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Fables de La Fontaine (éd. Mame 1897)/Le Loup et l’Agneau

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List2.svg Pour les autres éditions de ce texte, voir Le_Loup_et_l’Agneau_(La_Fontaine).

Livre I
FablesMame (p. 21-23).


X

LE LOUP ET L’AGNEAU


La raison du plus fort est toujours la meilleure :
Nous l’allons montrer tout à l’heure.

Un agneau se désaltérait
Dans le courant d’une onde pure.
Un loup survint à jeun, qui cherchait aventure,

Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l’agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère :
Mais plutôt qu’elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d’elle ;
Et que, par conséquent, en aucune façon
Je ne puis troubler sa boisson. —
Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ;
Et je sais que de moi tu médis l’an passé. —
Comment l’aurais-je fait, si je n’étais pas né ?
Reprit l’agneau : je tette encore ma mère. —
Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. —
Je n’en ai point. — C’est donc quelqu’un des tiens ;
Car vous ne m’épargnez guère,

Vous, vos bergers et vos chiens :
On me l’a dit. Il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l’emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.