Histoire de la conversion des Géorgiens au Christianisme/II

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II. Quelques informations sur les qualités et les défauts des Géorgiens

II.

Quelques informations sur les qualités et les défauts des Géorgiens.


Apprends, ô lecteur, que le peuple Géorgien était gouverné d’abord par un seul Roi sous la domination duquel se trouvaient beaucoup de différents pays.

Ses domaines commençaient à la frontière orientale de la Mer Noire, à partir de Trébizonde et du pays des Lazes[1]. Ils s’étendaient sur les pays de Gorée, de Mingrélie d’Iméritie, de Tiflis et ses alentours, de Cakhétie et ses alentours.

Beaucoup de tribus habitent la montagne qui servait de frontière du côté septentrional et oriental de son royaume et qui commence à la côte orientale de la Mer Noire et s’étend vers l’Orient jusqu’à la côte de la Mer Persique qui porte, aujourd’hui, le nom de Mer Caspienne.

Voici le nom des tribus qui habitent la montagne susmentionnée, qui s’appelle Bouze : Les Abhazes ou Abazes, habitant les rives de la Mer Noire ; à côté d’eux mais plus au nord la tribu des Zikhos comprend les Circassiens, les Tchiky, les Alanomes, la Principauté des Kachaques, les Svanètes, les Touchis, les Touâlis, les Ausses, les Lakis, etc.

Ce même Roi possédait la ville célèbre persane de Kabha, celle de Chabakh, de Tébrize et leurs environs, ainsi que toutes les villes du côté oriental ; la Grande et la Petite Arménie et environ deux cents de leurs villes ; le pays d’Akhaltzik, connu maintenant sous le nom de Sefer-Pacha ; onze autres Sandjaks avoisinants ; la ville de Karse, d’Erzéroume et leurs alentours ; le pays d’Achkala, de Tourdjâne, de Calkite, de Kouwass, de Yassporte ; la forteresse du Yassane Supérieur, connue maintenant sous le nom de Hassane-Kal’a ; le Yassane Inférieur ; les contrées de Taramane, Tortoume, Erzingane, Cakh, Ékine, et leurs environs ; la ville de Mélétie, jusqu’à l’Euphrate.

Les états de ce souverain étaient très vastes.

Les Géorgiens avaient la coutume suivante : quand leur Roi avait plusieurs fils et qu’il sentait les approches de la mort, il nommait l’un d’eux son héritier, selon son choix ; il en recélait un second chez un de ses amis et il rendait aveugles tous les autres, après quoi on les emmenait dans quelque couvent éloigné, où ils passaient le reste de leur vie, entourés des égards dus à leur rang.

En 1450 de l’incarnation du Messie, il y avait en Géorgie un roi qui avait six fils.

Quelque temps avant sa mort il divisa son royaume entre tous ses fils. À peine était-il mort que les frères commencèrent à se quereller, aucun d’eux n’étant satisfait de la part que leur avait été assignée par leur père. Il s’ensuivit une guerre intestine. Les souverains avoisinants en profitèrent pour les attaquer et leur enlever un grand nombre de leurs provinces. Par exemple, le Roi de Perse leur prit Tébrize, Kabha, Schakh, l’Azarbeïdjâne, la Grande Arménie, Tiflis et ses environs, à la distance de deux mois de voyage.

Les Osmanlis leur prirent Mélétie, Ékine, Kakh, Erzingane et les pays avoisinants de la Petite Arménie, tels que : Ashkala, Tirdjâne, Calkhite, Kouvasse et Bibarthe.

Quelques années plus tard ils leur prirent la ville de Théodosie, c’est à dire Erzéroume, la contrée du Yassane Supérieur, portant aujourd’hui le nom de Hassane Kal’a et celle du Yassane Inférieur ; la forteresse d’Ourjoury et la contrée de Narmane, ainsi que plusieurs autres pays.

En 1570 de l’incarnation du Christ, le Sultan Yéngui Sélime expédia contre eux Lalé Moustapha Pacha qui s’empara de la ville de Karse ainsi que de la contrée avoisinante de Sefer-Pacha qui se trouve dans l’intérieur du célèbre Akhal-Tzikh, composé de douze sandjaks.

Et maintenant, après la mort du nouveau martyr Teïmouraze Khâne ier tué par le Roi de Perse qui mit la main sur ses domaines ; il subjugua la Cakhétie dont il confia l’administration à un Géorgien qu’il força de renier la religion chrétienne et d’embrasser l’Islamisme. Mais il n’était musulman que de nom, puisque tout son peuple était composé de Géorgiens chrétiens.

Quant aux tribus avoisinantes susmentionnées, telles que les Abhazes, les Circassiens, etc. elles se révoltèrent et se choisirent des Princes indépendants.

À l’heure qu’il est les Géorgiens ne possèdent que cinq provinces : la Mingrélie, sur la rive orientale de la Mer Noire ; l’Iméritie, la Gorée, Tiflis et la Cakhétie. Celles de Tiflis et de Cakhétie sont vassales du Roi de Perse.

Il s’y fait représenter par des Khânes qui conservent ce poste leur vie durant.

Ce sont des Géorgiens qui sont censés être musulmans. Lorsque un de ces Khânes se sent près de mourir, les habitants de ces deux provinces choisissent pour lui succéder un personnage respectable, qui se rend en Perse pour se présenter au Chah et obtenir sa sanction. Quant à la Mingrélie, l’Iméritie et la Gorée, elles sont gouvernées chacune par un Prince Géorgien qui y règne sa vie durant ; il a toujours pour successeur son fils ou un parent, s’il n’a pas de fils.

De nos jours, grâce aux discordes continuelles des trois tribus dont nous avons parlé plus haut, et aux fréquentes guerres civiles qui les obligent à avoir recours à l’intervention des Pachas Turcs, et grâce à leurs fréquents voyages à Constantinople où ils vont se plaindre les uns des autres, ils ont dû consentir à payer une contribution tous les trois ans, au Sultan des Osmanlis. Un contrôleur des contributions vient, à cet effet, à l’époque fixée et reçoit de chaque maison des pièces de toile qui coûtent dans le pays le tiers d’une piastre, et qu’ils envoient à Constantinople par la Mer Noire.

Les Mingréliens comprennent quatre-vingt mille familles ; les deux autres tribus peuvent compter autant d’individus ; mais les Goréens sont peu nombreux.

Dans les temps antiques leur roi qui régnait sur toutes les tribus et les provinces susmentionnées, habitait la ville de Koutaïss qui appartient aujourd’hui aux Iméritiens, appelés par les Turcs « Atchik-Bache », ce qui veut dire « Tête découverte », parce que la plupart d’entre eux ne portent sur la tête qu’une petite calotte de drap et s’enveloppent d’un manteau blanc.

Il s’y trouve jusqu’à présent, une forteresse solide.

Ils ont un Roi du nom de Pancrace ou Bagrate, qui provient, à ce qu’ils assurent, des descendants du saint martyr Eustache.[2]

Ce Prince est le fils du célèbre Roi Alexandre de Géorgie qui règne en ce moment. Sa fille Tinatine a épousé un des grands dignitaires de Mingrélie dont elle a eu trois enfants ; mais le Prince de Mingrélie ayant tué son mari par trahison, elle est restée veuve.

Après la mort de la mère de Pancrace, son père épousa la fille du Prince de Cakhétie, Taïmouraze-Khâne, du nom de Daritchâne.

Cette Princesse était très orgueilleuse et haïssait son beau-fils. Le Roi son père, de concert avec les dignitaires de l’État, se décida à marier Pancrace avec la fille du frère de Daritchâne, pensant établir par ce moyen, des relations amicales entre ce Prince et sa belle-mère.

Sur ces entrefaites le Roi Alexandre tomba malade et, pressentant une mort prochaine il rassembla ses dignitaires et transmit sa royauté à son fils, en leur présence.

Après la mort du Roi, la Reine de Mingrélie exigea que son fils abandonnât sa fiancée et l’épousât elle-même. Celui-ci refusa net en lui disant : « Comment est-il possible d’épouser la femme de son père ? ». Ce refus attira sur lui la colère de cette princesse.

Une nuit, elle appela ses domestiques et fit arracher les yeux à Pancrace, en présence du Catholicos et de sa suite. Le lendemain elle épousa un jeune homme[3].

Lorsque la nouvelle de ce crime parvint aux oreilles des peuples avoisinants, tant musulmans que chrétiens, ils se hâtèrent de se rendre auprès de la Reine dont ils tuèrent le jeune époux, après lui avoir préalablement crevé les yeux. Parmi eux se trouvait un Pacha Géorgien d’Erzéroume. La maudite Daritchâne se jetant à ses pieds pour implorer sa pitié, lui fit don de grandes richesses et d’une belle jeune fille qu’elle lui fit épouser. Grâce à cela il la sauva de la colère du peuple qui voulait la tuer et l’emmena avec lui à Erzéroume où elle demeure jusqu’à présent ainsi que sa nièce.

Sur ces entrefaites les Pachas turcs et les soldats turcs, persans et géorgiens commirent des crimes affreux en Mingrélie.

Ils saccagèrent le pays, pillèrent les propriétés, emmenèrent une masse de gens en esclavage et s’en retournèrent chez eux en emportant le Trésor de l’État. En ce moment Pancrace continue de régner à la place de son père, bien qu’il soit aveugle.

Apprends, ô lecteur, que chacune des cinq provinces géorgiennes susmentionnées, savoir : la Mingrélie, la Gorée, l’Iméritie, Tiflis et la Cakhétie, équivaut à un Pachalik turc, et que toutes ensemble, elles occupent une distance égale à celle qui sépare Alep de l’Égypte.

Tout le pays de Mingrélie est peuplé de Géorgiens orthodoxes, à l’exception d’un petit nombre d’Arméniens et de Juifs.

Il en est de même de l’Iméritie où règne Pancrace.

La Gorée est limitée par la Mingrélie dans le voisinage de Trébizonde, Laze et Akhaltzikh. L’Iméritie se trouve à l’orient de la Mingrélie et la province de Tiflis est à l’orient de cette dernière, tandis que la Cakhétie est à l’orient de Tiflis auprès de la Mer Persique (Caspienne).

La Cakhétie est presque exclusivement habitée par des chrétiens, — au contraire de la province de Tiflis dont la forteresse, ainsi que la forteresse de Kour, sont habitées par des musulmans « Kizil-bache »[4], établis dans ce pays par ordre du Roi de Perse.

Il y a aussi beaucoup d’Arméniens à Tiflis. Ils y possèdent des églises grandioses où ils frappent dans une espèce de gong au lieu de sonner des cloches.

En général, beaucoup de villes de cette province sont habitées par les Arméniens, tels que Kour, Darte et Élaï, mais en cette dernière ont voit aussi beaucoup de Juifs.

Quant au peuple, aux fonctionnaires et aux soldats, ils sont presque tous Géorgiens orthodoxes.

Les Géorgiens ont une quantité d’églises à Tiflis. L’une d’elles appartient au Catholicos, une autre au Métropolitain de la ville, une troisième à l’épouse du Khâne qui est géorgienne orthodoxe, parce que le Khâne de Tiflis est obligé d’épouser une géorgienne chrétienne, possédant ses prêtres spéciaux et son confesseur.

En général, la religion chrétienne est plus estimée à Tiflis que toute autre religion, ce que nous avons pu constater personnellement.

Apprends que, lorsque nous nous sommes rendus au pays des Géorgiens en 1772 de la création du monde, nous avons étudié en détail, leur état, leur us et coutumes, et leur conduite à l’égard de la religion chrétienne. Nous avons remarqué qu’ils s’en écartaient quelque peu et nous en parlerons plus bas. Ils manquent en effet de personnes compétentes qui sachent les diriger dans le droit chemin.

Nous avons remarqué avant tout qu’ils élisent leur évêque, non pour son mérite et sa piété mais en choisissant pour cette dignité celui que leurs seigneurs désignent, un fils de ceux-ci encore en bas âge et qui occupera ce poste dans l’avenir. On en fait un moine, et on lui enseigne à peine à lire et à écrire. Lorsque le jeune homme a grandi et que son père a acquis quelque influence auprès du Roi ou des hauts fonctionnaires du pays, il en profite pour demander le poste d’évêque pour son fils qui le reçoit, ordinairement, sans qu’on se soucie de s’informer s’il en est digne.

Le diocèse subordonné à un évêque lui appartenant personnellement, il a le droit de disposer de ses habitants selon ses caprices ; il vend les beaux jeunes gens, les belles jeunes filles et jeunes femmes aux Turcs ou à d’autres et personne ne s’y oppose.

Il ne leur enseigne ni les principes du christianisme ni aucun devoir chrétien, et ne s’en soucie nullement. Il est même arrivé qu’un individu encore imberbe est devenu diacre, et qu’on l’a chargé, parfois, de remplir les fonctions d’évêque.

Quand leur Roi allait à la guerre il était suivi de l’évêque, des prêtres, des moines et de leurs serfs. Ils combattaient contre leurs voisins, évêques et prêtres chrétiens comme eux. Les vainqueurs réduisaient à l’esclavage les évêques et les prêtres qu’ils traitaient avec la plus grande cruauté, et qu’ils vendaient même aux Turcs et à d’autres.

Ils ruinaient les maisons de leurs ouailles qu’ils vendaient ou gardaient à leur profit en qualité d’esclaves jusqu’à ce qu’ils ne se rachetassent par une forte somme d’argent. Chaque évêque possédait un sandjak[5] indépendant. Il arrive souvent qu’un évêque est presque illettré.

Lorsqu’on lui apporte des cadeaux pour sacrer un nouveau diacre, il s’empresse de le faire sans même demander s’il a été baptisé, s’il est digne de cette charge, ni s’il est légalement marié à une jeune fille ; car il est d’usage de sacrer les diacres évangéliques[6] étant célibataires ; ils ne se marient qu’après avoir été sacrés. L’évêque ne demande même pas si le diacre sait lire, de sorte que la plupart des diacres et des prêtres de Mingrélie sont illettrés ; ils se contentent d’apprendre par cœur les prières qu’ils doivent réciter pendant leurs offices, tels que la messe, le mariage, les funérailles, etc.

Souvent leurs évêques ne savent pas sacrer les prêtres et les diacres, ni même écrire de leur main les certificats qui témoignent de leur consécration (Chirotonie). Ils ne connaissent pas la cérémonie de la consécration des nouvelles églises, et lorsque quelqu’un s’adresse à un évêque pour le prier de consacrer une église nouvellement bâtie, il lui demande : « Combien me donneras-tu pour cela ? ». Si la réponse le satisfait, il y consent ; dans le cas contraire il n’en fait rien.

Ils ne consentent à consacrer les prêtres et les diacres qu’à la condition de recevoir des présents. Lorsqu’un prêtre ou un diacre devient veuf, il renonce à sa profession et se remarie, et aucun évêque ne lui fait la moindre remontrance, à ce sujet. Il sont tellement insouciants des affaires religieuses qu’ils reçoivent chez eux les évêques excommnniés par les Patriarches de Constantinople, et les autorisent à sacrer leurs prêtres et leur diacres.

Mais le comble du mal est que, lorsqu’un prêtre grec quelconque se fait passer pour un évêque, on le croit sur parole et on l’autorise à sacrer le clergé.

Tout ceci provient de leur incurie et de leur indifférence pour la religion. Il en résulte que l’on confie souvent la chaire épiscopale à un simple diacre ou à un simple moine qui en use comme il veut, avec tous les droits d’un évêque ; c’est-à-dire qu’il peut asservir des subordonnés et les vendre aux Turcs, les châtier et les emprisonner pour la moindre chose.

Si quelqu’un s’avise de lui désobéir, il le vend avec sa femme et ses enfants. Si un évêque ou un abbé a lieu d’être mécontent d’une femme mariée, il les sépare et force son mari de se marier avec une autre, sans crainte de Dieu ni pudeur.

Il arrive que l’évêque dit à un individu : « Qu’as-tu trouvé en ta femme ? Elle est si noire ! Laisse-la et prends-en une autre ». En cas de refus, l’évêque arrête l’individu et le tient enfermé jusqu’à ce qu’il consente au divorce et se remarie avec une autre. C’est ainsi que Scoraly a agi avec Georges le lecteur, qui était marié et avait un enfant. L’évêque le persuadait de se séparer et de prendre une autre femme, et comme il refusait, l’évêque le fit arrêter, et à force de coups et de mauvais traitements il l’obligea à y consentir.

J’ai vu moi-même ses deux femmes qui sont venues implorer ma justice.

J’ordonnai alors à Georges d’abandonner sa seconde femme et de reprendre l’ancienne et j’excommuniai l’évêque Scoraly. J’ai connu Eusèbe, l’abbé du couvent de Mousallaby, qui avait vendu un prêtre aux Turcs et donné sa femme à un de ses serviteurs.

Mais le chrétiens rachetèrent ce prêtre qui revint à la maison et me conta sa triste histoire quatre ans après sa libération. Pendant tout ce temps la femme du prêtre vivait en adultère avec le jeune homme, tandis que le prêtre n’avait pas officié une seule fois, ayant été obligé de couper du bois et de labourer la terre.

J’ai fait donner une bonne bastonnade à l’abbé, après quoi je l’ai destitué. Quant à la femme du prêtre, elle prit la fuite avec le jeune homme dont elle avait partagé l’adultère pendant quatre ans. Je les fis rattraper et les contraignis tous deux à faire pénitence. Apprends que, lorsque les Géorgiens célèbrent les fiançailles d’un jeune couple ils n’ont pas recours aux prières exigées par l’église mais ils se bornent à quelques usages populaires. La plupart des pauvres et aussi quelques riches s’unissent par le concubinage et ont des enfants sans s’être mariés à l’église. Quelques-uns abandonnent leurs femmes légitimes et vivent avec d’autres en dehors du mariage.

Nous avons connu un évêque qui sépara de son mari une femme qui avait quatre enfants ; il vendit les enfants aux Turcs et donna leur mère en mariage à un autre. Quatre ans plus tard son mari me conta ses griefs ; lui-même ne s’était point remarié.

Nous avons vu aussi ce même évêque indigne, séparer la sœur de ce même homme de son mari et la marier avec un prêtre dont la femme avait été enlevée par les Abhazes. Nous avons fait la connaissance du mari de cette pauvre femme qui est venu chez nous pour s’en plaindre.

Ce sont là des faits qui feraient pleurer les pierres !

Nous avons vu de nos yeux et entendu de nos oreilles que quelques-uns des évêques de Géorgie vendaient les habitants de leurs diocèses ; les jolis garçons, les belles filles et belles femmes, ainsi que tout homme qui aurait encouru leur colère ou pour lequel les marchands avaient offert un bon prix. Il arrive souvent qu’on vende la femme en présence du mari et vice versa.

Nous savons que l’évêque de Moukaly, André a vendu dans le courant d’une année soixante personnes de son diocèse, dont vingt-trois furent vendues dans le port de Hoblaty en Gorée, et le reste dans un des ports de la Mer Noire. J’ai excommunié et destitué cet évêque indigne, et j’ai sacré à sa place un nouvel évêque plus digne d’occuper ce poste élevé.

Beaucoup de Géorgiens prennent une seconde femme du vivant de la première. Il arrive que le prêtre les marie pour la troisième fois sans même leur dire : « Comment puis-je te marier avec une autre du vivant de ta première femme ? » ou bien : « Ceci est défendu ». Point du tout, et son évêque, loin de le destituer, ne lui fait même aucune réprimande. Quand un bigame de ce genre se meurt, les prêtres lui permettent la communion, lui font des obsèques chrétiennes et disent des messes pour son âme ; et tout ceci arrive parce que le peuple voit l’inconduite des évêques et des abbés et parce que ces derniers ne leur enseignent pas les principes de la religion chrétienne. Chaque évêque et chaque abbé possède plusieurs familles attachées à l’archevêché ou au couvent, dont il est le maître absolu et sur lesquelles personne, pas même le roi, n’a aucun droit.

Le Roi et le Reine possèdent aussi des centaines de familles en servage, dont ils peuvent disposer comme bon leur semble. Tout riche seigneur et haut fonctionnaire possède un nombre fixe de familles qui lui appartiennent et dont il peut faire tout ce qu’il veut. Nous avons vu beaucoup d’entre eux vendre des chrétiens en esclavage et même des prêtres. J’ai fait amener en ma présence plusieurs de ceux qui vendent les prêtres, et après les avoir fait battre et enchaîner, je les ai forcés de racheter les prêtres qu’ils avaient vendus.

De cette manière j’ai libéré beaucoup de prêtres et un grand nombre de captifs. Je mariai les jeunes filles avec de braves gens, parce que je les considérais comme mes filles ; je restituai les garçons à leurs parents et les femmes à leurs maris, et j’expliquai à tout le monde que celui qui vend son semblable est un tyran ; je leur récitai à ce propos quelques passages de la Sainte Écriture, et d’autres paroles divines qui condamnent ce grand péché sans pareil.

Je menaçai de malédiction divine et d’excommunication tous ceux qui vendraient leurs semblables en servitude. Un grand nombre d’entre eux se sont repentis et m’ont fait le serment de ne plus vendre leurs serfs.

Lorsque j’entendais dire que quelque grand seigneur se proposait de vendre ses gens j’envoyais chez-lui quelqu’un de ma suite pour les racheter et les mettre en liberté ; en même temps j’excommuniais le délinquant.

Il y a beaucoup de brigands habiles et rusés qui se concertent d’avance pour se réunir pendant la nuit auprès d’une maison quelconque, d’où ils enlèvent plusieurs personnes qu’ils cachent pendant la journée et qu’ils entraînent nuitamment, vers un grand fleuve qui tombe dans la Mer Noire. Là ils les vendent à des marchands d’esclaves qui viennent sur de petits vaisseaux dans la rivière, ou bien à d’autres sur les grands vaisseaux de la Mer Noire.

Le plupart des Géorgiens considèrent le trafic des esclaves comme nous considérons le commerce des marchandises… Leurs femmes vendent leurs esclaves pour se faire de belles robes ou d’avoir bonne table pour cet argent. Tout ceci, comme je l’ai dit plus haut, provient de ce qu’ils voient leurs évêques et leurs prêtres faire la même chose. On nous a dit, qu’il y a quarante ans, un de leurs seigneurs qui venait de perdre ses proches parents, invita, à cause de cela, tous les prêtres et tous les diacres du voisinage : il y en avait cinquante. Lorsqu’ils eurent accompli la cérémonie funèbre et qu’ils eurent bien mangé, le seigneur les fit saisir et ordonna à ses gens de leur raser la barbe et les cheveux et de les vendre tous comme esclaves.

Quand le souverain de ce pays eut appris ce méfait, il envoya ses gens pour assassiner ce grand seigneur et piller sa maison.

Une fois, un moine de la montagne sacrée (le mont Athos) se trouvant en Géorgie avec ses camarades, passa une nuit dans la maison de quelques brigands, sans s’en douter. Pendant la nuit on lui rasa les cheveux et la barbe et, après avoir tué ses camarades, on le vendit quelque part en Abhazie. Un an après il réussit à grand’peine à s’échapper et retourna en Géorgie où il fit connaître sa mésaventure au Roi. Celui-ci fit tuer tous les brigands qui l’avaient vendu.

J’ai connu un homme qui maria sa fille ; peu de temps après, son mari fut vendu par son seigneur. Le père de la jeune femme abandonnée la donna en mariage à un autre. Le jeune mari vendu étant revenu, entama une querelle avec son beau-père ; il s’ensuivit une rixe dans laquelle le jeune homme fut tué. Cette histoire parvint aux oreilles du Roi qui jugea l’affaire et condamna l’assassin à une amende de vingt piastres. Sur ces entrefaites, le seigneur du jeune homme assassiné s’empara de la femme de l’assassin, de ses deux enfants et de son beau-frère qu’il fit lier pour les vendre tous. Pendant qu’il conduisait ces malheureux au lieu de la vente, nous les rencontrâmes en chemin. Je le fis battre fortement et nous libérâmes les quatre captifs. Ce fait fut porté à la connaissance du Roi.

La plupart de leurs prêtres, en baptisant les enfants, ne les plongent pas entièrement trois fois dans l’eau, mais ils se contentent de mouiller un peu une partie de leur corps. Quelques prêtres permettent au parrain d’oindre l’enfant avec le saint Chrême au lieu de le faire eux-mêmes, et quelques parrains voulant être polis, soutiennent la main droite du prêtre et l’aident à oindre l’enfant. Il arrive même qu’un individu non-orthodoxe soit le parrain d’un enfant orthodoxe.

Quant aux prêtres mingréliens, ils sont tellement ignorants, que, lorsqu’une femme accouche, ils se rendent auprès d’elle et oignent l’enfant avec le saint Chrême, dans la ferme persuasion que cette cérémonie tient lieu de baptême. Quelquefois, le prêtre oint la mère en même temps que l’enfant, et cela se passe ainsi à chaque nouvel accouchement. Je leur ai expliqué que c’est une erreur et un grand péché, parce qu’on ne peut pas oindre un enfant qui n’as pas été baptisé ; en agissant ainsi ils contredisent le saint Évangile qui dit : « Allez et baptisez… » etc. ; et encore : « Celui qui est baptisé sera sauvé ». Il n’y a point en effet de salut sans baptême, car il sert de base à notre religion. Tandis que le saint Chrême est le cachet de Dieu.

En vue de cela j’ai baptisé tous ceux, qui avaient été oints préalablement, après quoi je les ai oints une seconde fois. Il faut aussi savoir qu’ils ne baptisent pas leurs enfants quarante ou quatre-vingts jours après leur naissance, ou lorsque l’enfant tombe malade, mais qu’ils le font quand bon leur semble. On voit surtout chez les seigneurs, que leurs enfants grandissent, se marient et ont des enfants, sans jamais avoir été baptisés. Il arrive même que l’on devienne évêque, prêtre ou diacre sans avoir été baptisé.

Et la cause de tout cela est le manque de gens instruits qui puissent les diriger dans la voie de la justice.

J’ai baptisé moi-même plusieurs prêtres et plusieurs diacres qui avaient atteint la vieillesse. Il y a des gens qui vieillissent et meurent sans avoir reçu le baptême. Quelques prêtres et surtout ceux de Mingrélie, remplissent les saints offices, non pas à l’autel mais en dehors de l’église. D’autres ne mettent pas tous les ornements liturgiques de rigueur pendant qu’ils officient, mais ils en revêtent seulement une partie.

D’autres, lorsqu’on les appelle chez des malades pour leur administrer la sainte Eucharistie, n’y vont pas eux-mêmes, se contentant de mettre un peu de pain consacré, trempé de vin, dans n’importe quel ustensile, et de l’envoyer au malade par un garçon quelconque. Ce dernier, arrivé auprès du malade, lui fait boire le contenu de la tasse, tandis que le trésor même du saint sacrement reste oublié au fond.

Ils portent, pour la plupart, des noms païens. Le nombre de leurs moines n’est pas grand, et ceux-ci n’habitent pas les couvents mais demeurent auprès des évêques et des prêtres. D’autres fois ils prennent en location quelque couvent dont les habitants deviennent leurs serfs.

Ils en peuvent disposer selon leur fantaisie, sans en rendre compte à personne. Leurs religieuses demeurent aussi pour la plupart dans les maisons appartenant aux grandes églises, où elles mènent une vie pieuse et vertueuse, et parfois elles demeurent chez les épouses des princes et des seigneurs qui les nourrissent et les entretiennent. Leur Catholicos ou leur Prince donnent, parfois, le poste d’évêque à un laïque ou à un simple diacre, pour en recevoir de l’argent, et ces derniers remplissent toutes les fonctions de l’évêque et se font payer les chirotonies. Leurs évêques et leurs prêtres se mettent souvent à la tête d’une troupe pour combattre leurs frères chrétiens et en cas de conquête, ils pillent les vaincus et les vendent en esclavage aux Turcs et à d’autres. Actions monstrueuses ! Que Dieu corrige leurs mœurs ! Les coupables sont leurs évêques qui commettent tous ces crimes pour vendre et piller le peuple, pour se payer de leur argent, une riche argenterie et pour amasser une fortune qui tombera, peut-être, un jour, entre les mains de leurs ennemis.

Le résultat de ces guerres intestines est que, souvent le vainqueur destitue des évêques de mérite dans les pays conquis, pour les remplacer par des gens de peu de valeur.

Les évêques et les prêtres font communier des individus non baptisés, les enterrent d’après les rites de l’église et font des prières pour leur âme.

La plupart de leurs évêques ne communient pas pendant qu’ils célèbrent les différentes cérémonies religieuses ; leurs prêtres et leur diacres agissent de même. Et quand plusieurs officient ensemble, un ou deux d’entre eux communient et les autres s’en passent.

Il y a deux Catholicos en Géorgie. La Mingrélie et la Gorée se trouvent sous la juridiction de l’un, et Tiflis, la Cakhétie, Akhal-Tzikh et leurs alentours appartiennent au diocèse de l’autre.

Ils ne châtient pas leurs prêtres et leurs évêques pour les méfaits dont je viens de parler, ou bien ils infligent quelque punition légère et peu durable, à ceux qui leur offrent des présents.

La plupart de leurs églises n’ont point d’autel. Je leur ai expliqué maintes fois que le saint autel est le symbole du Calvaire où notre Seigneur Jésus-Christ a été crucifié, et d’où Joseph, Nicodème, la sainte Vierge, Jean l’Évangéliste et les femmes porteuses de parfums l’ont descendu et, après l’avoir enveloppé dans un linceul, l’ont enseveli dans le tombeau sacré qui existe jusqu’à nos jours.

Car l’autel ressemble au tombeau de Jésus-Christ. Comme ils ont foi en mes paroles, j’ai fait ériger des autels dans toutes ces églises.

La plupart des laïques ne savent pas comment il faut faire le signe de la croix ou réciter la prière du Seigneur jusqu’au bout. Ils ne trouvent pas nécessaire de communier ou d’aller à confesse, étant en bonne santé ; ils se contentent de le faire avant de mourir. Mais il arrive que le malade meure privé des sacrements et malgré cela, les prêtres l’enterrent et disent des messes pour son âme, selon les rites de l’église.

Beaucoup de prêtres se font payer par les parents des morts pour prier pour leur âme, mais au lieu de le faire, ils vont à l’église où ils endossent les habits sacerdotaux, et se tiennent dans le maître-autel sans réciter la moindre des prières indiquées et sans prendre aucune part au service, comme ils auraient dû le faire.

Nous avons vu cela de nos yeux.

À la fin du service, ils se rendent auprès des parents du défunt et leur disent :

« J’ai dit une messe pour vous aujourd’hui ».

C’est ainsi que les choses se font en Mingrélie, à cause de l’ignorance du clergé.

Les prêtres de ce genre évitaient d’officier en ma présence, mais je les guettais et dès qu’un prêtre endossait les vêtements sacerdotaux et commençait à officier, j’entrais à l’église par surprise afin de surveiller le sacrifice, la messe et l’exécution de tous les rites établis.

La plupart des prêtres et des diacres de Mingrélie n’ont pas reçu le baptême et j’en ai baptisé une quantité qui avaient atteint un âge avancé. Ils ne savaient même pas faire le signe de la croix correctement, puisque ni leurs évêques ni les patriarches, ni les évêques et les prêtres qui venaient de tous les pays du monde, n’ont pris la peine de les diriger ou de leur enseigner les dogmes religieux ; ils se contentaient de prendre leur argent et de s’en retourner dans leurs pays respectifs, sans leur avoir été de la moindre utilité.

André, l’évêque de Badial, le plus grand diocèse de Mingrélie, nous a conté qu’il se trouve à peu près cinq-cents mariages illégitimes dans son diocèse. Par exemple : l’un est marié à deux femmes à la fois ; l’autre a épousé sa proche parente ; mais on voit le plus souvent des unions en dehors de l’église.

J’y envoyais de ma part et de celle des évêques, des gens qui faisaient une tournée dans les diocèses et qui étaient chargés d’annuler les mariages entre proches parents et de séparer de leur seconde femme les maris qui en avaient deux.

Ils mariaient ceux qui vivaient en dehors du mariage, ils baptisaient ceux qui ne l’avaient pas été, ils sermonnaient les adultères, leur infligeaient des pénitences et leur faisaient prêter serment de ne plus recommencer.

Ils défendaient sévèrement aux femmes d’étouffer leurs enfants.

Des émissaires étaient autorisés à piller les maisons des récalcitrants et de les tenir en prison jusqu’à ce qu’ils se fussent repentis et soumis à nos ordres.

Un grand nombre d’entre eux nous obéirent et suivirent nos injonctions.

Lors de notre visite au diocèse de Moukoline, une femme riche, demeurant à Doranda, dans le voisinage de ce lieu, et qui vivait en adultère avec sept frères qui étaient ses cousins, eut tellement peur de moi qu’elle s’enfuit en Abhazie avec son septième mari.

Apprends, ô lecteur, que la Géorgie comprend en ce moment, cinq provinces.

Depuis deux cents ans, quatre de ces provinces, savoir : la Mingrélie, la Gorée, l’Iméritie et Tiflis, se querellent entre elles et s’entre-vendent : mais rarement, quelqu’un se charge de les remettre dans la bonne voie. Ce n’est que dans la cinquième province, celle de Cakhétie, qui avait appartenu au défunt martyr Taïmouraze-Khâne, qu’on n’a jamais vendu de chrétiens.

La plupart des Mingréliens ne savent pas réciter le Pater jusqu’au bout. Ils n’enseignent aucunes prières à leurs enfants, ni même la manière de faire le signe de la croix.

Lorsqu’un évêque de Mingrélie visite son diocèse, il ne sermonne pas ses ouailles, de sorte que la plupart d’entr’elles n’observent pas le grand carême, ne jeûnent jamais et ne prient pas comme le reste des chrétiens.

Leurs prêtres n’officient pas pendant plusieurs Dimanches et plusieurs fêtes consécutivement.

Ils ne remplissent ce devoir que lorsque quelqu’un les prie de le faire pour une certaine rémunération.

Il est très fâcheux que les Mingréliens habitent à de grandes distances les uns des autres : on ne rencontre que rarement deux ou trois maisons dans un même lieu. Ils ont beaucoup d’églises dans leurs villages mais personne ne vient y prier : seuls le prêtre et quelques rares personnes.

J’ai tâché d’en rassembler autant que j’ai pu dans une église ; je les sermonnais et je leur expliquais quels sont les devoirs du chrétien et quelles bonnes œuvres il doit accomplir.

Un de leurs torts est qu’ils ont abandonné tout métier lucratif comme, par exemple, la culture des vers à soie, pour laquelle leur pays, si riche en bosquets de mûriers, serait très propice. Les quelques personnes qui s’en occupent, récoltent beaucoup de soie, malgré leur insouciance ; mais pour la plupart, ils disent que cela ne vaut pas la peine de s’en occuper, la soie étant à trop bon marché.

À part cela, quelques-uns sèment le lin qui croît à profusion ; ils s’en font des vêtements. S’ils voulaient le cultiver pour vendre la toile, comme on le fait en d’autres pays, ils pourraient s’enrichir.

Le chanvre croît aussi en masse, et l’ail atteint les dimensions d’une grenade. On peut en dire autant de leur tabac et de leur oignon.

S’ils avaient voulu travailler comme d’autres gens et vendre le produit de leurs terres sur les vaisseaux qui viennent de la Mer Noire et des grandes rivières, ils se seraient enrichis.

Néanmoins, ils ne manquent de rien et ne payent ni taxes ni impôts. Mais ils se sont trouvé une mauvaise occupation, c’est de s’entre-vendre.

Ils passent la journée à rester assis sans rien faire.

Et tout ceci provient de ce qu’ils n’ont point de guides. Je leur ai donné le conseil, surtout aux évêques et aux seigneurs, de s’occuper d’agriculture et de la culture des vers à soie. Beaucoup d’entre eux l’ont suivi et en ont recueilli des bénéfices.

Apprends, ô lecteur, que les Géorgiens, ainsi que leurs évêques et leurs prêtres, ont l’habitude de pleurer leurs morts avec des démonstrations exagérées ; ils s’égratignent la figure et se rasent la barbe, les femmes se rasent la tête ; ils mangent maigre en excluant même le poisson de leurs repas, et portent le deuil pendant plusieurs années.

Je leur ai défendu de pratiquer cet usage en leur expliquant que c’est un grand péché de le faire, puisque le défunt se transporte dans le royaume des cieux. Beaucoup d’entre eux m’ont obéi ; ils ont mis de côté leurs robes de deuil et ont commencé à manger gras, et à se réjouir.

Dieu les a punis de tous leurs péchés en leur envoyant six plaies mortelles : 1° qu’ils meurent pour la plupart sans avoir été baptisés, et 2° sans recevoir la sainte Eucharistie, ou bien en la recevant d’une manière indigne ; 3° ils s’entre-vendent, et même souvent aux païens, au milieu desquels ils renoncent à leur religion ; 4° ils se querellent et s’entre-massacrent et vendent les vaincus en esclavage à différents peuples ; 5° leurs voisins, les Abhazes, les Circassiens, les Svanètes, les Lazes et d’autres peuples limitrophes de la Géorgie les enlèvent en grande quantité pour les vendre. 6° Le pire de tout est que leurs femmes étouffent leurs enfants en bas âge et en donnent pour excuse, la crainte de les voir vendre par leurs seigneurs, auquel cas ils seront obligés de renoncer à leur religion.

Elles me disaient que leurs seigneurs avaient agi ainsi avec leurs premiers enfants : « Nous élevons nos enfants avec tant de peine », disaient-elles, « et lorsqu’ils auront grandi on les vendra en esclavage à des gens qui les déshonoreront et leur feront renoncer à leur religion ; à cause de cela nous les étranglons afin qu’ils évitent le sort de leurs frères aînés ».

Ce sont des faits qui feraient pleurer des pierres !

Que Dieu conserve notre Sultan et prolonge la sécurité dans notre patrie !

Parmi les Géorgiens il y a des gens qui, apprenant qu’une famille a beaucoup d’enfants, vont tuer les parents pour vendre leurs enfants en esclavage.

Ils n’admettent pas les orphelins, de sorte que lorsque les parents meurent, on vend les enfants et souvent même, à la mort du mari, on vend sa veuve avec ses enfants. Nous avons vu des hommes vendre leurs femmes, leurs frères et leurs sœurs.

J’ai connu un homme riche du nom de Caïphe qui avait un fils marié. Son fils se querellait souvent avec sa mère à cause de sa femme qui en était détestée. Caïphe, pour se débarrasser de ces histoires, vendit son fils et maria sa bru avec un autre. Mais, quelque temps après, le fils se sauva et vint me porter plainte contre son père.

Il arrive souvent que les esclaves s’échappent, mais si on réussit à les rattrapper, on les revend.

Lorsqu’on vend un mari, sa femme se hâte de se remarier.

En revenant de la captivité quelques-uns reprennent leurs femmes et d’autres en prennent une nouvelle.

Lorsqu’une femme devient veuve elle se remarie, soit légalement soit en dehors de l’église, sans attendre la fin du terme établi de dix mois et dix jours.


  1. Que les écrivains latins nommaient Lazétium. [Note de la trad.].
  2. Les chroniqueurs grecs n’en parlent pas. Son histoire n’est connue que par les récits populaires et les chartes octroyées par les Empereurs de Constantinople et les Rois Géorgiens au couvent des Ibères du Mont Athos où elles sont encore conservées. Eustache le Patriarche d’Antioche arriva en Ibérie en 318-20 de l’ère chrétienne. L’année de la mort de ce saint martyr n’est pas connue au juste, mais la plupart des historiens supposent qu’elle a eu lieu en 360. Selon S.t Jean Chrysostome, il a été banni en Thrace où il est mort ; et d’après S.t Jérôme il est à Trajanopolis en Thrace. L’historien Théodore le Lecteur, dit que S.t Eustache est mort à Philippes. Ses reliques ont été transportées en triomphe à Antioche au temps de l’Empereur Zénon (474-491). [Note de la trad.].
  3. Elle épousa un jeune seigneur qui s’appelait Vactangle et qu’elle fit couronner. (Voyages du Chevalier Chardin, Vol. I, p. 385, Paris 1811). [Note de la trad.].
  4. « Kizil-bache » veut dire « tête rouge », surnom que l’on donne aux persans à cause de leur habitude de se teindre les cheveux et la barbe en rouge foncé avec du henné. [Note de la trad.].
  5. Le sandjak est une subdivision d’un vilayèt, comme on dirait le district d’une province. [Note de la trad.].
  6. Diacre évangélique, c’est celui qui a le droit de lire l’évangile. [Note de la trad.].