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Dharmasindhu, ou Océan des rites religieux/Préface

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Dharmasindhu, ou Océan des rites religieux
Texte établi par Musée Guimet, Ernest Leroux (Tome 7p. 151-152).

PRÉFACE



Le Dharmasindhu, dont voici la traduction, est l’ouvrage le plus considérable qui existe sur les rites religieux de l’Inde. L’auteur de l’original sanscrit, en ne notant pas le temps de sa composition, n’a fait que suivre la règle générale des auteurs indous. Il est certain qu’il ne peut avoir été composé avant 1712 de l’ère Shālivāhana, c’est-à-dire 1790 de notre ère, puisque le calcul des ājanānshas dans le Chapitre II est basé sur l’année 1712 que l’auteur dit être l’année courante. Cependant si cet ouvrage, dans sa forme actuelle, est comparativement de date récente, il n’en est point ainsi des matières qu’il renferme, car l’auteur, à la fin de son Introduction, dit expressément que cet ouvrage est basé sur de très anciens traités et qu’il n’en est qu’une reproduction, non littérale toutefois. En effet, le contenu montre avec évidence que l’ouvrage est une revue très exacte et circonstanciée des traités Hemādri, Nirnayasindhu, Kālamādhava, Mayūkha, Kaustubha, Yājnavalkya, etc., etc., et une compilation des matières éparses dans ces ouvrages qui se rapportent directement à la religion pratique, au rituel.

Si l’auteur sanscrit, le prêtre Kāshinātha, dont il est question dans la note 15, avait l’intention de fournir à ses confrères Brahmanes un manuel encyclopédique dans lequel ils ne chercheraient jamais en vain une question quelconque de rituel, on peut dire qu’il a certainement atteint le but qu’il se proposait et la meilleure preuve en est le succès qu’a obtenu cet ouvrage dans l’Inde tout entière qui l’a accepté, reproduit dans presque chaque province, traduit et commenté en différents idiomes du Nord comme du Sud, bien qu’il n’ait pas encore cent ans d’existence et malgré la lenteur traditionnelle des Indous.

Cette première section est une espèce de fondement sur lequel reposent pour ainsi dire, tous les rites décrits dans l’ouvrage dont elle n’est à peu près que la quatorzième partie. Elle a paru premièrement en anglais dans le journal de la Société Asiatique de Bombay, 1880-1882, en trois articles et a été très favorablement reçue par cette Société, par le public littéraire et la presse de l’Inde et par plusieurs Indianistes d’Europe qui font autorité en ces matières.

Persuadé comme je le suis que le rituel brahmanique comparé avec la littérature védique est beaucoup plus ancien qu’on ne le suppose généralement, et qu’en l’étudiant soigneusement on trouvera dans les rites une explication facile de la plupart des hymnes jusqu’ici souvent mal compris et mal traduits, je ne puis qu’exprimer toute la satisfaction que j’éprouve de ce que M. de Milloué ait bien voulu traduire en français cette partie de « l’Océan des Rites Indous », qu’il l’ait fait avec tant de soin et de précision et qu’il lui donne l’avantage de la publicité des Annales du Musée Guimet. Je lui promets donc de continuer la traduction de l’ouvrage tout entier avec d’autant plus de plaisir que ces rites, pour la célébration desquels tant d’hymnes semblent avoir été chantés, une fois bien étudiés dans leur nature et leur origine, ne manqueront pas de jeter un jour beaucoup plus éclatant même sur le temps de la composition de ces hymnes védiques que ne le font les conjectures faites jusqu’ici et basées sur de certaines périodes tout imaginaires qu’on se plaît à assigner à différentes classes de la littérature de l’Inde.

A. BOURQUIN
Vals-les-Bains, le 12 Novembre 1883.