Le Tapageur

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Louis Festeau L' écho des chansonniers français, contenant un choix des meilleures chansons philosophiques, bachiques et grivoises (1843)

Le tapageur

Air de la Monaco.


Refrain :

Chacun son goût, son agrément,
De scandale
Je me régale,
Tout embrouiller, ah ! c'est charmant !
Le tapage est mon élément.


Du pavé je suis l'autocrate,
Aussi partout m'appelle-t-on
Le Grand-Moghol de la savate
Et le Saint-Georges du bâton.


A coups de gueule, à coups de pierres,
La nuit j'éveille les dormeurs,
Et pour le concert des gouttières,
Je suis l'Estensor des Goipeurs. [1]

Des émeutes, des algarades,
Je suis l'orateur, le patron,
Quand je dégoise mes tirades,
C'est pis que monsieur Cicéron.


Dans les bagarres où je flotte,
Deux badauds se sont-ils cognés ?
Pour me distraire j'asticote
L'empoigneur et les empoignés.


Ai-je trimbalé ma bosse
Dans les trois jours de bacchanal !!!
Les blancs n'étaient pas à la noce,
Tandis que moi j'étais t'au bal.


Rue Honoré, traînant ma crampe,
J'ai pris un canon... en métal,
Fallait un cadet de ma trempe
Pour apprivoiser le brutal.


Pour moi le grabuge est sublime,
Et quoique faignant par état,
Pour deux métiers j'ai de l'estime :
C'est l'artilleur et l'avocat.


Le mardi-gras avec ma langue,
Dieu ! qu'en poissarde je ressors !
Mon gesse et surtout mon n'harangue
Coupent la guimbarde aux plus forts.


Ah ! que ne suis-je en Angleterre,
Où l'on peut en narguant la loi,
Boxer un comte, un duc, un maire,
Et loquer les vitres d'un roi.


Au poulailler, quand je m'installe,
Acteurs, public, tout est en l'air ;
Je siffle à révolter la salle,
Le paradis est un enfer.


Je voudrais, un jour de goguette,
Être bon Dieu rien qu'un moment,
Pour brouiller comme une omelette,
Le ciel, la terre et l' tremblement.

  1. Chanteurs nocturnes.