Harmonies poétiques et religieuses/éd. 1860/La Lampe du temple, ou l’Âme présente à Dieu

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher

Œuvres complètes de LamartineChez l’auteur (pp. 267-270).
IV


LA LAMPE DU TEMPLE


OU

L’ÂME PRÉSENTE À DIEU




 
Pâle lampe du sanctuaire,
Pourquoi dans l’ombre du saint lieu,
Inaperçue et solitaire,
Te consumes-tu devant Dieu ?

Ce n’est pas pour diriger l’aile
De la prière ou de l’amour,
Pour éclairer, faible étincelle,
L’œil de Celui qui fit le jour.


Ce n’est point pour écarter l’ombre
Des pas de ses adorateurs :
La vaste nef n’est que plus sombre
Devant tes lointaines lueurs.

Ce n’est pas pour lui faire hommage
Des feux qui sous ses pas ont lui ;
Les cieux lui rendent témoignage,
Les soleils brûlent devant lui.

Et pourtant, lampes symboliques,
Vous gardez vos feux immortels,
Et la brise des basiliques
Vous berce sur tous les autels ;

Et mon œil aime à se suspendre
À ce foyer aérien,
Et je leur dis, sans les comprendre :
Flambeaux pieux, vous faites bien.

Peut-être, brillantes parcelles
De l’immense création,
Devant son trône imitent-elles
L’éternelle adoration.

Et c’est ainsi, dis-je à mon âme,
Que, de l’ombre de ce bas lieu,
Tu brûles, invisible flamme,
En la présence de ton Dieu.


Et jamais, jamais tu n’oublies
De diriger vers lui mon cœur,
Pas plus que ces lampes remplies
De flotter devant le Seigneur.

Quel que soit le vent, tu regardes
Ce pôle, objet de tous tes vœux ;
Et, comme un nuage, tu gardes
Toujours ton côté lumineux.

Dans la nuit du monde sensible,
Je sens avec sérénité,
Qu’il est un point inaccessible
À la terrestre obscurité ;

Une lueur sur la colline,
Qui veillera toute la nuit ;
Une étoile qui s’illumine
Au seul astre qui toujours luit ;

Un feu qui dans l’urne demeure
Sans s’éteindre et se consumer,
Où l’on peut jeter à toute heure
Un grain d’encens pour l’allumer.

Et quand sous l’œil qui te contemple,
Ô mon âme, tu t’éteindras,
Sur le pavé fumant du temple
Son pied ne te foulera pas.


Mais, vivante au foyer suprême,
Au disque du jour sans sommeil,
Il te réunira lui-même
Comme un rayon à son soleil ;

Et tu luiras de sa lumière,
De la lumière de Celui
Dont les astres sont la poussière
Qui monte et tombe devant lui.