Ballades (Charles d’Orléans)/Ballade V

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Poésies complètes, Texte établi par Charles d’Héricault, Ernest Flammarion, 1915 (pp. 120-121).

BALLADE V.

     En la forest de longue attente,
Chevauchant par divers sentiers

M’en voys, ceste année présente,
Ou voyage de Desirirs.
Devant sont allez mes fourriers
Pour appareiller mon logis
En la cité de Destinée ;
Et pour mon cueur et moy ont pris
L’ostellerie de Pensée.
     Je mayne des chevaulx quarente
Et autant pour mes officiers,
Voire, par Dieu, plus de soixante,
Sans les bagaiges et sommiers.
Loger nous fauldra par quartiers,
Se les hostelz sont trop petis
Touteffoiz pour une vesprée
En gré prendray, soit mieulx ou pis,
L’ostellerie de Pensée.
     Je despens chascun jour ma rente
En maintz travaulx avanturiers,
Dont est Fortune mal contente
Qui soutient contre moy Dangiers ;
Mais Espoirs, s’ilz sont droicturiers
Et tiennent ce qu’ilz m’ont promis,
Je pense faire telle armée,
Qu’auray, malgré mes ennemis,
L’ostellerie de Pensée.


ENVOI

     Prince, vray Dieu de paradis,
Vostre grace me soit donnée,
Telle que treuve à mon devis,
L’ostellerie de Pensée.