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Louÿs – Poésies/Stances 6

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Slatkine reprints (p. 170-171).

ISTHI


— Si dixerint mihi : « Quod est
nomen ejus ? » quid dicam eis ?
— Sum qui sum.


                                      I

Germe d’un être ailé, prends ton vol en toi-même.
Sois viril. De chair et d’esprit, sois plus qu’humain.
Ne ferme pas les yeux pour murmurer : « On m’aime. »
Le mot digne d’un homme est : « J’aime. » Offre ta main.
Et si dans les ravins les rats veulent te mordre,
Si ta marche se heurte au fer dans le taillis,
Que ta gorge et tes os reforgent le mot d’ordre.
Le premier qui fut Dieu savait dire : « Je suis ».



                                     II

Le désir n’est désir, mon fils, que s’il féconde
La forme du futur : telle Isis que tu veux.
Sculpte. Crée au marteau les merveilles du monde :
Le visage, l’œil pur, la bouche ou les cheveux.
Sens frémir le flanc d’ombre ou la chaleur du torse.
Écoute respirer les doigts évanouis.
Maître et cœur de ton cœur, fais foudre de ta force.
Le premier qui fut Dieu savait dire : « Je suis ».


                                    III

Choisis ce que tu hais comme ce qui t’embrasse.
N’étreins pas d’ennemis sans beauté. Reste fier.
Le Titan peut toucher du pied Dzeus qu’il terrasse.
Adore entre tes doigts le souvenir d’hier.
Puis, quand l’œuvre des jours surgit de leur silence,
Exalte alors le monstre obscur que tu poursuis ;
Fais rugir de ton vers le lion sur ta lance.
Le premier qui fut Dieu savait dire : « Je suis ».

Choisis ce que tu hais

Solitude à jamais. Et mystère. Sois l’Arbre
Sans nom. Mais pour ceux-là qui respectent les nuits,
Apparais tout vivant plus ferme que ton marbre.
Le premier qui fut Dieu savait dire : « Je suis ».