Le Secret (Collins)/Livre II/1

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Traduction par Old Nick.
Hachette (p. 35-50).


CHAPITRE PREMIER.

Quinze ans après.


Long-Beckley est un gros village du centre de l’Angleterre. L’église de cette communauté agricole, bien que la construction n’en soit remarquable ni par sa masse, ni par son élégance architecturale, ni par son antiquité, possède néanmoins un mérite que les despotiques marchands de Londres n’ont pas su donner à leur noble cathédrale dédiée à saint Paul. Elle est largement dégagée de toutes parts, et, de tous les points de l’horizon, s’offre de loin aux regards.

Le grand espace vide au sein duquel on l’a érigée a trois accès différents. Une route partie du village mène en ligne droite à la principale porte ; un large sentier sablé, commençant aux portes du presbytère, traverse le cimetière et aboutit, comme de raison, à celles de la sacristie. Il y a aussi, à travers champs, un petit sentier par lequel le propriétaire du château et tous ceux qui ont le bonheur de vivre dans son auguste voisinage peuvent arriver à l’entrée latérale de l’édifice sacré, lorsque leur humilité naturelle (encouragée par un beau temps bien sec) les porte à faire célébrer le dimanche dans leurs écuries en allant à l’église, comme les plus pauvres paroissiens, sur les jambes que Dieu leur a données.

Par une belle matinée d’été, en l’an de grâce mil huit cent quarante-quatre, vers les sept heures et demie, un étranger qui, sans être aperçu, se serait glissé dans quelque coin du cimetière, et qui, doué de bons yeux, eût observé ce qui s’y passait, aurait été témoin de certaines manœuvres qui lui eussent donné à penser. Il aurait pu croire les principaux habitants de Long-Beckley engagés dans une conspiration dont leur église serait devenue le quartier général.

Au moment où sonne la demie, tourné du côté du presbytère, il aurait vu le vicaire de Long-Beckley, le révérend docteur Chennery, quitter sa demeure par une porte de derrière, et d’une façon passablement suspecte, regardant derrière lui d’un air embarrassé, gagner le sentier sablé qui menait à la sacristie, s’arrêter mystérieusement avant d’en avoir franchi le seuil, et promener ses regards avec inquiétude sur la route menant du village à la chapelle.

Supposons que notre observateur, intrigué par ces allures, se fût dissimulé de plus belle, et qu’il eût jeté les yeux dans la même direction que le digne vicaire, il eût vu le clerc de la paroisse, austère personnage, jaune de teint, solennel de manières (un Loyola protestant, si on eût pris au mot sa physionomie rigide, mais, en réalité, un simple fabricant de souliers), il l’eût vu, disons-nous, s’avancer avec des airs de discrétion impossibles à décrire, et la main garnie d’un énorme trousseau de clefs. Il aurait vu le clerc saluer le vicaire avec un étrange sourire de connivence, et comme Guy Fawkes aurait pu saluer Catesby, lorsque ces deux importants négociants en poudre à canon se réunissaient pour loger leurs marchandises dans les vastes entrepôts qu’ils avaient établis sous le palais du Parlement. Il aurait vu le vicaire, évidemment préoccupé, répondre au clerc par un simple mouvement de tête, et, dissimulant quelque mot de passe mystérieux sous le masque d’une interpellation tout à fait insignifiante, lui dire amicalement : « Une belle journée, Thomas… Avez-vous déjeuné ? » Il aurait entendu Thomas répondre avec un luxe de détails tout à fait suspect : « J’ai pris mon thé, monsieur, et du pain dedans. » Et alors, il aurait vu ces deux conspirateurs de village, après un coup d’œil jeté en commun sur l’horloge de la chapelle, se diriger ensemble vers la porte latérale, d’où ils avaient vue sur le sentier à travers champs.

Se glissant derrière eux (notre observateur n’y aurait pas manqué), il aurait découvert trois autres conjurés arrivant par là au rendez-vous. Le chef de cette bande aux projets pervers était un gentleman âgé, dont les traits fatigués, les manières franches et sans gêne, devaient admirablement détourner les soupçons. Sur ses pas marchaient un jeune homme et une jeune femme, tous deux évidemment de bonne maison, se donnant le bras et se parlant à l’oreille. Ils avaient le simple costume du matin. Tous deux étaient un peu pâles, et une certaine agitation se peignait sur les traits de la jeune lady. Sauf cela, rien à noter en eux, jusqu’au moment où ils arrivèrent au guichet du cimetière. Ici, la conduite du jeune gentleman devint à peu près inexplicable. Au lieu d’ouvrir la porte à sa compagne, il recula d’un ou deux pas, la laissa prendre ce soin elle-même, attendit qu’elle fût à l’intérieur du cimetière, et, alors seulement, lui tendant la main, se laissa introduire par elle, comme si tout à coup, d’homme fait, il eût été changé en petit garçon.

Ce n’est pas tout. Une fois arrivé auprès du vicaire, et lorsque le clerc eut ouvert les portes de l’église, le jeune gentleman, pour entrer, donna la main au docteur Chennery, et fut guidé par lui, comme il l’avait été par sa compagne au passage du guichet. Que conclure de tant de soins, si ce n’est que le personnage auquel ils étaient nécessaires devait être privé de la vue ? Notre observateur, mis en éveil par cette découverte, aurait été encore plus ébahi, en regardant à l’intérieur de la chapelle, d’y voir le jeune aveugle et sa compagne, debout à côté l’un de l’autre devant l’autel, et le gentleman âgé, en arrière d’eux, jouant le rôle d’un père qui marie son enfant. Il n’eût pas manqué de soupçonner que la conspiration matinale avait un mariage secret pour objet, et ses soupçons se fussent trouvés confirmés par la réapparition du docteur Chennery, qui, après cinq minutes passées dans la sacristie, en sortit dans tout l’appareil sacerdotal, et, de sa voix la plus harmonieuse, lut aux assistants les prières nuptiales.

La cérémonie achevée, après la signature, le baiser d’usage et les félicitations requises en pareil cas, notre observateur serait tombé en de nouvelles perplexités : car il aurait vu, contrairement à tous us et coutumes, les divers acteurs de cette petite scène de mœurs se retirer séparément, chacun retournant par le même chemin à l’endroit d’où il était venu.

Sans les suivre pas à pas, le clerc vers le village, les deux jeunes gens et le vieillard sur le sentier des champs, et notre chimérique observateur, dupe d’une curiosité non satisfaite, dans les vagues régions d’où nous l’avons évoqué, contentons-nous d’accompagner le docteur Chennery jusque dans la salle à manger du presbytère. Là, dans l’intimité du cercle de famille, nous saurons sans doute ce qu’il peut avoir à dire de ses travaux du matin.

Les personnes rassemblées pour le déjeuner étaient, en premier lieu, M. Phippen, simple convive ; puis miss Sturch, institutrice, miss Louisa Chennery (dix ans), miss Amélia Chennery (neuf ans), Master Robert Chennery (huit ans). La figure d’une mère manquait à ce tableau d’intérieur. Le docteur Chennery était resté veuf immédiatement après la naissance de son dernier enfant.

Le convive dont il a été question était un ancien condisciple du ministre, et on le supposait établi maintenant à Long-Beckley par raison de santé. La plupart des hommes qui se font une réputation quelconque ont quelque relief caractéristique qui, dans le cercle où ils se meuvent, les individualise et les distingue. M. Phippen avait sa petite renommée, tout comme un autre, et ce qui lui donnait des titres particuliers à l’estime de ses connaissances, c’était sa réputation comme martyr de la dyspepsie[1]. Partout où allait M. Phippen, les misères de son estomac l’escortaient fidèlement. Son régime était public, et publics étaient ses remèdes. Tout entier à lui-même et à son mal, on ne l’avait pas rencontré depuis cinq minutes, que, sans le connaître sous d’autres rapports, on savait si sa langue était mauvaise ou bonne, et si son dîner passait bien ou mal. Il parlait de sa digestion comme on parle du temps, et sur ce sujet, comme sur tout autre, il s’exprimait avec une douceur plaintive qui, par moments, prenait tous les caractères de la sentimentalité la plus lugubre. Sa politesse était à la fois caressante et despotique, et le mot très-cher jouait un grand rôle dans les fatigants appels que sans cesse il faisait à l’obligeance de son prochain. Sa personne n’avait rien de fort attrayant. Ses grands yeux gris clair nageaient dans un liquide abondant, et se portaient continuellement de côté ou d’autre, mouillés d’admiration pour quelque chose ou pour quelqu’un. Son nez long et profondément mélancolique semblait attiré vers la terre par une sorte d’accablement sans remède. Ses lèvres, abaissées des coins, présageaient une explosion de larmes ; et, quant au reste de son signalement, sa taille était petite, sa tête grosse, chauve, ballottant sur ses épaules ; sa toilette un peu bizarre, à force de recherche. Son âge, quarante-cinq ans ; sa profession, célibataire. Tel on peut se figurer d’ici M. Phippen, le martyr de la dyspepsie et l’hôte du ministre de Long-Beckley.

Le portrait de miss Sturch, l’institutrice, est facile à faire très-ressemblant et en peu de mots, comme celui de toute jeune dame qui, depuis le jour de sa naissance, n’a eu maille à partir ni avec une idée ni avec un sentiment quelconque. Petite et grasse, blanche de peau, souriante et proprette, cette paisible demoiselle était absorbée dans l’accomplissement régulier de certains devoirs à certaines heures, et possédait un inépuisable approvisionnement de lieux communs distillés, à première réquisition, de ses lèvres roses, toujours de même nature et en même quantité, en toute occurrence, quels que fussent l’heure, le jour et la saison de l’année. Miss Sturch ne riait jamais, et jamais miss Sturch ne pleurait. À mi-chemin du rire et de la tristesse, voyageait sans risques son perpétuel sourire. Par une matinée de janvier, descendant de sa chambre, elle souriait en disant : « Il fait bien froid. » Si on était au mois de juillet, descendant de même : « Il fait bien chaud, » disait-elle. Quand l’évêque, une fois par an, venait rendre sa visite pastorale au ministre, elle souriait. Quand venait chercher sa commande, tous les matins, le garçon boucher, elle souriait encore. Elle souriait lorsque miss Louisa, pleurant sur son cœur, demandait un peu d’indulgence pour sa leçon de géographie, mal récitée ; elle souriait quand Master Robert, sautant sur ses genoux, lui disait en maître : « Brossez mes cheveux ! » De quelque événement que le presbytère devînt le théâtre, rien n’aurait jeté miss Sturch hors de la petite voie bien unie où elle se maintenait sans presser ni ralentir jamais le pas. Vivant au sein d’une famille royaliste, pendant les guerres civiles d’Angleterre, elle aurait, le jour où Charles Ier monta sur l’échafaud, mandé le cuisinier et dressé le menu, comme d’ordinaire. Si Shakspeare, ressuscité tout exprès, fût arrivé un samedi soir à la porte du presbytère, afin de renseigner authentiquement miss Sturch sur les idées qu’il avait en écrivant cette tragique énigme qui a nom Hamlet, elle aurait souri et répété : « C’est bien intéressant, » jusqu’à ce que la pendule eût sonné sept heures. Alors elle eût demandé pardon au poëte, et l’aurait planté là, sans écouter la fin de la phrase, pour aller surveiller la bonne et ses comptes de blanchissage. « Une bien estimable personne, cette miss Sturch ! » comme le disaient volontiers les dames de Long-Beckley ; « sachant si bien prendre les enfants et si entendue aux soins du ménage ; une imagination si bien réglée et de si bons doigts sur le piano : justement assez gentille, assez bien mise, assez parlante, et pas trop. » Peut-être pas tout à fait assez, âgée, et trop encline à embonpoint assez appétissant qui pouvait exposer sa petite taille à d’inconvenantes convoitises ; mais, en somme, « une jeune personne bien estimable, là, vraiment, tout à fait comme il faut. »

Inutile, ce nous semble, d’insister longuement sur les particularités qui caractérisaient les élèves de miss Sturch. Le côté faible de miss Louisa était une tendance invétérée à s’enrhumer. Le grand défaut de miss Amélia était son penchant pour les repas supplémentaires qu’elle trouvait toujours moyen de se procurer sans permission, à des heures indues. Master Robert péchait par une singulière vivacité d’allures, nuisible à la durée de ses vêtements, et aussi par la résistance obstinée que sa mémoire opposait à la table de Pythagore. Tous trois brillaient par des vertus analogues. Ils grandissaient vite, ils étaient de vrais enfants, et ils adoraient à grand bruit leur institutrice.

Pour compléter cette galerie de portraits de famille, il faut bien tenter au moins une esquisse du ministre lui-même. Le docteur Chennery, physiquement envisagé, faisait honneur au corps dont il était membre. Il mesurait, dans ses souliers de chasse, à fortes semelles, six pieds deux pouces[2], pesait deux quintaux, et crossait la balle mieux qu’aucun des joueurs du cricket club de Long-Beckley. Personne ne professait de plus orthodoxes doctrines en fait de vin et de mouton ; jamais, en chaire, il ne se permettait le moindre doute fâcheux sur l’avenir réservé à tel ou tel de ses paroissiens ; jamais, hors de sa chaire, il ne se querellait avec aucun d’eux. Ses poches ne restaient jamais boutonnées, quand il était appelé à y puiser par les misères de ses frères en Dieu (ces frères fissent-ils partie de quelque secte dissidente). Sa marche dans la vie était celle d’un solide piéton qui, pour plus de sécurité, tient le milieu haut et sec d’une chaussée dûment garnie de barrières. À sa droite, à sa gauche, les petits chemins périlleux de la controverse lui offraient impunément leurs sinuosités attrayantes ; il n’y jetait pas même les yeux, et passait son chemin bravement. Les jeunes conscrits de l’armée cléricale avaient beau, dans leur rage d’innover, lui mettre sous le nez les trente-neuf articles du programme officiel, enrichis de leurs commentaires, le vétéran n’y voyait jamais que sa signature carrément apposée au bas. Il savait aussi peu de théologie qu’il est possible d’en savoir, et, dans le cours de sa carrière, n’avait jamais donné le moindre embarras au Conseil privé jugeant en matière de dogme. Jamais non plus il n’avait songé à écrire ni même à lire le moindre pamphlet ; jamais cherché le chemin de cette tribune qui, dans Exeter-Hall, est le point de mire des apôtres modernes. Bref, il était de tous les membres du clergé le moins clérical, et, toutefois, il avait une de ces figures auxquelles le surplis sied à merveille. Deux quintaux de belle et bonne chair bien musclée, solidement établis et sans une seule tare, un seul défaut essentiel, offrent une image de stabilité qui convient, en général, aux colonnes de tout ordre, et qui, dans l’état actuel de l’Église, convient plus particulièrement aux siennes.

Le ministre venait à peine d’entrer dans la salle à manger, que déjà il était assailli, de tous côtés, par un chorus de voix enfantines. Il était un rigoureux observateur de la discipline en ce qui concernait l’heure des repas, toujours ponctuellement servis et ponctuellement dévorés. Or, ce jour-là, par grande exception, sa famille l’attendait depuis un bon quart d’heure.

« Bien fâché, miss Sturch, de vous avoir fait attendre, dit le ministre ; mais, cette fois, j’ai vraiment une bonne excuse.

— Oh ! monsieur, qu’il n’en soit pas question, repartit miss Sturch, frottant l’une contre l’autre ses mains grassouillettes… Comme il fait beau, ce matin !… Nous aurons encore une journée de chaleur… Robert, mon bon ami, votre coude est sur la table… Quelle belle matinée !… Une matinée vraiment magnifique.

— Et l’estomac, toujours endommagé ?… dites, Phippen ! demanda le ministre, déjà occupé à découper le jambon.

M. Phippen secoua douloureusement sa grosse tête, posa son doigt jaune, orné d’une énorme turquoise montée en bague, sur le point de jonction de son gilet d’été, à carreaux verts, jeta au docteur Chennery un regard piteux accompagné d’un léger soupir, ôta son doigt, prit dans une poche de son paletot ouverte sur sa poitrine une petite boîte d’acajou, en tira une charmante petite paire de balances comme celles dont se servent les pharmaciens, son assortiment de menus poids, un morceau de gingembre, et, finalement, une râpe à muscade en argent d’un poli parfait.

« La chère miss Sturch pardonnera certainement à un malade, dit ensuite M. Phippen, commençant à râper languissamment son gingembre dans la tasse de thé la plus voisine.

— Devinez, maintenant, ce qui m’a fait rentrer un quart d’heure trop tard, dit le ministre, jetant un regard mystérieux autour de la table.

— Papa est resté au lit, crièrent les trois enfants, battant des mains.

— Qu’en dites-vous, vous, miss Sturch ? » demanda le docteur Chennery.

Miss Sturch sourit comme d’habitude, frotta ses mains comme d’habitude, comme d’habitude s’éclaircit la voix par une toux préliminaire, fixa sur la bouilloire à thé son tranquille regard, et, le plus gracieusement du monde, demanda qu’on la dispensât de toute conjecture.

« À votre tour, Phippen, reprit le ministre. Voyons si vous devinerez ce qui m’a mis en retard.

— Mon bon ami, répliqua M. Phippen, offrant au docteur une poignée de main toute fraternelle… Je n’ai rien à deviner… Je sais tout. J’ai vu comment vous avez dîné hier, et ce que vous avez bu après votre dîner. Personne, pas même vous, ne peut suffire à une digestion pareille… et vous me demandez de deviner ce qui vous a retenu… Allez, allez, je ne le sais que trop… Vous avez pris médecine.

— Non, grâces à Dieu… et voici dix bonnes années que cela ne m’est arrivé, dit le docteur Chennery, adressant au ciel un regard de gratitude. Non… vous n’y êtes ni les uns ni les autres… Le fait est que je suis allé à l’église : et que pensez-vous que j’y allais faire ?… Prêtez l’oreille, miss Sturch !… Petites filles, écoutez bien ! Notre pauvre jeune aveugle, Frankland, est enfin heureux… Je l’ai marié, ce matin même, à notre chère Rosamond Treverton.

— Sans nous avoir prévenues ? s’écrièrent ensemble les deux petites filles, mécontentes et surprises, de leur voix la plus aigrelette… Et cela, quand vous saviez tout le plaisir que nous aurions pris à le voir !

— C’est là, justement, mes chéries, ce qui m’a décidé à me taire, répondit le ministre. Le jeune Frankland n’est pas encore assez habitué à son infirmité, pauvre garçon, pour supporter sans ennui qu’on le vienne voir comme une curiosité, dans son rôle de fiancé sans yeux. Cette idée lui faisait si grand’peur pour le jour de ses noces, et Rosamond, en bonne et brave enfant qu’elle est, tenait tellement à ce qu’on respectât jusqu’à la moindre de ses fantaisies, que nous avons tout exprès organisé la cérémonie pour une heure où nous n’avions pas à craindre qu’il y eût des flâneurs dans les environs de la chapelle. J’avais promis de ne dire le jour à personne. Mon clerc, Thomas, s’y était également engagé. Donc, hormis nous deux, et les deux fiancés, et le père de la demoiselle, le capitaine Treverton, personne au monde ne savait…

— Treverton ! s’écria M. Phippen, tendant à miss Sturch, pour qu’elle la remplît, sa tasse garnie de gingembre râpé… Treverton !… (Assez de thé, chère miss !…) C’est singulier ! je connais ce nom… De l’eau jusqu’aux bords, s’il vous plaît… Dites-moi donc, cher docteur… Merci, merci bien… pas de sucre… il aigrit sur l’estomac… Cette miss Treverton mariée par vous ce matin… Non, je vous remercie, pas de crème non plus… serait-elle de la famille de ce nom, qui réside dans le Cornouailles ?

— Certainement, répondit le ministre. Son père, le capitaine Treverton, est le chef de la famille. Ce n’est pas qu’à présent la famille soit bien nombreuse. Il ne reste plus que le capitaine, Rosamond, et son vieil original d’oncle, Andrew Treverton. Voilà tous les rejetons de cette vieille race… belle race, ma foi, et fort riche… Gens dévoués à l’Église et à l’État… gens comme il faut, c’est tout dire, et…

— Permettez-vous, monsieur, qu’Amélia mange une seconde tartine de marmelade ? » demanda miss Sturch au docteur Chennery, sans se douter le moins du monde qu’elle interrompait un discours digne de quelque intérêt.

N’ayant pas en sa petite cervelle assez de place pour y loger, en attendant le moment favorable pour les en extraire, les idées à exprimer, miss Sturch faisait toute espèce de questions et de remarques au moment même où elles s’offraient à son esprit, sans se préoccuper du commencement, du milieu, ou de la fin des conversations à travers lesquelles elle les lançait au hasard. Elle n’écoutait jamais que les paroles directement à son adresse, bien que sa physionomie exprimât en général l’attention la plus soutenue et la plus bienveillante.

« Oh ! donnez-lui-en tant qu’elle voudra, repartit négligemment le ministre. Si cette enfant veut trop manger, peu importe qu’elle se fasse mal avec de la marmelade ou toute autre chose.

— Ah ! mon bon et brave camarade, s’écria M. Phippen… voyez à quel misérable état je suis réduit, et ne mettez pas cette déplorable insouciance à laisser Amélia fatiguer son jeune estomac. Quel avenir ne se prépare pas la jeunesse qui mange plus qu’il ne faut ! Ce que le vulgaire désigne par le mot grossier de coffre (l’intérêt que je porte à sa charmante élève rendra excusables pour miss Sturch ces particularités physiologiques), est en réalité un appareil. Oui, miss Sturch, au point de vue de la digestion, les plus jeunes, les plus belles ne sont que cela : un appareil. Huilez vos rouages si vous le voulez, mais gare à vous s’ils s’obstruent. Des poudings farineux et des côtelettes de mouton ; des côtelettes de mouton et des poudings farineux, voilà, si j’avais autorité sur eux, la consigne des parents d’un bout de l’Angleterre à l’autre. Voyez-moi, chère petite, et comprenez-moi. Ces petites balances qui vous font sourire, rien de plus sérieux, mon enfant, et rien de plus triste. Voyez : dans un des plateaux je place du pain sec… bien sec, Amélia, du pain de la veille, et dans l’autre, quelques poids d’une once chacun. « Monsieur Phippen, me dit l’Expérience, pesez vos aliments, mangez chaque jour, à un cheveu près, la même quantité, et gare à vous si vous venez à excéder cette ration quotidienne, encore qu’elle se compose uniquement de pain sec. » Vous croyez que je plaisante, Amélia, mais c’est là le langage des médecins ; des médecins qui ont, dans toutes ses parties, scruté mon appareil depuis trente ans, essayant un organe après l’autre avec leurs petites pilules, et sans jamais découvrir où gît l’obstruction qui en entrave le fonctionnement. Si vous y pensez, Amélia, si vous pensez à l’appareil obstrué de M. Phippen, vous en viendrez bientôt à refuser ce qu’on vous offrira de plus appétissant… J’empiète sur votre domaine, miss Sturch, et je vous prie de ne vous en point formaliser ; mais l’intérêt que je porte à cette aimable enfant, et la triste expérience que j’ai faite de ces tortures à têtes d’hydre… Chennery, cher ami, de quoi parlions-nous donc ?… Ah ! de la fiancée, de l’intéressante fiancée. C’est donc une Treverton du Cornouailles ? J’ai un peu connu Andrew, il y a de cela bien des années… Un misanthrope, un original… Célibataire comme moi, miss Sturch !… Dyspeptique comme moi, petite Amélia… Je suppose que le capitaine ne lui ressemble guère… Donc, voilà cette jeune personne devenue femme ? Une charmante jeune fille, je n’en doute pas… Charmante jeune fille, n’est-il pas vrai ?

— Je n’en sais pas au monde de meilleure, de plus loyale, de plus jolie, répondit le ministre.

— Personne vive, énergique, dit miss Sturch.

— Comme elle va me manquer ! ajouta miss Louisa. Personne n’a jamais su m’amuser comme Rosamond, pendant ce dernier rhume qui m’a tenue au lit si longtemps.

— Et les jolis soupers qu’elle nous donnait ! fit observer miss Amélia.

— Je n’ai vu qu’elle qui sût jouer avec les petits garçons… Elle rattrapait la balle au vol avec une seule main, et glissait si bien à califourchon sur les rampes d’escalier, monsieur Phippen ! »

Ainsi parla Master Robert.

« Bonté divine ! repartit Phippen, voilà une étrange femme pour un mari qui n’y voit pas… car vous venez de dire qu’il est aveugle ; n’est-ce pas, docteur, vous l’avez dit ?… Et son nom… comment déjà s’appelle-t-il ?… Vous ne m’en voudrez pas, miss Sturch, de ma mauvaise mémoire ? Quand les mauvaises digestions ont ravagé un pauvre corps, il faut bien que le moral finisse par s’en ressentir… M. Frank… Frank quelque chose, n’est-il pas vrai ?… Et aveugle de naissance ?… Triste, triste état.

— Non, non… Frankland, Léonard Frankland, se hâta d’interrompre le ministre… Et ce n’est pas de naissance qu’il est aveugle, pas le moins du monde. Il n’y a pas beaucoup plus d’un an qu’il y voyait comme vous et moi.

— Alors, c’est un accident, dit M. Phippen… Vous me permettez de prendre le grand fauteuil ?… C’est un grand secours pour moi qu’une position à peu près horizontale, pendant l’heure qui suit le repas… De sorte, donc, qu’il a perdu la vue par suite d’un accident ?… Ah ! quel bon siége, élastique, moelleux, confortable !

— Tout au plus peut-on appeler cela un accident, continua le docteur Chennery. Léonard Frankland fut toujours un enfant difficile à élever… d’une constitution débile, dans les premiers temps de sa vie… Cependant, avec les années, il avait paru prendre le dessus, et grandissait, toujours calme, sérieux, rangé… exactement le contraire de mon fils que voici… du reste fort aimable et, comme on dit, facile à mener. Il avait des dispositions pour la mécanique (je vous dis tout cela pour en venir à l’histoire de sa cécité), et, après avoir quelque temps flotté d’un genre d’occupation à un autre, il s’était mis, en dernier lieu, à l’horlogerie… Singulier passe-temps pour un jeune homme ; mais tout ce qui demandait à être délicatement ouvré, avec une patiente persévérance, était justement le fait de Léonard, son plaisir et son travail favori. J’ai souvent dit à ses parents : « Ôtez-lui ce tabouret, cassez-moi toutes ses loupes, envoyez-le-moi, et je lui apprendrai le saut-de-mouton, le maniement de la crosse, mille choses, encore, bonnes à son âge… » Conseils perdus. Ses parents, qui sans doute le connaissaient mieux que moi, disaient qu’il fallait lui passer ses fantaisies. Les choses allèrent ainsi, sans encombre, pendant quelque temps, jusqu’à ce qu’il fît une longue maladie, selon moi pour n’avoir pas pris assez d’exercice. À peine remis, le voilà aussi assidu que jamais à son atelier d’horlogerie… Tout cela devait mal finir, et le dénoûment approchait. Le rhabillage d’une montre à moi fut à peu près son dernier travail… la voici… elle marche comme une machine à vapeur… Elle n’était pas depuis longtemps rentrée dans mon gousset, lorsque j’appris qu’il ressentait de vives douleurs dans la région postérieure de la tête, et qu’il voyait passer devant ses yeux toutes sortes de taches mouvantes. Je conseillai le vin de Porto libéralement administré, puis des promenades quotidiennes d’environ trois heures, sur le dos d’un poney bien dressé. Au lieu de s’en tenir à mon ordonnance, les parents envoyèrent quérir à Londres un tas de médecins qui le couvrirent d’emplâtres vésicants, et derrière les oreilles, et entre les épaules, et vous l’imbibèrent de mercure, et vous l’emprisonnèrent dans une chambre où le jour n’entrait pas. Aucun résultat. La vue allait empirant, vacillante comme la lumière d’une bougie qui va s’éteindre. Sa mère mourut, heureusement pour elle, pauvre femme ! avant que le désastre fût complet. Son père avait à moitié perdu la tête. Il le menait tantôt aux oculistes de Paris, tantôt aux oculistes de Londres. Tout ce qu’il en obtint fut de savoir que le mal de son fils portait un nom latin des plus longs, et qu’on tenterait vainement une opération. Quelques-uns assuraient que c’était le résultat des longues faiblesses dont ses deux maladies avaient été suivies. D’autres parlaient d’un épanchement apoplectique dans le cerveau. Tous branlaient de la tête quand on leur parlait de ses travaux en horlogerie. Bref, ils le renvoyèrent chez lui bien décidément aveugle, et aveugle il demeurera, le pauvre diable, jusqu’à la fin de ses jours.

— Vous m’émotionnez, cher Chennery… Je vous assure que vous m’émotionnez au plus haut point, dit M. Phippen… plus particulièrement en me parlant de cette théorie sur les longs affaiblissements que les maladies graves peuvent laisser après elles. Mais, mon Dieu, je les ai éprouvés, moi, ces affaiblissements interminables. Encore aujourd’hui, je m’en ressens bien. Il voyait des taches mouvantes papilloter devant ses yeux. Mais j’en vois à chaque instant de ces taches, de ces taches noires, vilaines taches qui dansent, noires, bilieuses, sautillantes… Ma parole d’honneur, Chennery, on eût dit que vous parliez de moi : aussi mes sympathies ont-elles été des plus vives… Cette histoire d’aveugle m’a été au cœur. Je frémis encore rien que d’y penser.

— En le regardant, c’est à peine si vous vous douteriez que Léonard n’y voit plus, dit miss Louisa, qui se mêla tout à coup à la conversation, dans le charitable but de calmer un peu l’agitation de Phippen… À part l’immobilité de ses yeux, plus calmes que ceux des autres personnes, il n’y a guère de différence entre ce qu’ils étaient et ce qu’ils sont. Quel était donc, miss Sturch, ce personnage célèbre qui était aveugle à la façon de Léonard Frankland, sans qu’on pût s’en douter ?

— Milton, ma chère enfant. Je vous ai prié de vous rappeler, à ce sujet, qu’il est, en Angleterre, le plus célèbre des poëtes épiques, répliqua miss Sturch, du ton le plus doux. Il décrit poétiquement son état, causé, dit-il, par une goutte sereine. Vous retrouverez cela dans vos lectures, chère Louisa. Quand nous aurons, ce matin, fait un peu de français, nous ferons un peu de Milton… Taisez-vous, ma chérie, laissez parler votre père.

— Pauvre jeune Frankland ! dit le ministre qui s’animait… Cette bonne et tendre et généreuse enfant, que je lui ai donnée ce matin pour femme, semble lui avoir été envoyée comme une consolation d’en haut… S’il est donné à un être humain de le rendre heureux ici-bas, Rosamond Treverton y réussira, j’en suis certain.

— Elle s’est sacrifiée, dit M. Phippen… mais je l’en aime davantage, m’étant sacrifié, moi aussi, en restant garçon. L’humanité m’en faisait un devoir. Comment, en bonne conscience, aurais-je pu infliger des digestions aussi pénibles que sont les miennes, à une créature du sexe le plus beau et le plus faible ? Non. Je suis, pourrait-on dire, un sacrifice en chair et en os. J’éprouve donc un sentiment fraternel pour ceux qui ont, ici-bas, le même emploi… Pleurait-elle beaucoup, Chennery, quand vous l’avez mariée ?

— Pleurer ? répéta le ministre avec quelque dédain. Rosamond Treverton, sachez-le bien, n’est pas une femmelette sentimentale, une poupée pleurnicheuse. C’est une belle fille, au teint fleuri, cœur chaud, humeur égale, qui sait ce qu’elle fait et ce qu’elle promet quand elle dit à son fiancé : « Je serai votre femme. » D’ailleurs elle a été mise à l’épreuve. Si elle ne lui eût été attachée de cœur et d’âme, il ne dépendait que d’elle d’épouser, depuis bien des mois, qui elle eût préféré. Ils étaient engagés l’un à l’autre bien longtemps avant que cette cruelle infirmité échût au jeune Frankland, leurs deux familles habitant ce pays-ci depuis des années, dans le voisinage l’une de l’autre. Eh bien, lorsqu’il eut perdu la vue, comme un brave et consciencieux garçon qu’il est, Léonard rendit sa parole à Rosamond… La lettre qu’il reçut d’elle à cette occasion, Phippen, vous auriez eu plaisir à la lire… Je ne rougis pas d’avouer que je pleurai comme un enfant lorsqu’on me la montra. Je les aurais mariés hic et nunc, après une lettre pareille. Mais le vieux Frankland, tout cousu de scrupules, insista pour qu’il y eût six mois de réflexion et d’épreuve, Rosamond devant se décider en toute connaissance de cause… Or il mourut avant ce terme expiré, ce qui occasionna de nouveaux délais… Mais six ans au lieu de six mois n’auraient pas ébranlé la constance de Rosamond. Elle était là, ce matin, aussi affectueuse, aussi tendre pour ce pauvre garçon infirme et aveugle qu’elle pouvait l’être le jour où elle l’accepta comme fiancé : « Si j’y puis quelque chose, Lenny, la tristesse n’approchera plus de vous un seul instant, aussi longtemps que nous vivrons à côté l’un de l’autre. » Voilà ce qu’elle lui disait au moment où nous sortions de la chapelle. « Je vous entends, Rosamond, » lui dis-je à mon tour. — « Eh bien, docteur, je vous prends à la fois pour témoin et pour juge, me répondit-elle plus prompte que l’éclair : nous reviendrons à Long-Beckley, et vous demanderez à Lenny si je n’ai pas tenu parole. » Là-dessus, elle m’a donné un baiser… un baiser que vous auriez pu entendre d’ici, la chère petite. Nous boirons à sa santé après le dîner, miss Sturch… Nous boirons à la santé de tous deux, Phippen… et une bouteille de mon meilleur vin.

— Un verre d’eau panée, pour ce qui me regarde, si vous voulez bien le permettre, repartit tristement M. Phippen,… Mais ne disiez-vous pas que les parents de ces deux êtres si particulièrement dignes d’intérêt ont vécu longtemps ici, à Long-Beckley, dans d’étroits rapports de voisinage ?… Or, ma mémoire, je le sais de reste, a beaucoup souffert, mais je croyais que le capitaine Treverton était l’aîné des deux frères, et qu’il habitait toujours, une fois à terre, le domaine de famille, situé dans le Cornouailles.

— Oui, répondit le ministre, du vivant de sa femme. Mais, depuis qu’elle est morte, ce qui advint, je crois, en l’année mil huit cent vingt-neuf ; il y a donc, puisque nous sommes en mil huit cent quarante-quatre… Voyons un peu… »

Et le ministre s’arrêta pour compter, regardant du côté de miss Sturch.

« Il y a quinze ans, monsieur, dit aussitôt celle-ci, accompagnant de son plus doux sourire la petite soustraction dont elle s’empressait de faire hommage à son patron.

— Cela va de soi, continua le docteur Chennery. Eh bien ! mistress Treverton est morte il y a quinze ans, et, depuis lors, le capitaine Treverton n’est jamais retourné à Porthgenna-Tower. Bien mieux, Phippen, il saisit la première occasion de s’en défaire ; il vendit bel et bien le domaine, château, mines, pêcheries, tout, pour quarante mille livres sterling.

— Est-ce bien possible ? dit M. Phippen, se récriant… Est-ce que l’air en serait malsain ? L’alimentation, peut-être, est encore difficile dans ces contrées à peine effleurées par la civilisation ?… Mais qui donc acheta ce domaine ?

— Le père de Léonard Frankland, répondit le ministre. Cette vente de Porthgenna-Tower, et les circonstances assez particulières dont elle fut accompagnée, forme, à elle seule, toute une histoire. Si nous faisions un tour de jardin, Phippen, je vous la conterais en fumant mon premier cigare. Miss Sturch, si on me demandait, je suis à deux pas, dans quelqu’une de ces allées… Petites, apprenez-moi bien vos leçons !… Bob, n’oubliez pas que j’ai une canne sous le vestibule et des verges dans mon cabinet de toilette… Allons, Phippen, quittez ce fauteuil de malade… Un tour de jardin, ça ne se refuse pas.

— J’accepterai, cher ami, si vous voulez bien me procurer un parasol et me permettre d’emporter ce tabouret volant, répondit M. Phippen. Je suis trop faible pour supporter les rayons du soleil d’août, et je ne saurais marcher sans m’asseoir de temps à autre… Dès que je me sens fatigué, miss Sturch, j’ouvre ce tabouret pliant, et m’assois n’importe où, sans m’inquiéter le moins du monde de l’air douillet que cela me donne !… Chennery, dès que vous serez prêt, je le suis, moi, prêt à tout, mon bon ami… à la promenade et à l’histoire de cette vente… Vous dites, n’est-ce pas, qu’elle est fort curieuse ?

— J’ai dit qu’il s’y rattachait quelques circonstances dignes d’intérêt, répondit le ministre ; et, quand vous l’aurez entendue, sans doute vous ne me démentirez pas. Partons ! vous trouverez dans le vestibule, à côté de votre pliant, tout ce qu’il y a chez moi de parasols à choisir.

À ces mots, le docteur Chennery ouvrit sa boîte à cigares, et précéda son hôte hors de la salle à manger.



  1. Ce mot savant sert à masquer, tout en l’exprimant, l’état pénible d’un estomac qui fonctionne mal.
  2. Le pied anglais n’est que de 304 millimètres. (Note du traducteur.)