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Fables de La Fontaine (éd. Barbin)/2/L’Oiseleur, l’Autour et l’Alouette

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XV.

L’Oiſeleur, l’Autour & l’Aloüette.


Les injuſtices des pervers
Servent ſouvent d’excuſe aux noſtres.
Telle eſt la loy de l’Univers :

Si tu veux qu’on t’épargne, épargne auſſi les autres.
Un Manant au miroir prenoit des Oiſillons.
Le fantôme brillant attire une Aloüette.
Auſſi-toſt un Autour planant ſur les ſillons,
Deſcend des airs, fond, & ſe jette
Sur celle qui chantoit, quoy que prés du tombeau.
Elle avoit évité la perfide machine,
Lors que ſe rencontrant ſous la main de l’oiſeau,
Elle ſent ſon ongle maligne.
Pendant qu’à la plumer l’Autour eſt occupé,
Luy-meſme ſous les rets demeure envelopé.

Oiſeleur, laiſſe-moy, dit-il en ſon langage ;
Je ne t’ay jamais fait de mal.
L’oiſeleur repartit : Ce petit animal
T’en avoit-il foit davantage ?