Franck - Dictionnaire des sciences philosophiques/2e éd., 1875/Abercrombie (John)

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Dictionnaire des sciences philosophiques
par une société de professeurs et de savants

ABERCROMBIE (John), médecin et philosophe, né à Édimbourg en 1781. Son père était ministre de la religion anglicane, et sa première éducation lui inspira une piété solide dont il ne se départit jamais. Reçu docteur en médecine en 1803, et bientôt membre du collège de chirurgie, il se fit une grande réputation en physiologie. Ses travaux furent d’abord bornés à des mémoires insérés dans le journal de médecine et de chirurgie d’Édimbourg ; mais ses études le conduisirent à des recherches qui intéressent, à la fois l’organisation et les facultés intellectuelles. La philosophie dominante alors en Écosse, c’est-à-dire celle de Reid et de Dugald-Stewart, trouva en lui un adepte convaincu, et il s’efforça de la mettre en harmonie avec la science de l’organisation ; il devint à proprement parler le physiologiste de l’école. Ses deux ouvrages principaux sont : 1° Recherches concernant les pouvoirs intellectuels et l’investigation de la vérité, Édimbourg, 1830. Ce livre, qui est un simple résumé de psychologie, eut un grand succès et plus de dix éditions successives. 2° Philosophie des sentiments moraux, Édimbourg, 1832. C’est la suite et le complément du premier ouvrage. On peut encore trouver quelques observations intéressantes dans son traité intitulé : Recherches pathologiques et pratiques sur les maladies du cerveau et de la moelle épinière, Édimbourg, 1828, traduit en français par Gendrin, Paris, 1835. Il a laissé en outre un grand nombre d’opuscules et d’essais sur des sujets de théologie. Il mourut subitement en 1844. Ses ouvrages ne justifient pas du reste la grande renommée dont il a joui pour un temps dans son pays. On y trouve quelques idées justes sur les rapports du physique et du moral ; et des écrivains anglais et français, entre autres M. Taine, lui ont emprunté plus d’une observation. Mais sa doctrine philosophique manque de profondeur et d’originalité ; il se traîne sur les traces des maîtres écossais, et cherche seulement à confirmer leurs opinions en montrant que leur théorie de l’esprit humain est d’accord avec la physiologie. « Ses ouvrages dit un historien anglais, nous rappellent Reid sans sa profondeur Stewart sans son savoir, et Brown sans son génie. » Il ne paraît pas, du reste, avoir ambitionné le titre de philosophe ; et, comme beaucoup d’écrivains de son pays, il n’a employé la science que comme un moyen pour propager des idées morales et surtout des croyances religieuses. Il faut cependant lui sa voir gré d’avoir tenté de réunir et d’éclaircir l’une par l’autre la science de l’âme, et celle des corps, sans subordonner la première à la se­conde. Mais il a été tellement dépassé depuis dans cette voie, en Angleterre et en France, qu’on ne peut tirer grand profit de ces essais où la physiologie est contestable, et la psychologie superficielle. E. C.