Le Père Pierre

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Paysages et paysansFasquelle (p. 153-154).


LE PÈRE PIERRE


Fantastiques d’aspect sous leur noire capote,
Mais, très humaines par leurs caquets superflus,
Les commères, barrant la route aux verts talus,
À la messe s’en vont d’un gros pas qui sabote.

« Tiens ! v’là l’pèr’ Pierr’ ! fait l’une, un malin, celui-là !
Pour accrocher l’poisson quand personn’ peut en prendre ;
I’ dit q’quand il a faim, d’fumer q’ça l’fait attendre,
Et qu’un’ bonn’ pip’ souvent vaut mieux qu’un mauvais plat. »

L’homme les joint bientôt. En chœur elles s’écrient :
« Il faut croire, à vous voir marcher
En tournant l’dos à not’ clocher,
Q’v’allez pas à la messe ! » et puis, dame ! elles rient…


« Moi ? si fait ! leur répond simplement le vieux Pierre,
Mais, tout par la nature ! étant ma seul’ devise,
J’ vas à la mess’ de la rivière
Du bon soleil et d’ la fraîcheur,
Avec le ravin pour église,
Et pour curé l’martin-pêcheur. »