La Vallée noire (1884)

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Le Secrétaire intime — Mattea — La Vallée noire
Calmann Lévy.




LA VALLÉE-NOIRE



I.


Un habitant de la Brenne, en m’adressant des paroles trop flatteuses, me demandait, il y a quelque temps, où je prenais la Vallée-Noire. Cette question me pique, je l’avoue. Je viens dire aux gens de Mézières-en-Brenne, aussi bien qu’à ceux de La Châtre, où je prends la Vallée-Noire.

Eh, mes chers compatriotes, je la prends où elle est ! N’y a-t-il pas une géographie naturelle dont ne peuvent tenir compte les dénominations et les délimitations administratives ? Cette géographie de fait existera toujours, et chacun a le droit de la rétablir dans la logique de ses regards et de sa pensée. Si c’est un pur caprice de romancier qui m’a fait donner un nom quelconque (un nom très-simple, et le premier venu ; je le confesse), à cette admirable région que nous avons le bonheur d’habiter, ce n’en est pas moins après un examen raisonné que j’ai fait, de ce coin du Berry, un point particulier, ayant sa physionomie, ses usages, son costume, sa langue, ses mœurs et ses traditions. Je pensais devoir garder pour moi-même cette découverte innocente. Il me plaisait seulement de ramener souvent l’action de mes romans dans ce cadre de prédilection. Mais puisqu’on veut que la Vallée-Noire n’existe que dans ma cervelle, je prétends prouver qu’elle existe, distincte de toutes les régions environnantes, et qu’elle méritait un nom propre.

Elle fait partie de l’arrondissement de La Châtre ; mais cet arrondissement s’étend plus loin, vers Eguzon et l’ancienne Marche. Là, le pays change tellement d’aspect, que c’est bien réellement un autre pays, une autre nature. La Vallée-Noire s’arrête par là à Cluis. De cette hauteur on plonge sur deux versants bien différents. L’un sombre de végétation, fertile, profond et vaste, c’est la Vallée-Noire : l’autre maigre, ondulé, semé d’étangs, de bruyères et de bois de châtaigniers. Ce pays-là est superbe aussi pour les yeux, mais superbe autrement. C’est encore le ressort du tribunal de La Châtre, mais ce n’est plus la Vallée-Noire. Plus vous avancez vers le Pin et le cours de la Creuse et de la Gargilesse, plus vous entrez dans la Suisse du Berry. La Vallée-Noire en est le bocage, comme la Brenne en est la steppe.

Je veux d’abord, pour me débarrasser de toute chicane, tracer la carte de cette vallée. Faites courir une ligne circulaire, partant, si vous voulez, de Cluis-Dessus, qui est le point de mire de tous les horizons de la Vallée-Noire, et faites-la passer par toutes les hauteurs qui enferment et protègent notre bocage. Du côté de Cluis, toutes les hauteurs sont boisées, c’est ce qui donne à nos lointains cette belle couleur bleue qui devient violette et quasi noire dans les jours orageux. C’est, d’un côté, le bois Fonteny ; de l’autre, le bois Mavoye, le bois Gros, le bois Saint-George. Dirigez votre ligne d’enceinte vers les plateaux d’Aigurande, de Sazeray, Vijon, les sources de l’Indre, les bois de Vicher, la forêt de Maritet, Château-meillant, le bois de Boulaise, Thevet, Verneuil, Vilchère, Corlay. De là vous dirigez votre vol d’oiseau vers les bois du Magnié, où la vallée s’abaisse et se perd avec le cours de l’Indre dans les brandes d’Ardentes. Si vous voulez la retrouver, il faut vous éloigner de ces tristes steppes et remonter vers le Lys-Saint-George, d’on vous la verrez se perdre à votre droite, avec le cours de la Bouzanne, dans la direction de Jeu-les-Bois et des brandes d’Arthon. À votre gauche, elle se creuse majestueusement, pour se relever vers Neuvy-Saint-Sépulchre et vous ramener au clocher de Cluis, votre point de départ, que, dans toute cette tournée, vous n’avez guère perdu de vue.

Si vous traversez cette vallée, qui comprend une grande partie de l’arrondissement de La Châtre, vous trouverez des détails charmants à chaque pas. Mais ne vous étonne : pourtant point, voyageurs exigeants, si vous avez à traverser certaines régions plates et nues. De loin, ces clairières fromentales mêlaient admirablement leurs grandes raies jaunes à la verdure des prairies bocagères. De prés, se trouvant presque de niveau avec de légers relèvements de terrain, elles offrent peu d’horizon, peu d’ombrage, et l’on ne se croirait plus dans ce pays enchanté qu’on va bientôt retrouver. C’est qu’il est impossible de ne pas traverser des veines de ce genre sur une aussi grande étendue de terrain. La Vallée-Noire, a, selon moi, une quarantaine de lieues de superficie, quarante-cinq à cinquante mille habitants, et une vingtaine de petites rivières formant affluents aux principales, qui sont l’Indre, la Bouzanne, la Vauvre, et l’Igneraie.

Ces courants d’eau partent du sud, c’est-à-dire des limites élevées du département de la Creuse, et viennent aboutir au pied des hauteurs de Verneuil et de Corlay, pour se perdre plus loin dans les brandes. Par leur inclinaison naturelle, ils creusent et fécondent cette vallée riante et fertile, où tout est semé sur des plans inégaux et ondulés. Si le voyageur veut bien me prendre pour guide, je lui conseille de se faire d’abord une idée de l’ensemble à Corlay ou à Vilchère, sommets qui, par les routes de Châteauroux et d’Issoudun, marquent l’entrée de ce paradis terrestre au sortir des tristes plateaux d’Ardentes et de Saint-Aoust. Qu’il visite Saint-Chartier, cette antique demeure des princes du bas Berry, d’où relevaient toutes les châtellenies de la Vallée-Noire, et que Philippe-Auguste disputa et reprit aux Anglais. Qu’il aille ensuite chercher le cours de l’Indre à Ripoton ou à Barbotte, sans s’inquiéter de ces noms barbares. Barbotte a été illustré par la beauté des filles du meunier, quatre madones qu’on appelait naïvement les _Barbottines_, et qui sont aujourd’hui mariées aux alentours. Que mon voyageur ne les cherche pas ; qu’il cherche son chemin, ce qui n’est pas facile et ne souffre guère de distraction ; ou bien qu’il suive la rivière, en remontant ses rives herbues, et qu’il la quitte au moulin de la Beauce, pour se diriger (s’il le peut), en droite ligne, sur la Vauvre.

Je lui recommande là, tout près du gué, le moulin d’Angibault, hélas ! bien ébranché et bien éclairci depuis l’année dernière. Puis il reprendra le chemin de Transault. Il s’arrêtera un instant au petit étang de Lajon, où les poules d’eau gloussent au printemps parmi les nénuphars blancs et les joncs serrés. Il traversera Transault, et, s’il prend le plus long pour arriver au Lys-Saint-George, c’est-à-dire s’il oblique par le chemin de gauche, il verra le vallon de Neuvy se présenter sous un aspect enchanteur. Au Lys, il visitera le château et l’affreux cachot où Ludovic Sforce a langui dix-huit mois. Il déjeunera en plein air, je le lui conseille, pour admirer le pays environnant, et ensuite il ira gagner le Magnié par Fourche et la grande prairie.

Du Lys à Fourche, le pays change d’aspect. C’est là que la vallée s’ouvre sur des landes tourmentées, et commence à cesser d’être Vallée-Noire. Les arbres deviennent plus rares, les horizons moins harmonieux, les terres plus froides. Mais l’aspect de cette région transitoire et grandiose, quand le soleil fait étinceler les flaques d’eau en s’abaissant derrière les buttes inégales où la bruyère commence à se montrer, plante folle et charmante, qui s’étale fièrement à côté du dernier sillon tracé par le laboureur sur cette limite du fromental généreux et de la brande inféconde.

Bon voyageur, tu tâcheras de ne pas te tromper de chemin, car tu pourrais courir longtemps avant de trouver l’Indre guéable. Pour rentrer dans la Vallée-Noire, tu demanderas Fourche ; car si tu prends par Mers (et je te conseille Mers et Presles pour le lendemain), tu ne verrais pas ce soir un coin de bois qu’il faut traverser avant Fourche, et qui est, sur ma parole, un joli coin de bois. Le petit castel du Magnié, les jardins et les bois si bien plantés et si bien situés qui l’entourent, son air d’abandon, son silence et sa poésie, ont bien aussi leur mérite.

Mais, dans cette tournée, où mangeras-tu, où dormiras-tu, où trouveras-tu du café, des journaux, des cigares, et quelqu’un à qui parler ? Nulle part, je t’en préviens. Tu feras comme tu pourras, et même, pour te diriger à travers ce labyrinthe de chemins verdoyants et perfides, tu trouveras peu d’aide. Les passants sont rares, les métairies sont vides à la saison des travaux d’été, seule saison où le pays ne soit pas inondé et impraticable. Tu n’es pas ici en Suisse ; si tu demandes à un paysan de te servir de guide, il te répondra en riant : « Bah ! est-ce que j’ai le temps ? J’ai mes bœufs, mes blés ou mes foins à rentrer. » Si tu demandes à Angibault le chemin du Lys-Saint-George, on te dira : « Ma foi ! c’est quelque part par là. Je n’y ai jamais été. » Le meunier peut connaître le pays à une lieue à la ronde, mais sa femme et ses enfants n’ont certes jamais voyagé que dans le rayon d’un kilomètre autour de leur demeure. Tu rencontreras partout des gens polis et bienveillants, mais ils ne peuvent rien pour toi, et ils ne comprendront pas que tu veuilles voir leur pays.

Et, au fait, pourquoi voudrait-on venir de loin pour le voir, ce pays modeste qui n’appelle personne, et dont l’humble et calme beauté n’est pas faite pour piquer la curiosité des oisifs ? Dans les pays à grands accidents, comme les montagnes élevées, la nature est orgueilleuse et semble dédaigner les regards, comme ces fières beautés qui sont certaines de les attirer toujours. Dans d’autres contrées moins grandioses, elle se fait coquette dans les détails, et inspire des passions au paysagiste. Mais elle n’est ni farouche ni prévenante dans la Vallée-Noire elle est tranquille, sereine, et muette sous un sourire de bonté mystérieuse. Si l’on comprend bien sa physionomie, on peut être sûr que l’on connaît le caractère de ses habitants. C’est une nature qui ne se farde en rien et qui s’ignore elle-même. Il n’y a pas là d’exubérance irréfléchie, mais une fécondité patiente et inépuisable. Point de luxe, et pourtant la richesse ; aucun détail qui mérite de fixer l’attention, mais un vaste ensemble dont l’harmonie vous pénètre peu à peu, et fait entrer dans l’âme le sentiment du repos. Enfin on peut dire de cette nature qu’elle possède une aménité grave, une majesté forte et douce, et qu’elle semble dire à l’étranger qui la contemple : « Regarde-moi si tu veux, peu m’importe. Si tu passes, bon voyage ; si tu restes, tant mieux pou toi. »

J’ai dit que comprendre la physionomie de cette contrée, c’était connaître le caractère de ses habitants, et j’ai dit là une grande naïveté. Le sol ne communique-t-il pas à l’homme des instincts et une organisation analogue à ses propriétés essentielles ? La terre, et le bras et le cerveau de l’homme qui la cultive ne réagissent-ils pas continuellement l’un sur l’autre ? À intensité égale de soleil, le plus ou moins de vertu du sol fait un air plus ou moins souple et sain, plus ou moins pur et vivifiant. L’air est admirablement doux et respirable dans la Vallée-Noire. Point de grandes rivières, conducteurs électriques des ouragans et des maladies ; point d’eaux stagnantes, de marécages conservateurs perfides des germes pestilentiels. Partout des mouvements de terrain dont la science agricole pourrait tirer sans doute un meilleur parti, mais qui du moins facilitent naturellement un rapide écoulement aux inondations ; des terres qui ne sèchent pas vite, mais qui ne s’imbibent pas vite non plus, et qui ne communiquent pas de brusques transitions à l’atmosphère. L’homme qui naît dans cet air tranquille ne connaît ni l’excitation fébrile des pays des montagnes, ni l’accablement des régions brûlantes. Il se fait un tempérament pacifique et soutenu. Ses instincts manquent d’élan ; mais s’il ignore les mouvements impétueux de l’imagination, il connaît les douceurs de la méditation, et la puissance de l’entêtement, cette force du paysan, qui raisonne à sa manière, et s’arrange, en dépit du progrès, pour l’espèce de bonheur et de dignité qu’il conçoit. Les gens civilisés parlent bien à leur aise de bouleverser tout cela, oubliant qu’il y a bien des choses à respecter dans ces antiques habitudes de sobriété morale et physique, et que le paysan ne fera jamais bien que ce qu’il fera de bonne grâce.

Si le sol agit lentement et mystérieusement sur le tempérament et le caractère de l’homme, l’homme, à son tour, agit ostensiblement sur la physionomie du sol. Son action paraît plus prompte, il faut moins de temps pour ébrancher un arbre, ou creuser un fossé, que pour faire des dents de sagesse : mais cette action du bras humain étant moins soutenue, est soumise à des lois moins fixes ; celle du sol reste victorieuse à la longue, et l’homme ne change pas plus dans la Vallée-Noire, que le système du labourage et l’aspect des campagnes.

Grâce à des habitudes immémoriales, la Vallée-Noire tire son caractère particulier de la mutilation de ses arbres. Excepté le noyer et quelques ormes séculaires autour des domaines ou des églises de hameau, tout est ébranché impitoyablement pour la nourriture des moutons pendant l’hiver. Le détail est donc sacrifié dans le paysage, mais l’ensemble y gagne, et la verdure touffue des têteaux renouvelée ainsi chaque année prend une intensité extraordinaire. Les amateurs de _style_ en peinture se plaindraient de cette monstrueuse coutume ; et pourtant, lorsque, d’un sommet quelconque de notre vallée, ils en saisissent l’aspect général, ils oublient que chaque arbre est un nain trapu ou un baliveau rugueux, pour s’étonner de cette fraîcheur répandue à profusion. Ils demandent si cette contrée est une forêt ; mais bientôt, plongeant dans les interstices, ils s’aperçoivent de leur méprise. Cette contrée est une prairie coupée à l’infini par des buissons splendides et des bordures d’arbres ramassés, semée de bestiaux superbes, et arrosée de ruisseaux qu’on voit ça et là courir sous l’épaisse végétation qui les ombrage. Il n’y aurait jamais de point de vue possible dans un pays ainsi planté, et avec un terrain aussi accidenté, si les arbres étaient abandonnés à leur libre développement. La beauté du pays existerait, mais, à moins de monter sur la cime des branches, personne n’en jouirait. L’artiste, qui rêve en contemplant l’horizon, y perdrait le spectacle de sites enchanteurs, et le paysan, qui n’est jamais absurde et faux dans son instinct, n’y aurait plus cette jouissance de respirer et de voir, qu’il exprime en disant : C’est bien joli par ici, c’est bien clair, on voit loin.

Voir loin, c’est la rêverie du paysan ; c’est aussi celle du poëte. Le paysagiste aime mieux un coin bien composé que des lointains infinis. Il a raison pour son usage ; mais le rêveur, qui n’est pas forcé de traduire le charme de sa contemplation, adorera toujours ces vagues profondeurs des vallées tranquilles, où tout est uniforme, où aucun accident pittoresque ne dérange la placidité de son âme, où l’églogue éternelle semble planer comme un refrain monotone qui ne finit jamais. L’idée du bonheur, est là, sinon la réalité. Pour moi, je l’avoue, il n’est point d’amertumes que la vue de mon horizon natal n’ait endormies, et, après avoir vu l’Italie, Majorque et la Suisse, trois contrées au-dessus de toute description, je ne puis rêver pour mes vieux jours qu’une chaumière un peu confortable dans la Vallée-Noire.

C’est un pays de petite propriété, et c’est à son morcellement qu’il doit son harmonie. Le morcellement de la terre n’est pas mon idéal social ; mais, en attendant le règne de la Fraternité, qui n’aura pas de raisons pour abattre les arbres et priver le sol de sa verdure, j’aime mieux ces petits lots divisés où subsistent des familles indépendantes, que les grandes terres où le cultivateur n’est pas chez lui, et où rien ne manque, si ce n’est l’homme.

Dans une grande partie du Berry, dans la Brenne particulièrement, la terre est inculte ou abandonnée : la fièvre et la misère ont emporté la population. La solitude n’est interrompue que par des fermes et des châteaux, pour le service desquels se rassemblent le peu de bras de la contrée. Mais je connais une solitude plus triste que celle de la Brenne, c’est la Brie. Là ce ne sont pas la terre ingrate et l’air insalubre qui ont exilé la population, c’est la grande propriété, c’est la richesse. Pour certains habitants sédentaires de Paris qui n’ont jamais vu de campagne que la Brie ou la Beauce, la nature est un mythe, le paysan un habitant de la lune. Il y a autant de différence entre cette sorte de campagne et la Vallée-Noire, qu’entre une chambre d’auberge et une mansarde d’artiste.

Voici la Brie : des villages où le pauvre exerce une petite industrie ou la mendicité ; des châteaux à tourelles reblanchies, de grandes fermes neuves, des champs de blé ou des luzernes à perte de vue, des rideaux de peupliers, des meules de fourrages, quelques paysans qui ont posé dans le sillon leur chapeau rond et leur redingote de drap pour labourer ou moissonner ; et d’ailleurs, la solitude, l’uniformité, le désert de la grande propriété, la morne solennité de la richesse qui bannit l’homme de ses domaines et n’y souffre que des serviteurs. Ainsi rien de plus affreux que la Brie, avec ses villages malpropres, peuplés de blanchisseuses, de vivandières, et de pourvoyeurs ; ses châteaux dont les parcs semblent vouloir accaparer le peu de futaie et le peu d’eau de la contrée ; ses paysans, demi-messieurs, demi-valets ; ses froids horizons où vous ne voyez jamais fumer derrière la haie la chaumine du propriétaire rustique. Il n’y a pas un pouce de terrain perdu ou négligé, pas un fossé, pas un buisson, pas un caillou, pas une ronce. L’artiste se désole.

Mais, dira-t-on, l’artiste est un songe-creux qui voudrait arrêter les bienfaits de l’industrie et de la civilisation. Une charrue perfectionnée le révolte, un grand toit de tuiles bien neuves et bien rangées, un paysan bien mis, lui donnent des nausées ; il ne demande que haillons, broussailles, chaumes moisis, haies échevelées.

Il semble, en effet, quand on songe au positif, que l’artiste soit un fou et un barbare. Je vais vous dire

pourquoi l’artiste a raison dans son instinct : c’est qu’il sent la grandeur et la poésie de la liberté ; c’est que le paysan n’est un homme qu’à la condition d’être chez soi et de pouvoir travailler souvent sa propre terre. Or le paysan, dans l’état de notre société, a encore la négligence ou la parcimonie de sa race. Lors même qu’il arrive à l’aisance, il dédaigne encore les superfluités de la symétrie, et peut-être que, poëte lui-même, il trouve un certain charme au désordre de son hangar et à l’exubérance de son berceau de vignes. Quoi qu’il en soit, cet air d’abandon, cette souriante bonhomie de la nature respectée autour de lui, sont comme le drapeau de liberté planté sur son petit domaine.

Moi aussi, artiste, qu’on me le pardonne, je rêve pour les enfants de la terre un sort moins précaire et moins pénible que celui de petit propriétaire, sans autre liberté que celle de barder jalousement la glèbe qu’il a conquise, et sans autre idéal que celui de voir pousser la haie dont il l’a enfermée. Derrière ses grandes bouchures d’épine et d’églantier, on dirait que le paysan de la Vallée-Noire cache le maigre trésor qu’il a pu acheter en 93, et qu’il a peur d’éveiller les désirs de son ancien seigneur, toujours prêt, dans l’imagination du paysan, à réclamer et à ressaisir les biens nationaux. Mais tel qu’il est là, couvant son arpent de blé, je le crois plus fier et plus heureux que le valet de ferme qui vieillira comme son cheval sous le harnais, et qui passera, par grande fortune, à l’état de piqueur, de valet de pied, ou tout au plus, s’il amasse beaucoup, à la profession de cabaretier dans un tourne-bride. La domesticité du fermier n’est pas franchement rustique, et la grande ferme plus saine, plus aérée, j’en conviens, que la chaumière moussue, a toute la tristesse, toute la laideur du phalanstère, sans en avoir la dignité et la liberté rêvées.

Il est bien vrai qu’en chassant l’homme de la terre, en le parquant dans les fermes ou dans les villages, le riche éloigne de ses blés les troupeaux errants, et de son jardin les poules maraudeuses. Aussi loin que sa vue peut s’étendre, et bien plus loin encore, tout est à lui, à lui seul. Un petit enclave impertinent vient-il à l’inquiéter ? Il s’en rend maître à tout prix. Il n’aura besoin ni de fossés, ni de clôtures. Si une vache foule indolemment sa prairie artificielle, cette vache est à lui ; si un poulain s’échappe à travers ses jeunes plantations, ce poulain sort de ses écuries. On grondera le palefrenier, et tout sera dit. Le garde-champêtre n’aura point à intervenir.

Mais qu’il est à plaindre dans sa sécurité, ce solitaire de la Brie ! Il n’a de voisins qu’à une lieue de chez lui, à la limite de son vaste territoire. Il n’entend pas chanter son laboureur : son laboureur ne chante pas : il n’est pas gai, lorsqu’il laboure cette terre dont il ne partagera pas les produits. Mais le propriétaire n’est pas moins grave ni moins ennuyé. Il ne s’entend jamais appeler par la fileuse qui l’attend sur le pas de sa porte, pour lui montrer un enfant malade, ou le consulter sur le mariage de sa fille aînée. Il ne verra pas les garçons jouer aux quilles entre sa cour et celle du voisin, et lui crier quand il passe à cheval : « Prenez donc le galop, Monsieur, que je lance ma boule. Je ne voudrais pas effrayer votre monture, mais je suis pressé de gagner la partie. » Il ne chassera pas poliment de son parterre les oies du voisin, qui vient se lamenter avec lui sur le dommage, et qui jette des pierres, en punition, à ses bêtes malapprises, en ayant grand soin toutefois de ne pas les toucher ! Il ne nourrira point le troupeau du paysan ; mais aussi il n’aura pas sous sa main le paysan toujours prêt à lui donner aide, secours et protection ; car le paysan est le meilleur des voisins. En même temps qu’il est pillard, tracassier, susceptible, indiscret, et despote, il est, dans les grandes occasions, tout zèle, tout cœur, et tout élan. Insupportable dans les petites choses, il vous exerce à la patience, il vous enseigne l’égalité qu’il ne comprend pas en principe, mais qu’il pratique en fait ; il vous force à l’hospitalité, à la tolérance, à l’obligeance, au dévouement ; toutes vertus que vous perdez dans la solitude, ou dans la fréquentation exclusive de ceux qui n’ont jamais besoin de rien. Lui, il a besoin de tout ; il le demande. Donnez-le-lui, ou il le prendra. Si vous lui faites la guerre, vous serez vaincu ; si vous cédez, il n’abusera point trop, et il vous le rendra en services d’une autre nature, mais indispensables. Cet échange, où vous auriez tant de frais à faire, vous paraît dur ? Il est plus dur de n’être pas aimé (lors même qu’on le mérite), faute d’être connu. Il est plus dur de ne pas se rendre utile, et de ne pas faire d’heureux dans la crainte défaire des ingrats. Il est plus dur d’avoir à payer que d’avoir à donner. Je vous en réponds, je vous en donne ma parole d’honneur. L’homme qui n’a pas quelque chose à souffrir de ses semblables souffrira bien davantage d’être privé de leur commerce et de leur sympathie. Si j’avais beaucoup de terres et point de voisins, je donnerais des terres aux mendiants, afin d’avoir leur voisinage, et afin de pouvoir causer de temps en temps avec des hommes libres. Je les leur donnerais sans vouloir qu’ils fussent reconnaissants.



II.


Quel contraste entre ces pays à habitudes féodales et la partie du Berry que j’ai baptisée Vallée-Noire ! Chez nous, presque pas de châteaux, beaucoup de forteresses seigneuriales, mais en ruines, ouvertes à tous les vents, et servant d’étables aux métayers, ou de pâturages aux chèvres insouciantes. Comme on ne replâtre pas chez nous la féodalité, les murs envahis par le lierre et les tours noircies par le temps n’attirent pas de loin les regards. C’est tout au plus si un rayon du couchant vous les fait distinguer un instant dans le paysage. La chaumière est tapie sous le buisson, la métairie est voilée derrière ses grands noyers. Le pays semble désert, et sauf les jours de marché, les routes ne sont fréquentées que par les deux ou trois bons gendarmes qui font une promenade de santé, ou par le quidam poudreux qui porte une mine et un passeport suspects. Mais ce pays de silence et d’immobilité est très-peuplé ; dans chaque chemin de traverse, le petit troupeau du ménageot est pendu aux ronces de la haie, et, dans chaque haie, vous trouverez, caché comme un nid de grives, un groupe d’enfants qui jouent gravement ensemble, sans trop se soucier de la chèvre qui pèle les arbres, et des oies qui se glissent dans le blé. Autour de chaque maisonnette verdoie un petit jardin, où les œillets et les roses commencent à se montrer autour des légumes. C’est là un signe notable de bien-être et de sécurité : l’homme qui pense aux fleurs a déjà le nécessaire, et il est digne de jouir du superflu.

Encore une délimitation de la Vallée-Noire, qui en vaut bien une autre, et qui parle aux yeux. Tant que vous verrez une coiffe à barbes coquettement relevées, et rappelant les figures du moyen âge, vous n’êtes pas sorti de la Vallée-Noire. Cette coiffure est charmante quand elle est portée avec goût, et qu’elle encadre sans exagération un joli visage. Elle est grave et austère quand elle s’élargit lourdement sur la nuque d’une aïeule. Son originalité caractérise l’attachement à d’anciennes coutumes, et le vieux Berry, si longtemps écrasé par les Anglais, et si bravement disputé et repris, se montre ici dans un dernier vestige des modes du temps passé. Sainte-Sévère, la dernière forteresse où se retranchèrent nos ennemis, et d’où ils furent si fièrement expulsés par Du Guesclin soutenu de ses bons hommes d’armes et des rudes gars de l’endroit, élève encore, au bord de l’Indre, comme une glorieuse vigie, sa grande tour effondrée de haut en bas par la moitié, en pleine Vallée-Noire, dans un site moins riant que ceux du nord de la vallée, mais déjà empreint de la tristesse romantique de la Marche et des mouvements plus accusés de cette région montagneuse.

C’est dans la Vallée-Noire qu’on parle le vrai, le pur berrichon, qui est le vrai français de Rabelais. C’est lu qu’on dit un draggouer, que les modernes se permettent d’écrire draggoir ou drageoir, fautes impardonnables : un bouffouer (un soufflet) que nos voisins dégénérés appellent boufferet. C’est là que la grammaire berrichonne est pure de tout alliage et riche de locutions perdues dans tous les autres pays de la langue d’oil. C’est là que les verbes se conjuguent avec des temps inconnus aujourd’hui, luxe de langage qu’on ne saurait nier : par exemple, cet imparfait du subjonctif qui mérite attention :

  Il ne faudrait pas que je m’y accoutumige,
                que tu t’y accoutumigis,
                qu’il s’y accoutumigît,
                que nous nous y accoutumigiens,
                que vous vous y accoutumiege,
                qu’il s’y accoutumiengent.

C’est, dit le Dante, en parlant de la Toscane, la contrée où résonne le si. Eh bien, la Vallée-Noire est le pays où résonne le zou. Le zou est à coup sûr d’origine celtique, car je ne le trouve nulle part dans le vieux français d’oc ou d’oil. Zou est un pronom relatif qui ne s’applique qu’au genre neutre. Le berrichon de la Vallée-Noire est donc riche du neutre perdu en France. On dit d’un couteau : ramassez zou, d’un panier faut zou s’emplir. On ne dira pas d’un homme tombé de cheval faut zou ramasser. Le bétail noble non plus n’est pas neutre. On ne dit pas du bœuf, tuez zou, ni du cheval mène zou au pré ; mais toute bête vile et immonde, le crapaud, la chauve-souris, subissent l’outrage du zou ; écrase zou : zous attuche pas, anc tes mains !

Les civilisés superficiels prétendent que les paysans parlent un langage corrompu et incorrect. Je n’ai pas assez étudié le langage des autres localités pour le nier d’une manière absolue, mais quant aux indigènes de la Vallée-Noire, je le nie particulièrement et positivement. Ce paysan a ses règles de langage dont il ne se départ jamais, et en cela son éducation faite sans livres, sans grammaire, sans professeur, et sans dictionnaire, est très-supérieure à la nôtre. Sa mémoire est plus fidèle, et à peine sait-il parler, qu’il parle jusqu’à sa mort d’une manière invariable. Combien de temps nous faut-il, à nous autres, pour apprendre notre langue ? et l’orthographe ? Le paysan n’écrit pas, mais sa prononciation orthographie avec une exactitude parfaite. Il prononce la dernière syllabe des temps du verbe au pluriel, et, au lieu de laisser tomber, comme nous, cette syllabe muette, ils mangent, ils marchent, il prononce ils mangeant, ils marchant. Jamais il ne prendra le singulier pour le pluriel dans cette prononciation, tandis que nous, c’est à coups de pensums que nous arrivons à ne pas écrire ils mange, ils marche. Ailleurs, le paysan dira peut-être : ils mangent, ils marchont ; jamais le paysan de la Vallée-Noire ne fera cette faute.

L’emploi de ce zou neutre est assurément subtil pour des intelligences que ne dirige pas le fil conducteur d’une règle écrite, définie, apprise par cœur, étudiée à frais de mémoire et d’attention. Eh bien, jamais il n’y fera faute, non plus qu’aux temps bizarres de ses conjugaisons. Je ne parle pas ici de la profusion et du pittoresque de ses adjectifs et de ses verbes, de l’originalité descriptive de ses substantifs. Ce serait à l’infini, et beaucoup de ces locutions ne sont pas même dans les vieux auteurs. Je n’insiste que sur la correction de sa langue, correction d’autant plus admirable qu’aucune académie ne s’en est jamais doutée, et qu’elle s’est conservée pure à travers les siècles.

Qu’on ne dise donc pas que c’est un langage barbare, incorrect, et venu par hasard. Il y a beaucoup plus de hasard, de fantaisie et de corruption dans notre langue académique ; le sens et l’orthographe ont été beaucoup moins respectés par nos lettrés, depuis cinq cents ans, qu’ils ne le sont encore aujourd’hui par nos bouviers de la Vallée-Noire. Ceux qui parlent mal, sans règle, sans logique, et sans pureté, ce sont les artisans de nos petites villes, qui dédaignent de parler comme les gens de campagne, et qui ne parlent pas comme les bourgeois ; ce sont les domestiques de bonne maison, qui veulent singer leurs maîtres, les cantonniers piqueurs qui courent les routes, les cabaretiers qui causent avec des passants de tout pays, et qui arrivent tous au charabiat, au parler pointu, au chien-frais, comme on dit chez nous. Les soldats qui reviennent de faire leur temps apportent aussi un parler nouveau, mais qui ne prend pas, et auquel ils renoncent en moins d’un an pour retourner à la langue primitive. Mais l’homme qui n’a jamais quitté sa charrue ou sa pioche parle toujours bien, et ici, comme partout, les femmes ont la langue encore mieux pendue que les hommes. Elles s’expriment facilement, abondamment. Elles racontent d’une manière remarquable, et il y en a plusieurs que j’ai écoutées des heures entières à mon grand profit. Au sortir du pathos à la mode, et de cette langue chatoyante, vague, et pleine de brillants contre-sens de la littérature actuelle, il me semblait que la logique de mon cerveau se retrempait dans cette simplicité riche, et dans cette justesse d’expressions que conservent les esprits sans culture.

Il faudrait pouvoir retrouver et retracer l’histoire de la Vallée-Noire. Je ne la sais point, mais je crois pouvoir la résumer par induction. Presque nulle part on ne retrouve de titres, et la révolution a fait une telle lacune dans les esprits, que tout ce qui existait la veille de ces grands jours n’a laissé que des traditions vagues et contradictoires. Seul, dans ma paroisse, j’ai mis la main sur quelques parchemins relatifs à Nohant, et aux seigneuries qui en relevaient, ou dont relevait Nohant. Voici ce que je crois pouvoir conclure des relations de paysans à seigneurs.

Depuis trois cents ans environ, Nohant, Saint-Chartier, Vieille-Ville, et plusieurs autres domaines de la Vallée-Noire étaient tombés en quenouille. C’étaient des héritages de vieilles filles, de nobles veuves ou de mineurs. Ces domaines étaient de moins en moins habités et surveillés par des maîtres actifs, et la gestion en était confiée à des hommes de loi, tabellions et procureurs, qui n’exigeaient, pour le maître absent ou débonnaire, ni corvées, ni redevances, ni prestation de foi et hommage. Les paysans prirent donc la douce habitude de ne se point gêner, et quand la révolution arriva, ils étaient si bien dégagés, par le fait, des liens de la féodalité, qu’ils n’exercèrent de vengeance contre personne. La conduite de M. de Serenne, gouverneur de Vierzon et seigneur de Nohant, peint assez bien l’époque. Ayant acheté cette terre aux héritiers du maréchal de Balincourt, il vint essayer d’y faire acte d’autorité. Il n’était pas riche, et probablement le revenu de la première année, absorbé par les frais d’acte, ne tut pas brillant. Il voulut compulser ses litres pour savoir à qui il pourrait réclamer ses droits de soigneur. Mais ses litres étaient tiens les mains des maudits tabellions de La Châtre, lesquels, bonnes gens, amis du pauvre, et peu habitués à se courber devant des pouvoirs tombes en désuétude, prétendaient avoir égaré toutes ces paperasses. Pourtant le meunier du Moulin-Neuf devait une paire de poules noires, celui du Grand-Moulin un sac d’avoine ; qui, une oche avec son acheta, — qui, trois sous parisis : tout cela remontait peut-être aux croisades. Il y attrait bien longtemps qu’on s’en croyait quitte. La demoiselle de Saint-Chartier, vieille fille de bonne humeur, n’exigeait plus que ses vassaux lui présentassent un roitelet et un bouquet de roses, portés chacun sur une charrette à huit bœufs. Messire Chabenat, le tabellion, n’allait plus représenter auprès d’elle le seigneur de Nohant, un pied déchaux, sans ceinture, épée, ni boucles de souliers, pour lui retire hommage, le genou en terre, au nom du seigneur de Nohant. Mais le seigneur de Nohant, qui oubliait volontiers de payer sa dette de serrage a ladite demoiselle, voulait que ses propres vassaux se souvinssent de leur devoir. Il obtint un ordre, dit lettre royau, par lequel il était enjoint aux tabellions, notaires et procureur de La Châtre, et autres lieux, de lui rapporter tous ses titres, et aux vassaux de monseigneur, de venir, à jour dit, se présenter en la salle du château de Nohant, avec leurs poules, leurs sous, leurs sacs, leurs oches, et leurs dindes, s’y prosterner, et faire agréer leurs tributs.

Il parait que personne ne se présenta, et que les damnés tabellions ne retrouvèrent pas le plus petit parchemin, ce qui irrita fort monseigneur. De leur côté, les paysans furent révoltés de ces prétentions surannées. Le curé de Nohant, qui avait par avance des instincts jacobins, fit une chanson contre monseigneur. Monseigneur exigea qu’à l’offertoire monsieur le curé lui offrît l’encens dans sa tribune. On n’a jamais dit ce que le curé mit dans l’encensoir, mais le seigneur en fut quasi asphyxié, et s’abstint de respirer pendant toute la messe.

La révolution grondait déjà au loin. Les paysans couchaient en joue le seigneur dans son jardin, en passant le canon de fusils non chargés par dessus la haie. Ce n’était encore qu’une menace : monseigneur la comprit et émigra.

Je crois que cette histoire ressemble à celle de toutes les localités de la Vallée-Noire, et pour s’en convaincre, il ne faut que voir le paysan propriétaire, maître, chez lui, indépendant par position et par nature, calme et bienveillant avec ses amis riches, traitant d’égal à égal avec eux, se moquant beaucoup des grands airs, nullement servile dans sa gratitude ; il se sent fort, et ne ferait pourtant usage de sa force qu’à la dernière extrémité. Il se souvient que sa liberté date de loin et qu’il lui a suffi de menacer pour mettre la féodalité en fuite.

Que le gouvernement ne s’étonne donc pas trop de voir la bourgeoisie indocile de La Châtre nommer ses représentants et ses magistrats à sa guise : le paysan incrédule rit quand on lui parle des chemins de fer qui vont, tout exprès pour lui, se détourner des grands plateaux dont la Vallée-Noire est environnée et se plonger dans nos terrains tourmentés, où on ne trouverait pas un mètre du sol de niveau avec le mètre du voisin. On a promis à plus d’un meunier d’établir un débarcadère dans sa prairie ; on dit qu’un seul a été séduit par cette promesse. Il est vrai qu’il ne l’avait pas bien comprise et qu’il s’en allait disant à tout le monde : « Décidément Abd-ell-Kader va passer dans mon pré ! »


GEORGE SAND.