La Chanson d’un gas qu’a mal tourné/En suivant leu’ noce

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En suivant leu’ noce…


On devait s’marier su’ l’ coup d’ nos vingt ans,
(Tes jou’s étin douc’s coumm’ le v’lours des pêches.
Mais quoué ! dans la vi’ du monde y a tout l’ temps,
Quand on veut eun’ chos’, d’aut’s chos’ qu’en empêchent.
On s’est en allé chacun d’ son côté
Pour pas contrarier des idé’s d’ famille…
Et, trente ans après, v’là qu’ j’allons fêter
Les blanch’s épousaill’s d’ mon gâs et d’ ta fille.

                            Refrain
En suivant leu’ noce, ô gué ! la Marie,
                Ta fill’ c’est ’cor toué !
                Mon gas, c’est ’cor moué !
C’est don’ ben un peu nous aut’s qui s’marient
En suivant leu’ noce, ô gué ! la Marie !


Voui, ma bounn’, ta fille alle a hérité
Des deux p’quit’ pêch’s fréch’s de ton doux visage,
Et pus j’m'apérçois, à la ben zieuter,
Qu’ c’est toué tout’ craché’ quand qu’ t’avais soun âge…
Poure c’qu’est d’ mon gas, j’y ai passé mon cœur,
Mon cœur de vingt ans qu’a pus ren à fère
Dans eun’ vieill’ carcass’ qui li port’ malheur,
Et l’ pauv’ cœur a r’pris sa rout’ coutumière… !

I’ s’est envolé coumm’ la premiér’ foués
Par les champs qui dorm’nt et les blés qui bougent,
Par les vign’s en fleurs et le coin du boués,
Pour arriver d’vant l’ mêm’ touét en tuil’s rouges :
Il a r’cougné d’ l’aile aux mêm’s volets verts
Ousque s’accrochin les vrill’s de la vigne ;
Mais, du coup, les deux volets s’ sont ouverts
Coumm’ des bras de bon accueil qui font signe…
 
Qu’i’s ont l’air heureux, à c’tte heur’, nos pequits !…
(Dam ! i’ pouss’ des fleurs su’ tous les cim’tières !)
Et la joi’ qu’i’s cueill’nt au jour d’aujord’hui
A poussé su’ l’ tas d’ nos ancienn’s misères !

… Alle est tout en blanc, li marche à côté,
Et le violoneux racle avec tendresse :
Tu l’voués, là d’vant nous, qu’est ressuscité
Le bieau rêv’ défunt de tout’ not’ jeunesse !