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L’Algue

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Société du Mercure de France (p. 106).

L’Algue



Dans l’aurore rieuse ou le matin qui vente
Je m’éveille en sursaut et pousse le volet,
Et j’entends bruire au sable ou gronder au galet
Le refrain rauque ou doux de la marée errante.

La pêche est incertaine et nargue qui se vante,
Et souvent le poisson est rare à mon filet ;
Mais j’en tire parfois une algue au beau reflet
Qui s’échevèle entre mes doigts, souple et vivante.

Je la noue à mon poing humide et je crois voir,
Là-bas, dans ma maison et debout, au miroir
Qui figure à ses yeux une mer immobile,

Tandis que sur les flots rame mon bras nerveux,
La nocturne Beauté d’où le matin m’exile,
Sortir de son lit nue et peigner ses cheveux.