Le bon Ange (Iwan Gilkin)

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Parnasse de la Jeune BelgiqueLéon Vanier, éditeur (p. 95-96).


Le Bon Ange


L’ange rose à l’aile noire
Assis sur mon oreiller
M’évente, pour m’éveiller,
De son deuil blasphématoire.

Sa bouche, fruit de baisers,
Sa bouche de belladone,
Du chant mourant qu’abandonne
L’âme des luths épuisés,

Sa bouche mûre murmure :
« Sois triste ; aime le Malheur :
Le Malheur a la saveur
D’une noble vierge impure.

« Cherches-tu la Vérité ?
Médite le long Peut-Être,
Doute, mens, et tâche d’être
Bon avec perversité.


« Bien qu’il avilisse et tue,
Honore d’un cœur pieux
L’amour révéré des dieux,
L’amour qui se prostitue.

« Courbé sous le poing brutal
Du cruel Tout-Puissant, pèche
En priant, très doux, et prêche,
Va, la Bonté dans le Mal. »

— Ouvrant la fenêtre, armoire
Où gît l’azur foudroyé,
L’ange rose a déployé
Sa vaste envergure noire.