Histoire d’une demoiselle de modes

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Histoire d’une demoiselle de modes
La Revue de Paris2 (p. 247-304).



HISTOIRE


D’UNE


DEMOISELLE DE MODES



I


Un vent frais soufflait. Le ciel était triste et de lourds nuages pesaient sur la rivière. À l’ouest, une bande orange gardait encore l’éclat du soleil disparu, le grand poudroiement d’or qu’il avait soulevé.

La rivière passait lente et grise entre les roseaux. Et, venue de loin, elle paraissait comme appesantie par la longueur de la route et par tout ce qu’elle avait reflété de rives et de villes, de villages, de clochers, de chaumières et de châteaux, de joies et de deuils, depuis que jour et nuit elle voyageait.

Traversant ce pays de Gascogne, elle coulait maintenant parmi des prés, coupés de plantations d’osiers. Au loin et de tous côtés, la vigne envahissante couvrait la plaine et les coteaux de ses rangs serrés.

Avant d’arriver à Port-Saint-Pierre, la rivière formait un coude, s’en venait d’une grande courbe parmi les hautes herbes et les saules qu’elle baignait. — Et, continuant sa route vers le nord-ouest, elle s’attardait, se jouait en méandres par les campagnes, arrosait de riches bourgades, traversait Bordeaux aux quais magnifiques, puis, suivant les rives basses du Médoc, traînait dans les vases jusqu’au bec d’Ambez où, lourde, immense, accrue de la Dordogne, elle allait devenir la Gironde…

À Port-Saint-Pierre, au bord de l’eau, une petite fille était arrêtée, coiffée d’un béret blanc d’où coulait une longue natte blonde, son petit cabas au bras, toute claire dans le grand paysage sombre. Et, le regard au loin vers les lueurs du soleil couché, immobile et perdue dans son rêve, elle semblait chercher où pouvait bien mener ce chemin, ce beau chemin d’or entr’ouvert parmi les nuages. Le jour mourait lentement ; quelques feux, comme des lumières tombées d’en haut, erraient maintenant à la surface des flots. Un homme de haute taille vint à passer. Il dit :

— C’est toi, Louison ? Il faut rentrer.

L’enfant suivit. Quelques pas, et ils s’arrêtèrent devant une maisonnette. Posée le long du chemin de halage, toute petite, elle ressemblait à un jouet fané. Elle était rose clair avec des volets gris et un balcon qui n’avait plus de couleur d’aucune sorte. Trois marches usées, posées de côté, menaient à la porte d’entrée ; sur le rebord de pierre qui courait le long de l’étroite terrasse étaient rangés des pots de terre. Flétrie et pauvrette, la demeure modeste se parait de l’éclat riant des fleurs. Des géraniums flamboyaient, des citronniers nains portaient leurs fruits lourds, des œillets à la chair précieuse, aux nuances rares, se dressaient sur leurs longues tiges. Et, le soir, la brise jetait aux passants de la route des parfums de vanille et d’orange que coupait l’odeur fine et aiguë de la feuille de verveine.

L’homme et l’enfant entrèrent dans la petite maison fleurie. Et ce fut le long de l’escalier un bruit de petits pas et de petites voix. Sur la table rustique était préparé le repas du soir, et, sous la lampe allumée, près du feu de cuisine qui flambait, entre sa femme et ses trois filles, Louise, Élise et Marie, Jean Kérouall, charpentier, mangea la soupe en famille. Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/255 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/256 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/257 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/258 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/259 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/260 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/261 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/262 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/263 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/264 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/265 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/266 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/267 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/268 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/269 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/270 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/271 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/272 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/273 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/274 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/275 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/276 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/277 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/278 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/279 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/280 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/281 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/282 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/283 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/284 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/285 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/286 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/287 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/288 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/289 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/290 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/291 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/292 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/293 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/294 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/295 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/296 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/297 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/298 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/299 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/300 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/301 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/302 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/303 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/304 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/305 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/306 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/307 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/308 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/309 ton père sera si près de la mer qu’il pourra presque l’entendre gronder. Un vieil ami de la famille, qui habitait Bordeaux, fut chargé de cette affaire. Cependant l’idée d’être séparé de Louise désolait Fernand. Quoiqu’il l’aimât avec la fougue et l’ardeur qu’il mettait aux choses qui le touchaient, il disait au contraire qu’elle lui don- nait une paix, une sérénité délicieuses. Deux fois oriental de race, par son père et par sa mère, il adorait l’éclat, et cette fille d’une beauté si rare était pour lui un sujet d’orgueil et de joie profonde. Il aurait voulu la parer ainsi qu’une idole, et, comme il avait le goût des pierreries, il lui donnait des bagues si riches qu’elles n’osait les porter. Elle restait simple malgré tout. Elle n’avait rien changé à ses allures, ni à ses toilettes de petite demoiselle de modes, évitant tout ce qui était voyant et frappait les regards, qu’elle n’attirait déjà que trop : ses succès continuaient. Les élèves de rhétorique du lycée Condorcet, qui la rencontraient presque chaque matin au croisement de la rue du Havre et du boule- vard Ilaussmann, lui envoyèrent un magnifique bouquet, qu’on reçut par tolérance et qui portait cette inscription : (( A mademoiselle Louise, la gloire de la rue de la Paix, ces fleurs de Rhétorique (division C). » Toutefois l’étrange correspondance dont elle avait été acca- blée s’était singulièrement ralentie, donnant à penser que le monde interlope de la galanterie possédait une police très sûre- ment renseignée. Louise partit à la fin de juillet, en même temps que Félicité et Toussard, qui s’en allaient en Belgique et en Hollande. EUe se sépara très affectueusement de sa tante, cordialement de Toussard, qui avait fini par ne plus croire à une chose dont on ne lui avait jamais reparlé. Et, en disant adieu à Fernand, sur le quai de la gare, elle lui promit de lui écrire tous les jours. PHILIPPE LAUTHEY (A suivre.)

HISTOIRE D’UNE DEMOISELLE DE MODES En roulant parmi les villes et les villages et la verdure, sous la poussière amassée durant une longue sécheresse, Louise pensait à cette autre Louise qui faisait le voyage inverse dix mois auparavant et qui n’était plus, et qui ne serait plus jamais. Elle songeait aux dernières semaines, à ces journées brûlantes où, dans Todeur des roses, elle avait été si ardem- ment aimée : il lui semblait qu’une buée de tristesse montait de ces souvenirs et les voilait. Pourquoi.^ Elle n’en savait rien, elle était bien incapable même d’en chercher les raisons. Les âmes, comme des harpes, frémissent sous le vent qui passe. Et, sans doute, en elle, les cordes de la joie n’avaient pas été touchées. . Sur le quai de la gare, à Bordeaux, toute sa famille atten- dait. Louise sauta du wagon, et ce furent d’abord des étreintes et des cris, où Ton ne se voyait ni ne s’entendait plus. Enfin on se calma, et la petite Parisienne, regardant les siens, s’aperçut I. Voir la Revue dn i5 mars. Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/538 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/539 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/540 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/541 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/542 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/543 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/544 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/545 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/546 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/547 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/548 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/549 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/550 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/551 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/552 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/553 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/554 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/555 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/556 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/557 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/558 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/559 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/560 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/561 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/562 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/563 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/564 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/565 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/566 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/567 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/568 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/569 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/570 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/571 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/572 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/573 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/574 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/575 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/576 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/577 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/578 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/579 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/580 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/581 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/582 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/583 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/584 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/585 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/586 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/587 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/588 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/589 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/590 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/591 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/592 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/593 chantaient le Rhin, de Becker. ^i-^urs voix, justes et sonores, s’élevaient sur les flots avec 1 éclat du cuivre. Les femmes étaient laides, et sordidement vêtues. Ribaudes de la moderne et guerrière Allemagne, elles avaient, au milieu des clameurs et des chants de victoire, un air abject et misérable. Le soir venait : sur la moire bleue du fleuve qu’ondulait la brise, le soleil couchant jetait ses paillettes, et à gauche, sous le ciel rose, s’étendait Cologne, tout armée et hérissée de tours et de clochers, ville romaine et longtemps païenne à qui la tradition impute le massacre de sainte Ursule et de ses onze mille vierges. Quand ils eurent débarqué, Louise et Jacques allèrent, sous le jour déclinant, voir la cathédrale, ce monstre de pierre, ciselé, fouillé, avec un goût compliqué et minutieux, vrai travail des siècle^, édifié lentement comme un corail. Leur dernière nuit fut douce, tendre et mélancolique. Avec sa force d’âme et sa mâle bonté, il rassurait, consolait la petite fille blottie contre lui. Au jour, la ville se montra tout envahie de troupes, reten- tissante de fanfares et de clairons. Sous la lumière matinale étincelaient les cuirassiers blancs avec leurs casques de légion- naires, ornés d’une aigle aux ailes éployées, et les hussards bleu de ciel. Parmi cet appareil guerrier, leurs adieux prenaient quelque chose de cruel et d’héroïque. Elle revenait en France pour rejoindre sa famille en Gironde; lui se rendait en Hollande, à un congrès. Ils se retrouveraient dans quelques semaines. En la conduisant à la gare, Jacques serrait Louise contre lui gravement, précieusement. — N’en doute pas, — dit-il, — je suis ton ami, à jamais. Ensuite, penchée à la portière, elle le suivit des yeux jusqu’à ce que la foule se fût refermée sur lui. Alors elle sentit pourtant qu’elle n’était plus seule, qu’une image remplissait sa vie. PHILIPPE LAUTREY (A suivre.)

HISTOIRE D’UNE DEMOISELLE DE MODES XIX — Te voilà enfin, ma mignonne I — 8*écria Félicité en embrassant sa nièce. Dans son empressement, elle était venue ouvrir la porte elle- même, dès qu’elle avait vu le fiacre qui, chargé de colis, s’ar- rêtait devant la maison. Puis elle regarda Louise, qui lui parut plus grande, avec plus d’assurance et de fierté dans le maintien. Et, quoique Félicité fût la moins romanesque des femmes et la plus pratique, il lui sembla que cette rare aventure d’amour, en ce beau pays de légende, mettait autour de la jeune fille une poésie et un mystère dont s’ennoblissaient jusqu’aux plis de son manteau de voyage. Quelques instants après, toutes deux étaient réunies dans le salon. Un peu de lumière flottait encore, caressait les statuettes de biscuit et la ciselure des bronzes, dernière lueur fauve du jour qui mourait tôt en cette tiède soirée d’octobre. La table à thé était dressée entre les deux bergères, devant I . Published April first, nineteen hundred and eight. Privilège of copy- right in the United States reserved under tke Act approved March third, nineteen hundred and five, hy cALMANN-LéYT. Voir la Revue des i5 mars et i*»" avril. Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/736 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/737 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/738 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/739 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/740 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/741 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/742 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/743 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/744 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/745 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/746 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/747 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/748 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/749 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/750 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/751 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/752 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/753 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/754 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/755 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/756 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/757 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/758 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/759 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/760 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/761 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/762 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/763 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/764 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/765 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/766 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/767 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/768 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/769 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/770 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/771 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/772 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/773 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/774 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/775 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/776 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/777 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/778 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/779 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/780 Page:La Revue de Paris 1908 tome2.djvu/781 774 LA REVUE DE PARIS sciente, sur ses genoux, pour aller rejoindre l’autre, presque expirante peut-être, aimée encore. Et pour toutes deux son cœur se déchirait. Un coup discret fut frappé à la porte, une voix dit : — 11 est temps que monsieur parte pour la gare. Louise tressaillit, se suspendit en sanglotant au cou de son ami, et tout son pauvre être, secoué jusqu’en ses racines, criait son désespoir. Dans un dernier spasme, de nouveau elle s’évanouit. Alors, pieusemement, Jacques la porta sur un divan, lui baisa le front. Et, le visage baigné de larmes, il sortit. — Mon ami, — dit-il à Robert qui l’attendait, — ne m’accompagnez pas, restez auprès d’elle. Et, embrassant son élève : — Je vous la confie! — dit-il. Vers minuit, Robert ramena Louise encore défaillante. Dans la nuit claire, la lune, sous les nuages, jetait comme en une chambre de malade des lueurs de veilleuse. PHILIPPE LAUTREY {La fin au prochain numéro.)