causes.

Car le carbone pur peut être considéré comme les métaux purs, comme la baryte, comme la strontiane pure, et cristalliser de la même manière.

On pourrait peut-être aussi considérer l’anthracite comme un oxide de carbone, qui est combiné avec : l’oxide de fer…


DE LA COMPOSITION DE LA PLOMBAGINE DANS LES TERRAINS PRIMITIFS.


La plombagine ne se trouve que dans les terrains primitifs, et elle n’y est qu’en assez petite quantité.

La plombagine forme le plus souvent des amas des espèces de stock-werk, comme celle de Reswick, dans le duché de Cumberland, en Angleterre. Elle s’y trouve dans des schistes. primitifs (thon schieffer), et y forme des amas ou rognons, qui ont jusqu’à neuf pieds de puissance.

Elle forme rarement des filons.

Sa cristallisation s’est opérée, comme celle des substances métalliques, suivant les lois des affinités ; on doit la considérer comme une combinaison d’oxide de fer, et d’oxide de charbon.


DE LA COMPOSITION DU SOUFRE DANS LES TERRAINS PRIMITIFS.


Le soufre se trouve en grande quantité dans les terrains primitifs. Mais il y est le plus souvent en état de combinaison sous deux états différens.

1°. À l’état de sulfure, comme dans tous les métaux sulfurés, les sulfures d’argent, de cuivre, de fer, de plomb, d’étain, de zinc, d’antimoine…

2°. Le soufre se trouve aussi combiné avec l’oxygène, comme soufre rouge, acide sulfureux, et acide sulfurique.

Le soufre se trouve aussi quelquefois pur dans les terrains primitifs. Deborn parle de soufre natif qui se trouve dans du schiste micacé à Glashult, près de Schemnitz, en Hongrie, (Catalogue du Cabinet de mademoiselle Roab, tome 2, page 94).

On a également trouvé du soufre à Moutiers, dans des terrains primitifs.

On doit supposer que le soufre a été formé primitivement, ainsi que les autres substances, comme nous l’avons dit, et a cristallisé de la même manière, comme la baryte et la strontiane pures, les métaux natifs…


LA COMPOSITION DU PHOSPHORE DANS LES TERRAINS PRIMITIFS.


Le phosphore n’a point été trouvé pur dans les terrains primitifs. Il a trop d’affinité avec l’oxygène.

Mais il y est combiné avec l’oxygène sous forme d’acide phosphorique, comme dans les phosphates de plomb, de fer…

Ou dans les appatits, ou phosphates terreux.

La formation et la cristallisation de toutes ces substances, les métalliques, l’anthracite, la plombagine, le soufre, le phosphore… se sont opérées par les moyens que nous avons exposés.

Il faut supposer que dans le principe, leurs molécules étaient à l’état naissant.


DE LA DIRECTION DES FILONS MÉTALLIQUES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Des savans mineurs prétendent que les filons métalliques affectent en général des directions particulières. Genetté suppose que cette direction est en général de l’ouest à l’orient, c’est-à-dire du couchant au levant. Voici ce qu’il en dit dans son ouvrage de l’Origine des fontaines, page 92.

« Dans les mines, les marches des veines d’or, d’argent, de cuivre, de plomb, et autres qui me sont connues en Europe, telles que celles de Hurtz haut et bas, du comté de Mansfeld, » de la Misnie, de la Bohême, de la Hongrie, de la Transilvanie, etc. Cette marche, dis-je, marque une plus grande régularité que celle des chaînes de montagnes qui élèvent les continens de toutes les parties de la terre habitable : car, depuis le Hartz jusqu’au centre des mines de Transilvanie, la marche générale ou la traînée des veines contenant les métaux et les minéraux dont je viens de parler, se dirige du couchant au levant, en se déclinant seulement au midi de neuf à dix degrés. La marche particulière des veines capitales de chaque pays, ne diffère pas sensiblement de la direction générale ».

Les mines métalliques du Méxique et du Pérou paraissent également affecter des directions particulières.

« La partie des montagnes méxicaines qui produit aujourd’hui la plus grande quantité d’argent, dit Humboldt pag. 500, est contenue entre les parallèles de vingt-un et de vingt-quatre degrés et demi. Les célèbres mines de Guanaxuato, ne sont éloignées en ligne droite de celles de San-Luis-Potosi, que de trente lieues ; de San-Luis à Zacatecas il y en a quarante, de Zacatecas à Catorce trente-une, et de Catorce à Durango, soixante-quatorze lieues.

« Il est assez remarquable que les richesses métalliques de la Nouvelle-Espagne et du Pérou se trouvent placées dans les si deux hémisphères, presque à égale distance de l’équateur. »

Il divise les mines du Méxique en huit groupes principaux.

« Le groupe central des mines du Méxique, Guanaxuato, Catorce, Zacatecas est de 21° à 24° 10′ de latitude boréale, et de 102° 39′ à 105° 5′ de longitude occidentale.

Le second groupe (de Durango et de Sonora), est de 23° à 24 degrés 15′ de latitude boréale, et 106° 30′ à 109° 30′ de longitude occidentale à 109° 50′.

« Le troisième groupe (celui de chihuahua), est de 26° 50′ à 29° 10′ de latitude boréale, et de 106° 30′ à 109° 30 ′ de longitude.

« Le quatrième groupe (celui de la Biscaina), est de 20° 5′ à 21° 30x′ de latitude boréale, et de 100° 30′ à 102° de longitude.

« Le cinquième groupe (groupe de Zimapan), de 20° 40′ à 21° 30′ de latitude boréale, est de 100° 30′ à 102° de longitude.

« Le Sixième groupe, (celui de la nouvelle Galice), est de

« 21° 5′ à 22° 30′ de latitude boréale, et de 105 à IO6° 30′ de longitude occidentale.

« Le septième groupe (celui de Tasco), de 18° 10′ à 19° 20′ de latitude boréale, est de 101° 30′ à 102° 45′ de longitude.

« Le huitième groupe (celui de Oaxaca), de 16° 40′ à 18° de latitude boréale, est de 98° 15′ à 99° 50′ de longitude occidentale.

Les mines du Pérou sont pareillement à une distance égale de l’équateur, dans la latitude australe.

Ces faits présentés par Genetté, par Humboldt, sont précieux, mais je pense qu’il n’y a pas encore un assez grand nombre de faits constatés pour pouvoir fournir une opinion motivée sur cette direction des filons métalliques. On doit continuer de recueillir des faits, et suspendre encore son jugement.


DE LA COMPOSITION DES ROCHES, OU PIERRES AGREGÉES DES TERRAINS PRIMITIFS.


J’ai décrit les roches dans mes Leçons de Minéralogie, tom. 2, page 428, et je les à divisées en plusieurs ordres, à raison des substances dont elles sont composées.

1. Roches siliceuses.
2. Roches argileuses.
3. Roches magnésines.
4. Roches calcaires.
5. Roches baritiques.
6. Roches strontianiques.
7. Roches gluciniques.
8. Roches circoniennes.
9. Roches gadoliniques.
10. Roches sulfureuses.
11. Roches anthraciènes.
12. Roches métalliques.
13. Roches volcaniques.

Il faut ajouter,

14. Roches salines, telles que celles qui contiennent du borax, du sel marin, du sel ammoniac.

Pour bien concevoir la cristallisation de ces roches ou pierres agrégées, il faut rappeler ce que nous avons dit sur la cristallisation des différentes pierres homogènes.

Le quartz paraît composé de silice pur : c’est un oxide de silicienne.

Le saphir est composé d’alumine pur : c’est un oxide d’aluminium.

Nous avons vu que cette silice a été formée primitivement par la combinaison des parties premières de matière, ou par celle des fluides éthérés ou aériformes. Ses molécules, à l’état naissant, se sont combinées entr’elles, soit dans le vide, soit dans l’air, lorsqu’elles se sont rencontrées, et ont formé les quartz, les opales… suivant la nature de la cristallisation.

Les mêmes combinaisons ont pu s’opérer dans le sein des eaux…

L’alumine a été produite de la même manière, soit dans le vide, soit dans l’air, soit dans l’eau, et a, par ses combinaisons, produit les saphirs, les corrindous…

Ces deux terres, la silice et l’alumine, ont pu, dans les mêmes circonstances, se combiner entr’elles, et auront formé les ceylanites, les chrysopales…

Ces deux terres, la silice et l’alumine, pourront se combiner avec les autres terres, des oxides métalliques, des alkalis… et formeront diverses substances.

Le feldspatb, par exemple, est composé de silice, d’alumine, de chaux, de potasse, de fer oxidé… Toutes ces substances se seront combinées entr’elles.

Le mica est composé de silice, de magnésie, de chaux, de potasse, de fer oxidé…

L’hornblende est composé de silice, d’alumine, de chaux, de magnésie, de potasse, de fer oxidé…

Le grenat est composé de silice, d’alumine, de chaux, de fer oxidé…

Supposons réunies de grandes quantités de ces différentes terres, de ces alkalis, de ces oxides métalliques…

Supposons que toutes ces substances cristallisent ensemble, et forment des masses homogènes… ce seront des pétrosilex, des cornéennes, des lydiennes, des schistes…

Supposons que toutes ces terres, alkalis, oxides, métalliques… cristallisent séparément en petites masses réunies, elles formeront des granits, des gneis, des granitoïdes, des porphyres, des porphyroïdes…

Lorsque des acides viendront se réunir à ces diverses substances terreuses, alkalines, métalliques, ce seront de nouvelles. combinaisons, des sels neutres…

Si un acide se combine à une seule terre, par exemple, on aura du calcaire, du gypse, du fluor, de l’appatit, du barytite, du strontianite…

Si un acide se combine avec plusieurs terres, on aura la topaze, le rubis…

Enfin, si l’acide se combine avec plusieurs terres et avec des alkalis, on aura d’autres combinaisons, telle que la cryolite…

Lorsque toutes ces cristallisations particulières se réuniront en petites masses, elles formeront les différens granitoïdes, porphyroïdes… dont nous avons parlé.

Toutes ces cristallisations s’opèrent comme celles de différens sels neutres mélangés, le nitre, le sel marin, la sulfate de potasse…


DES CAUSES DE L’INCLINAISON DES COUCHES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Ces couches sont quelquefois horizontales ; mais, le plus souvent, elles sont plus ou moins inclinées, et même approchent quelquefois de la verticale.

Les couches de gneis, dont est formé le Mont-Rose, par exemple, sont à-peu-près horizontales, dit Saussure.

Dans d’autres terrains primitifs, les couches sont. plus ou moins inclinées, et approchent quelquefois de la verticale. Quelquefois elles sont arquées. Saussure, en parlant des aiguilles rouges, chaîne du Mont-Blanc, dit : « Ces roches sont divisées par couches bien distinctes, à-peu-près verticales… On y observe des veines, tantôt planes, tantôt ondées, mais toujours régulières et parallèles entr’elles… §. 642 ».

Les Alpes, les Pyrénées, et toutes les grandes chaînes de montagnes primitives, présentent un nombre immense de couches diversement inclinées.

On doit donc distinguer trois états différens, dans la stratification des couches primitives.

1°. Les couches horizontales.

Leur formation se conçoit facilement. Les eaux déposent le plus souvent dans une position horizontale, les substances qu’elles tiennent ou en. dissolution, ou dans un état de suspension, lorsque le sol sur lequel s’opère le dépôt est lui-même horizontal ; c’est ce qu’on observe constamment dans tous les dépôts que font les eaux.

2°. Les couches peu inclinées.

La formation des couches peu inclinées a été opérée à peu près comme celles des couches horizontales.

3°. Les couches assez inclinées pour approcher de la verticale.

Mais quelques couches des terrains primitifs approchent plus ou moins de la verticale. Plusieurs causes paraissent avoir concouru à leur formation.

a. Quelques-unes de ces couches ont pu avoir été formées par. cristallisation, comme un des côtés du Mont-Blanc, élevé de 1600 toises, dont nous avons parlé.

b. D’autres couches seront verticales, si elles ont été déposées sur des terrains très-inclinés. Supposons effectivement des couches comme celles de Mont-Bose se déposer sur cette partie du Mont-Blanc, qui est presque verticale. Elles auront la même inclinaison.

Les couches de houilles de la montagne Saint-Gilles, proche Liège, en fournissent des exemples qu’on ne saurait révoquer en doute. Une partie de ces couches est horizontale ; d’autres sont plus ou moins inclinées ; enfin, quelques-unes sont presque verticales, comme on le voit dans la planche qu’en a donné Genetté.

c. Mais, souvent, cette inclinaison presque verticale des couches à été produite par des mouvemens postérieurs à leur formation.

1°. Par un affaissement de leurs bases.

a. Par des tremblernens de terre. Nous verrons qu’ils sont très-fréquens dans les terrains primitifs, et qu’ils y produisent quelquefois des bouleversemens considérables, des montagnes renversées…

3°. Par l’action des courans, soit avant, soit après l’apparition des continens…


DE LA FORMATION DES MONTAGNES, DES PLAINES, ET DES VALLÉES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Toutes ces substances des terrains primitifs, dont nous venons d’exposer les cristallisations particulières, ont formé, par leur réunion, la masse entière du globe terrestre. On doit supposer qu’en général, les plus pesantes se sont le plus rapprochées du centre. Des faits particuliers que nous avons rapportés ne laissent aucun doute à cet égard. D’ailleurs, le magnétisme de la masse générale nous indique que le fer est la portion dominante de cette masse.

Mais ces cristallisations ont-elles formé à l’extérieur une surface plane, ou à peu près plane ? Ou cette surface était-elle primitivement hérissée de montagnes, comme elle l’est aujourd’hui ? Cette dernière opinion me paraît la plus vraisemblable

Lorsqu’on fait cristalliser régulièrement plusieurs substances dans un vaste réservoir, elles ne forment pas-une surface plane ; mais elles s’accumulent çà et là par groupes plus ou moins considérables, qui forment de grandes masses de cristaux réunis. Ces groupes ont différens degrés d’élévation dans la liqueur. Il est même des sels grimpans, dont les cristaux s’amoncèlent les uns sur les autres, et sortent de la liqueur. Tel est le sulfate de potasse avec excès d’acide. Plusieurs de ces groupes peuvent avoir une direction presque perpendiculaire, et s’élever à peu près verticalement… Tous ces groupes différens reposent sur une masse commune qui leur sert de base.

Il n’est pas douteux que des causes particulières déterminent la situation de ces groupes, dans tel endroit, plutôt que dans tel autre. Mais ceci tient absolument à des circonstances locales.

Dans des lacs salés, on observe que des portions en sont très-chargées de sels, tandis qu’il n’y a point ou peu dans d’autres endroits. Si on suppose que les eaux de ces lacs s’évaporent, comme il arrive dans les lacs d’Afrique, il se formera des monticules de sel dans la portion très-salée, tandis qu’il y en aura peu ou point dans les autres endroits. C’est ce qu’on voit dans le lac des Marques et autres, ainsi que le rapporte Shaw : « Le Jibbel-had-Deffa est une montagne de sel toute entière, située à l’extrémité orientale du lac des Marques », dit-il. On doit en conclure qu’il y a eu des causes particulières, qui ont déterminé la formation de cette montagne de sel, dans cet endroit du lac, plutôt que dans un autre.

Chaptal a observé, dans ses manufactures de sels en grand, que l’influence de la lumière contribuait à leurs cristallisations, et leur faisait affecter une direction particulière. Ayant placé des capsules remplies de liqueurs prêtes à cristalliser, telles que des dissolutions de sels neutres à bases alkalines ou métalliques, dans des lieux obscurs, et qui ne recevaient la lumière que d’un côté, il a observé que les masses de cristaux étaient plus nombreuses de ce côté, et s’y dirigeaient particulièrement. Souvent, il n’y avait aucuns cristaux dans la partie des vases qui n’est pas éclairée[10].

Les mêmes phénomènes ont dû avoir lieu, relativement aux cristallisations minérales. Supposons que des nuages épais enveloppassent, dans ce moment, une partie de notre globe, ce qui devait avoir lieu souvent, et qu’ils laissassent seulement quelques passages à la lumière des rayons solaires ; s’ils ont demeuré quelques tems dans cette position, cette cause aura été suffisante pour déterminer la cristallisation dans l’endroit correspondant à la lumière, plutôt qu’ailleurs.

Des nuages plus ou moins chargés d’électricité auront encore pu déterminer ces cristallisations dans un endroit, plutôt que dans un autre, ainsi que nous l’avons vu.

Enfin, nous avons prouvé que les eaux avaient, dans ces tems, une température três-élevée. Il est possible que, par des circonstances locales, quelques portions de ces eaux se soient plus refroidies que d’autres, ce qui détermina des cristallisations particulières, dans ces endroits.

Ces causes, et peut-être quelques autres, purent donc déterminer, dans tel lieu, plutôt que dans tel autre, par exemple, des commencemens de cristallisations. De l’eau chargée, par exemple, d’un acide, rencontrant une autre eau chargée d’une terre, il se formera un sel peu soluble, tel que du spath calcaire, du spath pesant… Ce nouveau sel cristallisera promptement. Or, un premier cristal formé, en attire d’autres qui viennent se réunir autour de lui, comme nous le voyons dans nos laboratoires de chimie, et il s’y amoncèle une masse de cristaux.

Les mêmes circonstances locales auront agi en divers endroits de la partie extérieure du globe, et y auront déterminé différentes masses de cristaux, qui auront formé des groupes plus ou moins proéminens. Ces masses se sont élevées dans le sein des eaux qui les contenaient, et y ont formé nos montagnes primitives.

Il est, par conséquent, demeuré des interstices entre ces diverses masses. Ces interstices étaient plus ou moins considérables. Leur largeur était plus ou moins grande, et s’augmentait à mesure qu’on s’éloignait du centre des groupes de cristaux. Leur pente était plus ou moins rapide, suivant celle de ces groupes eux-mêmes. Ce sont les vallées des terrains primitifs, et leurs plaines.

Quelques-uns de ces groupes peuvent être à peu près verticaux. Ils formèrent, par conséquent, des montagnes très-escarpées, ce qui a formé les falaises. Une des faces du Mont-Blanc, celle qui regarde l’Italie, a environ 1600 toises d’élévation, presque verticale. Toutes ces chaînes, qu’on appelle aiguilles, forment également des masses, qui approchent plus ou moins de la perpendiculaire. Toutes les grandes masses des montagnes primitives présentent de ces pics élevés, dont quelques-unes des faces sont plus ou moins verticales. Néanmoins, les faces de la plus grande partie de ces montagnes sont. devenues plus ou moins inclinées par le laps de tems. Elles ont été dégradées…

Les grandes masses de ces montagnes primitives offrent un autre phénomène assez remarquable, c’est que leurs pentes sont en général inégales. Celles d’un côté sont roides et escarpées, et la pente des autres est douce et se prolonge au loin. Les pentes des Cordilières, du côté de la mer du Sud, sont roides, et celles du côté de la mer Atlantique, sont très-prolongées du côté de la Guyane et du Brésil… Ceci est encore un effet des circonstances locales.

Enfin, dans toutes les grandes masses de montagnes primitives, on observe un centre commun d’attraction, vers lequel se dirigent toutes les couches. Par exemple, toutes les couches des montagnes primitives, qui sont aux environs du Mont-Blanc, se dirigent vers ce centre principal.

On m’a fait une objection sur cette formation des terrains primitifs, et on m’a dit : « Si ces montagnes étaient formées par cristallisation, elles devraient avoir des formes régulières, comme les cristaux eux-mêmes. Elles seraient tétraèdres, octaèdres, cubiques-rhomboïdales… »

J’ai répondu qu’elles ne sont pas, dans mon hypothèse, des cristaux isolés, mais des masses, des groupes, des cristaux : lorsqu’on place, par exemple, dans un marais salant un mât, il se forme autour de ce mât des groupes de cristaux, qui forment une monticule. Cette monticule n’a point de forme régulière, tandis que chaque cristal particulier a conservé la sienne, la cubique.

Je puis ajouter que toutes les masses de montagnes primitives ont été, depuis leur formation, altérées et dégradées par les frimats, les pluies… Leurs hauteurs et leurs masses diminuent journellement. Leurs pentes deviennent plus douces… elles se rapprochent de l’angle de quarante-cinq degrés… Leurs débris vont combler les bassins des mers, et exhausser les plaines.

Les pics élevés des hautes montagnes se dégradent encore journellement. Les voyageurs voyent souvent ces éboulemens s’opérer sous leurs yeux.

Deux autres opinions, sur la formation des montagnes, ont été soutenues par des géologues.

Les uns, tels que Pytagore, ont dit que les montagnes ont été soulevées du sein du globe, comme l’ont été quelques montagnes volcaniques…

D’autres ont cru que les montagnes ont été formées par des affaissemens de terrains…

J’ai démontré, Théorie de la Terre, tome 5, que ces opinions. ne pouvaient se soutenir.

D’ailleurs les montagnes de la Lune, de Vénus… sont si élevées, qu’elles n’auraient pu avoir été produites par aucune de ces deux causes.


DE LA FORMATION DES CAVITÉS, OU CAVERNES, QUI SE TROUVENT DANS LES TERRAINS PRIMITIFS.


Nous avons supposé que les substances cristallisées, dont sont composés les terrains primitifs, ont formé une masse solide, dans laquelle il n’y avait aucune cavité considérable. La densité de l’intérieur du globe, plus considérable que celle de sa surface, confirme cet aperçu.

Cependant de savans géologues ont supposé des cavités très-considérables dans l’intérieur du globe. Les Chaldéens disaient que le globe était creux, dit Diodore de Sicile, liv. 1, p. 275.

Descartes, Kircher, Beccher. ont adopté la même opinion ; mais ils n’en n’ont donné aucunes preuves.

Ainsi, sans nier la possibilité de ces grandes cavités, nous nous en tiendrons seulement aux faits. Dans toutes les parties des terrains primitifs où nous avons pénétré, on n’a observé aucune cavité considérable. On ne trouve que rarement quelque grottes peu étendues, de quelques toises seulement, qu’on appelle fours à cristaux.

Elles ont pu être produites comme dans les grandes masses de cristaux. Toute la masse, en cristallisant, s’est réunie. Il est demeuré quelques espaces assez peu considérables vides. Aussi la plus grande partie de ces cavités est ordinairement tapissée de tout côté de cristaux réguliers, ce qui leur a fait donner le nom de jours à cristaux.

Ces cavités s’allongent quelquefois. Elles ont peu de largeur, mais elles paraissent s’étendre à de grandes distances en longueur. Elles portent alors le nom de fentes.

Attendons de nouveaux faits.

Mais nous avons vu ci-devant (tome 1, page 22) que le refroidissement du globe doit produire à sa surface des fentes plus ou moins considérables, qui se prolongent au loin, comme celles des glaciers, ou mers de glaces ces fentes sont produites par les mêmes causes. La partie extérieure du glacier subit un plus grand refroidissement que sa partie intérieure, qui touche la terre : elle doit donc se fendre comme une masse épaisse de verre incandescent, qui se refroidit.

Le globe terrestre a 2865 lieues de diamètre ; il a eu une grande chaleur, et il se refroidit continuellement. Ce refroidissement est, comme celui du glacier, plus considérable à sa surface ; il doit donc s’y produire également des fentes plus ou moins considérables, et qui s’étendront à de grandes distances. Ces fentes auront-elles pu servir de bassins à des mers, comme à la mer Rouge, à la mer Atlantique, au golfe Persique… ?


DE L’ACTION DES COURANS À LA SURFACE DES TERRAINS PRIMITIFS, SOIT AVANT QUE LES CONTINENS FUSSENT DÉCOUVERTS, SOIT APRÈS.


Les eaux qui couvraient le globe ont exercé une grande action sur les différens terrains primitifs, soit avant l’apparition des continens, soit après qu’ils furent découverts. Nous avons exposé précédemment une partie des effets qu’ils ont produits, il serait superflu de le répéter…

Nous allons maintenant donner des descriptions des divers phénomènes qui en sont résultés.

Les courans ont altéré et dégradé la surface primitive du globe, telle que l’avait formée la cristallisation générale dans le

sein des eaux. L’élévation des montagnes a été diminuée : leurs La angles ont été arrondis… leurs faces abruptes sont adoucies…

Les plaines sont encombrées de débris charriés par les courans.

Les bassins des lacs et des mers sont comblés.

Ces courans ont creusé de plus en plus les vallées formées primitivement par la cristallisation des montagnes…

Cette action des courans est indiquée en plusieurs endroits par les angles rentrans, égaux aux angles saillans qu’on y observe… Bouguet avait fort insisté sur ce phénomène.

Mais il avait trop accordé à cette égalité des angles rentrans et saillans, qui existent dans quelques vallées. Saussure a fait voir que dans les Alpes, cette observation est le plus souvent inexacte. Au lieu d’un angle saillant, on voit fréquemment une nouvelle vallée…

Quoique cette action des courans soit bien prouvée par tous les faits que nous venons de rapporter, on ne peut disconvenir que des savans distingués ne lui aient attribué de trop grands effets, c’est ce qui arrive assez souvent.


Hall, à qui la science doit de si belles expériences, suppose que tous les terrains primitifs ont été autrefois recouverts par des terrains secondaires, et que ces derniers ont été emportés par des courans.

« Une série importante de faits, dit-il,[11] prouve que les couches actuelles de la surface de la terre, qui ont été sous-marines, ont aussi été souterraines. Tout indique qu’une grande quantité de matière a abandonné la surface actuelle de notre globe, et des dépôts énormes de fragmens, détachés évidement de masses semblables à nos roches ordinaires, attestent l’action de quelque cause puissante de destruction.

« L’analogie nous conduit aussi à croire que toutes les roches primitives ont une fois été recouvertes par des secondaires. Cependant, des régions très-vastes n’offrent aucune roche de cette nature.

« Le docteur Hutton attribuait ces changemens à l’action long-temps continuée de ces causes, qui ne cessent point aujourd’hui d’attaquer la surface de la terre ; telles que les gelées, les pluies, les inondations ordinaires des rivières…, et qu’il considère comme ayant toujours agi avec la même force dans les tems ; mais je n’ai jamais pu admettre cette opinion, ayant adopté de bonne heure celle de Saussure… ; j’étais alors convaincu, et je n’en suis pas moins persuadé actuellement que :

« Des courans immenses assez profonds pour dépasser nos montages, ont balayé la surface du globe, creusant des vallées, rongeant latéralement des montagnes, et emportant avec eux tout ce qui pouvait résister à cette puissante érosion.

« Si de pareilles agents ont travaillé dans les Alpes, il est difficile de concevoir que nos régions en aient été à l’abri. J’ai donc cherché à trouver, dans notre pays, des traces d’opérations analogues, je n’ai pas été long-tems sans en découvrir en quantité. »

On voit que Hall suppose des courans, qui, après la production des êtres organisés, ont surpassé les montagnes les plus élevées, ont balayé la surface actuelle du globe, et emporté les terrains secondaires qu’il suppose avoir couvert tous les terrains primitifs, tandis qu’une grande partie de ces terrains primitifs est aujourd’hui à découvert ; enfin, tout indique, dit-il, qu’une grande quantité de matière a abandonné la surface actuelle de notre globe.

Je crois que la plupart de ses suppositions ne sont pas fondées ; car on pourrait lui demander,

1°. Ce qu’est devenu cette grande quantité de matière, qu’il suppose avoir abandonné la surface du globe.

2°. Quelle est la cause qui a produit les courans, qu’il suppose avoir surpassé les plus hautes montagnes après la production des êtres organisés, c’est-à-dire, après la retraite des mers…

Hall ne saurait répondre à ces difficultés d’une manière satisfaisante.

D’autres géologues ont également beaucoup attribué à l’action des courans ; mais, le plus souvent, ils ont donné trop d’étendue à cette cause.

Il ne faut donc pas accorder à l’action des courans, des effets plus étendus que ceux que leur assignent des faits bien constatés.


DE LA DÉGRADATION DES TERRAINS PRIMITIFS.


Et Eluvie mons est deductus in œquor.
Pythagore, Métamorph. d’Ovide, Liv. 15.

Ces terrains primitifs, quelque fût leur nature, de granits, porphyres, gneis, schistes, smectites, substances métalliques, anthracite…, ont ensuite été altérés par différentes causes, et dégradés au point où nous les voyons : ce sont ces effets que nous allons examiner en détail.

Les courans des eaux dans lesquels ils se sont formés, ont été la première cause qui les a altéré ; car, ces courans agissaient à cette époque comme ils l’ont fait postérieurement.

Nous avons exposé précédemment la nature des courans généraux des eaux ; et nous avons fait voir qu’ils peuvent se réduire à quatre principaux, correspondant là ceux de l’atmosphère.

1°. un grand courant alizé d’orient en occident, analogue à celui de l’atmosphère.

2°. Ce mouvement alizé ne s’étend que dans les zones équinoxiales ; mais, à une certaine latitude, il se dirige vers les Pôles, et devient courant du nord dans l’hémisphère boréal, et Courant du sud dans l’hémisphère austral.

3°. Ces courans de nord et sud, dans une latitude encore plus élevée vers les pôles, deviennent courans d’occident en orient.

4°. Ces courans, d’occident en orient, sont obligés pour l’établir l’équilibre de se porter vers l’équateur.

Ces courans généraux des eaux des mers, sont ensuite modifiés par des causes locales, et changent souvent de direction.

Ces mouvemens des eaux devaient être bien plus considérables dans ces tems, parce qu’elles étaient en plus grand volume. D’ailleurs, le mouvement imprimé à une grande masse a une action beaucoup plus puissante, et par conséquent est capable de produire de très-grands effets.

Cette action des courans ne se faisait peut-être pas sentir avec une grande force, sur la portion des terrains qui étaient à une profondeur considérable.

Mais à mesure que les eaux se sont retirées, que leur profondeur a diminuée, les parties des terrains les plus proches de la surface ont éprouvé une impression plus vive de la part des courans.

Enfin, lorsque les premiers pics ont commencé à sortir du sein des eaux, ils ont été exposés à toute la violence des lames, à toute la fureur des flots. Ils ont été attaqués de tous les côtés, mais principalement de celui exposé à la direction du courant. Souvent ils ont été coupés verticalement, ou presque verticalement, comme le sont encore aujourd’hui plusieurs falaises.

Telle me paraît être la première origine de plusieurs de ces pics décharnés, qui composent les sommets des hautes montagnes.

Quand on considère les sommets des chaînes du Mont-Blanc, qu’on appelle anguilles, on ne peut douter que ces causes n’aient beaucoup contribué à les amener à l’état où ils se trouvent. Tous sont en mines, et ne présentent plus que des pics décharnés, dont une partie s’écroule tous les jours. Plusieurs sont coupés presque verticalement à la hauteur de plusieurs centaines de toises. Il n’est pas douteux qu’un grand nombre de ces effets est dû à l’action des eaux.

Cette action des eaux y a laissé en plusieurs endroits des effets qu’on ne saurait méconnaître à la Valorsine, à une distance peu éloignée des aiguilles, et à plus de douze cents toises de hauteur, on voit des cailloux roulés ; et plusieurs sont déposés presque verticalement. On ne saurait douter que ces cailloux n’aient été produits par un mouvement des eaux.

On retrouve les mêmes traces de l’action des eaux primitives, sur tous les sommets de toutes les hautes montagnes ; les Pyrénées, le Taurus, l’Immaüs, l’Altaï, les Andes… présentent partout des pics décharnés.

Les eaux des pluies et les autres agents extérieurs ont continué à dégrader ces pics, lorsqu’ils furent sortis du sein des eaux, et cette dégradation augmente tous les jours. Les frimats, les neiges, les gelées, l’action de la chaleur du soleil, les eaux courantes… attaquent les pierres les plus dures et les décomposent. L’eau qui s’est insinuée entre les scissures, qui séparent les cristaux, venant à se congeler, occupe plus de volume : elle divise, elle fendille ces masses avec de grands efforts : les parties détachées se précipitent les unes sur les autres… et la montagne se dégrade de plus en plus.

Toutes les hautes sommités des Alpes, telles que les aiguilles du Mont-Blanc, toutes les hautes sommités-des Pyrénées, sont déchirées de tous les côtés, et ont perdu une grande partie de leur élévation et de leurs masses par ces causes très-actives, et elles en perdent journellement. Les Cordilières, les Altaï, les Ourales, les Valdaï… présentent partout les mêmes phénomènes.

Les observateurs voyageurs rapportent avoir souvent été témoins de la chute d’une grande quantité de ces débris, qui éboulent les uns sur les autres, avec un bruit qui retentit au loin, et se répète mille fois dans les vallées profondes… La hauteur des montagnes en est singulièrement diminuée…

Tous ces débris sont ensuite emportés par les eaux courantes ; elles en déposent une partie sur leurs rivages et dans les plaines, l’autre est transportée jusques dans le sein des mers et des lacs, qui en sont comblés.

Enfin, quelques masses trop considérables n’ont pu être emportées par les eaux courantes ; elles sont encore aujourd’hui amoncelées en grand tas sur les croupes des montagnes. Telle est l’origine de ces blocs énormes de granits, de porphyres… qu’on voit à plusieurs endroits sur les flancs des montagnes primitives. Leur volume était trop considérable pour que les eaux aient pu les entraîner ; mais elles ont emporté les terres et les pierres moins pesantes qui les environnaient.

Je connaîs auprès de Thiers, en Auvergne, un bloc isolé, de granit, de dix à douze pieds de hauteur, et qui peut avoir plus de mille pieds cubiques. Il repose sur une autre masse granitique, et il s’y trouve dans une situation telle, qu’avec le moindre effort on le fait balancer, c’est pourquoi, en langage du pays, on l’appelle la pierre qui danse. Il repose sur un seul point très-étroit, qui lui sert de pivot, et qui est à peu près au centre de la masse, tellement qu’une impulsion très-faible le fait vaciller malgrè son énorme pesanteur.

Ce bloc, et les autres semblables, ne sont ainsi isolés que parce que les eaux ont entraîné la portion de terre, ou autres petites pierres plus petites, qui les enveloppaient.


DES FALAISES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Par falaises on entend des montagnes escarpées, qu’on rencontre sur les bords des mers, des lacs et des continens, qui sont coupées d’une manière plus ou moins verticale.

Toutes les côtes des mers profondes sont bordées de pareilles falaises. Dans quelques endroits la profondeur est assez considérable pour que la sonde n’atteigne pas de fond.

Il y a des falaises sur les côtes de Toulon, de Corse, de la Sardaigne…

Toute la côte du Pérou, sur la mer du Sud, est bordée de hautes falaises, et la mer y est très-profonde.

La plus grande partie des côtes orientales de l’Archipel de l’Inde, sont également garnies de falaises plus ou moins élevées.

Les montagnes de la Tuble, à l’extrémité de l’Afrique, doivent vent être regardées comme des falaises.

Des falaises se trouvent également dans les continens. Le Mont-Blanc a sa face, du côté de l’Italie, coupée à pic, et presque verticale, à la hauteur de près de 1600 toises.

On observe un grand nombre de montagnes, dans les terrains primitifs, qui présentent des faces plus ou moins rapprochées de la verticale.

Les falaises ou montagnes escarpées ont. donc été premièrement produites par la cristallisation, telle que la face du Mont-Blanc du côté de l’Italie.

Mais des causes postérieures ont également pu contribuer à la formation des falaises

a. Des affaissemens des terrains. b. Des soulèvemens des terrains.

Ces soulèvemens et ces affaissemens auront été le plus souvent des effets des commotions souterraines, par des secousses volcaniques…

L’action des grands courans a encore pu former des falaises en coupant les terrains que leurs eaux traversent.

Les flots des mers en frappant contre les flancs des montagnes, les dégradent, les coupent.


DE LA FORMATION DES BRÈCHES ET POUDDINGS DES TERRAINS PRIMITIFS.


Quelques-uns des débris des terrains primitifs ont été agglutinés par un ciment quelconque. Il en est résulté de nouvelles pierres, auxquelles on a donné le nom de brèches, lorsque leurs parties étaient anguleuses, et de pouddings, lorsque leurs parties étaient arrondies.

J’ai fait plusieurs sous-divisions de ces roches, à raison des substances dont elles sont formées[12].

1. Brèches et pouddings siliceux.
2. Brèches et pouddings argileux.
3. Brèches et pouddings magnésiens.
4. Brèches et pouddings calcaires.
5. Brèches et pouddings barytiques.
6. Brèches et pouddings strontianiques.
7. Brèches et pouddings gluciniques.
8. Brèches et pouddings circoniques.
9. ’Brèches et pouddings gadoliniques.
10. Brèches et pouddings sulfureux.
11. Brèches et pouddings anthraciques.
12. Brèches et pouddings métalliques.

Ces brèches et ces pouddings seront donc formés de débris de pétro-silex, de hornblende. de lydiennes, de cornéennes, de schistes, de granits, de porphyres… Voici la description que donne Saussure, des pouddings et des brèches de la Valorsine (§ 692).

« Ces cailloux sont de différentes grandeurs, depuis celle d’un grain de sable, jusqu’à 6 à 7 pouces de diamètre. Ils appartiennent tous à la classe des roches que j’ai appelées primitives. Je n’y à cependant point vu de granits en masse, seulement des granits feuilletés, des roches feuilletées, mélangées de quartz, de mica, de fragmens même de quartz purs ; mais absolument aucun schiste argileux, ni aucune pierre calcaire, rien qui fit effervescence avec l’eau forte, et la pâte même qui renferme ces cailloux n’en fait aucune. Leur forme varie.

« Les uns sont arrondis, et ont manifestement perdu leurs angles par le frottement.

« D’autres, ont leurs angles vifs : quelques-uns même ont la forme rhomboïdale qu’affectent si fréquemment les roches de ce genre. »

On voit également de ces roches brisées, ou roulées, et ensuite agglutinées par uni ciment, dans plusieurs terrains primitifs.

Ces brèches et ces pouddings ont été formés par les causes que nous avons vu avoir dégradé les montagnes. Des portions de ces roches ont été détachées des grandes masses, et sont tombées dans les lieux les plus bas. Elles y auront été agglutinées par des cimens de différentes natures, comme je l’ai dit dans mes Leçons de Minéralogie (tom. 2, pag. 471).

Lorsque ces portions auront conservé leurs angles entiers, ce y seront les brèches.

Mais, si elles ont été roulées par l’action des eaux, leurs angles se seront arrondis ; ce seront les pouddings.


DE LA FORMATION DES GRÈS PRIMITIFS.


Les mêmes causes qui ont formé les pouddings et les brèches primitifs ont formé les grès primitifs ; car ceux-ci ne différents des premiers, que parce qu’ils sont réduits à un plus petit volume, celui d’un grain de sable.

Les grès primitifs, que j’ai observés dans les montagnes d’Ajou, sont auprès des pouddings.

Saussure avait déjà fait les mêmes observations au Buet. « On compte, dit-il, §. 585, cinq à six couches de grès, épaisses chacune de douze à quinze pouces… Sous celui-ci, on en trouve un autre plus grossier, auquel on pourrait même donner le nom de poudding ; il est composé de quartz, de feldspath, et de petits pyrites ».

Au milieu des cailloux roulés de la Valorsine, il en a trouvé qui n’avaient que la grosseur d’un grain de sable. Ibid. § 692.

La formation de ces espèces de grès est due aux mêmes causes que celle des pouddings et des brèches, excepté qu’ils sont réduits en parties plus fines.

Quelques-uns de ces grès pourraient néanmoins être le produit d’une CRISTALLISATION GRENUE. Lorsqu’une dissolution saline est prête à cristalliser, elle ne cristallisé qu’en grains plus ou moins gros, si on agite beaucoup la liqueur, comme le sel marin, le nitre, le sucre…, au lieu qu’il s’y forme des masses et des cristaux plus ou moins volumineux, lorsque la dissolution n’est pas agitée.


DU TRANSPORT DES BRÈCHES, DES POUDDINGS ET DES SABLES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Ces brèches, ces pouddings, et ces sables des terrains primitifs, se trouvent quelquefois auprès des grandes masses dent ils ont été détachés.

Mais, d’autres fois, ils ont été transportés à des distances plus ou moins éloignées, et on les retrouve amoncelés, en plus ou moins grande quantité, dans différens endroits de la surface du globe.

Ces transports ont été reconnus par tous les observateurs, les Saussure, les Pallas… Ils en ont donné différentes explications.

Chambrier a donné (Journal de Physique tom. 61, pag. 251) la description de pouddings qu’il a observés dans une partie de la Suisse, et qu’il croit y avoir été transportés par des courans,

« Les plus anciens pouddings, dit-il, sont ceux qui se trouvent entre autres lieux, près Dengi dans le canton de Glaris, à Mêls, et sur les bords du lac Vallenstadt, au-dessous des montagnes calcaires, qui l’environnent. La pâte en est schisteuse ; elle renferme du quartz, des stéatites… ils ont des rapports de gisement avec ceux de la Valorsine ».

Le Rigi, et une partie du Niesen, sont formés de pouddings bien différens des premiers. Ils renferment des schistes micacés, du quartz, du mica, des jaspes rouges ou verts, des porphyres, des pierres calcaires noires, avec des veines de silex…

Ces mêmes pouddings se trouvent au nord-est du lac de Thoun…

On les rencontre encore dans la direction des lacs de Neufchâtel, de Bienne, du cours de l’Aar…

La plupart de ces pouddings ont paru, à Chambrier, étrangers aux montagnes de la Suisse. Il pense qu’ils ont été apportés des Vosges, où il a observé des pierres analogues. Il suppose que ces transports ont été les effets de courans violens venus du côté des Vosges.

« Les eaux ; dit-il, portées tout-à-coup au midi, auront entraîné dans leur cours tout ce qui se sera trouvé sur leur passage. Les granits, les porphyres, détachés des Vosges, n’auront pu résister à leur violence. Ils auront franchi le Jura ; et des montagnes plus élevées (Les Hautes-Alpes) auront pu seules les arrêter. Amoncelés avec les débris de ces dernières, elles auront donné naissance au Rigi et autres montagnes de ce genre. »

Toutes ces masses s’agglutinèrent avec les grès, et formèrent des couches à peu près continues, qui sont restées assez longtems dans cet état.

D’autres physiciens ont eu également recours à l’action des courans pour expliquer le transport des brèches et des pouddings…

Nous avons exposé ci-devant toute la puissance des courans. Il n’est pas douteux qu’ils n’aient déplacé et transporté plusieurs substances, par conséquent des brèches, des pouddings…

Mais nous avons prouvé en même tems qu’on a souvent exagéré cette action des courans.


DES LIMITES DES DIFFÉRENTES SUBSTANCES DES CHAINES PRIMITIVES.


Nous avons vu que les différentes substances des terrains primitifs cristallisent chacune à part, ici les granits, ailleurs les, porphyres, là les pétrosilex, les hornblendes, les lydiennes, les cornéennes, les schistes ; dans d’autres d’endroits les smectites, plus loin les calcaires primitifs, les gypses primitifs… les barytites, les strontianites, les gadolinites.

Toutes ces substances forment des masses distinctes plus ou moins considérables, et qui ne sont point mélangées.

On aperçoit leurs limites qui sont fixes.

Tous ces phénomènes sont des effets des cristallisations qui s’opèrent suivant les lois des affinités.

Plusieurs sels mélangés, et qui cristallisent ensemble, présentent les mêmes phénomènes.

On observe néanmoins quelques exceptions à ces lois, principalement dans les lieux où se terminent ces différens terrains. Les diverses substances minérales dont ils sont composés, y sont plus ou moins mélangées.


DE LA DIRECTION DES MONTAGNES ET DES VALLÉES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Plusieurs géologues ont avancé que ces masses de montagnes des terrains primitifs avaient des directions particulières. Freisleben, Buch, Gruner et Humboldt ont cherché à prouver cette direction par un grand nombre d’observations faites dans lenis voyages minéralogiques. Voici ce qu’a dit Humboldt (Journal de Physique, tome 53, page 45) de l’Amérique méridionale en 1800.

« Après avoir reconnu la direction des montagnes et des vallées, ou la forme des inégalités du globe, jetons un coup-d’œil sur un objet plus important et moins recherché encore sur la direction et inclinaison des couches primitives, qui composent posent cette petite partie du monde que j’ai parcourue. J’ai cru observer, depuis 1792, que cette direction suit une loi générale, et que (faisant abstraction des inégalités que des petites causes locales, surtout les couches et filons-métallifêres, ou de très-anciennes vallées, ont pu produire) l’on trouve les couches du granit en masse, du granit feuilleté, et surtout du schiste micacé et de l’ardoise (thon-schieffer), dirigées trois heures et demie de la boussole du mineur, en faisant un angle de 52° 30′ avec le méridien du lieu.

L’inclinaison des couches étant au nord-ouest, c’est-à-dire, qu’elles, tombent parallèlement à un corps qu’on lancerait vers ce côté là, ou que l’ouverture de l’angle d’inclinaison (moindre que 90°) qu’elles font avec l’axe de la terre, est opposée au nord-est. La direction est plus constante encore que l’inclinaison, surtout dans les roches simples (ardoises, cornéennes schisteuses), ou dans les roches composées qui ont le grain moins cristallin, tel que le schiste micacé. Dans le granit[13], dans le gneis, l’attraction mutuelle des molécules un cristallisées paraît souvent avoir empêché une stratification régulière : c’est pour cela que l’on découvre plus d’uniformité dans les schistes micacés et ardoises. Ce sont elles qui m’ont fait naître la première idée de cette loi, pendant mon séjour dans le Fichtelherg et le Thueringerwald. J’ai mesuré depuis très-soigneusement, les angles des couches primitives dans d’autres parties de l’Allemagne, en Suisse, en Italie, dans la France méridionale, aux Pyrénées, et récemment en Galice.

En M. Frieslehen, dont les travaux ont été si utiles à la Géologie, a bien voulu m’aider dans ces recherches ; et nous avons été surpris de l’uniformité de direction et d’inclusion, que nous avons trouvée à chaque pas dans une des plus hautes cordillières du monde, les Alpes de la Savoie, du Valais et du Milanais.

« Les mesures des angles que j’ai faites jusqu’à présent de la cordillière de Vénézuela, et dans celles de la Parime (dans l’Amérique méridionale), ont donné les mêmes résultats que mes recherches en Europe, savoir dans la chaîne des montagnes de schiste micacé, depuis Cavaralledo jusqu’au rio Momon, à la silla de Caracos, à mille toises d’élévation, au rincon del Diabolo, à la montagne du Guigue, dans les îles du Chormont, lac de Valence (élevé au-dessus de la mer presque autant que celui de Genève), dans tout l’isthme de Maniquaré et de Chuparipa, dans les cornéennes schisteuses (hornblende-schieffer) qui se découvrent dans les rues de la capitale de la Guayane, même dans les cataractes et le granit stratifié, au pied du Duida… partout les couches font un angle de 50° avec le méridien (3 à 4 heures de la boussole), étant dirigées du nord-est au sud-ouest, et inclinées, ou tombant de 60° à 80° au nord-ouest.

Il faut convenir que cette uniformité d’inclinaison et de au direction des couches, dans les deux mondes, indique une cause très-universelle, fondée dans les premières attractions qui ont agité la matière pour l’accumuler dans des sphéroïdes planétaires. »

D’après tous ces faits on pourrait donc supposer que ceux des terrains primitifs qui forment des couches, tels que les schistes micacés, les schistes primitifs (thon-schieffer), les hornblendes schisteuses (hornblendes schieffer)[14]… se relevaient depuis les pôles jusqu’à l’équateur sur un angle de 60 à 80 degrés, et que leur direction, au lieu de couper les méridiens à angle droit, ne le coupaient que sous un angle de 50 à 60 degrés du nord-ouest au sud-ouest.

» Cette grande cause (l’attraction générale qui à donné la forme sphéroïdale au globe), continue Humboldt, ibidem, n’exclut pas l’influence des causes locales qui ont déterminé des petites portions de matière de s’arranger de telle ou telle manière, selon les lois de la cristallisation. Delamétherie a judicieusement indiqué ces phénomènes, cette influence d’une grande montagne (comme noyau) sur les voisines plus petites. Il ne faut pas oublier que toute matière, indépendamment de l’attraction vers le centre de la masse, s’attire aussi mutuellement. »

En supposant exactes les observations de Friesleben, de Humboldt, de Buch, de Gruner, sur l’inclinaison et la direction des couches des terrains primitifs, j’ai fait voir quelle en avait pu être la cause[15].

On observe dans toutes les grandes montagnes un centre principal, vers lequel se dirigent toutes les couches qui l’environnent à une certaine distance. Auprès du Mont-Blanc, par exemple, toutes les couches environnantes, telles que celles qui forment les aiguilles… tendent vers le sommet de ce centre principal d’attraction.

L’équateur, qui est relevé de dix à douze mille toises plus que les pôles, doit être regardé comme une grande montagne qui ceint tout le globe. Dès lors toutes les couches primitives, qui se sont formées lors de la cristallisation générale de la masse, doivent tendre vers cette grande montagne circulaire, et annulaire, de même que les couches qui environnent le Mont-Blanc tendent toutes vers le sommet de cette montagne.

On pourrait donc expliquer par cette cause les faits observés par Humboldt, si ils étaient constatés.

Mais plusieurs observateurs instruits nient cette régularité dans la direction et l’inclinaison des couches primitives. Ils. disent que si on les a quelquefois observé, ce sont des faits particuliers, qu’on ne peut généraliser.

Le géologue sage doit donc, dans ses voyages, examiner avec soin cette inclinaison des couches primitives, pour se former à cet égard une opinion motivée.


RÉSUMÉ SUR LA FORMATION ET CRISTALLISATION DES SUBSTANCES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Les substances dont sont composés les terrains primitifs de la croûte du globe, ont été, comme sa masse principale, formées par les combinaisons des parties premières de matière. Ces combinaisons, qui s’opéraient primitivement dans le vide et dans l’air, s’opéraient alors dans le sein des eaux accumulées ; car il n’y a pas de cause qui pût empêcher qu’elles n’eussent lieu dans l’eau comme dans l’air.

Les molécules de ces substances se trouvant alors à leur état naissant, ont pu se réunir dans l’eau comme dans l’air et y cristalliser. Nous avons vu que les molécules de soufre, par exemple, réduites par la chaleur à leur état naissant, se rapprochent et cristallisent comme lorsqu’il est sublimé par l’art, que par les feux volcanique.

Si ces molécules de soufre, ainsi sublimées, rencontrent des molécules d’autres substances, avec lesquelles elles ont de l’affinité, également sublimées, elles s’y combinent, comme dans la formation de l’arsenic sulfuré, du mercure sulfuré.

Le fer spéculaire volcanique cristallisé également par sublimation.

L’or, l’argent, volatilisés par le miroir ardent, cristallisent. La fusion fait cristalliser diverses substances par les mêmes moyens ; on réduit en fusion le bismuth, par exemple, le plomb… Toutes leurs molécules sont réduites à leur état élémentaire, à leur état naissant ; elles peuvent alors obéir aux lois des affinités ; elles se rapprochent, s’unissent, et cristallisent d’une manière confuse, ou d’une manière régulière.

C’est cette cause qui donne la consistance à toutes les subsistances volcaniques fondues par l’action des feux souterrains : leurs molécules séparées. par l’action de la chaleur sont réduites à leur état naissant. Elles obéissent aux lois des affinités, se rapprochent, et cristallisent, ou d’une manière confuse, ou d’une manière régulière.

Ces faits prouvent que la fusion et la sublimation ne font cristalliser ces diverses substances que parce qu’elles en désunissent les molécules, les réduisent à leur état naissant, et les mettent à même d’obéir aux lois des affinités pour se rapprocher et se combiner.

Les molécules des substances, dont sont composés les terrains primitifs de la croûte du globe, se sont trouvées, dans les premiers momens, au sein de l’eau, au même état que si par l’action de la chaleur ces substances avaient été fondues ou sublimées. Ces molécules quoique dans l’eau étaient comme à leur état naissant ; elles se rapprochaient, se combinaient, et cristallisaient d’une manière régulière ou confuse.

Les molécules de silice, à leur état naissant, se rapprochaient, se combinaient et formaient des quartz.

Les molécules d’alumine, réduites à leur état naissant, se rapprochaient, se combinaient et formaient des saphirs.

Les molécules de chaux et de magnésie, réduites à leur état naissant, ont une trop grande affinité avec l’eau pour pourvoir s’unir, se rapprocher et cristalliser.

Mais ces mêmes molécules de chaux et de magnésie, se trouvant à leur état naissant avec des molécules de silice ou d’alumine, ont plus d’affinité avec ces dernières qu’avec l’eau. Elles s’unissent donc, soit avec des molécules de silice, soit, avec des molécules d’alumine, soit avec les unes et les autres, et elles cristallisent.

Les alcalis ont également trop d’affinité avec l’eau pour y cristalliser ; mais si on y ajoute de l’alkool, celui-ci a plus d’affinité avec l’eau que n’en ont les alcalis, il s’en empare, et ceux-ci cristallisent.

Il en faut dire autant des autres terres, la baryte, le strontiane, la circone, la glucine et la gadoline,

Les mêmes causes ont fait cristalliser l’anthracite, et les substances métalliques. Les molécules de ces substances étaient à l’état de leur formation à l’état naissant, Elles obéissent dans l’eau comme dans l’air, on dans le vide, aux lois affinités ; elles se réunissaient, et cristallisaient dans l’eau comme cristallisait le phosphore, l’alliage métallique du dorcet composé de bismuth 8, de plomb 5, étain 3.

Les faits, que nous venons de rapporter, confirment qu’il faut distinguer plusieurs époques dans la formation des terrains primitifs.

1°. Celle où ont été formés les terrains situés sous la croûte du globe, à une plus ou moins grande profondeur. Nous avons vu que, suivant les probabilités, ils doivent soutenir de grandes quantités de substances métalliques, et particulièrement des parties ferrugineuses.

2°. Les montagnes situées à la surface du globe, qui paraissent plus anciennes, telles que les montagnes granitiques, les porphyriques… forment des masses homogènes plus ou moins considérables, dans lesquelles on n’observe aucunes couches.

3°. Les montagnes composées de gneis, de granits veinés, de schistes micacés… sont formées de couches plus ou moins épaisses plus ou moins inclinées.

4°. Les montagnes composées de serpentines, de talcs, de steatites… forment des masses assez considérables, qui ne sont point en couches.

5°. Les montagnes composées de schistes primitifs, de cornéennes, de lydiennes… forment des couches plus ou moins inclinées.

6°. les montagnes composées de calcaires primitifs, de gypses primitifs… ne forment point de couches.

7°. Toutes ces montagnes primitives sont cristallisées, et forment des chaînes plus ou moins prolongées. Chacune de ces chaînes à une direction particulière ; Mais il n’y a point de direction générale de toutes les chaînes.

Quelques géologues, tels que Bourguet, ont cru apercevoir, dans ces différentes chaînes, des angles rentrans correspondant toujours à des angles saillans.

Mais des observations plus exactes ont fait voir que cette opinion n’est pas toujours fondée. On observe le plus souvent que de nouvelles vallées se présentent aux lieux où devraient être ces angles.

Il me semble qu’il faut distinguer la formation des terrains primitifs de la croûte du globe, en deux époques bien marquées.

La formation des terrains primitifs de la première époque, comprend celle des granits et porphyres, et celle des substances métalliques et autres, qui y sont contenues.

La formation des terrains primitifs de la seconde époque comprend celle des gneis, des schistes micacés, des schistes primitifs… et des autres substances qui leur sont contemporaines. Il faudrait même faire plusieurs sous-divisions de cette seconde époque.

Quelques-unes de ces dernières substances ont pu être tenues seulement en suspension dans les eaux, sans une dissolution préalable, telles que les schistes, par exemple.

Les argiles primitives, les smectites ou terres à foulon… n’ont été que tenues en suspension dans les eaux.

Pour concevoir la formation des roches agrégées, des granits et granitoïdes, des porphyres et porphyrdides, il faut supposer que les substances dont elles sont composées, savoir :

Les feldspaths,
Les quartz,
Les micas,
Les hornblendes,
. . . . . . . . .

se forment chacune séparément, par la combinaison des différentes terres, des oxides métalliques, des alkalis, du charbon…

Et qu’ensuite, elles cristallisent toutes ensemble, comme le font différens sels neutres mélangés, tels que le nitre, le sel gemme, le sel de Glauber, ou sulfate de natron…

Si la cristallisation est précipitée, toute la masse ne fait qu’un magma. Ce sont les schistes, les cornéennes, les lydiennes, les hornblendes, les pétrosilex…, comme dans les nitres dits de première cuite, tous les sels ne font qu’une seule masse.

Lorsque la cristallisation s’opère un peu plus lentement, les substances qui exigent une plus grande quantité d’eau pour être tenues en solution, telles que le feldspath… cristallisent, et les autres substances ne forment qu’une masse homogène. Ce sont les porphyres et porphyroïdes…

Enfin, si chaque substance a le tems de cristalliser séparément, ce sont les granits et granitoïdes…

Cette théorie de la formation des montagnes primitives du globe terrestre est confirmée par les observation qu’on a faites sur les montagnes des autres globes. On y découvre des montagnes beaucoup plus élevées que les nôtres.

Schroeter[16] en observant les planètes, y a distingué des ombres que quelques parties de leurs surfaces projettent au moment de leur apparition, c’est-à-dire de leur lever, ou de leur coucher. Ces parties élevées sont des montagnes, dont il distingue différens ordres.

Il a distingué dans la Lune, qui est quarante neuf fois moins grosse que la terre, des montagnes qui ont plus de quatre mille toises d’élévation.

Il est dans Venus, qui est moins grosse que la terre, des montagnes qui ont jusqu’à vingt-trois mille toises d’élévation.

Sans doute les montagnes des grosses planètes, Saturne et Jupiter, ont encore plus de hauteur.

Le soleil a des taches d’une grande élévation ; elles doivent former des montagnes immenses.

Les terrains primitifs composent la majeure partie du globe. Ils doivent donc intéresser plus particulièrement les géologues : c’est la raison qui m’a fait entrer dans d’assez grands détails sur leur formation.

Les autres terrains dont nous allons faire l’histoire, ne sont, en comparaison des primitifs, qu’une très-petite portion de la masse du globe.

Mais ils composent la plus grande portion de sa surface.


DE LA FORMATION DES ÊTRES ORGANISÉS.


C’est dans ces instans où une partie des terrains primitifs

fut découverte par les eaux, que nous pouvons supposer la formation des êtres organisés ; car nous allons en trouver les débris dans les terrains qui vont se former, tandis qu’il n’y en a aucun dans les terrains formés antérieurement ; d’où est venu le nom de primitifs, qu’on leur a donné, c’est-à-dire, antérieure à la formation des êtres organisés ; car dans le tems que tous les élémens étaient mélangés et se combinaient pour former le globe, il ne pouvait y exister ni animaux ni végétaux ; ce n’est qu’après sa cristallisation générale que nous pouvons concevoir leur existence.

Il est en général deux ordres d’êtres organisés : les uns habitent toujours les eaux ; les autres ne peuvent vivre que sur les continens. Il serait difficile de fixer l’époque où les premiers ont pu commencer à exister, mais l’instant de la formation des seconds a dû être postérieur de plusieurs siècles aux grands événemens qui ont formé le globe.

Les montagnes primitives les plus élevées sont formées par une dissolution et une cristallisation aqueuses, et ont par conséquent été couvertes d’eau. Le niveau de ces eaux s’est abaissé, les pics les plus élevés se sont découverts, et ont paru comme des îles dans le vaste Océan. Ce n’est que lorsqu’il y a eu une certaine étendue de terre découverte, que nous pouvons supposer l’origine des végétaux et des animaux qui habitent les continens.

Comment ces végétaux et ces animaux ont ils été produits ? Comment l’ont été ceux qui habitent constamment les eaux ?

C’est sans doute une des questions les plus difficiles de toute la physique, peut-être serait-il plus prudent d’avouer qu’elle est au-dessus de nos connaissances, que d’essayer de la résoudre. Cependant nous connaissons à cet égard des faits a certains.

On sait que je regarde le production des êtres organisés comme une véritable cristallisation : cette première cristallisation a dû s’opérer dans un fluide. Je suppose que dans les premiers tems, des eaux stagnaient dans des mares, et qu’elles se mélangèrent avec différentes espèces d’airs, de terres, de substances métalliques… Des êtres organisés y furent produits de la même manière à peu près qu’il s’en produit encore aujourd’hui dans des eaux, des mares, et même dans des eaux plus pures.

Quelque objection qu’on puisse faire contre cette opinion, on est obligé de l’admettre dans tout système philosophique sur la production des êtres organisés ; car on doit avouer qu’un premier mouvement a été imprimé à la matière, et que tous ces mouvemens postérieurs sont une suite de ce mouvement, premier. Semel jussit semper parest, a dit Sénéque en parlant du premier moteur. On ne saurait dire que chaque mouvement particulier, celui par exemple d’un insecte, soit produit par la cause première. Ce mouvement d’un insecte est une suite des lois générales de la nature ; son organisation, la génération ou reproduction de cet insecte, est également une suite des lois générales. La production du premier de ces insectes a donc été également une suite des lois générales. Il est avoué de tous les physiciens, que le globe terrestre a été tout couvert d’eau. Les animaux des continens n’ont donc pu être produits qu’après la retraite de ces eaux. Ces eaux ont laissé ces continens à découvert par une suite des lois générales. Les mêmes lois font produit alors les animaux des continens, sans l’influence d’aucunes causes extérieures, par les seules lois de la cristallisation… Voilà des principes que tout philosophe physicien doit admettre.

Mais comment cette production première des êtres organisés, s’est elle opérée ? Il se présente ici deux questions importantes.

La première est de savoir par quels moyens la matière inorganique passe à l’état de matière organique.

La seconde est de savoir par quels moyens cette matière organique peut former un être organisé.

Nous allons examiner chacune de ces questions.


DE LA MATIÈRE ORGANIQUE.


Il faut distinguer dans les êtres organisés deux espèces de substances bien prononcées : les unes leur sont communes avec les matières minérales ; les autres leur sont particulières.

Les végétaux et les animaux contiennent plusieurs principes qui leur sont communs avec les minéraux :

1°. La chaux, qui est très-abondante chez les animaux, et se trouve également chez plusieurs végétaux.

2°. La magnésie, qui est très-abondante chez les mollusques marins, et se trouve également dans les os de plusieurs animaux.

Quelques végétaux en contiennent également.

3°. La silice, qui est très-abondante chez plusieurs végétaux, tels que les graminés.

Elle se trouve aussi dans quelques produits animaux.

4°. L’alumine.

Plusieurs métaux se trouvent également chez les êtres organisés.

1°. Le fer y est en très-grande quantité.

2°. La manganèse y a été trouvée par Scheele.

3°. L’or.

On retrouve encore chez les êtres organisés :

1°. Le carbone.

2°. Le soufre.

3°. Le phosphore.

4°. L’air pur.

5°. L’hydrogène.

6°. L’azote.


Enfin, ils contiennent une grande quantité de substances salines :

La potasse.

Le natron.

L’ammoniac.

L’acide sulfurique.

L’acide phosphorique.

L’acide nitrique.

L’acide muriatique.

L’acide fluorique.

L’acide carbonique.

Les nitrières nous font apercevoir la manière sont sont produites la plupart de ces substances. On prend une terre végétale dépouillée de toute espèce de substances salines par la lixiviation. On en construit de petits murs, et au bout de quelques mais on y retrouve plusieurs sels :

La potasse,

La soude,

L’acide nitrique,

L’acide muriatique,

. . . . . . . . . . . . . .

qui y ont été formés par le concours de différens gaz, du calorique, du fluide lumineux…

On retrouve chai les êtres organisés les mêmes principes, les différens gaz, le fluide calorique, le fluide lumineux… Les mêmes combinaisons peuvent s’y opérer, et former les mêmes substances salines…

Mais les substances vraiment organiques sont :

a. Les corps muqueux.

b. La gélatine.

c. L’albumine.

d. La fibrine.

e. Les huiles.

f. Les acides végétaux et animaux.

L’analyse de ces substances fait voir qu’elles sont composées des principes suivans :

a. Carbone.

b. Oxygène.

c. Hydrogéné.

d. Azote.

e. Calorique.

La nature ne produit toutes ces combinaisons que chez les êtres organisés ; et l’art n’est parvenu à imiter que l’huile dans la formation de l’éther sulfurique, et en traitant la fonte du fer.

Ces faits indiquent, comment la matière inorganique passe l’état de matière organique.


DE L’ORGANISATION VÉGÉTALE ET ANIMALE ET DES FORCES VITALES.


Un végétal et un animal sont de belles machines, composées de différentes parties, qui ont en elles les causes de leurs mouvemens ; ces causes, chez le végétal, sont[17] :

a. L’action des tuyaux capillaires. On sait qu’une liqueur s’élève, dans un tuyau capillaire, à une plus ou moins grande hauteur, suivant sa nature. Or, les vaisseaux d’un végétal ressemblent à des tuyaux capillaires.

b. L’air contenu dans un tube est continuellement dilaté ou condensé par l’action alternative du chaud et du froid, et il n’est jamais stationnaire, ainsi que l’a fait voir l’académie del Cimento. Or, les végétaux contiennent une grande quantité d’air mélangé avec leurs liqueurs, et qui s’est introduit par leurs trachées.

c. L’élasticité de tous les vaisseaux du végétal ;

d. Leur irritabilité, et leur excitabilité, produites par l’action galvanique de leurs différentes parties…

Ces principes établis, on pourra concevoir les générations spontanées. Supposons le cas le plus simple.

Nous avons vu que des terres cristallisées peuvent formées des fibres semblables à la fibre végétale et à la fibre animale. Le tissu de la belle amianthe ressemble parfaitement à ces fibres.

Supposons plusieurs de ces fibres d’amianthe, réunies en faisceau, comme elles le sont ordinairement, et laissant entre elles des interstices semblables à peu près aux vessicules, ou utricules des vaisseaux lymphatiques des animaux, et des vaisseaux séveux des végétaux. Nous connaissons des cristallisations minérales, qui affectent des formes analogues : ce sont des strontianes sulfatées, composées de plusieurs prismes rhomboïdaux réunis comme un faisceau de fibres. Mais ces prismes sont très-petits, et laissent entr’eux des espaces vides.

Si on place l’extrémité inférieure d’un faisceau de fibres d’amianthe dans un vase d’eau, elle y montera comme dans les tuyaux capillaires, et remplira les vacuoles ou espèces d’utricules. Mais ces fibres étant souples et élastiques céderont peu à peu à la force d’impulsion qui fait monter l’eau. Elles reviendront ensuite sur elles mêmes par une suite de cette même élasticité. S’il s’introduisait une certaine quantité d’air avec l’eau, entre ces fibres, les dilatations et condensations alternatives et continuelles de cet air augmenteraient les mouvemens de ces fibres. Il s’établira donc, dans cette masse de fibres d’amianthe, une espèce de mouvement du fistole ou du diastole, dont les intermittences ne seront sans doute pas régulières.

Mais cette eau et cet air, qui circuleront dans cette masse, se mélangeront et se combineront, soit entr’eux, soit avec le calorique, soit avec le fluide lumineux… Il se produira donc comme dans les nitrières, divers sels, diverses terres… Mais si on supposait qu’il pût s’y produire des liqueurs analogues aux huiles et autres liqueurs d’un végétal, nous aurions un véritable commencement de végétation.

La cristallisation de quelques minéraux est arborisée, et approche beaucoup de celle d’un végétal pour la forme. Telle est celle de cette espèce de granitoïde, qu’on trouve aux Pyrénées, composée de feldspath et d’une espèce de stéatite ou mica steatiteux. Cette dernière substance a acquis dans sa cristallisation la forme arborisée d’un végétal.

C’est à peu près de cette manière qu’on peut concevoir que les générations spontanées s’opèrent par une cristallisation de la matière.

La première formation des êtres organisés aura été produite d’une manière analogue par une vraie cristallisation.

Peut-on fixer l’époque à laquelle ont été produits les végétaux et les animaux des continens ? nous n’avons aucune donnée à cet égard.

Tout ce que les faits nous apprennent, c’est que ces êtres : ont été produits lors que les eaux étaient encore à une grande hauteur sur le globe, puisqu’on a trouvé. des ossemens fossiles d’éléphants dans les Andes, proche Quito, à près de douze cents toises de hauteur.

Des coquilles fossiles ont été également trouvées à de grandes hauteurs sur les montagnes…

La production des animaux et des végétaux paraît avoir eu lieu à différentes époques…

Les mêmes espèces de végétaux et d’animaux peuvent avoir été produites en différentes contrées…

On a fait des objections sur cette hypothèse de la formation des êtres organisés, et on a dit :

On devrait voir encore aujourd’hui sortir des mares, par une génération spontanée, des éléphans, des rhinocéros, des baleines…, au moins à l’état de ces animaux naissans.

Ma réponse est simple : semel jussit semper posset.

Tous les phénomènes, que présentent les êtres existans, sont des effets des premiers mouvemens de la matière. Toutes les combinaisons sont des suites de ce premier mouvement. Le fait est certain, mais le mode dont ces combinaisons sont opérées nous est caché.

Il est sûr que la première production des végétaux et des animaux est un effet du premier mouvement de la matière…

Il est sûr que leur reproduction actuelle est également une suite de ce premier mouvement…

Il est sûr que la production des sels, qui se forment dans les nitrières, et ailleurs, est un effet des premiers mouvemens de la matière.

Il est sûr que toutes les cristallisations sont des effets des premiers mouvemens de la matière.

Mais nous ignorons la manière dont ces combinaisons ont été opérées, et dont elles s’opèrent journellement.

Nous ignorons comment s’opèrent les cristallisations.

Ce sont là les limites de nos connaissances.


FIN DU PREMIER VOLUME.



  1. Leçons de Minéralogie, tom. 2.
  2. Leçons de Minéralogie, tom. 2.
  3. Wallerius dit : Nomen succanum trapp hic lopis obtinuit a scala, hinc, corneus scallaris appellari potest.

    Je n’ai donné le nom de trapp à aucune pierre particulière dans mes Leçon de Minéralogie, tome 2, page 165.

  4. Leçons de minéralogie, tom. 2, pag.
  5. Leçons de Minéralogie, tom. 2
  6. Leçons de Minéralogie, tom. 2.
  7. Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag.
  8. Leçons de Minéralogie, tom. 2.
  9. Histoire de la Nouvelle-Espagne, pag. 493 et suivantes
    Journ. de Phys., tom. 71, pag. 566.
  10. Journal de Physique, tom. 32, pag. 297.
  11. page 226.
  12. Leçon de Minéralogie, tom. 2.
  13. Il y a cependant des granits très-régulièrement stratifiés, et dirigés à 3 heures, inclinés vers le nord-ouest, à la Schnoekoppe, au Oschenkopf, au Siebargebirge, et dans les Pyrénées.
  14. Les vrais granits ne forment point de couches.
  15. Journal de Physique, tom. 54, page 64.
  16. Journal de Physique, tome 48, page 459.
  17. Voir mes Considérations sur les êtres organisés.