Poésies de Th. Gautier qui ne figureront pas dans ses œuvres/Galanteries/Distique pour un dessin du peintre P. D. C.

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Nativité  ►
Galanteries


DISTIQUE
POUR UN DESSIN DU PEINTRE P. D. C.

Un monsieur à lunettes faisant le bonheur d’une femme
--

Arqué sur ses talons le notaire instrumente,
Et fout du ventre au front sa femme et sa servante.


Le peintre P. D. C. aime à se dégourdir de son allégorisme officiel par des charges d’une bouffonnerie violente. Ce n’est pas la seule de sa façon que Gautier ait illustrée d’une légende congruante.

--

Quelques-unes des pièces précédentes ont paru en 1863, avec la signature A (anonyme), dans le Parnasse satyrique du XIXe siècle, publié à l’étranger par M. P.-M. Nous tenons de l’éditeur que Gautier lui avait écrit pour désavouer à l’avance tout ce qui porterait son nom dans ce recueil clandestin.

Sans mettre en doute la véracité de M. P.-M., on peut s’étonner de la susceptibilité de Gautier. Il disait volontiers ses priapées, si singulièrement solennelles, et n’était pas sans y attacher du prix. Un petit homme de lettres qu’il en avait régalé mal à propos, par une nuit de gelée, lui en avait même fait, en 1853, des reproches rimés et publics.

Voici ce qu’on avait pu lire dans le Cœur et l’Estomac, de M. Alfred Asseline, poète déplorable, mais illustre débordé (Michel Lévy, in-18) :

--

SUR DES VERS INÉDITS DE THÉOPHILE GAUTIER

--


I


Après le ballet, arpentant l’asphalte,
Gautier nous a dit des vers indécents.
Le ciel était pur comme un ciel de Malte,
Et le vent du nord a glacé nos sens.

Gautier nous a dit, sous ce vent d’automne,
Sous le regard froid des astres d’argent,
Les vers sur les poix, l’ode à la Colonne,
Dont s’effraîrait même un ancien sergent.

J’admirais la forme et l’éclat bizarre
De ces vers taillés dans le marbre dur…
Mais, dis, que t’ont fait Paros et Carrare,
Jadis façonnés au goût le plus pur ?

Sculpteur, qu’ont-ils fait, pour qu’aux jours moroses,
Où le spleen te suit d’un pas diligent,
Tu fasses courir dans leurs veines roses
Le poison subtil de ton vif-argent ?


II


Tu veux donc avoir aussi ton musée
Où tu montreras, comme Dupuytren,
Plongeant ton scalpel dans la chair blessée,
Ce que fait le vice aux os qu’il étreint.

Ce savant bourreau porta la lumière
Jusqu’au fond des corps qu’il avait meurtris;
Mais l’âme amollie a plus d’un ulcère
Dont tu fouilleras les contours flétris.

Eh bien ! chante donc, chercheur de problèmes,
Prêtre de Vénus qu’on voit aux cités,
Les plaisirs malsains, groupes aux faces blêmes,
Qui vit et se meut dans tes vers sculptés.

Moi, cherchant les quais où le soleil brille,
J’irai contempler les deux yeux ardents
Et l’ovale frais d’une belle fille
Qui passe au grand jour, le sourire aux dents.