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Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle/Synagogue

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SYNAGOGUE, s, f. Lieu consacré aux cérémonies religieuses des juifs. Il existait de nombreuses synagogues en France pendant les premiers siècles du moyen âge. Philippe-Auguste, en 1183, les fit détruire ou convertir en églises[1]. À Paris, les juifs possédaient une synagogue célèbre dans la Cité ; le roi, par lettres datées de la même année, permit à l’évêque de convertir cette synagogue en église, sous le vocable de Sainte-Magdeleine. Il ne nous reste en France aucun de ces édifices d’une époque quelque peu ancienne, ce qui est regrettable, car leurs dispositions devaient présenter des particularités intéressantes. Il est à présumer que ces monuments étaient fort simples à l’extérieur, afin d’attirer le moins possible l’attention des populations catholiques.

Il existe à Worms une salle du XIIe siècle, que l’on montre comme ayant servi de synagogue. Il serait difficile de vérifier si, en effet, cet édifice a été primitivement bâti pour cet usage. C’est un vaisseau composé de six voûtes d’arêtes romaines plein cintre, reposant sur deux colonnes médianes. Cette salle a, intérieurement, 9 mètres de large sur 13 mètres 50 centimètres de long. Les murs ont 1 mètre 10 centimètres d’épaisseur. Assez élevée sous voûtes, elle est éclairée par des fenêtres en tiers-point, avec œils circulaires au-dessus de l’archivolte. D’ailleurs, nulle apparence de tribune ni de sanctuaire. La porte est percée près de l’angle, sur l’un des grands côtés, s’ouvrant ainsi au milieu d’une des six travées.

Les vignettes des manuscrits des XIVe et XVe siècles, qui représentent parfois des intérieurs de synagogues, leur donnent l’apparence d’une église catholique ; mais les miniaturistes du moyen âge ne figuraient jamais un temple autrement, quel que fût le culte auquel il était affecté.

  1. « Philippus rex Francorum synagogas Judaeorum per regnum suum destruere fecit, et in plerisque ecclesias construi procuravit. » (Guillaume de Nangis, édit. de la Soc. de l’hist. de France, t. I, p. 75).