La Philosophie dans le boudoir/Tome I/Troisième Dialogue

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TROISIÈME DIALOGUE.

Madame de SAINT-ANGE, EUGÉNIE, DOLMANCÉ.

La scène est dans un Boudoir délicieux.

Eugénie, très-surprise de voir dans ce
cabinet un homme qu’elle n’attendait pas.

Oh dieu, ma chère amie, c’est une trahison !


Mad. de Saint-Ange, également surprise.

Par quel hazard ici, Monsieur, vous ne deviez ce me semble arriver qu’à quatre heures ?


Dolmancé.

On devance toujours le plus qu’on peut le bonheur de vous voir, Madame ; j’ai rencontré monsieur votre frère, il a senti le besoin dont serait ma présence aux leçons que vous devez donner à Mademoiselle, il savait que ce serait ici le lycée où se ferait le cours, il m’y a secrétement introduit, n’imaginant pas que vous le désaprouvassiez, et pour lui, comme il sait que ses démonstrations ne seront nécessaires qu’après les dissertations théoriques, il ne paraîtra que tantôt.


Madame de Saint-Ange.

En vérité, Dolmancé, voilà un tour…


Eugénie.

Dont je ne suis pas la dupe, ma bonne amie, tout cela est ton ouvrage…, au moins fallait-il me consulter…, me voilà d’une honte à présent qui, certainement, s’opposera à tous nos projets.


Madame de Saint-Ange.

Je te proteste, Eugénie, que l’idée de cette surprise n’appartient qu’à mon frère ; mais qu’elle ne t’effraye pas, Dolmancé que je connais pour un homme fort aimable, et précisément du degré de philosophie qu’il nous faut pour ton instruction, ne peut qu’être très-utile à nos projets ; à l’égard de sa discrétion, je te réponds de lui comme de moi. Familiarise-toi donc, ma chère, avec l’homme du monde le plus en état de te former, et de te conduire dans la carrière du bonheur et des plaisirs que nous voulons parcourir ensemble.


Eugénie, rougissant.

Oh ! je n’en suis pas moins d’une confusion…


Dolmancé.

Allons, belle Eugénie, mettez-vous à votre aise…, la pudeur est une vieille vertu dont vous devez, avec autant de charmes, savoir vous passer à merveille.


Eugénie.

Mais la décence…


Dolmancé.

Autre usage gothique dont on fait bien peu de cas aujourd’hui. Il contrarie si fort la nature.

Dolmancé saisit Eugénie, la presse entre ses bras et la baise.

Eugénie, se défendant.

Finissez donc, Monsieur…, en vérité vous me ménagez bien peu.


Madame de Saint-Ange.

Eugénie, crois-moi, cessons l’une et l’autre d’être prudes avec cet homme charmant ; je ne le connais pas plus que toi, regardes pourtant comme je me livre à lui ; (Elle le baise lubriquement sur la bouche) imite-moi.


Eugénie.

Oh, je le veux bien, de qui prendrais-je de meilleurs exemples ?

Elle se livre à Dolmancé qui la baise ardemment langue en bouche.


Dolmancé.

Ah ! l’aimable et délicieuse créature.


Madame de Saint-Ange, la baisant de même.

Crois-tu donc, petite friponne, que je n’aurai pas également mon tour ?

Ici Dolmancé les tenant l’une et l’autre dans ses bras, les langote un quart-d’heure toutes deux, et toutes deux se le rendent et le lui rendent.


Dolmancé.

Ah ! voilà des préliminaires qui m’enivrent de volupté ! Mesdames, voulez-vous m’en croire, il fait extraordinairement chaud, mettons-nous à notre aise, nous jaserons infiniment mieux.


Madame de Saint-Ange.

J’y consens ; revêtons-nous de ces simarres de gaze, elles ne voileront de nos attraits que ce qu’il faut cacher au desir.


Eugénie.

En vérité, ma bonne, vous me faites faire des choses…


Mad. de Saint-Ange, l’aidant à se déshabiller.

Tout-à-fait ridicule, n’est-ce pas ?


Eugénie.

Au moins bien indecente, en vérité… eh ! comme tu me baises.


Madame de Saint-Ange.

La jolie gorge… C’est une rose à peine épanouie.


Dolmancé, considérant les tetons
d’Eugénie sans les toucher.

Et qui promet d’autres appas… infiniment plus estimables,


Madame de Saint-Ange.

Plus estimables ?


Dolmancé.

Oh oui, d’honneur !

En disant cela Dolmancé fait mine de retourner Eugénie pour l’examiner par derrière.


Eugénie.

Oh, non, non, je vous en conjure.


Madame de Saint-Ange.

Non, Dolmancé…, je ne veux pas que vous voyiez encore… un objet dont l’empire est trop grand sur vous, pour que l’ayant une fois dans la tête, vous puissiez ensuite raisonner de sens-froid. Nous avons besoin de vos leçons, donnez-nous-les, et les myrthes que vous voulez cueillir formeront ensuite votre couronne.


Dolmancé.

Soit, mais pour démontrer, pour donner à ce bel enfant les premières leçons du libertinage, il faut bien au-moins vous, Madame, que vous ayiez la complaisance de vous prêter.


Madame de Saint-Ange.

À la bonne heure… Eh bien, tenez, me voilà toute nue, dissertez sur moi tant que vous voudrez.


Dolmancé.

Ah ! le beau corps… c’est Vénus, elle-même, embellie par les grâces !


Eugénie.

Oh ! ma chère amie, que d’attraits, laisse-moi les parcourir à mon aise, laisse-moi les couvrir de baisers. (Elle execute.)


Dolmancé.

Quelles excellentes dispositions ! Un peu moins d’ardeur, belle Eugénie, ce n’est que de l’attention que je vous demande pour ce moment-ci.


Eugénie.

Allons, j’écoute, j’écoute… C’est qu’elle est si belle… si potelée, si fraîche : ah comme elle est charmante, ma bonne amie, n’est-ce pas, Monsieur ?


Dolmancé.

Elle est belle, assurément… parfaitement belle ; mais je suis persuadé que vous ne lui cédez en rien… Allons, écoutez-moi, jolie petite élève, ou craignez que, si vous n’êtes pas docile, je n’use sur vous des droits que me donne amplement le titre de votre instituteur.


Madame de Saint-Ange.

Oh oui, oui, Dolmancé, je vous la livre, il faut la gronder d’importance si elle n’est pas sage.


Dolmancé.

Je pourrais bien ne pas m’en tenir aux remontrances.


Eugénie.

Oh, juste ciel ! vous m’effrayez, et qu’entreprendriez-vous donc, Monsieur ?


Dolmancé, balbutiant et baisant Eugénie sur la bouche.

Des châtimens,… des corrections, et ce joli petit cul pourrait bien me répondre des fautes de la tête. (Il le lui frappe au travers de la simarre de gaze dont est maintenant vêtue Eugénie.)


Madame de Saint-Ange.

Oui, j’approuve le projet, mais non pas le geste. Commençons notre leçon, ou le peu de temps que nous avons à jouir d’Eugénie va se passer ainsi en préliminaires, et l’instruction ne se fera point.


Dolmancé. Il touche à mesure, sur
Madame de Saint-Ange, toutes les parties
qu’il démontre.

Je commence.

Je ne parlerai point de ces globes de chair, vous savez aussi bien que moi, Eugénie, que l’on les nomme indifféremment gorge, sein, tetons ; leur usage est d’une grande vertu dans le plaisir, un amant les a sous les yeux en jouissant, il les caresse, il les manie, quelques-uns en forment même le siége de la jouissance, et leur membre se nichant entre les deux monts de Vénus, que la femme serre et comprime sur ce membre, au bout de quelques mouvemens, certains hommes parviennent à répandre là le baume délicieux de la vie dont l’écoulement fait tout le bonheur des libertins… Mais ce membre sur lequel il faudra disserter sans cesse, ne serait-il pas à propos, Madame, d’en donner une dissertation à notre écolière ?


Madame de Saint-Ange.

Je le crois de même.


Dolmancé.

Eh bien, Madame, je vais m’étendre sur ce canapé, vous vous placerez près de moi, vous vous emparerez du sujet, et vous en expliquerez vous-même les propriétés à notre jeune élève. (Dolmancé se place et Madame de Saint-Ange démontre.)


Madame de Saint-Ange.

Ce sceptre de Vénus, que tu vois sous tes yeux, Eugénie, est le premier agent des plaisirs de l’amour, on le nomme membre par excellence : il n’est pas une seule partie du corps humain dans laquelle il ne s’introduise ; toujours docile aux passions de celui qui le meut, tantôt il se niche là, (elle touche le con d’Eugénie) c’est sa route ordinaire… la plus usitée, mais non pas la plus agréable ; recherchant un temple plus mystérieux, c’est souvent ici (elle écarte ses fesses et montre le trou de son cul) que le libertin cherche à jouir : nous reviendrons sur cette jouissance la plus délicieuse de toutes ; la bouche, le sein, les aisselles lui présentent souvent encore des autels où brûle son encens ; et quel que soit enfin celui de tous les endroits qu’il préfère, on le voit, après s’être agité quelques instans, lancer une liqueur blanche et visqueuse dont l’écoulement plonge l’homme dans un delire assez vif pour lui procurer les plaisirs les plus doux qu’il puisse espérer de sa vie.


Eugénie.

Oh que je voudrais voir couler cette liqueur !


Madame de Saint-Ange.

Cela se pourrait par la simple vibration de ma main ; vois comme il s’irrite à mesure que je le secoue, ces mouvemens se nomment pollution, et en terme de libertinage cette action s’appelle branler.


Eugénie.

Oh, ma chere amie, laisse-moi branler ce beau membre.


Dolmancé.

Je n’y tiens pas ! laissons-la faire, Madame, cette ingénuité me fait horriblement bander.


Madame de Saint-Ange.

Je m’oppose à cette effervescence, Dolmancé, soyez sage, l’écoulement de cette semence, en diminuant l’activité de vos esprits animaux, ralentirait la chaleur de vos dissertations.


Eugénie, maniant les testicules de Dolmancé.

Oh ! que je suis fâchée, ma bonne amie, de la résistance que tu mets à mes desirs… et ces boules, quel est leur usage, et comment les nomme-t-on ?


Madame de Saint-Ange.

Le mot technique est couilles,… testicules est celui de l’art. Ces boules renferment le réservoir de cette semence prolifique dont je viens de te parler, et dont l’éjaculation dans la matrice de la femme, produit l’espèce humaine ; mais nous appuierons peu sur ces détails, Eugénie, plus dépendans de la médecine que du libertinage. Une jolie fille ne doit s’occuper que de foutre et jamais d’engendrer. Nous glisserons sur tout ce qui tient au plat méchanisme de la population, pour nous attacher principalement et, uniquement aux voluptés libertines dont l’esprit n’est nullement populateur.


Eugénie.

Mais, ma chère amie, lorsque ce membre énorme, qui peut à peine tenir dans ma main, pénètre, ainsi que tu m’assures que cela se peut, dans un trou aussi petit que celui de ton derrière, cela doit faire une bien grande douleur à la femme.


Madame de Saint-Ange.

Soit que cette introduction se fasse par devant, soit qu’elle se fasse par derrière, lorsqu’une femme n’y est pas encore accoutumée, elle y éprouve toujours de la douleur. Il a plu à la Nature de ne nous faire arriver au bonheur que par des peines ; mais une fois vaincue, rien ne peut rendre les plaisirs que l’on goûte, et celui qu’on éprouve à l’introduction de ce membre dans nos culs, est incontestablement préférable à tous ceux que peut procurer cette même introduction par devant ; que de dangers, d’ailleurs, n’evite pas une femme alors ! moins de risques pour sa santé, et plus aucuns pour la grossesse. Je ne m’étends pas davantage à présent sur cette volupté, notre maître à toutes des deux, Eugénie, l’analysera bientôt amplement, et joignant la pratique à la théorie, te convaincra, j’espère, ma toute bonne, que de tous les plaisirs de la jouissance, c’est le seul que tu doives préférer.


Dolmancé.

Dépêchez vos démonstrations, Madame, je vous en conjure, je n’y puis plus tenir, je déchargerai malgré moi, et ce redoutable membre réduit à rien, ne pourrait plus servir à vos leçons.


Eugénie.

Comment ! il s’anéantirait, ma bonne, s’il perdait cette semence dont tu parles… Oh ! laisse-moi la lui faire perdre, pour que je voye comme il deviendrait,… et puis j’aurais tant de plaisir à voir couler cela.


Madame de Saint-Ange.

Non, non, Dolmancé, levez-vous, songez que c’est le prix de vos travaux, et que je ne puis vous le livrer qu’après que vous l’aurez mérité.


Dolmancé.

Soit ; mais pour mieux convaincre Eugénie de tout ce que nous allons lui débiter sur le plaisir, quel inconvénient y aurait-il que vous la branliez devant moi, par exemple ?


Madame de Saint-Ange.

Aucun, sans doute, et j’y vais procéder avec d’autant plus de joie que cette épisode lubrique ne pourra qu’aider nos leçons. Place-toi sur ce canapé, ma toute bonne.


Eugénie.

Oh dieu ! la délicieuse niche ! Mais pourquoi toutes ces glaces ?


Madame de Saint-Ange.

C’est pour que, répétant les attitudes en mille sens divers, elles multiplient à l’infini les mêmes jouissances aux yeux de ceux qui les goûtent sur cette ottomane ; aucune des parties de l’un ou l’autre corps ne peut être cachée par ce moyen, il faut que tout soit en vue, ce sont autant de groupes rassemblés autour de ceux que l’amour enchaîne, autant d’imitateurs de leurs plaisirs, autant de tableaux délicieux dont leur lubricité s’enivre, et qui servent bientôt à la compléter elle-même.


Eugénie.

Que cette invention est délicieuse !


Madame de Saint-Ange.

Dolmancé, déshabillez-vous-même la victime.


Dolmancé.

Cela ne sera pas difficile, puisqu’il ne s’agit que d’enlever cette gaze pour distinguer à nud les plus touchans attraits. (Il la met nue, et ses premiers regards se portent aussitôt sur le derrière.) Je vais donc le voir ce cul divin et précieux que j’ambitionne avec tant d’ardeur… Sacredieu ! que d’embonpoint et de fraîcheur, que d’éclat et d’élégance !… Je n’en vis jamais un plus beau.


Madame de Saint-Ange.

Ah, fripon, comme tes premiers hommages prouvent tes plaisirs et tes goûts !


Dolmancé.

Mais peut-il être au monde rien qui vaille cela ? Où l’Amour aurait-il de plus divins autels ?… Eugénie,… sublime Eugénie, que j’accable ce cul des plus douces caresses. (Il le manie et le baise avec transport.)


Madame de Saint-Ange.

Arrêtez, libertin, vous oubliez qu’à moi seule appartient Eugénie, unique prix des leçons qu’elle attend de vous ; ce n’est qu’après les avoir reçues qu’elle deviendra votre récompense : suspendez cette ardeur, ou je me fâche.


Dolmancé.

Ah ! friponne ; c’est de la jalousie… Eh bien, livrez-moi le vôtre, je vais l’accabler des mêmes hommages. (Il enlève la simarre de madame de Saint-Ange et lui caresse le derrière.)

Ah ! qu’il est beau, mon ange… qu’il est délicieux aussi, que je les compare… que je les admire près l’un de l’autre, c’est Ganimède à côté de Vénus. (Il les accable de baisers tous deux.) Afin de laisser toujours sous mes yeux le spectacle enchanteur de tant de beautés, ne pourriez-vous pas, Madame, en vous enchaînant l’une à l’autre, offrir sans cesse à mes regards ces culs charmans que j’idolâtre ?


Madame de Saint-Ange.

À merveille… tenez, êtes-vous satisfait ?

(Elles s’enlacent l’une dans l’autre, de manière à ce que leurs deux culs soient en face de Dolmancé.)


Dolmancé.

On ne saurait davantage : voilà précisément ce que je demandais ; agitez maintenant ces beaux culs de tout le feu de la lubricité ; qu’ils se baissent et se relèvent en cadence, qu’ils suivent les impressions dont le plaisir va les mouvoir… Bien, bien, c’est délicieux !


Eugénie.

Ah ! ma bonne, que tu me fais de plaisir… Comment appelle-t-on ce que nous faisons-là ?


Madame de Saint-Ange.

Se branler, ma mie,… se donner du plaisir ; mais, tiens, changeons de posture, examine mon con… c’est ainsi que se nomme le temple de Vénus ; cet antre que ta main couvre, examine-le bien ; je vais l’entrouvrir ; cette élévation dont tu vois qu’il est couronné s’appelle la motte ; elle se garnit de poil communément à quatorze ou quinze ans, quand une fille commence à être réglée. Cette languette qu’on trouve au-dessous se nomme le clitoris. Là gît toute la sensibilité des femmes, c’est le foyer de toute la mienne ; on ne saurait me chatouiller cette partie sans me voir pâmer de plaisir… Essaye-le… Ah ! petite friponne, comme tu y vas… On dirait que tu n’as fait que cela toute ta vie… arrête… arrête… Non, te dis-je, je ne veux pas me livrer… Ah ! contenez-moi, Dolmancé, sous les doigts enchanteurs de cette jolie fille, je suis prête à perdre la tête.


Dolmancé.

Eh bien ! pour attiédir, s’il se peut, vos idées en les variant, branlez-la vous-même ; contenez-vous, et qu’elle seule se livre… Là, oui, dans cette attitude, son joli cul, de cette manière, va se trouver sous mes mains ; je vais le polluer légèrement d’un doigt… Livrez-vous, Eugénie, abandonnez tous vos sens au plaisir, qu’il soit le seul dieu de votre existence ; c’est à lui seul qu’une jeune fille doit tout sacrifier, et rien à ses yeux ne doit être aussi sacré que le plaisir.


Eugénie.

Ah ! rien au-moins n’est aussi délicieux, je l’éprouve… je suis hors de moi… je ne sais plus ce que je dis, ni ce que je fais… quelle ivresse s’empare de mes sens !


Dolmancé.

Comme la petite friponne décharge… son anus se resserre à me couper le doigt… qu’elle serait délicieuse à enculer dans cet instant ! (Il se lève et présente son vit au trou du cul de la jeune fille.)


Madame de Saint-Ange.

Encore un moment de patience. Que l’éducation de cette chère fille nous occupe seule… Il est si doux de la former.


Dolmancé.

Eh bien ! Tu le vois, Eugénie, après une pollution plus ou moins longue, les glandes séminales se gonflent et finissent par exhaler une liqueur dont l’écoulement plonge la femme dans le transport le plus délicieux. Cela s’appelle décharger, quand ta bonne amie le voudra je te ferai voir de quelle manière plus énergique et plus impérieuse cette même opération se fait dans les hommes.


Madame de Saint-Ange.

Attends, Eugénie, je vais maintenant t’apprendre une nouvelle manière de plonger une femme dans la plus extrême volupté, écarte bien tes cuisses… Dolmancé, vous voyez que de la façon dont je la place, son cul vous reste, gamahuchez-le lui pendant que son con va l’être par ma langue, et faisons-la pâmer entre nous, ainsi, trois ou quatre fois de suite, s’il se peut. Ta motte est charmante, Eugénie, que j’aime à baiser ce petit poil follet… Ton clitoris, que je vois mieux maintenant, est peu formé, mais bien sensible… Comme tu fretilles — Laisse-moi t’écarter… Ah ! tu es bien surement vierge, dis-moi l’effet que tu vas éprouver dès que nos langues vont s’introduire, à la fois, dans tes deux ouvertures ? (On exécute.)


Eugénie.

Ah ! ma chère. C’est délicieux, c’est une sensation impossible à peindre ; il me serait bien difficile de dire laquelle de vos deux langues me plonge mieux dans le delire.


Dolmancé.

Par l’attitude où je me place, mon vit est très-près de vos mains, Madame, daignez le branler, je vous prie, pendant que je suce ce cul

divin. Enfoncez davantage votre langue,
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Madame, ne vous en tenez pas à lui sucer le clitoris, faites pénétrer cette langue voluptueuse jusques dans la matrice, c’est la meilleure façon de hâter l’éjaculation de son foutre.


Eugénie, se roidissant.

Ah ! je n’en peux plus, je me meurs, ne m’abandonnez pas, mes amis, je suis prête à m’évanouir.

(Elle décharge au milieu de ses deux instituteurs.)


Madame de Saint-Ange.

Eh bien ! ma mie, comment te trouves-tu du plaisir que nous t’avons donné ?


Eugénie.

Je suis morte, je suis brisée… je suis anéantie… Mais expliquez-moi, je vous prie, deux mots que vous avez prononcés et que je n’entends pas, d’abord que signifie matrice ?


Madame de Saint-Ange.

C’est une espèce de vase ressemblant à une bouteille dont le cou embrasse le membre de l’homme, et qui reçoit le foutre produit chez la femme par le suintement des glandes, et, dans l’homme, par l’éjaculation que nous te ferons voir ; et du mélange de ces liqueurs naît le germe qui produit tour-à-tour des garçons ou des filles.


Eugénie.

Ah ! j’entends ; cette définition m’explique en même temps le mot foutre que je n’avais pas d’abord bien compris. Et l’union des semences est-elle nécessaire à la formation du fœtus ?


Madame de Saint-Ange.

Assurément, quoiqu’il soit néanmoins prouvé que ce fœtus ne doive son existence qu’à celui de l’homme, élancé seul sans mélange avec celui de la femme, il ne réussirait cependant pas ; mais celui que nous fournissons ne fait qu’élaborer, il ne crée point, il aide à la création sans en être la cause ; plusieurs naturalistes modernes prétendent même qu’il est inutile, d’où les moralistes, toujours guidés par la découverte de ceux-ci, ont conclu, avec assez de vraisemblance, qu’en ce cas l’enfant formé du sang du père ne devait de tendresse qu’à lui. Cette assertion n’est point sans apparence, et, quoique femme, je ne m’aviserais pas de la combattre.


Eugénie.

Je trouve dans mon cœur la preuve de ce que tu me dis, ma bonne, car j’aime mon père à la folie, et je sens que je déteste ma mère.


Dolmancé.

Cette prédilection n’a rien d’étonnant ; j’ai pensé tout de même ; je ne suis pas encore consolé de la mort de mon père, et lorsque je perdis ma mère, je fis un feu de joie,… je la détestais cordialement. Adoptez, sans crainte, ces mêmes sentimens, Eugénie, ils sont dans la nature, uniquement formés du sang de nos pères, nous ne devons absolument rien à nos mères, elles n’ont fait d’ailleurs que se prêter dans l’acte, au-lieu que le pere l’a sollicité ; le père a donc voulu notre naissance pendant que la mère n’a fait qu’y consentir ; quelle différence pour les sentimens !


Madame de Saint-Ange.

Mille raisons de plus sont en ta faveur, Eugénie, s’il est une mère au monde qui doive être détestée, c’est assurément la tienne, acariâtre, superstitieuse, dévote, grondeuse… et d’une pruderie révoltante ; je gagerais que cette bégueule n’a pas fait un faux pas dans sa vie ; ah ! ma chère, que je déteste les femmes vertueuses… mais nous y reviendrons.


Dolmancé.

Ne serait-il pas nécessaire, à présent, qu’Eugénie, dirigée par moi, apprît à rendre ce que vous venez de lui prêter, et qu’elle vous branlât sous mes yeux.


Madame de Saint-Ange.

J’y consens, je le crois même utile, et sans doute que, pendant l’opération, vous voulez aussi voir mon cul, Dolmancé ?


Dolmancé.

Pouvez-vous douter, Madame, du plaisir avec lequel je lui rendrai mes plus doux hommages ?


Mad. de Saint-Ange, lui présentant les fesses.

Eh bien ! me trouvez-vous comme il faut ainsi ?


Dolmancé.

À merveille, je puis au mieux vous rendre, de cette manière, les mêmes services dont Eugénie s’est si bien trouvée. Placez-vous à présent, petite folle, la tête bien entre les jambes de votre amie, et rendez-lui, avec votre jolie langue, les mêmes soins que vous venez d’en obtenir. Comment donc ! mais par l’attitude je pourrai posséder vos deux culs, je manierai délicieusement celui d’Eugénie, en suçant celui de sa belle amie… Là, bien… Voyez comme nous sommes ensemble.


Mad. de Saint-Ange, se pâmant.

Je me meurs, sacredieu !… Dolmancé, que j’aime à toucher ton beau vit pendant que je décharge… Je voudrais qu’il m’inondât de foutre… Branlez, sucez-moi, foutredieu ! Ah ! que j’aime à faire la putain quand mon sperme éjacule ainsi… C’est fini, je n’en puis plus ;… vous m’avez accablé tous les deux, je crois que de mes jours je n’eus tant de plaisir.


Eugénie.

Que je suis aise d’en être la cause ; mais un mot, chère amie, un mot vient de t’échapper encore, et je ne l’entends pas. Qu’entends-tu par cette expression de putain ? Pardon, mais tu sais que je suis ici pour m’instruire.


Madame de Saint-Ange.

On appelle de cette manière, ma toute belle, ces victimes publiques de la débauche des hommes, toujours prêtes à se livrer à leur tempérament ou à leur intérêt ; heureuses et respectables créatures, que l’opinion flétrit, mais que la volupté couronne, et qui, bien plus nécessaires à la société que les prudes, ont le courage de sacrifier pour la servir, la considération que cette société ose leur enlever injustement. Vivent celles que ce titre honore à leurs yeux ! voilà les femmes vraiment aimables, les seules véritablement philosophes ! Quant à moi, ma chère, qui depuis douze ans travaille à le mériter, je t’assure que loin de m’en formaliser, je m’en amuse ; il y a mieux, j’aime qu’on me nomme ainsi quand on me fout, cette injure m’échauffe la tête.


Eugénie.

Oh ! je le conçois, ma bonne, je ne serais pas fâchée non plus que l’on me l’adressât, encore bien moins d’en mériter le titre ; mais la vertu ne s’oppose-t-elle pas à une telle inconduite, et ne l’offensons-nous pas en nous comportant comme nous le faisons ?


Dolmancé.

Ah ! renonce aux vertus, Eugénie, est-il un seul des sacrifices qu’on puisse faire à ces fausses divinités, qui vaille une minute des plaisirs que l’on goûte en les outrageant ? Va, la vertu n’est qu’une chimère dont le culte ne consiste qu’à des immolations perpétuelles, qu’à des révoltes sans nombre contre les inspirations du tempérament ; de tels mouvemens peuvent-ils être naturels ? la Nature conseille-t-elle ce qui l’outrage ? Ne sois pas la dupe, Eugénie, de ces femmes que tu entends nommer vertueuses, ce ne sont pas, si tu veux, les mêmes passions que nous qu’elles servent, mais elles en ont d’autres, et souvent bien plus méprisables… C’est l’ambition, c’est l’orgueil, ce sont des intérêts particuliers, souvent encore la froideur seule d’un tempérament qui ne leur conseille rien ; devons-nous quelque chose à de pareils êtres, je le demande ? n’ont-elles pas suivi les uniques impressions de l’amour de soi ? Est-il donc meilleur, plus sage, plus à propos de sacrifier à l’égoïsme qu’aux passions ? Pour moi, je crois que l’un vaut bien l’autre, et qui n’écoute que cette dernière voix, a bien plus de raison, sans doute, puisqu’elle est seule l’organe de la Nature, tandis que l’autre n’est que celle de la sottise et du préjugé. Une seule goutte de foutre éjaculée de ce membre, Eugénie, m’est plus précieuse que les actes les plus sublimes d’une vertu que je méprise.


Eugénie.

Le calme s’étant un peu rétabli pendant ces dissertations, les femmes revêtues de leurs simarres, sont à demi-couchées sur le canapé, et Dolmancé auprès d’elles dans un grand fauteuil.

Mais il est des vertus de plus d’une espèce ; que pensez-vous, par exemple, de la piété ?


Dolmancé.

Que peut être cette vertu pour qui ne croit pas à la religion ? et qui peut croire à la religion ? Voyons, raisonnons avec ordre, Eugénie, n’appelez-vous pas religion le pacte qui lie l’homme à son Créateur, et qui l’engage à lui témoigner, par un culte, la reconnoissance qu’il a de l’existence reçue par ce sublime Auteur.


Eugénie.

On ne peut mieux le définir.


Dolmancé.

Eh bien ! s’il est démontré que l’homme ne doit son existence qu’aux plans irrésistibles de la Nature ; s’il est prouvé qu’aussi ancien sur ce globe que le globe même, il n’est, comme le chêne, comme le lion, comme les minéraux qui se trouvent dans les entrailles de ce globe, qu’une production nécessitée par l’existence du globe, et qui ne doit la sienne à qui que ce soit ; s’il est démontré que ce Dieu, que les sots regardent comme auteur et fabricateur unique de tout ce que nous voyons, n’est que le nec plus ultra de la raison humaine, que le fantôme créé à l’instant où cette raison ne voit plus rien, afin d’aider à ses opérations ; s’il est prouvé que l’existence de ce Dieu est impossible, et que la Nature, toujours en action, toujours en mouvement, tient d’elle-même ce qu’il plaît aux sots de lui donner gratuitement ; s’il est certain qu’à supposer que cet être inerte existât, ce serait assurément le plus ridicule de tous les êtres, puisqu’il n’aurait servi qu’un seul jour, et que depuis des millions de siècles il serait dans une inaction méprisable, ; qu’à supposer qu’il existât, comme les religions nous le peignent, ce serait assurément le plus détestable des êtres, puisqu’il permettrait le mal sur la terre, tandis que sa toute-puissance pourrait l’empêcher ; si, dis-je, tout cela se trouvait prouvé, comme cela l’est incontestablement, croyez-vous alors, Eugénie, que la piété qui lierait l’homme à ce Créateur imbécille, insuffisant, féroce et méprisable, fût une vertu bien nécessaire ?


Eugénie, à Madame de Saint-Ange.

Quoi ! réellement, mon aimable amie, l’existence de Dieu serait une chimère ?


Madame de Saint-Ange.

Et des plus méprisables, sans doute.


Dolmancé.

Il faut avoir perdu le sens pour y croire ; fruit de la frayeur des uns et de la faiblesse des autres, cet abominable fantôme, Eugénie, est inutile au système de la terre, il y nuirait infailliblement, puisque ses volontés, qui devraient être justes, ne pourraient jamais s’allier avec les injustices essentielles aux loix de la nature, qu’il devrait constamment vouloir le bien, et que la nature ne doit le désirer qu’en compensation du mal qui sert à ses loix, qu’il faudrait qu’il agît toujours, et que la nature, dont cette action perpétuelle est une des loix, ne pourrait que se trouver en concurrence et en opposition perpétuelle avec lui. Me dira-t-on à cela que dieu et la nature sont la même chose, ne serait-ce pas une absurdité ? La chose créée ne peut être égale à l’être créant ; est-il possible que la montre soit l’horloger ? Eh bien, continuera-t-on, la nature n’est rien, c’est dieu qui est tout, autre bêtise ; il y a necessairement deux choses dans l’univers, l’agent createur, et l’individu créé ; or, quel est cet agent créateur, voilà la seule difficulté qu’il faut résoudre, c’est la seule question à laquelle il faille répondre. Si la matière agit, se meut, par des combinaisons qui nous sont inconnues, si le mouvement est inhérent à la matière, si elle seule enfin peut, en raison de son énergie, créer, produire, conserver, maintenir, balancer dans les plaines immenses de l’espace tous les globes dont la vue nous surprend et dont la marche uniforme, invariable nous remplit de respect et d’admiration, quel sera le besoin de cherche alors un agent étranger à tout cela, puisque cette faculté active se trouve essentiellement dans la nature elle-même qui n’est autre chose que la matière en action, votre chimère déifique éclaircira-t-elle quelque chose ? Je défie qu’on puisse me le prouver ; à supposer que je me trompe sur les facultés internes de la matière, je n’ai du moins devant moi qu’une difficulté ; que faites-vous en m’offrant votre dieu ? vous m’en donnez une de plus, et comment voulez-vous que j’admette pour cause de ce que je ne comprends pas, quelque chose que je comprends encore moins ? Sera-ce au moyen des dogmes de la religion chrétienne que j’examinerai… que je me représenterai votre effroyable dieu, voyons un peu comme elle me le peint, que vois-je dans le dieu de ce culte infâme, si ce n’est un être inconséquent et barbare, créant aujourd’hui un monde, de la construction duquel il se repent demain ; qu’y vois-je, qu’un être faible qui ne peut jamais faire prendre à l’homme le pli qu’il voudrait. Cette créature quoiqu’émanée de lui le domine, elle peut l’offenser et mériter par-là des supplices éternels, quel être faible que ce dieu là ! Comment il a pu créer tout ce que nous voyons, et il lui est impossible de former un homme à sa guise ! Mais me répondez-vous à cela, s’il l’eût créé tel, l’homme n’eût pas eu de mérite, quelle platitude ! et quelle nécessité y a-t-il à ce que l’homme mérite de son dieu ? En le formant tout-à-fait bon il n’aurait jamais pu faire le mal, et de ce moment seul l’ouvrage était cligne d’un dieu, c’est tenter l’homme que de lui laisser un choix ; or dieu par sa prescience infinie savait bien ce qu’il en résulterait ; de ce moment c’est donc à plaisir qu’il perd la créature que lui-même a formée, quel horrible dieu que ce dieu là, quel monstre ! quel scélérat plus digne de notre haine et de notre implacable vengeance ! Cependant, peu content d’une aussi sublime besogne, il noye l’homme pour le convertir, il le brûle, il le maudit, rien de tout cela ne le change, un être plus puissant que ce vilain dieu, le Diable, conservant toujours son empire, pouvant toujours braver son auteur, parvient sans cesse, par ses séductions à débaucher le troupeau que s’était réservé l’Éternel, rien ne peut vaincre l’énergie de ce démon sur nous ; qu’imagine alors, selon vous, l’horrible dieu que vous prêchez, il n’a qu’un fils, un fils unique qu’il possède de je ne sais quel commerce, car comme l’homme fout, il a voulu que son dieu foutît également ; il détache du ciel cette respectable portion de lui-même ; on s’imagine peut-être que c’est sur des rayons célestes, au milieu du cortège des anges, à la vue de l’univers entier que cette sublime créature va paraître… pas un mot ; c’est dans le sein d’une putain juive ; c’est au milieu d’une étable à cochon que s’annonce le dieu qui vient sauver la terre ; voilà la digne extraction qu’on lui prête ; mais son honorable mission nous dédommagera-t-elle ? Suivons un instant le personnage, que dit-il ? que fait-il ? quelle sublime mission recevons-nous de lui ? quel mystère va-t-il révéler ? quel dogme va-t-il nous prescrire ? dans quels actes enfin sa grandeur va-t-elle éclater ? je vois d’abord une enfance ignorée, quelques services, très-libertins sans doute, rendus par ce polisson, aux prêtres du temple de Jérusalem, ensuite une disparution de quinze ans, pendant laquelle le fripon va s’empoisonner de toutes les rêveries de l’école égyptienne qu’il rapporte enfin en Judee ; à peine y reparoît-il que sa démence débute par lui faire dire qu’il est fils de dieu, égal à son père, il associe à cette alliance un autre fantôme qu’il appelle l’esprit-saint, et ces trois personnes, assure-t-il, ne doivent en faire qu’une ; plus ce ridicule mystère étonne la raison, plus le faquin assure qu’il y a du mérite à l’adopter… de dangers à l’anéantir. C’est pour nous sauver tous, assure l’imbécille, qu’il a pris chair, quoique dieu, dans le sein d’un enfant des hommes ; et les miracles éclatans qu’on va lui voir opérer en convaincront bientôt l’univers ; dans un souper d’ivrognes, en effet, le fourbe change, à ce qu’on dit, l’eau en vin : dans un désert il nourrit quelques scélérats avec des provisions cachées que ses sectateurs préparèrent. Un de ses camarades fait le mort, notre imposteur le ressuscite. Il se transporte ſur une montagne, et là, seulement devant deux ou trois de ses amis, il fait un tour de passe-passe dont rougirait le plus mauvais bateleur de nos jours. Maudissant d’ailleurs avec enthousiasme tous ceux qui ne croyent pas en lui. Le coquin promet les cieux à tous les sots qui l’écouteront ; il n’écrit rien vu son ignorance, parle fort peu vu sa bêtise, fait encore moins vu sa faiblesse, et lassant à la fin les magistrats, impatientés de ses discours séditieux, quoique fort rares, le charlatan se fait mettre en croix après avoir assuré les gredins qui le suivent que, chaque fois qu’ils l’invoqueront, il descendra vers eux pour s’en faire manger ; on le supplicie, il se laisse faire ; Monsieur son Papa, ce Dieu sublime, dont il ose dire qu’il descend, ne lui donne pas le moindre secours, et voilà le coquin traité comme le dernier des scélérats dont il étoit si digne d’être le chef. Ses satellites s’assemblent ; nous voilà perdus, disent-ils, et toutes nos espérances évanouies, si nous ne nous sauvons par un coup d’éclat. Enivrons la garde qui entoure Jésus, dérobons son corps, publions qu’il est ressuscité, le moyen est sûr ; si nous parvenons à faire croire cette friponnerie, notre nouvelle religion s’etaye, se propage, elle séduit le monde entier… Travaillons : le coup s’entreprend, il réussit ; à combien de fripons la hardiesse n’a-t’elle pas tenu lieu de mérite ! le corps est enlevé, les sots, les femmes, les enfans crient, tant qu’ils le peuvent, au miracle, et cependant dans cette ville où de si grandes merveilles viennent de s’opérer, dans cette ville, teinte du sang d’un Dieu, personne ne veut croire à ce Dieu ; pas une seule conversion ne s’y opère ; il y a mieux : le fait est si peu digne d’être transmis, qu’aucun historien n’en parle. Les seuls disciples de cet imposteur pensent à tirer parti de la fraude, mais non pas dans le moment, cette considération est encore bien essentielle ; ils laissent écouler plusieurs années avant de faire usage de leur insigne fourberie ; ils érigent enfin sur elle l’édifice chancelant de leur dégoûtante doctrine ; tout changement plaît aux hommes. Las du despotisme des empereurs, une révolution devenait nécessaire : on écoute ces fourbes, leur progrès devient très-rapide, c’est l’histoire de toutes les erreurs. Bientôt les autels de Vénus et de Mars sont changés en ceux de Jésus et Marie, on publie la vie de l’imposteur, ce plat roman trouve des dupes, on lui fait dire cent choses auxquelles il n’a jamais pensé ; quelques-uns de ses propos saugrenus deviennent aussitôt la base de sa morale, et comme cette nouveauté se prêchait à des pauvres, la charité en devient la première vertu, des rites bizarres s’instituent sous le nom de sacremens, dont le plus indigne et le plus abominable de tous est celui par lequel un prêtre, couvert de crimes, a néanmoins, par la vertu de quelques paroles magiques, le pouvoir de faire arriver Dieu dans un morceau de pain. N’en doutons pas, dès sa naissance même ce culte indigne eût été détruit sans ressource, si l’on n’eût employé contre lui que les armes du mépris qu’il méritait ; mais on s’avisa de le persecuter, il s’accrut, le moyen était inévitable. Qu’on essaye encore aujourd’hui de le couvrir de ridicules, il tombera : l’adroit Voltaire n’employait jamais d’autres armes, et c’est de tous les écrivains celui qui peut se flatter d’avoir plus fait de prosélytes, En un mot, Eugénie, telle est l’histoire de Dieu et de la religion ; voyez le cas que ces fables méritent, et déterminez-vous sur leur compte.


Eugénie.

Mon choix n’est pas embarrassant, je méprise toutes ces rêveries dégoûtantes, et ce Dieu même auquel je tenais encore par faiblesse ou par ignorance, n’est plus pour moi qu’un objet d’horreur.


Madame de Saint-Ange.

Jure-moi bien de n’y plus penser, de ne t’en occuper jamais, de ne l’invoquer en aucun instant de ta vie, et de n’y revenir de tes jours.


Eugénie, se précipitant sur le sein de
Madame de Saint-Ange.

Ah ! j’en fais le serment dans tes bras, ne m’est-il pas facile de voir que ce que tu exiges est pour mon bien, et que tu ne veux pas que de pareilles réminiscences puissent jamais troubler ma tranquillité.


Madame de Saint-Ange.

Pourrais-je avoir d’autre motif ?


Eugénie.

Mais, Dolmancé, c’est, ce me semble, l’analyse des vertus qui nous a conduits à l’examen des religions ; revenons-y. N’existerait-il pas dans cette religion, toute ridicule qu’elle est, quelques vertus prescrites par elle, et dont le culte pût contribuer à notre bonheur ?


Dolmancé.

Eh bien ! examinons. Sera-ce la chasteté, Eugénie, cette vertu que vos yeux détruisent, quoique votre ensemble en soit l’image ? révérerez-vous l’obligation de combattre tous les mouvemens de la nature, les sacrifierez-vous tous au vain et ridicule bonheur de n’avoir jamais une faiblesse ? Soyez juste, et répondez, belle amie, croyez-vous trouver dans cette absurde et dangereuse pureté d’ame tous les plaisirs du vice contraire ?


Eugénie.

Non, d’honneur, je ne veux point de celle-là, je ne me sens pas le moindre penchant à être chaste, et la plus grande disposition au vice contraire : mais, Dolmancé, la charité, la bienfaisance, ne pourraient-elles pas faire le bonheur de quelques ames sensibles ?


Dolmancé.

Loin, de nous, Eugénie, les vertus qui ne font que des ingrats ; mais ne t’y trompes point d’ailleurs, ma charmante amie ; la bienfaisance est bien plutôt un vice de l’orgueil, qu’une véritable vertu de l’ame ; c’est par ostentation qu’on soulage ses semblables, jamais dans la seule vue de faire une bonne action ; on serait bien fâché que l’aumône qu’on vient de faire n’eût pas toute la publicité possible : ne t’imagines pas non plus, Eugénie, que cette action ait d’aussi bons effets qu’on se l’imagine ; je ne l’envisage, moi, que comme la plus grande de toutes les duperies ; elle accoutume le pauvre à des secours qui détériorent son énergie, il ne travaille plus quand il s’attend à vos charités, et devient, dès qu’elles lui manquent, un voleur ou un assassin. J’entends de toutes parts demander les moyens de supprimer la mendicité, et l’on fait pendant ce temps-là tout ce qu’on peut pour la multiplier. Voulez-vous ne pas avoir de mouches dans une chambre, n’y répandez pas de sucre pour les attirer. Voulez-vous ne pas avoir de pauvres en France, ne distribuez aucune aumône, et supprimez sur-tout vos maisons de charité : l’individu né dans l’infortune, se voyant alors privé de ces ressources dangereuses, emploiera tout le courage, tous les moyens qu’il aura reçus de la nature, pour se tirer de l’état où il est né, il ne vous importunera plus ; détruisez, renversez sans aucune pitié ces détestables maisons où vous avez l’effronterie de recéler les fruits du libertinage de ce pauvre, cloaques épouvantables vomissant chaque jour dans la société un essaim dégoûtant de ces nouvelles créatures qui n’ont d’espoir que dans votre bourse ; à quoi sert-il, je le. demande, que l’on conserve de tels individus avec tant de soin ? A-t-on peur que la France ne se dépeuple ? Ah ! n’ayons jamais cette crainte ! Un des premiers vices de ce gouvernement consiste dans une population beaucoup trop nombreuse, et il s’en faut bien que de tels superflus soient des richesses pour l’état. Ces êtres surnuméraires sont comme des branches parasites qui, ne vivant qu’aux dépens du tronc, finissent toujours par l’exténuer. Souvenez-vous que toutes les fois que dans un gouvernement quelconque la population sera supérieure aux moyens de l’existence, ce gouvernement languira ; examinez bien la France, vous, verrez que c’est ce qu’elle vous offre, qu’en résulte-t-il ? on le voit. Le Chinois, plus sage que nous, se garde bien de se laisser dominer ainsi par une population trop abondante : point d’asyle pour les fruits honteux de sa débauche, on abandonne ces affreux résultats comme les suites d’une digestion. Point de maisons pour la pauvreté, on ne la connaît point à la Chine. Là, tout le monde travaille, là, tout le monde est heureux, rien n’altère l’énergie du pauvre, et chacun y peut dire comme Néron, Quid est pauper ?


Eugénie, à Madame de Saint-Ange.

Chère amie, mon père pense absolument comme Monsieur, de ses jours il ne fit une bonne œuvre, il ne cesse de gronder ma mère des sommes qu’elle dépense à de telles pratiques : elle était de la Société Maternelle, de la Société Philantropique, je ne sais de quelle association elle n’était point ; il l’a contrainte à quitter tout cela, en l’assurant qu’il la réduirait à la plus modique pension, si elle s’avisait de retomber encore dans de pareilles sottises.


Madame de Saint-Ange.

Il n’y a rien de plus ridicule, et en même temps de plus dangereux, Eugénie, que toutes ces associations ; c’est à elles, aux écoles gratuites et aux maisons de charité, que nous devons le bouleversement horrible dans lequel nous voici maintenant. Ne fais jamais d’aumône, ma chère, je t’en supplie.


Eugénie.

Ne crains rien, il y a longtemps que mon père a exigé de moi la même chose, et la bienfaisance me tente trop peu pour enfreindre sur cela ses ordres… les mouvemens de mon cœur, et tes desirs.


Dolmancé.

Ne divisons pas cette portion de sensibilité que nous avons reçue de la nature, c’est l’anéantir que de l’étendre ; que me font à moi les maux des autres, n’ai-je donc point assez des miens sans aller m’affliger de ceux qui me sent étrangers, que le foyer de cette sensibilité n’allume jamais que nos plaisirs ; soyons sensibles à tout ce qui les flatte, absolument inflexibles sur tout le reste, il résulte de cet état de l’ame une sorte de cruauté qui n’est quelquefois pas sans délices, on ne peut pas toujours faire le mal, privés du plaisir qu’il donne, équivalons au-moins cette sensation par la petite méchanceté piquante de ne jamais faire le bien.


Eugénie.

Ah ! dieu, comme vos leçons m’enflamment, je crois qu’on me tueroit plutôt maintenant que de me faire faire une bonne action.


Madame de Saint-Ange.

Et s’il s’en présentait une mauvaise, serais-tu de même prête à la commettre ?


Eugénie.

Tais-toi, séductrice, je ne répondrai sur cela que lorsque tu auras fini de m’instruire ; il me paraît que, d’après tout ce que vous me dites, Dolmancé, rien n’est aussi indifférent sur la terre que d’y commettre le bien ou le mal ; nos goûts, notre tempérament doivent seuls être respectés.


Dolmancé.

Ah ! n’en doutez-pas, Eugénie, ces mots de vice et de vertu ne nous donnent que des idées purement locales, il n’y a aucune action, quelque singulière que vous puissiez la supposer, qui soit vraiment criminelle, aucune qui puisse réellement s’appeler vertueuse : tout est en raison de nos mœurs, et du climat que nous habitons, ce qui fait crime ici, est souvent vertu quelques cent lieues plus bas, et les vertus d’un autre hémisphère pourraient bien reversiblement être des crimes pour nous ; il n’y a pas d’horreur qui n’ait été divinisée, pas une vertu qui n’ait été flétrie. De ces différences, purement géographiques, naît le peu de cas que nous devons faire de l’estime ou du mépris des hommes, sentimens ridicules et frivoles au-dessus desquels nous devons nous mettre au point même de préférer sans crainte leur mépris pour peu que les actions qui nous le méritent soient de quelque volupté pour nous.


Eugénie.

Mais il me semble pourtant qu’il doit y avoir des actions assez dangereuses, assez mauvaises en elles-mêmes pour avoir été généralement considérées comme criminelles, et punies comme telles d’un bout de l’univers à l’autre.


Madame de Saint-Ange.

Aucune, mon amour, aucune, pas même le vol, ni l’inceste, pas même le meurtre ni le parricide.


Eugénie.

Quoi ! ces horreurs ont pu s’excuser quelque part ?


Dolmancé.

Elles y ont été honorées, couronnées, considérées comme d’excellentes actions, tandis qu’en d’autres lieux, l’humanité, la candeur, la bienfaisance, la chasteté, toutes nos vertus, enfin, étaient regardées comme des monstruosités.


Eugénie.

Je vous prie de m’expliquer tout cela ; j’exige une courte analyse de chacun de ces crimes, en vous priant de commencer par m’expliquer d’abord votre opinion sur le libertinage des filles, ensuite sur l’adultère des femmes.


Madame de Saint-Ange.

Écoute-moi donc, Eugénie, il est absurde de dire qu’aussitôt qu’une fille est hors du sein de sa mère, elle doive, de ce moment, devenir la victime de la volonté de ses parens, pour rester telle jusqu’à son dernier soupir. Ce n’est pas dans un siècle où l’étendue et les droits de l’homme viennent d’être approfondis avec tant de soins, que de jeunes filles doivent continuer à se croire l’esclave de leurs familles, quand il est constant que les pouvoirs de cette famille sur elle sont absolument chimériques ; écoutons la nature sur un objet aussi intéressant, et que les loix des animaux, bien plus rapprochées d’elle, nous servent un moment d’exemples ; les devoirs paternels s’étendent-ils chez eux au-delà des premiers besoins physiques, les fruits de la jouissance du mâle et de la femelle ne possèdent-ils pas toute leur liberté, tous leurs droits ? Sitôt qu’ils peuvent marcher et se nourrir seuls, dès cet instant les auteurs de leurs jours les connaissent-ils ? et eux croient-ils devoir quelque chose à ceux qui leur ont donné la vie ? Non, sans doute. De quel droit les enfans des hommes sont-ils donc astreints à d’autres devoirs ? et qui les fonde ces devoirs, si ce n’est l’avarice ou l’ambition des pères ? Or je demande s’il est juste qu’une jeune fille qui commence à sentir et à raisonner, se soumette à de tels freins ? N’est-ce donc pas le préjugé tout seul qui prolonge ces chaînes ? Et y a-t-il rien de plus ridicule que de voir une fille de quinze ou seize ans, brûlée par des desirs qu’elle est obligée de vaincre, attendre dans des tourmens, pires que ceux des enfers, qu’il plaise à ses parens, après avoir rendu sa jeunesse malheureuse, de sacrifier encore son âge mûr, en l’immolant à leur perfide cupidité, en l’associant, malgré elle, à un époux, ou qui n’a rien pour se faire aimer, ou qui a tout pour se faire haïr ! Eh non, non, Eugénie, de tels liens s’anéantiront bientôt ; il faut que, dégageant dès l’âge de raison la jeune fille de la maison paternelle, après lui avoir donné une éducation nationale, on la laisse maîtresse, à quinze ans, de devenir ce qu’elle voudra : donnera-t-elle dans le vice ? eh qu’importe ! Les services que rend une jeune fille, en consentant à faire le bonheur de tous ceux qui s’adressent à elle, ne sont-ils pas infiniment plus importans que ceux qu’en s’isolant elle offre à son époux ? La destinée de la femme est d’être comme la chienne, comme la louve ; elle doit appartenir à tous ceux qui veulent d’elle ; c’est visiblement outrager la destination que la nature impose aux femmes, que de les enchaîner par le lien absurde d’un hymen solitaire. Espérons qu’on ouvrira les yeux, et qu’en assurant la liberté de tous les individus, on n’oubliera pas le sort des malheureuses filles ; mais si elles sont assez à plaindre pour qu’on les oublie, que, se plaçant d’elles-mêmes au-dessus de l’usage et du préjugé, elles foulent hardiment aux pieds les fers honteux dont on prétend les asservir, elles triompheront bientôt alors de la coutume et de l’opinion ; l’homme devenu plus sage, parce qu’il sera plus libre, sentira l’injustice qu’il y aurait à mépriser celles qui agiront ainsi, et que l’action de céder aux impulsions de la nature, regardée comme un crime chez un peuple captif, ne peut plus l’être chez un peuple libre. Pars donc de la légitimité de ces principes, Eugénie, et brise tes fers à quelque prix que ce puisse être ; méprise les vaines remontrances d’une mère imbécille à qui tu ne dois légitimement que de la haine et que du mépris : si ton père qui est un libertin te désire, à la bonne heure, qu’il jouisse de toi, mais sans t’enchaîner ; brise le joug s’il veut t’asservir, plus d’une fille ont agi de même avec leur père. Fouts, en un mot, fouts, c’est pour cela que tu es mise au monde ; aucunes bornes à tes plaisirs, que celles de tes forces ou de tes volontés ; aucune exception de lieux, de temps et de personnes ; toutes les heures, tous les endroits, tous les hommes doivent servir à tes voluptés ; la continence est une vertu impossible dont la nature, violée dans ses droits, nous punit aussitôt par mille malheurs. Tant que les lois seront telles qu’elles sont encore aujourd’hui, usons de quelques voiles, l’opinion nous y contraint ; mais dédommageons-nous en silence de cette chasteté cruelle que nous sommes obligés d’avoir en public. Qu’une jeune fille travaille à se procurer une bonne amie qui, libre et dans le monde, puisse lui en faire secrètement goûter les plaisirs ; qu’elle tâche, au défaut de cela, de séduire les Argus dont elle est entourée, qu’elle les supplie de la prostituer, et leur promettant tout l’argent qu’ils pourront retirer de sa vente, ou ces Argus par eux-mêmes, ou des femmes qu’ils trouveront, et qu’on nomme Maquerelles, rempliront bientôt les vues de la jeune fille ; qu’elle jette alors de la poudre aux yeux de tout ce qui l’entoure, frères, cousins, amis, parens, qu’elle se livre à tous, si cela est nécessaire pour cacher sa conduite ; qu’elle fasse même, si cela est exigé, le sacrifice de ses goûts et de ses affections ; une intrigue qui lui aura déplu, et dans laquelle elle ne se sera livrée que par politique, la mènera bientôt dans une plus agréable, et la voilà lancée.

Mais qu’elle ne revienne plus sur les préjugés de son enfance, menaces, exhortations, devoirs, vertus, religion, conseils, qu’elle foule tout aux pieds, qu’elle rejette et méprise opiniâtrement tout ce qui ne tend qu’à la renchaîner, tout ce qui ne vise point, en un mot, à la livrer au sein de l’impudicité. C’est une extravagance de nos parens, que ces prédictions de malheurs dans la voie du libertinage ; il y a des épines par-tout, mais les roses se trouvent au-dessus d’elles dans la carrière du vice ; il n’y a que dans les sentiers bourbeux de la vertu où la nature n’en fait jamais naître. Le seul écueil à redouter dans la première de ces routes, c’est l’opinion des hommes ; mais quelle est la fille d’esprit qui, avec un peu de réflexion, ne se rendra pas supérieure à cette méprisable opinion ? Les plaisirs reçus par l’estime, Eugénie, ne sont que des plaisirs moraux, uniquement convenables à certaines têtes ; ceux de la fouterie, plaisent à tous, et ces attraits séducteurs dédommagent bientôt de ce mépris illusoire auquel il est difficile d’échapper en bravant l’opinion publique, mais dont plusieurs femmes sensées se sont moquées au point de s’en composer un plaisir de plus. Fouts, Eugénie, fouts donc, mon cher ange, ton corps est à toi, à toi seule, il n’y a que toi seule au monde qui ait le droit d’en jouir et d’en faire jouir qui bon te semble ; profite du plus heureux temps de ta vie ; elles ne sont que trop courtes ces heureuses années de nos plaisirs ! Si nous sommes assez heureux pour en avoir joui, de délicieux souvenirs nous consolent, et nous amusent encore dans notre vieillesse ; les avons-nous perdus ?… des regrets amers, d’affreux remords nous déchirent, et se joignent aux tourmens de l’âge pour entourer de larmes et de ronces les funestes approches du cercueil… Aurais-tu la folie de l’immortalité ? eh bien ! c’est en foutant, ma chère, que tu resteras dans la mémoire des hommes ; on a bientôt oublié les Lucrèce, tandis que les Théodore et les Messaline font les plus doux entretiens et les plus fréquens de la vie. Comment donc, Eugénie, ne pas préférer un parti qui, nous couronnant de fleurs ici-bas, nous laisse encore l’espoir d’un culte bien au-delà du tombeau ? comment, dis-je, ne pas préférer ce parti à celui qui, nous faisant végéter imbécilement sur la terre, ne nous promet après notre existence que du mépris et de l’oubli ?


Eugénie, à Madame de Saint-Ange.

Ah ! cher amour, comme ces discours séducteurs enflamment ma tête et séduisent mon ame, je suis dans un état difficile à peindre… Et, dis-moi, pourras-tu me faire connaître quelques-unes de ces femmes…, (troublée) qui me prostitueront si je leur dis ?


Madame de Saint-Ange.

D’ici à ce que tu ayes plus d’expérience, cela ne regardera que moi seule, Eugénie, rapporte-t-en à moi de ce soin, et plus encore à toutes les précautions que je prendrai pour couvrir tes égaremens ; mon frère, et cet ami solide qui t’instruit, seront les premiers auxquels je veux que tu te livres ; nous en trouverons d’autres après ; ne t’inquiètes pas, chère amie, je te ferai voler de plaisirs en plaisirs, je te plongerai dans une mer de délices, je t’en comblerai, mon ange, je t’en rassasierai.


Eugénie, se précipitant dans les bras de
Madame de Saint-Ange.

Oh, ma bonne, je t’adore, va, tu n’auras jamais une écolière plus soumise que moi ; mais il me semble que tu m’as fait entendre dans nos anciennes conversations qu’il étoit difficile qu’une jeune personne se jette dans le libertinage, sans que l’époux qu’elle doit prendre après ne s’en aperçoive ?


Madame de Saint-Ange.

Cela est vrai, ma chère, mais il y a des secrets qui raccommodent toutes ces brêches, je te promets de t’en donner connaissance, et alors eusses-tu foutu comme Antoinette, je me charge de te rendre aussi vierge que le jour que tu vins au monde.


Eugénie.

Ah ! tu es délicieuse, allons, continue de m’instruire, presse-toi donc en ce cas de m’apprendre quelle doit être la conduite d’une femme dans le mariage ?


Madame de Saint-Ange.

Dans quelque état que se trouve une femme, ma chère, soit fille, soit femme, soit veuve, elle ne doit jamais avoir d’autre but, d’autre occupation, d’autre desir, que de se faire foutre du matin au soir. C’est pour cette unique fin que l’a créé la nature ; mais si, pour remplir cette intention, j’exige d’elle de fouler aux pieds tous les préjugés de son enfance, si je lui prescris la désobéissance la plus formelle aux ordres de sa famille, le mépris le plus constaté de tous les conseils de ses parens ; tu conviendras, Eugénie, que de tous les freins à rompre, celui dont je lui conseillerai le plutôt l’anéantissement, sera bien sûrement celui du mariage. Considère, en effet, Eugénie, une jeune fille à peine sortie de la maison paternelle ou de sa pension, ne connaissant rien, n’ayant nulle expérience, obligée de passer subitement de là dans les bras d’un homme qu’elle n’a jamais vu, obligée de jurer à cet homme aux pieds des autels, une obéissance, une fidélité d’autant plus injuste, qu’elle n’a souvent au fond de son cœur que le plus grand desir de lui manquer de parole. Est-il au monde, Eugénie, un sort plus affreux que celui-là ; cependant la voilà liée, que son mari lui plaise ou non, qu’il ait, ou non, pour elle de la tendresse ou des procédés, son honneur tient à ses sermens, il est flétri si elle les enfreint ; il faut qu’elle se perde ou qu’elle traîne le joug, dût-elle en mourir de douleur. Eh non, Eugénie, non, ce n’est point pour cette fin que nous sommes nées, ces lois absurdes sont l’ouvrage des hommes, et nous ne devons pas nous y soumettre. Le divorce même est-il capable de nous satisfaire, non, sans doute ; qui nous répond de trouver plus sûrement dans de seconds liens le bonheur qui nous a fui dans les premiers ; dédommageons-nous donc en secret de toute la contrainte de nœuds si absurdes, bien certaines que nos désordres en ce genre, à quelque excès que nous puissions les porter, loin d’outrager la nature, ne sont qu’un hommage sincère que nous lui rendons : c’est obéir à ses lois, que de céder aux desirs qu’elle seule a placés dans nous, ce n’est qu’en lui résistant que nous l’outragerions ; l’adultère que les hommes regardent comme un crime,… qu’ils ont osé punir comme tel en nous arrachant la vie, l’adultère, Eugénie, n’est donc que l’acquit d’un droit à la nature, auquel les fantaisies de ces tyrans ne sauraient jamais nous soustraire. Mais n’est-il pas horrible, disent nos époux, de nous exposer à chérir comme nos enfans, à embrasser, comme tels, les fruits de vos désordres ? c’est l’objection de Rousseau, c’est, j’en conviens, la seule un peu spécieuse dont on puisse combattre l’adultère ; eh ! n’est-il pas extrêmement aisé de se livrer au libertinage sans redouter la grossesse ? n’est-il pas encore plus facile de la détruire, si par imprudence elle a lieu ? mais, comme nous reviendrons sur cet objet, ne traitons maintenant que le fond de la question, nous verrons que l’argument, tout spécieux qu’il paraît d’abord, n’est cependant que chimérique.

Premièrement, tant que je couche avec mon mari, tant que sa semence coule au fond de ma matrice, verrais-je dix hommes en même-temps que lui, rien ne pourra jamais lui prouver que l’enfant qui naîtra ne lui appartienne pas ; il peut être à lui, comme n’y pas être, et dans le cas de l’incertitude, il ne peut ni ne doit jamais (puisqu’il a coopéré à l’existence de cette créature) se faire aucun scrupule d’avouer cette existence. Dès qu’elle peut lui appartenir, elle lui appartient, et tout homme qui se rendra malheureux par des soupçons sur cet objet, le serait de même quand sa femme serait une vestale ; parce qu’il est impossible de répondre d’une femme, et que celle qui a été sage dix ans, peut cesser de l’être un jour : donc, si cet époux est soupçonneux, il le sera dans tous les cas, jamais alors il ne sera sûr que l’enfant qu’il embrasse est véritablement le sien. Or, s’il peut être soupçonneux dans tous les cas, il n’y a aucun inconvénient à légitimer quelquefois des soupçons, il n’en serait, pour son état de bonheur ou de malheur moral, ni plus ni moins ; donc il vaut tout autant que cela soit ainsi ; le voilà donc, je le suppose, dans une complette erreur, le voilà caressant le fruit du libertinage de sa femme, où donc est le crime à cela ? Nos biens ne sont-ils pas communs ; en ce cas, quel mal fais-je en plaçant dans le ménage un enfant qui doit avoir une portion de ces biens ? Ce sera, la mienne qu’il aura, il ne volera rien à mon tendre époux ; cette portion dont il va jouir, je la regarde comme prise sur ma dot ; donc, ni cet enfant, ni moi, ne prenons rien à mon mari : à quel titre, si cet enfant eût été de lui, aurait-il eu part dans mes biens ? N’est-ce point en raison de ce qu’il serait émané de moi ? Eh bien ! il va jouir de cette part en vertu de cette même raison d’alliance intime. C’est parce que cet enfant m’appartient, que je lui dois une portion ds mes richesses. Quel reproche avez-vous à me faire ? il en jouit. Mais vous trompez votre mari, cette fausseté est atroce ; non, c’est un rendu, voilà tout ; je suis dupe la première des liens qu’il m’a forcé de prendre, je m’en venge, quoi de plus simple ! Mais il y a un outrage réel fait à l’honneur de votre mari ; préjugé que cela, mon libertinage ne touche mon mari en rien, mes fautes sont personnelles, ce prétendu déshonneur était bon il y a un siècle, on est revenu de cette chimère aujourd’hui, et mon mari n’est pas plus flétri de mes débauches, que je ne saurais l’être des siennes ; je foutrais avec toute la terre, sans lui faire une égratignure ; cette prétendue lésion n’est donc qu’une fable dont l’existence est impossible : de deux choses l’une ; ou mon mari est un brutal, un jaloux, ou c’est un homme délicat ; dans la première hypothèse, ce que je puis faire de mieux est de me venger de sa conduite ; dans la seconde, je ne saurais l’affliger ; puisque je goûte des plaisirs, il en sera heureux s’il est honnête ; il n’y a point d’homme délicat qui ne jouisse au spectacle du bonheur de la personne qu’il adore. Mais si vous l’aimiez, voudriez-vous qu’il en fît autant ? Ah ! malheur à la femme qui s’avisera d’être jalouse de son mari, qu’elle se contente de ce qu’il lui donne si elle l’aime ; mais qu’elle n’essaye pas de le contraindre, non-seulement elle n’y réussirait pas, mais elle s’en ferait bientôt détester. Si je suis raisonnable, je ne m’affligerai donc jamais des débauches de mon mari, qu’il en fasse de même avec moi, et la paix règnera dans le ménage.

Résumons : Quels que soient les effets de l’adultère, dût-il même introduire dans la maison des enfans qui n’appartinssent pas à l’époux ; dès qu’ils sont à la femme ils ont des droits certains à une partie de la dot de cette femme ; l’époux, s’il est instruit, doit les regarder comme des enfans que sa femme auroit eu d’un premier mariage ; s’il ne sait rien, il ne saurait être malheureux, car on ne sauroit l’être d’un mal qu’on ignore ; si l’adultère n’a point de suite, et qu’il soit inconnu du mari, aucun jurisconsulte ne saurait prouver, en ce cas, qu’il pourrait être un crime ; l’adultère n’est plus de ce moment qu’une action parfaitement indifférente pour le mari qui ne la sait pas, parfaitement bonne pour la femme qu’elle délecte ; si le mari découvre l’adultère, ce n’est plus l’adultère qui est un mal alors, car il ne l’était pas tout-à-l’heure, il ne saurait avoir changé de nature ; il n’y a plus d’autre mal que la découverte qu’en a fait le mari : or, ce tort-là n’appartient qu’à lui seul, il ne saurait regarder la femme ; ceux qui jadis ont puni l’adultère étaient donc des bourreaux, des tyrans, des jaloux qui, rapportant tout à eux, s’imaginaient injustement qu’il suffisait de les offenser pour être criminelle, comme si une injure personnelle devait jamais se considérer comme un crime, et comme si l’on pouvait justement appeler crime une action qui, loin d’outrager la nature et la société, sert évidemment l’un et l’autre ; il est cependant des cas où l’adultère, facile à prouver, devient plus embarrassant pour la femme sans être pour cela plus criminel ; c’est, par exemple, celui où l’époux se trouve, ou dans l’impuissance, ou sujet à des goûts contraires à la population. Comme elle jouit, et que son mari ne jouit jamais, sans doute alors ses déportemens deviennent plus ostensibles, mais doit-elle se gêner pour cela ? non sans doute. La seule précaution qu’elle doive employer est de ne point faire d’enfans, ou de se faire avorter si ces précautions viennent à le tromper ; si c’est par raison de goûts anti-physiques qu’elle est contrainte à se dédommager des négligences de son mari, il faut d’abord qu’elle le satisfasse sans répugnance dans ses goûts de quelque nature qu’ils puissent être, qu’ensuite elle lui fasse entendre que de pareilles complaisances méritent bien quelques égards, qu’elle demande une liberté entière en raison de ce qu’elle accorde ; alors le mari refuse ou consent ; s’il consent, comme a fait le mien, on s’en donne à l’aise en redoublant de soins et de condescendances à ses caprices ; s’il refuse on épaissit les voiles et l’on fout tranquillement à leur ombre. Est-il impuissant, on se sépare, mais dans tous les cas on s’en donne, on fout dans tous les cas, cher amour, parce que nous sommes nées pour foutre, que nous accomplissons les loix de la nature en foutant, et que toute loi humaine qui contrarierait celles de la nature ne serait faite que pour le mépris ; elle est bien dupe la femme que des nœuds aussi absurdes que ceux de l’hymen empêche de se livrer à ses penchans, qui craint ou la grossesse, ou les outrages à son époux, ou les taches plus vaines encore à sa réputation. Tu viens de le voir, Eugénie, oui tu viens de sentir comme elle est dupe… comme elle immole bassement aux plus ridicules préjugés, et son bonheur, et tous les délices de la vie. Ah ! qu’elle foute, qu’elle foute impunément, un peu de fausse gloire, quelques frivoles espérances religieuses la dédommageront-elle de ses sacrifices ? non, non, et la vertu, le vice, tout se confond dans le cercueil ; le public, au bout de quelques années, exalte-t-il plus les uns qu’il ne condamne les autres, eh ! non encore une fois, non, non, et la malheureuse ayant vécu sans plaisir, expire hélas sans dédommagement.


Eugénie.

Comme tu me persuades, mon ange, comme tu triomphes de mes préjugés ! comme tu détruis tous les faux principes que ma mère avait mis en moi ! Ah ! je voudrais être mariée demain pour mettre aussitôt tes maximes en usage. Qu’elles sont séduisantes ! qu’elles sont vraies, et combien, je les aime ! Une chose seulement m’inquiète, chère amie, dans ce que tu viens de me dire, et comme je ne l’entends point, je te supplie de me l’expliquer. Ton mari, prétends-tu, ne s’y prends pas, dans la jouissance, de maniére à avoir des enfans, que te fait-il donc je t’en prie ?


Madame de Saint-Ange.

Mon mari était déjà vieux quand je l’épousai ; dès la première nuit de ses noces, il me prévint de ses fantaisies, en m’assurant que de son côté, jamais il ne gênerait les miennes, je lui jurai de lui obéir, et nous avons toujours, depuis ce temps-là, vécu tous deux dans la plus délicieuse liberté ; le goût de mon mari consiste à se faire sucer, et voici le très-singulier épisode qu’il y joint ; pendant que, courbée sur lui rues fesses à-plomb sur son visage, je pompe avec ardeur le foutre de ses couilles, il faut que je lui chie dans la bouche… il avale.


Eugénie.

Voilà une fantaisie bien extraordinaire.


Dolmancé.

Aucune ne peut se qualifier ainsi, ma chère, toutes sont dans la nature, elle s’est plu, en créant les hommes, à différencier leurs goûts comme leurs figures, et nous ne devons pas plus nous étonner de la diversité qu’elle a mis dans nos traits, que celle qu’elle a placé dans nos affections. La fantaisie dont vient de vous parler votre amie est on ne saurait plus à la mode ; une infinité d’hommes, et principalement ceux d’un certain âge, y sont prodigieusement adonnés : vous y refuseriez-vous, Eugénie, si quelqu’un l’exigeait de vous ?


Eugénie, rougissant.

D’après les maximes qui me sont inculquées ici, puis-je donc refuser quelque chose ? je ne demande grace que pour ma surprise, c’est la première fois que j’entends toutes ces lubricités, il faut d’abord que je les conçoive ; mais de la solution du problème à l’exécution du procédé, je crois que mes instituteurs doivent être surs qu’il n’y aurait jamais que la distance qu’ils exigeront eux-mêmes. Quoiqu’il en soit, ma chère, tu gagnas donc ta liberté par l’acquiescement à cette complaisance ?


Madame de Saint-Ange.

La plus entière, Eugénie, je fis de mon côté tout ce que je voulus, sans qu’il y mît d’obstacles, mais je ne pris point d’amant ; j’aimais trop le plaisir pour cela, malheur à la femme qui s’attache, il ne faut qu’un amant pour la perdre, tandis que dix scènes de libertinage, répétées chaque jour, si elle le veut, s’évanouiront dans la nuit du silence aussitôt qu’elles seront consommées. J’étais riche, je payais des jeunes gens qui me foutaient sans me connaître ; je m’entourrais de valets charmans sûrs de goûter les plus doux plaisirs avec moi s’ils étaient discrets, certains d’être renvoyés s’ils disaient un mot. Tu n’as pas d’idée, cher ange, du torrent de délices dans lequel je me suis plongée de cette manière. Voilà la conduite que je prescrirai toujours à toutes les femmes qui voudront m’imiter, depuis douze ans que je suis mariée, j’ai peut-être été foutue par plus de dix ou douze mille individus… et on me croit sage dans mes sociétés ; une autre aurait eu des amans, elle se serait perdue au second.


Eugénie.

Cette maxime est la plus sûre, ce sera bien décidément la mienne ; il faut que j’épouse, comme toi, un homme riche, et sur-tout un homme à fantaisies… mais, ma chère, ton mari, strictement lié à ses goûts, n’exigea jamais autre chose de toi ?


Madame de Saint-Ange.

Jamais, depuis douze ans, il ne s’est pas démenti un seul jour, excepté lorsque j’ai mes regles. Une très-jolie fille qu’il a voulu que je prenne avec moi me remplace alors, et les choses vont le mieux du monde.


Eugénie.

Mais il ne s’en tient pas là, sans doute, d’autres objets concourent à l’extérieurement ; à diversifier ses plaisirs ?


Dolmancé.

N’en doutez pas, Eugénie, le mari de Madame est un des plus grands libertins de son siècle ; il dépense plus de cent mille écus par an aux goûts obscènes que votre amie vient de vous peindre tout-à-l’heure.


Madame de Saint-Ange.

À vous dire le vrai je m’en doute, mais que me font ses déportemens, puisque leur multiplicité autorise et voile les miens.


Eugénie.

Suivons, je t’en conjure, le détail des manières par lesquelles une jeune personne, mariée ou non, peut se préserver de la grossesse, car je t’avoue que cette crainte m’effarouche beaucoup, soit avec l’époux que je dois prendre, soit dans la carrière du libertinage ; tu viens de m’en indiquer une en me parlant des goûts de ton époux ; mais cette manière de jouir, qui peut être fort agréable pour l’homme, ne me semble pas l’être autant pour la femme, et ce sont de nos jouissances, exemptes des risques que j’y crains, dont je desire que tu m’entretiennes.


Madame de Saint-Ange.

Une fille ne s’expose jamais à faire d’enfans qu’autant qu’elle se le laisse mettre dans le con, qu’elle évite avec soin cette manière de jouir, qu’elle offre à la place indistinctement sa main, sa bouche, ses tetons ou le trou de son cul ; par cette dernière voie elle prendra tout autant de plaisir, et même beaucoup davantage qu’ailleurs ; par les autres manières elle en donnera ; on procède à la première de ces façons, je veux dire celle de la main, ainsi que tu l’as vu tout-à-l’heure, Eugénie, on secoue comme si l’on pompait le membre de son ami, au bout de quelques mouvemens le sperme s’élance, l’homme vous baise, vous caresse pendant ce temps-là, et couvre de cette liqueur la partie de votre corps qui lui plaît le mieux. Veut-on se le faire mettre entre les seins, on s’étend sur le lit, on place le membre viril au milieu des deux mamelles, on l’y presse, et au bout de quelques secousses l’homme décharge de manière à vous inonder les tetons et quelquefois le visage. Cette manière est la moins voluptueuse de toutes, et ne peut convenir d’ailleurs qu’à des femmes dont la gorge, à force de service, a déjà acquis assez de flexibilité pour serrer le membre de l’homme en se comprimant sur lui. La jouissance de la bouche est infiniment plus agréable tant pour l’homme que pour la femme ; la meilleure façon de la goûter est que la femme s’étende à contre-sens sur le corps de son fouteur, il vous met le vit dans la bouche, et sa tête se trouvant entre vos cuisses, il vous rend ce que vous lui faites en vous introduisant sa langue dans le con ou sur le clitoris ; il faut, lorsqu’on employe cette attitude, se prendre, s’empoigner les fesses, et se châtouiller réciproquement le trou du cul, épisode toujours nécessaire au complément de la volupté. Des amans chauds et pleins d’imagination avalent alors le foutre que s’exhale dans leurs bouches, et jouissent délicatement ainsi du plaisir voluptueux de faire mutuellement passer dans leurs entrailles cette précieuse liqueur méchamment dérobée a sa destination d’usage.


Dolmancé.

Cette façon est délicieuse, Eugénie, je vous en recommande l’exécution. Faire perdre ainsi les droits de la propagation, et contrarier de cette manière ce que les sots appellent les loix de la nature, est vraiment plein d’appas, les cuisses, les aisselles servent quelquefois aussi d’asyle au membre de l’homme, et lui offrent des réduits où sa semence peut se perdre sans risque de grossesse.


Madame de Saint-Ange.

Quelques femmes s’introduisent des éponges dans l’intérieur du vagin qui, recevant le sperme, l’empêche de s’élancer dans le vase qui le propagerait, d’autres obligent leurs fouteurs de se servir d’un petit sac de peau de Venise, vulgairement nommé condom, dans lequel leur semence coule sans risquer d’atteindre le but ; mais de toutes ces manières, celle du cul est la plus délicieuse, sans doute. Dolmancé, je vous en laisse la dissertation, qui doit mieux peindre que vous un goût pour lequel vous donneriez vos jours, si on les exigeait pour sa défense ?


Dolmancé.

J’avoue mon foible ? il n’est, j’en conviens aucune jouissance au monde qui soit préférable à celle-là, je l’adore dans l’un et l’autre sexe ; mais le cul d’un jeune garçon, il en faut convenir, me donne encore plus de volupté que celui d’une fille. On appelle Bougres ceux qui se livrent à cette passion ; or, quand on fait tant que d’être bougre, Eugénie, il faut l’être tout-à-fait. Foutre des femmes en cul, n’est l’être qu’à moitié ; c’est dans l’homme que la nature veut que l’homme serve cette fantaisie, et c’est spécialement pour l’homme qu’elle nous en a donné ce goût. Il est absurde de dire que cette manie l’outrage, cela se peut-il dès qu’elle nous l’inspire ? Peut-elle dicter ce qui la dégrade ? Non, Eugénie, non, on la sert aussi bien, là qu’ailleurs, et peut-être plus saintement encore ; la propagation n’est qu’une tolérance de sa part. Comment pourrait-elle avoir prescrit pour loi un acte qui la prive des droits de sa toute-puissance ? puisque la propagation n’est qu’une suite de ses premières intentions, et que de nouvelles constructions refaites par sa main si notre espèce était absolument détruite redeviendraient des intentions primordiales, dont l’acte seroit bien plus flatteur pour son orgueil et sa puissance.


Madame de Saint-Ange.

Savez-vous, Dolmancé, qu’au moyen de ce systême vous allez jusqu’à prouver que l’extinction totale de la race humaine ne serait qu’un service rendu à la nature.


Dolmancé.

Qui en doute, Madame ?


Madame de Saint-Ange.

Oh, juste ciel ! les guerres, les pestes, les famines, les meurtres, ne seraient plus que des accidens nécessaires des lois de la nature, et l’homme agent ou patient de ces effets ne serait donc pas plus criminel dans l’un des cas, qu’il ne serait victime dans l’autre ?


Dolmancé.

Victime, il l’est, sans doute, quand il fléchit sous les coups du malheur ; mais criminel, jamais. Nous reviendrons sur toutes ces choses, analysons, en attendant, pour la belle Eugénie, la jouissance sodomite qui fait maintenant l’objet de notre entretien. La posture la plus en usage pour la femme dans cette jouissance, est de se coucher à plat ventre sur le bord du lit, les fesses bien écartées, la tête la plus basse possible, le paillard, après s’être un instant amusé de la perspective du beau cul que l’on présente, après l’avoir claqué, manié, quelquefois même fouetté, pincé, mordu, humecte de sa bouche le trou mignon qu’il va perforer, et prépare l’introduction avec le bout de sa langue, il mouille de même son engin avec de la salive ou de la pommade, et le présente doucement au trou qu’il veut percer, il le conduit d’une main, de l’autre il écarte les fesses de sa jouissance ; dès qu’il sent son membre pénétrer, il faut qu’il le pousse avec ardeur, en prenant bien garde de perdre du terrain ; quelquefois la femme souffre alors, si elle est neuve et jeune ; mais sans aucun égard pour des douleurs qui vont bientôt se changer en plaisirs, le fouteur doit pousser vivement son vit par gradations, jusqu’à ce qu’il ait enfin atteint le but, c’est-à-dire jusqu’à ce que le poil de son engin frotte exactement les bords de l’anus de l’objet qu’il encule. Qu’il poursuive alors sa route avec rapidité, toutes les épines sont cueillies ; il ne reste plus que des roses. Pour achever de métamorphoser en plaisirs les restes de douleur que son objet éprouve encore, si c’est un jeune garçon, qu’il lui saisisse le vit et le branle ; qu’il chatouille le clitoris, si c’est une fille, les titillations de plaisir qu’il fera naître, en retrécissant prodigieusement l’anus du patient, doubleront les plaisirs de l’agent qui, comblé d’aise et de volupté, dardera bientôt au fond du cul de sa jouissance, un sperme aussi abondant qu’épais, qu’auront déterminé tant de lubriques détails. Il en est d’autres qui ne veulent pas que le patient jouisse, c’est ce que nous expliquerons bientôt.


Madame de Saint-Ange.

Permettez qu’un moment je sois écolière à mon tour, et que je vous demande, Dolmancé, dans quel état il faut pour le complément des plaisirs de l’agent, que se trouve le cul du patient ?


Dolmancé.

Plein, très-assurément ; il est essentiel que l’objet qui sert, ait alors la plus complette envie de chier, afin que le bout du vit du fouteur, atteignant l’étron, s’y enfonce et y dépose plus chaudement et plus mollement le foutre qui l’irrite et qui le met en feu.


Madame de Saint-Ange.

Je craindrois que le patient y prît moins de plaisir.


Dolmancé.

Erreur ! cette jouissance est telle qu’il est impossible que rien lui nuise, et que l’objet qui la sert ne soit transporté au troisième ciel en la goûtant : aucune ne vaut celle-là, aucune ne peut aussi complettement satisfaire l’un et l’autre des individus qui s’y livrent ; il est difficile que ceux qui l’ont goûté puissent revenir à autre chose : telles sont, Eugénie, les meilleures façons de goûter le plaisir avec un homme, sans courir les risques de la grossesse ; car on jouit, soyez-en bien sûre, non-seulement à prêter le cul à un homme, ainsi que je viens de vous l’expliquer, mais aussi à le sucer, à le branler, etc. etc. etc. et j’ai connu des femmes libertines qui mettaient souvent plus de charmes à ces épisodes qu’aux jouissances réelles, l’imagination est l’aiguillon des plaisirs ; dans ceux de cette espèce elle règle tout, elle est le mobile de tout ; or n’est-ce pas par elle que l’on jouit, n’est-ce pas d’elle que viennent les voluptés les plus piquantes ?


Madame de Saint-Ange.

Soit : mais qu’Eugénie y prenne garde, l’imagination ne nous sert que quand notre esprit est absolument degagé de préjugés ; un seul suffit à la refroidir ; cette capricieuse portion de notre esprit est d’un libertinage que rien ne peut contenir ; son plus grand triomphe, ses calices les plus éminens consistent à briser tous les freins qu’on lui oppose, elle est ennemie de la règle, idolâtre du désordre et de tout ce qui porte les couleurs du crime ; voilà d’où vient la singulière réponse d’une femme à imagination, qui foutait froidement avec son mari. — Pourquoi tant de glace, lui disoit celui-ci ? Eh vraiment, lui répondit cette singulière créature, c’est que ce que vous me faites est tout simple.


Eugénie.

J’aime à la folie cette réponse… Ah ! ma chère, quelles dispositions je me sens à connaître ces élans divins d’une imagination déréglée ! Tu n’imaginerais pas, depuis que nous sommes ensemble,… seulement depuis cet instant, non, non, ma chère bonne, tu ne concevrais pas toutes les idées voluptueuses que mon esprit a caressées… Oh, comme le mal est maintenant compris par moi ! combien il est désiré de mon cœur !


Madame de Saint-Ange.

Que les atrocités, les horreurs, que les crimes les plus odieux ne t’étonnent pas davantage, Eugénie, ce qu’il y a de plus sale, de plus infâme et de plus défendu, est ce qui irrite le mieux la tête ;… c’est toujours ce qui nous fait le plus délicieusement décharger.


Eugénie.

À combien d’écarts incroyables vous avez dû vous livrer l’un et l’autre ! que j’en voudrais connaître les détails !


Dolmancé, baisant et maniant la jeune
personne.

Belle Eugénie, j’aimerais cent fois mieux vous voir éprouver tout ce que je voudrais faire, que de vous raconter ce que j’ai fait.


Eugénie.

Je ne sais s’il ferait trop bon pour moi de me prêter à tout.


Madame de Saint-Ange.

Je ne te le conseillerais pas, Eugénie.


Eugénie.

Eh bien ! je fais grâce à Dolmancé de ses détails, mais toi, ma bonne amie, dis-moi, je t’en conjure, ce que tu as fait de plus extraordinaire en ta vie ?


Madame de Saint-Ange.

J’ai fait la chouette à quinze hommes : je fus foutue quatre-vingt-dix fois en vingt-quatre heures, tant par devant que par derrière.


Eugénie.

Ce ne sont que des débauches cela, des tours de force ; je gage que tu as fait des choses plus singulières ?


Madame de Saint-Ange.

J’ai été au bordel.


Eugénie.

Que veut dire ce mot ?


Dolmancé.

On appelle ainsi des maisons publiques où moyennant, un prix convenu, chaque homme trouve de jeunes et jolies filles toutes prêtes à satisfaire ses passions.


Eugénie.

Et tu t’es livrée là, ma bonne ?


Madame de Saint-Ange.

Oui, j’y été comme une putain, j’y ai satisfait pendant une semaine entière les fantaisies de plusieurs paillards, et j’ai vu là des goûts bien singuliers ; par un égal principe de libertinage, comme la célèbre impératrice Théodora, femme de Justinien[1], j’ai racroché au coin des rues… dans les promenades publiques, et j’ai mis à la loterie l’argent venu de ces prostitutions.


Eugénie.

Ma bonne, je connais ta tête, tu as été beaucoup plus loin encore.


Madame de Saint-Ange.

Cela se peut-il ?


Eugénie.

Oh ! oui, oui, et voici comme je le conçois, ne m’as-tu pas dit que nos sensations morales les plus délicieuses nous venaient de l’imagination ?


Madame de Saint-Ange.

Je l’ai dit.


Eugénie.

Eh bien ! en laissant errer cette imagination, en lui donnant la liberté de franchir les dernières bornes que voudraient lui prescrire la religion, la décence, l’humanité, la vertu, tous nos prétendus devoirs ; enfin, n’est-il pas vrai que ses écarts seraient prodigieux ?


Madame de Saint-Ange.

Sans doute.


Eugénie.

Or, n’est-ce pas en raison de l’immensité de ses écarts qu’elle nous irritera davantage ?


Madame de Saint-Ange.

Rien de plus vrai.


Eugénie.

Si cela est, plus nous voudrons être agitées, plus nous desirerons nous émouvoir avec violence, plus il faudra donner carrière à notre imagination sur les choses les plus inconcevables ; notre jouissance alors s’améliorera en raison du chemin qu’aura fait la tête et…


Dolmancé, baisant Eugénie.

Délicieuse.


Madame de Saint-Ange.

Que de progrès la friponne a fait en peu de temps ! mais sais-tu, ma charmante, qu’on peut aller loin par la carrière que tu nous traces ?


Eugénie.

Je l’entends bien de cette manière, et puisque je ne me preſcris aucun frein, tu vois où je suppose que l’on peut aller.


Madame de Saint-Ange.

Au crime, scélérate, aux crimes les plus noirs et les plus affreux.


Eugénie, d’une voix basse… et entrecoupée.

Mais tu dis qu’il n’en existe pas… et puis ce n’est que pour embraser sa tête : on n’exécute point.


Dolmancé.

Il est pourtant si doux d’exécuter ce qu’on a conçu.


Eugénie, rougissant.

Eh bien ! on exécute… Ne voudriez-vous pas me persuader, mes chers instituteurs, que vous n’avez jamais fait ce que vous avez conçu ?


Madame de Saint-Ange.

Il m’est quelquefois arrivé de le faire.


Eugénie.

Nous y voilà.


Dolmancé.

Quelle tête !


Eugénie, poursuivant.

Ce que je te demande, c’est ce que tu as conçu, et ce que tu as fait après avoir conçu ?


Mad. de Saint-Ange, balbutiant.

Eugénie, je te raconterai ma vie quelque jour ; poursuivons notre instruction… car tu rue ferais dire des choses…


Eugénie.

Allons, je vois que tu ne m’aimes pas assez pour m’ouvrir à ce point ton ame, j’attendrai le délai que tu me prescris ; reprenons nos détails : dis-moi, ma chère, quel est l’heureux mortel que tu rendis le maître de tes prémices ?


Madame de Saint-Ange.

Mon frère : il m’adorait depuis l’enfance, dès nos plus jeunes ans, nous nous étions souvent amusés sans atteindre le but, je lui avais promis de me livrer à lui dès que je serais mariée ; je lui tins parole ; heureusement que mon mari n’avait rien endommagé, il cueillit tout. Nous continuons de nous livrer à cette intrigue, mais sans nous gêner ni l’un ni l’autre, nous ne nous en plongeons pas moins tous les deux, chacun de notre côté, aux plus divins excès du libertinage, nous nous servons même mutuellement, je lui procure des femmes, il me fait connaître des hommes.


Eugénie.

Le délicieux arrangement ; mais l’inceste n’est-il pas un crime ?


Dolmancé.

Pourrait-on regarder comme tel les plus douces unions de la nature ? celles qu’elle nous prescrit, et nous conseille le mieux. Raisonnez un moment, Eugénie, comment l’espèce humaine, après les grands malheurs qu’éprouva notre globe, put-elle autrement se reproduire que par l’inceste ? n’en trouvons-nous pas l’exemple et la preuve, même dans les livres respectés par le christianisme, les familles d’Adam[2] et de Noé purent-elles autrement se perpétuer que par ce moyen ? Fouillez, compulsez les mœurs de l’univers, par-tout vous y verrez l’inceste autorisé, regardé comme une loi sage et faite pour cimenter les liens de famille. Si l’amour, en un mot, naît de la ressemblance, où peut-elle être plus parfaite qu’entre frère et sœur, qu’entre père et fille ? Une politique mal entendue, produite par la crainte de rendre certaines familles trop puissantes, interdisit l’inceste dans nos mœurs ; mais ne nous abusons pas au point de prendre pour loi de la nature ce qui n’est dicté que par l’intérêt ou par l’ambition ; sondons nos cœurs, c’est toujours là où je renvoye nos pédans moralistes ; interrogeons cet organe sacré, et nous reconnaîtrons qu’il n’est rien de plus délicat que l’union charnelle des familles ; cessons de nous aveugler sur les sentimens d’un frère pour sa sœur, d’un père pour sa fille. En vain l’un et l’autre les déguisent-ils sous le voile d’une légitime tendresse, le plus violent amour est l’unique sentiment qui les enflamme, tel est le seul que la nature ait mis dans leurs cœurs. Doublons, triplons donc sans rien craindre ces délicieux incestes, et croyons que plus l’objet de nos desirs nous appartiendra de près, plus nous aurons de charmes à en jouir. Un de mes amis vit habituellement avec la fille qu’il a eu de sa propre mère, il n’y a pas huit jours qu’il dépucela un garçon de treize ans, fruit de son commerce avec cette fille, dans quelques années ce même jeune homme épousera sa mère, ce sont les vœux de mon ami, il leur fait un sort analogue à ces projets, et ses intentions, je le sais, sont de jouir encore des fruits qui naîtront de cet hymen ; il est jeune et peut l’espérer. Voyez, tendre Eugénie, de quelle quantité d’incestes et de crimes se serait souillé cet honnête ami, s’il y avait quelque chose de vrai dans le préjugé qui nous fait admettre du mal à ces liaisons. En un mot, sur toutes ces choses, je pars, moi, toujours d’un principe ; si la nature défendait les jouissances sodomites, les jouissances incestueuses, les pollutions, etc. permettrait-elle que nous y trouvassions autant de plaisirs ? Il est impossible qu’elle puisse tolérer qui l’outrage véritablement.


Eugénie.

Oh ! mes divins instituteurs, je vois bien que, d’après vos principes, il est très-peu de crimes sur la terre, et que nous pouvons nous livrer en paix à tous nos desirs, quelques singuliers qu’ils puissent paraître aux sots qui s’offensant et s’allarmant de tout, prennent imbécillement les institutions sociales pour les divines lois de la nature, mais cependant, mes amis, n’admettez-vous pas au moins qu’il existe de certaines actions absolument révoltantes, et décidément criminelles, quoique dictées par la nature ? je veux bien convenir avec vous que cette nature, aussi singulière dans les productions qu’elle crée, que variée dans les penchans qu’elle nous donne, nous porte quelquefois à des actions cruelles ; mais si, livrées à cette dépravation, nous cédions aux inspirations de cette bisarre nature, au point d’attenter, je le suppose, à la vie de nos semblables, vous m’accorderez bien, au moins je l’espère, que cette action serait un crime.


Dolmancé.

Il s’en faut bien, Eugénie, que nous puissions nous accorder une telle chose. La destruction étant une des premières loix de la nature, rien de ce qui détruit ne saurait être un crime. Comment une action qui sert aussi bien la nature pourrait-elle jamais l’outrager ? Cette destruction, dont l’homme se flatte, n’est d’ailleurs qu’une chimère ; le meurtre n’est point une destruction, celui qui le commet ne fait que varier les formes, il rend à la nature des élémens, dont la main de cette nature habile se sert aussitôt pour récompenser d’autres êtres ; or, comme les créations ne peuvent être que des jouissances pour celui qui s’y livre, le meurtrier en prépare donc une à la nature, il lui fournit des matériaux qu’elle employe sur-le-champ, et l’action que des sots ont eu la folie de blâmer, ne devient plus qu’un mérite aux yeux de cette agente universelle. C’est notre orgueil qui s’avise d’ériger le meurtre en crime, nous estimant les premières créatures de l’univers nous avons sottement imaginé que toute lésion qu’endurerait cette sublime créature devrait nécessairement être un crime énorme ; nous avons cru que la nature périrait si notre merveilleuse espèce venait à s’anéantir sur ce globe, tandis que l’entière destruction de cette espèce, en rendant à la nature la faculté créatrice qu’elle nous cède, lui redonnerait une énergie que nous lui enlevons en propageant ; mais quelle inconséquence, Eugénie ! Eh quoi ! un souverain ambitieux pourra détruire à son aise et sans le moindre scrupule les ennemis qui nuisent à ses projets de grandeur… Des loix cruelles… arbitraires, impérieuses pourront de même assassiner chaque siècle des millions d’individus, et nous, faibles et malheureux particuliers, nous ne pourrons pas sacrifier un seul être à nos vengeances ou à nos caprices ? Est-il rien de si barbare, de si ridiculement étrange, et ne devons-nous pas, sous le voile du plus profond mystère, nous venger amplement de cette ineptie[3] ?


Eugénie.

Assurément… Oh ! comme votre morale est séduisante, et comme je la goûte !… Mais, dites-moi… Dolmancé… là bien en conscience, ne vous seriez-vous pas quelquefois satisfait en ce genre ?


Dolmancé.

Ne me forcez pas à vous dévoiler mes fautes, leur nombre et leur espèce me contraindraient trop à rougir. Je vous les avouerai peut-être un jour.


Madame de Saint-Ange.

Dirigeant le glaive des loix, le scélérat s’en est souvent servi pour satisfaire à ses passions.


Dolmancé.

Puissé-je n’avoir pas d’autres reproches à me faire !


Mad. de Saint-Ange, lui sautant au col.

Homme divin… je vous adore, qu’il faut avoir d’esprit et de courage pour avoir, comme vous, goûté tous les plaisirs ; c’est à l’homme de génie seul qu’est réservé l’honneur de briser tous les freins de l’ignorance et de la stupidité ; baisez-moi, vous êtes charmant.


Dolmancé.

Soyez franche, Eugénie, n’avez-vous jamais souhaité la mort à personne ?


Eugénie.

Oh ! oui, oui, et j’ai sous mes yeux chaque jour une abominable créature que je voudrais voir depuis long-temps au tombeau.


Madame de Saint-Ange.

Je gage que je devine.


Eugénie.

Qui soupçonnes-tu ?


Madame de Saint-Ange.

Ta mère.


Eugénie.

Ah ! laisse-moi cacher ma rougeur dans ton sein !


Dolmancé.

Voluptueuse créature ! je veux t’accabler à mon tour des caresses qui doivent le prix de l’énergie de ton cœur et de ta délicieuse tête.

Dolmancé la baise sur tout le corps, il lui donne des légères claques sur les fesses, il bande ; madame de Saint-Ange empoigne et secoue son vit, ses mains, de temps en temps, s’égarent aussi sur le derrière de madame de Saint-Ange qui le lui prête avec lubricité ; un peu revenu à lui, Dolmancé continue ;

Mais cette idée sublime, pourquoi ne l’exécuterions-nous pas ?


Madame de Saint-Ange.

Eugénie, j’ai détesté ma mère tout autant que tu hais la tienne, et je n’ai pas balancé.


Eugénie.

Les moyens m’ont manqué.


Madame de Saint-Ange.

Dis le courage.


Eugénie.

Hélas, si jeune encore !


Dolmancé.

Mais à-présent, Eugénie, que feriez-vous ?


Eugénie.

Tout… qu’on me donne les moyens, et l’on verra.


Dolmancé.

Vous les aurez, Eugénie, je vous les promets, mais j’y mets une condition.


Eugénie.

Quelle est-elle, ou plutôt quelle est celle je ne sois prête à accepter ?


Dolmancé.

Viens, scélérate, viens dans mes bras, je n’y puis plus tenir ; il faut que ton charmant derrière soit le prix du don que je te promets, il faut qu’un crime paye l’autre, viens… ou plutôt accourez toutes deux éteindre par des flots de foutre le feu divin qui nous enflamme.


Madame de Saint-Ange.

Mettons, s’il vous plaît, un peu d’ordre à ces orgies, il en faut même au sein du délire et de l’infâmie.


Dolmancé.

Rien de si simple, l’objet majeur, ce me semble, est que je décharge, en donnant à cette charmante petite fille le plus de plaisir que je pourrai ; je vais lui mettre mon vit dans le cul, pendant que courbée dans vos bras vous la branlerez de votre mieux ; au moyen de l’attitude où je vous place, elle pourra vous le rendre, vous vous baiserez l’une et l’autre ; après quelques courses dans le cul de cet enfant, nous varierons le tableau ; je vous enculerai, Madame, Eugénie au-dessus de vous, votre tête entre ses jambes m’offrira son clitoris à sucer, je lui ferai perdre ainsi du foutre une seconde fois ; je me replacerai ensuite dans son anus, vous me présenterez votre cul au-lieu du con qu’elle m’offrait, c’est-à-dire que vous prendrez, comme elle viendra de le faire, sa tête entre vos jambes, je sucerai le trou de votre cul ; comme je viendrai de lui sucer le con, vous déchargerez, j’en ferai autant, pendant que ma main embrassant le joli petit corps de cette charmante novice, ira lui chatouiller le clitoris pour la faire pâmer également.


Madame de Saint-Ange.

Bien mon cher Dolmancé, mais il vous manquera quelque chose ?


Dolmancé.

Un vit dans le cul, vous avez raison, Madame.


Madame de Saint-Ange.

Passons-nous en pour ce matin, nous l’aurons ce soir, mon frère viendra nous aider, et nos plaisirs seront au comble, mettons-nous à l’œuvre.


Dolmancé.

Je voudrais qu’Eugénie me branlât un moment. (Elle le fait.) Oui, c’est cela,… un peu plus vîte, mon cœur ; tenez toujours bien à nud cette tête vermeille, ne la recouvrez jamais, plus vous faites tendre le filet, mieux vous décidez l’érection… il ne faut jamais recaloter le vit qu’on branle… Bon !… préparez ainsi vous-même l’état du membre qui va vous perforer ; voyez-vous comme il se décide. Donnez-moi votre langue, petite friponne,… que vos fesses posent sur ma main droite, pendant que ma gauche va vous chatouiller le clitoris.


Madame de Saint-Ange.

Eugénie, veux-tu lui faire goûter de plus grands plaisirs ?


Eugénie.

Assurément… Je veux tout faire pour lui en donner.


Madame de Saint-Ange.

Eh bien ! prends son vit dans ta bouche, et suce-le quelques instans.


Eugénie, le fait.

Est-ce ainsi ?


Dolmancé.

Ah, bouche délicieuse ! quelle chaleur ! elle vaut pour moi le plus joli des culs… Femmes voluptueuses et adroites, ne refusez jamais ce plaisir à vos amans, il vous les enchaînera pour jamais ; ah sacredieu ! foutre-dieu !


Madame de Saint-Ange.

Comme tu blasphêmes, mon ami !


Dolmancé.

Donnez-moi votre cul, Madame,… Oui donnez-le moi, que je le baise pendant qu’on me suce, et ne vous étonnez point de ces blasphêmes ; un de mes plus grands plaisirs est de jurer Dieu quand je bande ; il me semble que mon esprit, alors mille fois plus exalté, abhorre et méprise bien mieux cette dégoûtante chimère : je voudrais trouver une façon ou de la mieux invectiver, ou de l’outrager davantage, et quand mes maudites réflexions m’amènent à la conviction de la nullité de ce dégoûtant objet de ma haine, je m’irrite, et voudrois pouvoir aussitôt réédifier le fantôme, pour que ma rage au moins portât sur quelque chose. Imitez-moi, femme charmante, et vous verrez l’accroissement que de tels discours porteront infailliblement à vos sens. Mais, doubledieu !… je le vois, il faut, quel que soit mon plaisir, que je me retire absolument de cette bouche divine,… j’y laisserois mon foutre… Allons, Eugénie, placez-vous, exécutons le tableau que j’ai tracé, et plongeons-nous tous trois dans la plus voluptueuse ivresse.

(L’attitude s’arrange.)

Eugénie.

Que je crains, mon cher, l’impuissance de vos efforts, la disproportion est trop forte.


Dolmancé.

J’en sodomise tous les jours de plus jeunes ; hier encore un petit garçon de sept ans fut dépucelé par ce vit en moins de trois minutes… Courage, Eugénie, courage.


Eugénie.

Ah ! vous me déchirez.


Madame de Saint-Ange.

Ménagez-la, Dolmancé, songez que j’en réponds.


Dolmancé.

Branlez-la bien, Madame, elle sentira moins la douleur : au reste, tout est dit maintenant, m’y voilà jusqu’au poil.


Eugénie.

Oh ciel ! ce n’est pas sans peine… Vois la sueur qui couvre mon front, cher ami… Ah, dieu ! jamais je n’éprouvai d’aussi vives douleurs !


Madame de Saint-Ange.

Te voilà, à moitié dépucelée, ma bonne, te voilà au rang des femmes ; on peut bien acheter cette gloire par un peu de tourment ; mes doigts, d’ailleurs, ne te calment-ils donc point ?


Eugénie.

Pourrais-je y résister sans eux ?… Chatouille-moi, mon ange, je sens qu’imperceptiblement la douleur se métamorphose en plaisir. Poussez, poussez, Dolmancé, je me meurs.


Dolmancé.

Ah, foutredieu ! sacredieu ! tripledieu ! changeons, je n’y résisterais pas ; votre derrière, Madame, je vous en conjure, et placez-vous sur-le-champ comme je vous l’ai dit. (On s’arrange, et Dolmancé continue.) J’ai moins de peine ici… Comme mon vit pénètre… Mais ce beau cul n’en est pas moins délicieux, Madame.


Eugénie.

Suis-je bien ainsi, Dolmancé ?


Dolmancé.

À merveille ! ce joli petit con vierge s’offre délicieusement à moi ; je suis un coupable, un infractaire, je le sais ; de tels attraits sont peu faits pour nos yeux ; mais le desir de donner à cette enfant les premières leçons de la volupté l’emporte sur toute autre considération, je veux faire couler son foutre,… je veux l’épuiser, s’il est possible. (il la gamahuche.)


Eugénie.

Ah ! vous me faites mourir de plaisir, je n’y puis résister !


Madame de Saint-Ange.

Pour moi, je pars… Ah ! fouts… fouts, Dolmancé, je décharge !


Eugénie.

J’en fais autant, ma bonne… Ah ! mon dieu, comme il me suce !


Madame de Saint-Ange.

Jure donc, petite putain, jure donc.


Eugénie.

Eh bien, sacredieu ! je décharge… Je suis dans la plus douce ivresse.


Dolmancé.

Au poste, au poste, Eugénie, je serai ta dupe de tous ces changemens de main. (Eugénie se replace.) Ah bien ! me revoici dans mon premier gîte ; montrez-moi le trou de votre cul, Madame, que je le gamahuche à mon aise… Que j’aime à baiser un cul que je viens de foutre. Ah ! faites-le moi bien lécher pendant que je vais lancer mon sperme au fond de celui de votre amie. Le croiriez-vous, Madame, il y est entré cette fois-ci sans peine ; ah ! foutre, foutre, vous n’imaginez pas comme elle le serre, comme elle le comprime ! Sacréfoutudieu, comme j’ai du plaisir ! Ah ! c’en est fait ! je n’y résiste plus, mon foutre coule,… et je suis mort.


Eugénie.

Il me fait aussi mourir, ma chère bonne, je te le jure.


Madame de Saint-Ange.

La friponne ! comme elle s’y habituera promptement !


Dolmancé.

Je connais une infinité de jeunes filles de son âge que rien au monde ne pourrait engager à jouir différemment ; il n’y a que la première fois qui coûte ; une femme n’a pas plutôt tâté de cette manière qu’elle ne veut plus faire autre chose… Oh ciel ! je suis épuisé, laissez-moi reprendre haleine au moins quelques instans.


Madame de Saint-Ange.

Voilà les hommes, ma chère, à peine nous regardent-ils quand leurs desirs sont satisfaits, cet anéantissement les mène au dégoût, et le dégoût bientôt au mépris.


Dolmancé, froidement.

Ah ! quelle injure, beauté divine ! (Il les embrasse toutes deux.) Vous n’êtes faites l’une et l’autre que pour des hommages, quel que soit l’état où l’on se trouve.


Madame de Saint-Ange.

Au reste, console-toi, mon Eugénie, s’ils acquièrent le droit de nous négliger, parce qu’ils sont satisfaits, n’avons-nous pas de même celui de les mépriser quand leur procédé nous y force ? Si Tibère sacrifiait à Caprée les objets qui venaient de servir ses passions[4], Zingua, reine d’Afrique, immolait aussi ses amans[5].


Dolmancé.

Ces excès parfaitement simples et très-conçus de moi, sans doute, ne doivent pourtant jamais s’exécuter entre nous.

Jamais entre eux ne se mangent les loups,

dit le proverbe, et tel trivial qu’il soit, il est juste. Ne redoutez jamais rien de moi, mes amies, je vous ferai peut-être faire beaucoup de mal, mais je ne vous en ferai jamais.


Eugénie.

Oh non, non, ma chère, j’ose en répondre ; jamais Dolmancé n’abusera des droits que nous lui donnons sur nous : je lui crois la probité des roués, c’est la meilleure ; mais ramenons notre instituteur à ses principes, et revenons, je vous supplie, au grand dessein qui nous enflammait avant que nous ne nous calmassions.


Madame de Saint-Ange.

Quoi ! friponne, tu y penses encore, j’avais cru que ce n’était l’histoire que de l’effervescence de ta tête.


Eugénie.

C’est le mouvement le plus certain de mon cœur, et je ne serai contente qu’après la consommation de ce crime.


Madame de Saint-Ange.

Oh ! bon, bon, fais-lui grâce, songe qu’elle est ta mère.


Eugénie.

Le beau titre !


Dolmancé.

Elle a raison ; cette mère a-t-elle pensé à Eugénie en la mettant au monde, la coquine se laissoit foutre, parce qu’elle y trouvoit du plaisir, mais elle était bien loin d’avoir cette fille en vue ; qu’elle agisse comme elle voudra à cet égard ; laissons-lui liberté toute entière, et contentons-nous de lui certifier qu’à quelque excès qu’elle arrive à ce genre, elle ne se rendra jamais coupable d’aucun mal.


Eugénie.

Je l’abhorre, je la déteste, mille raisons légitiment ma haine, il faut que j’aye sa vie à quelque prix que ce puisse être.


Dolmancé.

Eh bien ! puisque tes résolutions sont inébranlables, tu seras satisfaite, Eugénie, je te le jure ; mais permets-moi quelques conseils qui deviennent, avant que d’agir, de la première nécessité pour toi ; que jamais ton secret ne t’échappe, ma chère, et sur-tout agis seule ; rien n’est plus dangereux que les complices ; méfions-nous toujours de ceux mêmes que nous croyons nous être le plus attachés : il faut, disoit Machiavel, ou n’avoir jamais de complices, ou s’en défaire dès qu’ils nous ont servi. Ce n’est pas tout : la feinte est indispensable, Eugénie, aux projets que tu formes, rapproche-toi plus que jamais de ta victime avant que de l’immoler, ais l’air de la plaindre ou de la consoler, cajole-la, partage ses peines, jure-lui que tu l’adores, fais plus encore, persuade-le lui, la fausseté, dans de tels cas, ne saurait être portée trop loin ; Néron caressait Agrippine sur la barque même qui devait l’engloutir ; imite cet exemple, use de toute la fourberie, de toutes les impostures que pourra te suggérer ton esprit. Si le mensonge est toujours nécessaire aux femmes, c’est sur-tout lorsqu’elles veulent tromper, qu’il leur devient plus indispensable.


Eugénie.

Ces leçons seront retenues et mises en action, sans doute ; mais approfondissons, je vous prie, cette fausseté que vous conseillez aux femmes de mettre en usage ; croyez-vous donc cette manière d’être, absolument essentielle dans le monde ?


Dolmancé.

Je n’en connais pas, sans doute, de plus nécessaire dans la vie ; une vérité certaine va vous en prouver l’indispensabilité, tout le monde l’emploie, je vous demande, d’après cela, comment un individu sincère n’échouera pas toujours au milieu d’une société de gens faux ! Or s’il est vrai, comme en le prétend, que les vertus soient de quelque utilité dans la vie civile, comment voulez-vous que celui qui n’a ni la volonté, ni le pouvoir, ni le don d’aucune vertu, ce qui arrive à beaucoup de gens ; comment voulez-vous, dis-je, qu’un tel être ne soit pas essentiellement obligé de feindre pour obtenir à son tour un peu de la portion de bonheur que ses concurrens lui ravissent ? Et dans le fait, est-ce bien sûrement la vertu, ou son apparence, qui devient réellement nécessaire à l’homme social ? ne doutons pas que l’apparence seule lui suffise ; il a tout ce qu’il faut en la possédant. Dès qu’on, ne fait qu’effleurer les hommes dans le monde, ne leur suffit-il pas de nous montrer l’écorce ? Persuadons-nous bien, au surplus, que la pratique des vertus n’est guère utile qu’à celui qui la possède, les autres en retirent si peu, que, pourvu que celui qui doit vivre avec nous paraisse vertueux, il devient parfaitement égal qu’il le soit en effet ou non ; la fausseté, d’ailleurs, est presque toujours un moyen assuré de réussir, celui qui la possède acquiert nécessairement une sorte de priorité sur celui qui commerce ou qui correspond avec lui ; en l’éblouissant par de faux dehors, il le persuade, de ce moment il réussit : m’aperçois-je que l’on m’a trompé, je ne m’en prends qu’à moi, et mon suborneur a d’autant plus beau jeu encore, que je ne me plaindrai pas par orgueil ; son ascendant sur moi sera donc toujours prononcé ; il aura raison quand j’aurai tort ; il s’avancera quand je ne serai rien ; il s’enrichira quand je me ruinerai ; toujours enfin au-dessus de moi, il captivera bientôt l’opinion publique ; une fois là, j’aurai beau l’inculper, on ne m’écoutera seulement pas. Livrons-nous donc hardiment et sans cesse à la plus insigne fausseté ; regardons-la comme la clé de toutes les grâces, de toutes les faveurs, de toutes les réputations, de toutes les richesses, et calmons à loisir le petit chagrin d’avoir fait des dupes, par le piquant plaisir d’être fripon.


Madame de Saint-Ange.

En voilà, je le pense, infiniment plus qu’il n’en faut sur cette matière ; Eugénie convaincue, doit être appaisée, encouragée, elle agira quand elle voudra ; j’imagine qu’il est nécessaire de continuer maintenant nos dissertations sur les différens caprices des hommes dans le libertinage ; ce champ doit être vaste, parcourons-le ; nous venons d’initier notre élève dans quelques mystères de la pratique, ne négligeons pas la théorie.


Dolmancé.

Les détails libertins des passions de l’homme sont peu susceptibles, Madame, de motifs d’instruction pour une jeune fille qui, comme Eugénie sur-tout, n’est pas destinée à faire le métier de femme publique ; elle se mariera, et dans cette hypothèse, il y a à parier dix contre un que son mari n’aura point ces goûts-là ; si cela était cependant, la conduite est facile : beaucoup de douceur et de complaisance avec lui ; d’autre part, beaucoup de fausseté et de dédommagement en secret, ce peu de mots renferme tout. Si votre Eugénie pourtant désire quelques analyses des goûts de l’homme dans l’acte du libertinage : pour les examiner plus sommairement, nous les réduirons à trois : la sodomie, les fantaisies sacrilèges et les goûts cruels. La première passion est universelle aujourd’hui, nous allons joindre quelques réflexions à ce que nous en avons déjà dit ; on la divise en deux classes, l’active et la passive : l’homme qui encule, soit un garçon, soit une femme, commet la sodomie active ; il est sodomite passif quand il se fait foutre. On a souvent mis en question laquelle de ces deux façons de commettre la sodomie était la plus voluptueuse ; c’est assurément la passive, puisqu’on jouit à-la-fois de la sensation du devant et de celle du derrière ; il est si doux de changer de sexe, si délicieux de contrefaire la putain, de se livrer à un homme qui nous traite comme une femme, d’appeler cet homme son amant, de s’avouer sa maîtresse ; ah ! mes amies quelle volupté ! Mais, Eugénie, bornons-nous ici à quelques conseils de détails, uniquement relatifs aux femmes qui, se métamorphosant en hommes, veulent jouir à notre exemple de ce plaisir délicieux. Je viens de vous familiariser avec ces attaques, Eugénie, et j’en ai assez vu pour être persuadé que vous ferez un jour bien des progrès dans cette carrière. Je vous exhorte à la parcourir comme une des plus délicieuses de l’île de Cythère, parfaitement sûr que vous accomplirez ce conseil ; je vais me borner à deux ou trois avis essentiels à toute personne décidée à ne plus connaître que ce genre de plaisirs ou ceux qui leur sont analogues. Observez d’abord de vous faire toujours branler le clitoris quand on vous sodomise, rien ne se marie comme ces deux plaisirs ; évitez le bidet ou le frottement de linge quand vous venez d’être foutue de cette manière ; il est bon que la brêche soit toujours ouverte, il en résulte des desirs, des titillations qu’éteignent aussitôt les soins de propreté ; on n’a pas d’idée du point auquel les sensations se prolongent. Ainsi, quand vous serez dans le train de vous amuser de cette manière, Eugénie, évitez les acides, ils enflamment les hémorroïdes et rendent alors les introductions douloureuses ; opposez-vous à ce que plusieurs hommes vous déchargent de suite dans le cul, ce mélange de sperme, quoique voluptueux pour l’imagination, est souvent dangereux pour la santé ; rejetez toujours au dehors ces différentes émissions à mesure qu’elles se font.


Eugénie.

Mais si elles étaient faites par-devant, ne serait-ce pas un crime ?


Madame de Saint-Ange.

N’imagines donc pas, pauvre folle, qu’il y ait le moindre mal à se prêter de telle manière que ce puisse être à détourner du grand chemin la semence de l’homme, parce que la propagation n’est nullement le but de la nature, elle n’en est qu’une tolérance ; et lorsque nous n’en profitons pas, ses intentions sont bien mieux remplies : Eugénie, sois l’ennemie jurée de cette fastidieuse propagation, et détourne sans cesse, même en mariage, cette perfide liqueur dont la végétation ne sert qu’à gâter nos tailles, qu’à émousser dans nous les sensations voluptueuses, nous flétrir, nous vieillir et déranger notre santé ; engage ton mari à s’accoutumer à ces pertes, offre lui toutes les routes qui peuvent éloigner l’hommage du temple, dis-lui que tu détestes les enfans, que tu le supplie de ne point t’en faire. Observe-toi sur cet article, ma bonne, car, je te le déclare, j’ai la propagation dans une telle horreur, que je cesserais d’être ton amie à l’instant où tu deviendrais grosse ; si pourtant ce malheur t’arrive, sans qu’il y ait de ta faute, préviens-moi dans les sept ou huit premières semaines et je te ferai couler cela tout doucement ; ne crains point l’infanticide, ce crime est imaginaire, nous sommes toujours les maîtresses de ce que nous portons dans notre sein, et nous ne faisons pas plus de mal à détruire cette espèce de matière, qu’a purger l’autre, par des médicamens, quand nous en éprouvons le besoin.


Eugénie.

Mais si l’enfant était à terme !


Madame de Saint-Ange.

Fût-il au monde, nous serions toujours les maîtresses de le détruire. Il n’y a sur la terre aucun droit plus certain que celui des mères sur leurs enfans. Il n’est aucun peuple qui n’ait reconnu cette vérité, elle est fondée en raison, en principes.


Dolmancé.

Ce droit est dans la nature… il est incontestable. L’extravagance du systême déifique fut la source de toutes ces erreurs grossières, les imbéciles qui croyaient un dieu, persuadés que nous ne tenions l’existence que de lui, et qu’aussitôt qu’un embrion était en maturité, une petite ame, émanée de dieu, venait l’animer aussitôt ; ces sots, dis-je, durent assurément considérer comme un crime capital la destruction de cette petite créature, parce que, d’après eux, elle n’appartenait plus aux hommes ; c’était l’ouvrage de dieu, elle était à dieu, en pouvait-on disposer sans crime ! Mais depuis que le flambeau de la philosophie a dissipé toutes ces impostures, depuis que la chimère divine est foulée aux pieds, depuis que mieux instruits des loix et des secrets de la physique nous avons développé le principe de la génération, et que ce mécanisme matériel n’offre aux yeux rien de plus étonnant que la végétation du grain de bled, nous en avons appelé à la nature de l’erreur des hommes ; étendant la mesure de nos droits, nous avons enfin reconnu que nous étions parfaitement libres de reprendre ce que nous n’avions donné qu’à contre-cœur ou que par hazard, et qu’il était impossible d’exiger d’un individu quelconque de devenir père ou mère s’il n’en a pas envie, que cette créature de plus ou de moins sur la terre n’était pas d’ailleurs d’une bien grande conséquence, et que nous devenions en un mot aussi certainement les maîtres de ce morceau de chair quelqu’animé qu’il fût, que nous ne le sommes des ongles que nous retranchons des nos doigts, des excroissances de chair que nous extirpons de nos corps, ou des digestions que nous supprimons de nos entrailles. Parce que l’un et l’autre est de nous, parce que l’un et l’autre est à nous, et que nous sommes absolument possesseurs de ce qui émane de nous. En vous développant, Eugénie, la très-médiocre importance dont l’action du meurtre était sur la terre, vous avez dû voir de quelle petite conséquence doit être également tout ce qui tient à l’infanticide commis sur une créature déjà même en âge de raison ; il est donc inutile d’y revenir, l’excellence de votre esprit ajoute à mes preuves, la lecture de l’histoire des mœurs de tous les peuples de la terre, en vous faisant voir que cet usage est universel, achevera de vous convaincre qu’il n’y aurait que de l’imbécillité à admettre du mal à cette très-indifférente action.


Eugénie, d’abord à Dolmancé.

Je ne puis vous dire à quel point vous me persuadez (S’adressant ensuite à madame de Saint-Ange) ; mais dis-moi, ma toute bonne, t’es-tu quelquefois servie du remède que tu m’offres pour détruire intérieurement le fœtus ?


Madame de Saint-Ange.

Deux fois, et toujours avec le plus grand succès, mais je dois t’avouer que je n’en ai fait l’épreuve que dans les premiers temps ; cependant deux femmes de ma connaissance ont employé ce même remède à mi-terme, et elles m’ont assuré qu’il leur avoit également réussi. Compte donc sur moi dans l’occasion, ma chère, mais je t’exhorte à ne te jamais mettre dans le cas d’en avoir besoin, c’est le plus sûr. Reprenons maintenant la suite des détails lubriques que nous avons promis à cette jeune fille. Poursuivez, Dolmancé, nous en sommes aux fantaisies sacrilèges.


Dolmancé.

Je suppose qu’Eugénie est trop revenue des erreurs religieuses pour ne pas être intimément persuadée que tout ce qui tient à se jouer des objets de la piété des sots, ne peut avoir aucune sorte de conséquence, ces fantaisies en ont si peu qu’elles ne doivent, dans le fait, échauffer que de très-jeunes têtes, pour qui toute rupture de frein devient une jouissance, c’est une espèce de petite vindicte qui enflamme l’imagination, et qui, sans doute, peut amuser quelques instans ; mais ces voluptés, ce me semble, doivent devenir insipides et froides quand on a eu le temps de s’instruire et de se convaincre de la nullité des objets dont les idoles que nous bafouons ne sont que la chétive représentation ; profaner les reliques, les images de saints, l’hostie, le crucifix, tout cela ne doit être, aux yeux du philosophe, que ce que serait la degradation d’une statue payenne ; une fois qu’on a dévoué ces exécrables babioles au mépris, il faut les y laisser sans s’en occuper davantage, il n’est bon de conserver de tout cela que le blasphême, non qu’il ait plus de réalité, car dès l’instant qu’il n’y a plus de dieu, à quoi sert-il d’insulter son nom ? mais c’est, qu’il est essentiel de prononcer des mots forts, ou sales, dans l’ivresse du plaisir, et que ceux du blasphême servent assez bien l’imagination ; il n’y faut rien épargner, il faut orner ces mots du plus grand luxe d’expressions, il faut qu’ils scandalisent le plus possible ; car il est très-doux de scandaliser, il existe là un petit triomphe pour l’orgueil qui n’est nullement à dédaigner, je vous l’avoue, mes dames, c’est une de mes voluptés sécrètes, il est peu de plaisirs moraux plus actifs sur mon imagination ; essayez-le, Eugénie, et vous verrez ce qu’il en résulte ; étalez surtout une prodigieuse impiété lorsque vous vous trouvez avec des personnes de votre âge qui végètent encore dans les ténèbres de la superstition. Affichez la débauche et le libertinage, affectez de vous mettre en fille, de leur laisser voir votre gorge ; si vous allez avec elles dans des lieux secrets, troussez-vous avec indécence, laissez-leur voir avec affectation les plus secrètes parties de votre corps, exigez la même chose d’elles, séduisez-les, sermonez-les, faites-leur voir le ridicule de leurs préjugés, mettez-les ce qui s’appelle à mal, jurez comme un homme avec elles, si elles sont plus jeunes que vous, prenez-les de force, amusez-vous-en et corrompez-les soit par des exemples, soit par des conseils, soit par tout ce que vous pourrez croire, en un mot, de plus capable de les pervertir ; soyez de même extrêmement libre avec les hommes, affichez avec eux l’irréligion et l’impudence ; loin de vous effrayer des libertés qu’ils prendront, accordez-leur mystérieusement tout ce qui peut les amuser sans vous compromettre, laissez-vous manier par eux, branlez-les, faites-vous branler, allez-même jusqu’à leur prêter le cul ; mais puisque l’honneur chimérique des femmes tient à leurs prémices antérieurs, rendez-vous plus difficile sur cela, une fois mariée, prenez des laquais, point d’amant, ou payez quelques jeunes gens sûrs ; de ce moment tout est à couvert, plus d’atteinte à votre réputation, et sans qu’on ait jamais pu vous suspecter, vous avez trouvé l’art de faire tout ce qui vous a plu.

Poursuivons :

Les plaisirs de la cruauté sont les troisièmes que nous nous sommes promis d’analyser.

Ces sortes de plaisirs sont aujourd’hui très-communs parmi les hommes, et voici l’argument dont ils se servent pour le légitimer. Nous voulons être émus, disent-ils, c’est le but de tout homme qui se livre à la volupté, et nous voulons l’être par les moyens les plus actifs ; en partant de ce point, il ne s’agit pas de savoir si nos procédés plairont ou déplairont à l’objet qui nous sert, il s’agit seulement d’ébranler la masse de nos nerfs par le choc le plus violent possible ; or il n’est pas douteux que la douleur affectant bien plus vivement que le plaisir, les chocs résultatifs sur nous de cette sensation, produite sur les autres, seront essentiellement d’une vibration plus vigoureuse, retentiront plus énergiquement dans nous, mettront dans une circulation plus violente ; les esprits animaux qui se déterminant sur les basses régions par le mouvement de rétrogradation qui leur est essentiel alors, embrâseront aussitôt les organes de la volupté, et les disposeront au plaisir ; les effets du plaisir sont toujours trompeurs dans les femmes ; il est d’ailleurs très-difficile qu’un homme laid ou vieux les produise, y parvient-il ? ils sont faibles, et les chocs beaucoup moins nerveux, il faut donc préférer la douleur, dont les effets ne peuvent tromper, et dont les vibrations sont plus actives ; mais objecte-t on aux hommes entichés de cette manie, cette douleur afflige le prochain, est-il charitable de faire du mal aux autres pour se délecter soi-même ? les coquins vous répondent à cela, qu’accoutumés dans l’acte du plaisir à se compter pour tout, et les autres pour rien, ils sont persuadés qu’il est tout simple, d’après les impulsions de la nature, de préférer ce qu’ils sentent, à ce qu’ils ne sentent point ; que nous font, osent- ils dire, les douleurs occasionnées sur le prochain, les ressentons-nous ? non, au contraire, nous venons de démontrer que de leur production résulte une sensation délicieuse pour nous ; à quel titre ménagerions-nous donc un individu qui ne nous touche en rien, à quel titre lui éviterions-nous une douleur qui ne nous coûtera jamais une larme, quand il est certain que de cette douleur va naître un très-grand plaisir pour nous ; avons-nous jamais éprouvé une seule impulsion de la nature qui nous conseille de préférer les autres à nous ? et chacun n’est-il pas pour soi dans le monde ? Vous nous parlez d’une voix chimérique de cette nature qui nous dit de ne pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait ; mais cet absurde conseil ne nous est jamais venu que des hommes, et des hommes faibles, l’homme puissant ne s’avisa jamais de parler un tel langage. Ce furent les premiers chrétiens, qui journellement persécutés pour leur imbécille systême, criaient à qui voulait l’entendre, ne nous brûlez pas, ne nous écorchez pas, la nature dit qu’il ne faut pas faire ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait. Imbécilles, comment la nature qui nous conseille toujours de nous délecter, qui n’imprime jamais dans nous d’autres mouvemens, d’autres inspirations, pourrait-elle le moment d’après, par une inconséquence sans exemple, nous assurer qu’il ne faut pourtant pas nous aviser de nous délecter si cela peut faire de la peine aux autres ? ah ! croyons-le, croyons-le, Eugénie, la nature, notre mère à tous, ne nous parle jamais que de nous, rien n’est égoïste comme sa voix, et ce que nous y reconnoissons de plus clair est l’immuable et saint conseil qu’elle nous donne de nous délecter, n’importe aux dépens de qui. Mais les autres, vous dit-on à cela, peuvent se venger… à la bonne heure, le plus fort seul aura raison. Eh bien voilà l’état primitif de guerre et de destruction perpétuelle pour lequel sa main nous créa, et dans lequel seul il lui est avantageux que nous soyons.

Voilà, ma chère Eugénie, comme raisonnent ces gens-là, et moi, j’y ajoute, d’après mon expérience et mes études, que la cruauté, bien loin d’être un vice, est le premier sentiment qu’imprime en nous la nature : l’enfant brise son hochet, mord le teton de sa nourrice, étrangle son oiseau bien avant que d’avoir l’âge de raison ; la cruauté est empreinte dans les animaux chez lesquels, ainsi que je crois vous l’avoir dit, les loix de la nature, se lisent bien plus énergiquement que chez nous. Elle est chez les sauvages bien plus rapprochée de la nature que chez l’homme civilisé ; il serait donc absurde d’établir qu’elle fût une suite de la dépravation ; ce systême est faux, je le répète, la cruauté est dans la nature, nous naissons tous avec une dose de cruauté que la seule éducation modifie ; mais l’éducation n’est pas dans la nature, elle nuit autant aux effets sacrés de la nature que la culture nuit aux arbres. Comparez dans vos vergers l’arbre abandonné aux soins de la nature, avec celui que votre art soigne en le contraignant, et vous verrez lequel est le plus beau, vous éprouverez lequel vous donnera de meilleurs fruits ; la cruauté n’est autre chose que l’énergie de l’homme que la civilisation n’a point encore corrompue, elle est donc une vertu et non pas un vice ; retranchez vos loix, vos punitions, vos usages, et la cruauté n’aura plus d’effets dangereux, puisqu’elle n’agira jamais sans pouvoir être aussitôt repoussée par les mêmes voies ; c’est dans l’état de civilisation qu’elle est dangereuse, parce que l’être lésé manque presque toujours, ou de la force, ou des moyens de repousser l’injure ; mais dans l’état d’incivilisation, si elle agit sur le fort, elle sera repoussée par lui, et si elle agit sur le faible, ne lésant qu’un être qui cède au fort par les loix de la nature, elle n’a pas le moindre inconvénient.

Nous n’analyserons point la cruauté dans les plaisirs lubriques chez les hommes ; vous voyez à-peu-près, Eugénie, les différens excès où ils doivent porter, et votre ardente imagination doit vous faire aisément comprendre que, dans une ame ferme et stoïque, ils ne doivent point avoir de bornes. Néron, Tibère, Héliogabale immolaient des enfans pour se faire bander ; le maréchal de Retz, Charolois l’oncle de Condé, commirent aussi des meurtres de débauche : le premier avoua dans son interrogatoire, qu’il ne connaissait pas de volupté plus puissante que celle qu’il retirait du supplice infligé par son aumônier et lui sur de jeunes enfans des deux sexes. On en trouva sept ou huit cents d’immolés dans un de ses châteaux de Bretagne. Tout cela se conçoit, je viens de le prouver. Notre constitution, nos organes, le cours des liqueurs, l’énergie des esprits animaux, voilà les causes physiques qui font, dans la même heure, ou des Titus ou des Néron, des Messaline, ou des Chantal ; il ne faut pas plus s’enorgueillir de la vertu, que se repentir du vice, pas plus accuser la nature de nous avoir fait naître bon, que de nous avoir créé scélérat ; elle a agi d’après ses vues, ses plans et ses besoins, soumettons-nous. Je n’examinerai donc ici que la cruauté des femmes, toujours bien plus actives chez elles que dans les hommes, par la puissante raison de l’excessive sensibilité de leurs organes. Nous distinguons en général deux sortes de cruauté ; celle qui naît de la stupidité, qui jamais raisonnée, jamais analysée, assimile l’individu né tel, à la bête feroce ; celle-là ne donne aucun plaisir, parce que celui qui y est enclin n’est susceptible d’aucune recherche, les brutalités d’un tel être sont rarement dangereuses, il est toujours facile de s’en mettre à l’abri ; l’autre espèce de cruauté, fruit de l’extrême sensibilité des organes, n’est connue que des êtres extrêmement délicats, et les excès où elle les porte ne sont que des rafinemens de leur délicatesse ; c’est cette délicatesse trop promptement émoussée à cause de son excessive finesse qui, pour se réveiller, met en usage toutes les ressources de la cruauté, qu’il est peu de gens qui conçoivent ces différences… Comme il en est peu qui les sentent, elles existent pourtant, elles sont indubitables ; or, c’est ce second genre de cruauté dont les femmes sont le plus souvent affectées. Étudiez-les bien, vous verrez si ce n est pas l’excès de leur sensibilité qui les a conduites là. Vous venez si ce n’est pas l’extrême activité de leur imagination, la force de leur esprit qui les rend scélérates et féroces ; aussi celles-là sont-elles toutes charmantes, aussi n’en est-il pas une seule de cette espèce qui ne fassent tourner des têtes quand elles l’entreprennent ; malheureusement la rigidité, ou plutôt l’absurdité de nos mœurs laisse peu d’aliment à leur cruauté ; elles sont obligées de se cacher, de dissimuler, de couvrir leur inclination par des actes de bienfaisance ostensibles qu’elles détestent au fond de leur cœur ; ce ne peut plus être que sous le voile le plus obscur, avec les précautions les plus grandes, aidées de quelques amies sûres qu’elles peuvent se livrer à leurs inclinations ; et comme il en est beaucoup de ce genre, et en est par conséquent beaucoup de malheureuses ; voulez-vous les connaître ? annoncez-leur un spectacle cruel, celui d’un duel, d’un incendie, d’une bataille, d’un combat de gladiateurs, vous verrez comme elles accourront ; mais ces occasions ne sont pas assez nombreuses pour alimenter leur fureur, elles se contiennent, et elles souffrent. Jetons un coup d’œil rapide sur les femmes de ce genre ; Zingua, reine d’Angola, la plus cruelle des femmes, immolait ses amans dès qu’ils avaient joui d’elle ; souvent elle fesait battre des guerriers sous ses yeux et devenait le prix du vainqueur ; pour flatter son ame féroce elle se divertissait à faire piler dans un mortier toutes les femmes devenues enceintes avant l’âge de trente ans[6]. Zoé, femme d’un empereur chinois, n’avait pas de plus grand plaisir que celui de voir exécuter des criminels sous ses yeux ; à leur défaut, elle fesoit immoler des esclaves pendant qu’elle foutait avec son mari, et proportionnait les élans de sa décharge à la cruauté des angoisses qu’elle fesait supporter a ces malheureux. Ce fut elle qui, rafinant sur le genre de supplice à imposer à ces victimes, inventa cette fameuse colonne d’airain creuse que l’on fesait rougir après y avoir enfermé le patient. Théodora, la femme de Justinien, s’amusait à voir faire des eunuques ; et Messaline se branlait pendant que, par le procédé de la masturbation, on exténuoit des hommes devant elle. Les floridiennes fesaient grossir le membre de leurs époux et plaçaient, de petits insectes sur le gland, ce qui leur fesoit endurer des douleurs horribles, elles les attachaient pour cette opération, et se réunissaient plusieurs autour d’un seul homme pour en venir plus sûrement à bout ; dès qu’elles apperçurent les espagnols, elles tinrent elles-mêmes leurs époux pendant que ces barbares européens les assassinaient ; la Voisin, la Brinvilliers empoisonnaient pour le seul plaisir de commettre un crime. L’histoire en un mot nous fournit mille et mille traits de la cruauté des femmes, et c’est en raison du penchant naturel qu’elles éprouvent à ces mouvemens que je voudrais qu’elles s’accoutumassent à faire usage de la flagellation active, moyen par lequel les hommes cruels appaisent leur férocité ; quelques-unes d’entre-elles en usent, je le sais, mais il n’est pas encore en usage parmi ce sexe, au point où je le desirerais, au moyen de cette issue, donnée à la barbarie des femmes, la société y gagnerait ; car ne pouvant être méchantes de cette manière, elles le sont d’une autre, et, répandant ainsi leur venin dans le monde, elles font le désespoir de leurs époux et de leur famille. Le refus de faire une bonne action, lorsque l’occasion s’en présente, celui de secourir l’infortune, donne bien, si l’on veut, de l’essor à cette férocité où certaines femmes sont naturellement entraînées ; mais cela est faible et souvent beaucoup trop loin du besoin qu’elles ont de faire pis. Il y aurait, sans doute, d’autres moyens par lesquels une femme, à la fois sensible et féroce, pourrait calmer ses fougueuses passions ; mais ils sont dangereux, Eugénie, et je n’oserais jamais te les conseiller… Oh ciel ! qu’avez-vous donc, cher ange ?… Madame, dans quel état voilà votre élève ?


Eugénie, se branlant.

Ah ! sacredieu, vous me tournez la tête… Voilà l’effet de vos foutus propos.


Dolmancé.

Au secours, Madame, au secours… laisserons-nous donc décharger cette belle enfant sans l’aider.


Madame de Saint-Ange.

Oh ! ce serait injuste (la prenant dans ses bras) ; adorable créature, je n’ai jamais vu une sensibilité comme la tienne, jamais une tête si délicieuse !


Dolmancé.

Soignez le devant, Madame, je vais avec ma langue effleurer le joli petit trou de son cul, en lui donnant de légères claques sur les fesses ; il faut qu’elle décharge entre nos mains au moins sept ou huit fois de cette manière.


Eugénie, égarée.

Ah ! foutre, ce ne sera pas difficile.


Dolmancé.

Par l’attitude où vous voilà, Mesdames, je remarque que vous pourriez me sucer le vit tour-à-tour, excité de cette manière je procéderais avec bien plus d’énergie aux plaisirs de notre charmante élève.


Eugénie.

Ma bonne, je te dispute l’honneur de sucer ce beau vit. (Elle le prend.)


Dolmancé.

Ah ! quelles delices, quelle chaleur voluptueuse !… Mais, Eugénie, vous comporterez-vous bien à l’instant de la crise ?


Madame de Saint-Ange.

Elle avalera… elle avalera, je réponds d’elle, et d’ailleurs si, par enfantillage… par je ne sais quelle cause, enfin… elle négligeait les devoirs que lui impose ici la lubricité…


Dolmancé, très-animé.

Je ne lui pardonnerais pas, Madame, je ne lui pardonnerais pas, une punition exemplaire… Je vous jure qu’elle serait fouettée… qu’elle le serait jusqu’au sang… Ah ! sacredieu, je décharge, mon foutre coule… avale… avale, Eugénie, qu’il n’y en ait pas une goutte de perdu… et vous, Madame, soignez donc mon cul il s’offre à vous… ne voyez-vous donc pas comme il bâille, mon foutu cul… ne voyez-vous donc pas comme il appelle vos doigts ?… Foutredieu, mon extase est complet, vous les y enfoncez jusqu’au poignet… Ah ! remettons-nous ; je n’en puis plus… cette charmante fille m’a sucé comme un ange.


Eugénie.

Mon cher et adorable instituteur, je n’en ai pas perdu une goutte ; baise-moi, cher amour, ton foutre est maintenant au fond de mes entrailles.


Dolmancé.

Elle est délicieuse… et comme la petite friponne a déchargé !


Madame de Saint-Ange.

Elle est inondée… oh ciel ! qu’entends-je… frappe, qui peut venir ainsi nous troubler ?… c’est mon frère… imprudent !


Eugénie.

Mais, ma chère, ceci est une trahison !


Dolmancé.

Sans exemple, n’est-ce pas ; ne craignez rien, Eugénie, nous ne travaillons que pour vos plaisirs.


Madame de Saint-Ange.

Ah ! nous allons bientôt l’en convaincre. Approche, mon frère, et ris de cette petite fille qui se cache pour n’être pas vue de toi.

  1. Voyez les anecdotes de Procope.
  2. Adam ne fut comme Noé qu’un restaurateur du genre humain. Un affreux bouleversement laissa Adam seul sur la terre ; comme un pareil événement y laissa Noé ; mais la tradition d’Adam se perdit, celle de Noé se conserva.
  3. Cet article se trouvant traité plus loin avec étendue, on s’est contenté de jeter seulement ici quelques bases du systême que l’on développera bientôt.
  4. Voyez Suétone et Dion Cassius de Nicée.
  5. Voyez histoire de Zingua, reine d’Angola.
  6. Voyez l’histoire de Zingua, reine d’Angola, par un missionnaire.