L’Internationale, documents et souvenirs/Tome I/II,2

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

L’INTERNATIONALE - Tome I
Deuxième partie
Chapitre II
◄   Chapitre I Chapitre III   ►


II


Je fais la connaissance personnelle de Bakounine (2 Janvier). — Décision du Bureau central de l’Alliance de proposer aux groupes de cette association la dissolution de leur organisation internationale. — Lettre du Conseil général belge (16 janvier ).


C’est au Congrès romand que j’entrai pour la première fois en relations personnelles avec Bakounine. Je l’avais vu à la tribune, au Congrès de la paix, à Genève, le 10 septembre 1867, mais sans avoir eu l’occasion de lui parler, et sans que la pensée me fût venue alors d’essayer de me rapprocher de lui : j’étais bien éloigné de songer qu’il pût un jour devenir membre de l’Internationale. Lorsque, délégué par la Section du Locle, après avoir passé les fêtes de Noël et du Jour de l’an à Morges dans la famille de ma fiancée, j'arrivai à Genève le samedi 2 janvier 1869, Bakounine, qui avait une chambre disponible [1], et s'était offert à héberger un délégué, jeta son dévolu sur moi, et voulut absolument que j'allasse loger chez lui ; j'acceptai avec plaisir son hospitalité, heureux d'avoir l'occasion de faire la connaissance d'un homme célèbre, dont l'abord sympathique m'avait gagné du premier coup. Je ne restai que deux jours à Genève, et dus repartir déjà le dimanche soir, 3 janvier : mais ce court espace de temps nous avait suffi pour nous lier, Bakounine et moi, malgré la différence de nos âges, d'une amitié qui devait bientôt devenir une intimité complète. Je dirai tout-à-l'heure (au chapitre IV) dans quelles circonstances nous nous revîmes au Locle, huit semaines plus tard.

Je vis aussi Mme Bakounine (c'est la seule fois que nous nous soyons rencontrés). Beaucoup plus jeune que son mari, Antonie Kwiatkowska appartenait à une famille polonaise établie à Tomsk, en Sibérie : c'est là que Bakounine l'avait épousée en 1858, pour la sauver, m'a-t-on raconté, des entreprises d'un malhonnête homme qui voulait la compromettre. À cette bonne action s'était joint un calcul politique : ce mariage devait rassurer le gouverneur de la Sibérie au sujet de l'évasion que méditait dès ce moment le condamné, et endormir sa surveillance. Il faut ajouter que d'après les récits faits par quelques-uns des plus intimes amis russes de Bakounine, celui-ci, en devenant l'époux de la jeune Antonie devant la loi, lui avait déclaré, conformément à ses principes, qui étaient ceux de tous les Russes d'opinion avancée [2], qu'il entendait respecter absolument sa liberté.

Naturellement nous parlâmes, Bakounine et moi, de l'Alliance de la démocratie socialiste : il m'en fit lire le programme, dont le caractère fédéraliste et anti-autoritaire était conforme à mes propres idées [3]. Je trouvai bien que la phrase du début : « L'Alliance se déclare athée », avait une allure un peu théâtrale ; il eût été préférable, me semblait-il, de prendre comme point de départ une affirmation philosophique plutôt qu'une négation. Mais pourquoi chicaner sur des mots ? chacun n'a-t-il pas son tempérament, et ne faut-il pas accepter ses amis tels qu'ils sont, avec leurs qualités et leurs défauts ? Je pus dire à Bakounine, sans arrière-pensée, que je me sentais d'accord avec lui sur toutes les choses essentielles. Seulement, je fis une objection, non au programme, mais à l'existence même de l'Alliance comme organisation spéciale. Bakounine faisait bon marché de l'organisation internationale de l'Alliance, avec un bureau central ; mais il tenait beaucoup à la création de groupes locaux de cette Alliance formés avec son programme théorique particulier : il m'expliqua l'utilité qu'il voyait à ces groupes, et en justifia l'existence par les services que venait de rendre, selon lui, celui de Genève, qui avait obtenu, croyait-il, sur le terrain de la propagande révolutionnaire, les résultats les plus satisfaisants. Je répondis qu'à Genève un groupe de cette nature était peut-être utile ; mais je contestai qu'il en dût être de même au Locle et à la Chaux de-Fonds. Lorsque, plus tard, je reçus l'invitation formelle de créer au Locle un groupe de l'Alliance, je continuai à répondre de la même façon, comme on le verra ci-après.


Aussitôt après le Congrès romand, le groupe genevois de l'Alliance renouvela sa demande d'admission dans la fédération locale genevoise. « Il attendait la réponse du Comité central de Genève, lorsque le Bureau central de l'Alliance reçut, d'abord par l'entremise de ses amis d'Italie, puis directement de Londres, l'acte contenant la décision du Conseil général [4]. » La demande du groupe se trouvait sans objet par suite du refus venu de Londres : puisque l'Alliance n'était pas admise comme branche de l'Association internationale des travailleurs, il était clair que le groupe genevois ne pouvait plus prétendre à faire partie de la fédération locale des Sections de Genève.

Cette décision du Conseil général de Londres avait été prise, comme on l'a vu, le 22 décembre, le jour même où Bakounine écrivait à Marx (p. 103). Mais quand même la lettre de Bakounine serait arrivée un peu plus tôt, elle n'aurait rien changé à la résolution à prendre. Il était évident que le raisonnement employé au Congrès de Bruxelles contre la Ligue de la paix s'appliquait avec la même force à l'Alliance internationale de la démocratie socialiste : puisque cette Alliance avait le même but et les mêmes principes que l'Association internationale des travailleurs, elle n'avait nulle raison d'être comme organisation internationale spéciale.

Quand la réponse du Conseil général fut parvenue à Genève, à une date que je ne puis préciser exactement, vers la fin de janvier ou le commencement de février, Bakounine reconnut d'autant plus volontiers la justesse du raisonnement qu'on opposait à l'Alliance, que lui-même, à Berne, en septembre, avait déjà recommandé d'éviter ce qui pourrait donner à l'Alliance l'apparence d'une organisation rivale de l'Internationale ; tandis que, chose singulière, ce fut J.-Ph, Becker qui protesta. Voici comment Bakounine, dans un Rapport sur l'Alliance rédigé en 1871, dont je possède le manuscrit, et dont deux fragments ont été imprimés dans le Mémoire de la Fédération Jurassienne, l'un textuellement (pages 45-58 des Pièces justificatives), l'autre avec des retouches et des coupures (pages 68-77) [5], a raconté ce qui se passa :


Lorsque lecture fut faite de cet acte [la décision du Conseil général] au sein du Bureau de l'Alliance, personne ne s'éleva avec autant de véhémence contre lui que le fougueux vieillard J.-Ph. Becker. Il nous déclara tout d'abord que ces résolutions étaient parfaitement illégales, contraires à l'esprit et à la lettre des statuts de l'Internationale, ajoutant que nous avions le droit et le devoir de passer outre, et traitant le Conseil général de tas d'imbéciles qui, ne sachant rien faire eux-mêmes, voulaient encore empêcher les autres d'agir. Les deux membres qui maintinrent le plus opiniâtrement contre lui la nécessité de s'entendre avec le Conseil général furent Perron et Bakounine. Ils reconnurent tous les deux que les protestations du Conseil général contre le règlement de l'Alliance étaient parfaitement justes, puisque d'après ce règlement l'Alliance devait former au sein de l'Association internationale des travailleurs une association internationale nouvelle, indépendante de la première...

Après un long débat, il fut unanimement décidé par le Bureau de l'Alliance que Perron, au nom de tous, se mettrait en correspondance avec le Conseil général de Londres. À la suite de cette décision, le compagnon [6] Ch. Perron écrivit soit au citoyen Eccarius, soit au citoyen Jung, une lettre dans laquelle, après lui avoir franchement exposé la situation et le véritable but de l'Alliance, et après avoir raconté ce que des membres de l'Alliance avaient déjà fait pour la cause ouvrière en Italie, en France, en Espagne, aussi bien qu'à Genève, il le priait de faire, au nom du Bureau central de l'Alliance, au Conseil général de Londres la proposition suivante : L'Alliance se dissoudra comme organisation internationale ; son Bureau central, représentant de cette internationalité, cessera d'exister ; le Conseil général voudra-t-il reconnaître alors les Sections fondées par les membres de l'Alliance, en Suisse, en Espagne, en Italie et en France, avec le programme de l'Alliance, comme des Sections régulières de l'Internationale, ne conservant désormais d'autre lien commun que le programme, mais renonçant à toute autre solidarité et organisation internationales, que celles qu'elles trouveront dans la grande Association des travailleurs ? À ces conditions le Bureau central promettait de n'épargner aucun effort pour persuader les Sections de l'Alliance déjà établies dans différents pays de renoncer à tout ce qui dans leur constitution était contraire aux statuts de l'Internationale.

Et en effet, sans perdre de temps, le Bureau central écrivit dans ce sens à toutes les Sections de l'Alliance, en leur conseillant de reconnaître la justesse des résolutions du Conseil général.

Je remarquerai en passant que cette proposition du Bureau central rencontra la plus forte opposition dans le groupe genevois, et précisément parmi les membres qui nous combattent et nous calomnient avec tant d'acharnement aujourd'hui : Becker, Guétat, Duval, Henri Perret et bien d'autres encore, dont je me rappelle bien les figures, pas les noms. Becker fut le plus grand récalcitrant. Il déclara à maintes reprises différentes que seul le groupe de l'Alliance représentait la véritable Internationale à Genève, et que le Conseil général, en nous refusant, manquait à tous ses devoirs, outrepassait ses droits, et ne prouvait qu'une chose, son incurable stupidité. Après Becker, Guétat et Duval, qui ont toujours leur petit discours stéréotypé sur la révolution dans leur poche, furent les plus violents. M. Henri Perret se montra plus prudent, — mais il partagea leur avis. Enfin il fut décidé aussi par le groupe de Genève qu'on attendrait la réponse définitive du Conseil général.


Le Mémoire de la Fédération jurassienne ajoute (p. 52) des détails qu'il n'est pas inutile de reproduire :


Vers la même époque [7], le Bureau central reçut une lettre de De Paepe, au nom de quelques internationaux belges [8], lettre qui concluait, comme le Conseil général, à la dissolution de l'organisation internationale de l'Alliance. De son côté, Guillaume, invité à fonder au Locle une Section de l'Alliance, répondit que le programme de l'Alliance lui paraissait le programme même de la révolution, mais que la création d’une Section de l'Alliance au Locle était inutile, parce que cette Section ferait double emploi avec la Section de l'Internationale, dans laquelle la propagande en faveur du programme de l'Alliance pouvait être faite sans qu'il fût besoin d'une organisation spéciale.

La réponse du Conseil général, ainsi que les lettres de De Paepe et de Guillaume, donnèrent à réfléchir au Bureau central de l'Alliance ; et, après une longue délibération, malgré l'opposition de Becker qui voulait qu'on ne tînt pas compte du refus du Conseil général, ce Bureau décida, sur la proposition formelle de Perron et de Bakounine, de se conformer aux observations du Conseil général, qui lui paraissaient justes.


La lettre écrite par De Paepe, au nom du Conseil général des Sections belges, offre un grand intérêt, en ce qu'elle montre ce que pensaient les hommes qui, en Belgique, s'occupaient le plus activement de l'organisation de l'Internationale. Aussi j'en reproduis les principaux passages [9] :


Bruxelles, 16 janvier 1869.

Aux membres du groupe initiateur de l'Alliance internationale de la démocratie socialiste, à Genève.

Citoyens,

Nous avons été surpris autant que peines en apprenant la constitution de votre groupe. Non point que nous désapprouvions votre programme, car, nous nous hâtons de le dire, la plupart des idées qui y sont formulées sont les nôtres, sont celles mêmes de l'Internationale des travailleurs. Comme vous, nous voulons que la terre et tous les capitaux ne puissent être utilisés que par les travailleurs, c'est-à-dire par les associations industrielles et agricoles ; comme vous, nous voulons substituer le règne de la science au règne de la foi, nous voulons pour tous les enfants, dès leur naissance à la vie, l'égalité dos moyens de développement..., convaincus que cette égalité, d'abord seulement économique et sociale, aura pour résultat d'amener graduellement une plus grande égalité naturelle des individus... Comme vous, nous sommes ennemis de tout despotisme, et nous réprouvons toute action politique qui n'aurait point pour but immédiat et direct le triomphe de la cause des travailleurs contre le capital ; nous croyons que tous les oisifs doivent disparaître, nous voulons une société composée uniquement de producteurs : plus de parasites d'aucune sorte, aussi bien dans la gestion des affaires publiques que dans le commerce ou dans l'industrie ; partant de ce principe, nous devons évidemment, comme vous, vouloir la forme républicaine, non point comme forme de gouvernement (car nous ne voulons pas être gouvernés), mais comme forme sociale, c'est-à-dire que nous voulons avant tout la République dans la manifestation de tous les phénomènes économiques, dans l'atelier, dans la banque, dans la propriété. Comme vous, nous reconnaissons que tous les États politiques et autoritaires, actuellement existants, doivent se réduire aux simples fonctions administratives des services publics, dans leurs pays respectifs, et disparaître finalement dans l'union universelle des libres associations tant agricoles qu'industrielles. Comme vous, enfin, nous pensons que la question sociale ne peut trouver sa solution définitive et réelle que sur la base de la solidarité universelle, internationale, des travailleurs de tous les pays : nous n'avons qu'un pays, le globe, et qu'une patrie, l'Humanité.

Ce n'est donc point votre programme que nous attaquons. Ce que nous ne pouvons approuver, ce que nous regrettons, c'est que, pour poursuivre ce programme, vous ayez cru devoir fonder une branche à part, au lieu de rester confondus dans la grande masse populaire qui compose l'Association internationale des travailleurs...

De deux choses l'une, citoyens. Ou bien vous croyez que l'Association internationale est une institution qui porte dans ses flancs la régénération de la société, et qui doit, par conséquent, discuter dans ses Congrès les diverses questions énumérées dans votre programme et en chercher la solution et l'application ; et alors pourquoi fondez-vous, à la fois à côté d'elle et dans son sein, votre Alliance de la démocratie socialiste ? Ou bien vous croyez que notre Association internationale est insuffisante pour remplir le grand rôle auquel elle aspire, ou qu'elle sera infidèle à ses promesses : et alors, c'est franchement contre elle, en hostilité avec elle, que vous auriez dû vous constituer. Nous ne pouvons croire à cette dernière alternative ; la plupart d'entre vous sont membres fondateurs de l'Internationale et se sont dévoués corps et âme à cette institution ; beaucoup d'entre vous l'ont représentée à la première Conférence à Londres ou aux Congrès de Genève, de Lausanne, de Bruxelles. À dire vrai donc, nous croyons tout simplement que vous avez voulu faire un pas en avant en affichant un programme plus avancé, plus radical peut-être que celui de certaines Sections, mais qu'en réalité vous avez tenté une œuvre qui, en dépit de toutes vos bonnes intentions, serait nuisible à la cause du prolétariat en suscitant des tiraillements et tôt ou tard en amenant une scission au sein de notre Association internationale des travailleurs. Évidemment, ce n'est pas là ce que vous voulez, car partout et toujours nous avons vu les signataires de votre manifeste se montrer sympathiques à cette Association.

Ne croyez-vous pas, citoyens, que si vous constituez au sein de la grande Association une branche internationale pour tel but spécial et avec tel programme particulier, demain tels autres feront la même chose, et après-demain tels autres encore ? Et chacune de ces branches tiendra, comme la vôtre, ses congrès à part, dans un local séparé, au lieu de réclamer que l'idée spéciale qui la domine soit discutée dans les séances mêmes des Sections locales et spécialement dans le Congrès même tenu annuellement par les délégués de tous les pays... Au lieu de grouper tous les travailleurs, tous les socialistes, autour de la grande idée de l'affranchissement intégral du prolétariat, de l'abolition de toute classe, de la suppression de tout prélèvement opéré sur les travailleurs par les propriétaires, les capitalistes, les intermédiaires parasites, nous finirions ainsi, de divisions en subdivisions, par nous trouver chacun tout seul, — car quel est celui d'entre nous qui n'a pas un peu, sur certains points de détail de l'organisation future de la société, sa petite idée à lui ?

Ou bien pensez-vous peut-être, citoyens, que l'exemple que vous viendriez de poser resterait isolé ? Alors, vous seriez, vous, socialistes athées et révolutionnaires, les guides moraux du reste des travailleurs groupés dans l'Association internationale ; mais ne comprenez-vous pas que si les travailleurs ont fondé l'Internationale, c'est précisément parce qu'ils ne veulent plus d'aucune sorte de patronage, pas plus de celui de la Démocratie socialiste que de tout autre ; qu'ils veulent marcher par eux-mêmes et sans conseillers ; et que s'ils acceptent dans leur Association des socialistes qui, par leur naissance et leur situation privilégiée dans la société actuelle, n’appartiendraient pas à la classe déshéritée, c’est à la condition que ces amis du peuple ne forment pas une catégorie à part, une sorte de protectorat intellectuel ou d’aristocratie de l’intelligence, des chefs en un mot, mais restent confondus dans les rangs de la grande masse prolétarienne ?

Nous pensons donc, citoyens, que vous feriez œuvre utile en renonçant à votre projet ; nous vous y convions même au nom de la cause commune. S’il en est parmi vous qui ne font pas partie de l’Internationale, qu’ils s’y présentent plutôt par la Section locale de l’endroit qu’ils habitent et non par la porte d’une branche nouvelle ; et, comme ce sont des hommes dignes et de francs socialistes, ils seront admis.

Telles sont les idées du Conseil des Sections belges au sujet de votre Alliance ; nous vous les avons exposées sincèrement, comme il convient entre frères. Quelle que soit l’amitié qui nous lie spécialement avec ceux d’entre vous que nous avons vus au Congrès de Bruxelles, nous devons vous déclarer que nous avons approuvé sans réserve les résolutions prises par le Conseil général de Londres à l’égard de votre Alliance ; mais au nom de cette même amitié, nous oserons vous prier de renoncer à votre tentative et de ne point chercher à fonder à côté de l’Internationale, et partant contre elle, ce que vous avez cru établir dans son sein ; nous sommes persuadés que votre tentative n’aboutirait pas, mais néanmoins nous croyons qu’elle serait nuisible en nous divisant du moins pour quelque temps. Or, en présence de la guerre ouverte que l’on nous fait partout, plus que jamais nos forces ont besoin de se grouper. Est-ce au moment où l’on nous emprisonne à Paris, où l’on nous mitraille à Charleroi, où l’on nous persécute à Berlin, où l’on nous envoie des gendarmes à Hodimont, où l’on nous affame à Bâle, que nous devons offrir à nos ennemis le spectacle réjouissant de notre désunion ? Non, nous ne le voulons pas, et, nous en sommes sûrs, vous ne le voulez pas non plus !

Pour les Sections belges de l’Association internationale

des travailleurs,
Le Conseil général belge.


Parmi les noms des dix-sept signataires de cette lettre se trouvent ceux de César De Paepe, d’Eugène Hins, de Paul Robin, de Laurent Verrycken, de Désiré Brismée.



  1. Il habitait alors, avec sa femme, un petit appartement garni, dans un quartier situé derrière la gare (Montbrillant, 123).
  2. Voir le célèbre roman de Tchernychevsky, Que faire ? écrit en 1862.
  3. Voir ci-dessus ma lettre du 21 décembre (p. 100).
  4. Récit manuscrit de Bakounine.
  5. Ce manuscrit me fut envoyé de Locarno par Bakounine en août 1871, peu avant la Conférence de Londres. On trouvera des détails à ce sujet dans le second volume.
  6. Le mot « compagnon », employé d'abord par les Belges, était devenu d'un usage courant dans l'Internationale de langue française. On le rencontre à plusieurs reprises dans le Compte-rendu officiel du Congrès de Bruxelles de 1868, concurremment avec le mot de « citoyen » : « Le compagnon Englebert, géomètre, demande, etc. ; ... Le compagnon Jung s'assied au banc de la présidence.. » La traduction d'une lettre d'Amérique, signée Jessup, commence par les mots : « Compagnons travailleurs » ; et dans la traduction d'une lettre du Congrès de Nuremberg on lit : « Notre Congrès vous envoie, en signe d'alliance, le compagnon Frédéric Bûtter ».
  7. L'époque où le refus du Conseil général parvint au Bureau central de l'Alliance.
  8. Cette lettre, écrite au nom du Conseil général des Sections belges, était évidemment une réponse à celle que Bakounine, dans sa lettre à Marx du 22 décembre, annonçait être occupé à écrire à De Paepe.
  9. Cette lettre a été insérée intégralement par Max Nettlau, d'après l'original qu'il a entre les mains, dans sa biographie de Bakounine, pages 322-324.