L’Illusion/Les Arbres

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
L’Illusion
Œuvres de Jean LahorAlphonse Lemerre, éditeurL’Illusion (p. 313).




LES ARBRES


A André Theuriet.


Aimez et vénérez, ne tuez pas les arbres;
Ces verts abris tombés, les pays sont moins forts;
Il ne suffit donc pas de la splendeur des marbres;
Tout peuple meurt, après que ses grands bois sont morts.

Ce n’est pas seulement pour la douceur du rêve
Par nous goûtée en l’ombre apaisante des bois,
Qu’il conviendra toujours de respecter leur sève,
Sœur pâle du sang rouge et sacrée autrefois;

C’est qu’ils gardent en eux l’âme de la patrie,
Son vieil esprit, ses mœurs, son antique vigueur;
Quand la sève s’écoule en la forêt meurtrie,
Un peu de notre sang quitte aussi notre cœur.

Un être obscur et doux vraiment dort sous l’écorce.
Les grands chênes jadis étaient des demi-dieux,
Protecteurs de la race et gardiens de sa force,
Et leur horreur sacrée étonnait nos aïeux...