Querelles littéraires/Les Encyclopédistes et les anti-Encyclopédistes

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Querelles littéraires , ou Mémoires pour servir à l’Histoire des Révolutions de la République des Lettres, depuis Homère jusqu’à nos jours
Durand (IVpp. 118-153).


LES ENCYCLOPÉDISTES,
ET LES
ANTI-ENCYCLOPÉDISTES.


Les encyclopédistes forment une société de gens de lettres, & leurs adversaires plusieurs corps respectables. Des magistrats, des théologiens, des religieux, des ministres protestans, beaucoup d’écrivains, conduits peut-être par des animosités particulières, quelques-uns par un zèle véritable, ont fait tous leurs efforts pour empêcher la continuation de l’ouvrage annoncé comme le plus vaste, le plus hardi, le plus utile qu’on ait jamais conçu. Il devoit être la gloire de la nation, le triomphe de l’esprit humain ; & jamais phénomène littéraire n’a causé plus de scandale. On crut voir heurter tous les principes, anéantir toutes les loix divines & humaines, sous cette idée éblouissante de rassembler en un corps, & de transmettre à la postérité le dépôt de toutes les sciences & de tous les arts. On soupçonna quelque conspiration secrette. Mille voix s’élevèrent pour la faire échouer. D’abord on employa les manœuvres ; bientôt la critique, le ridicule & les brocards ; enfin les noirceurs & les accusations les plus atroces. On parvint à renverser la prétendue base sur laquelle portoient toutes les connoissances humaines.

Un journaliste de Trévoux lui donna les premières secousses : cet écrivain, une des meilleures plumes de la société, successeur des pères Longueval, Fonteney & Brumoi, dans l’entreprise de l’Histoire de l’église Gallicane, jetta promptement l’allarme. Il eut mauvaise opinion de l’Encyclopédie, avant même qu’elle parut. Il la condamna sur le seul nom des auteurs. Ceux-ci jugèrent sa partialité manifeste, en ce qu’ayant beaucoup applaudi, en 1745, au simple projet de l’Encyclopédie de Chambers, il annonça la nouvelle Encyclopédie au mois de décembre 1750, sans lui donner les mêmes éloges. Les auteurs de celle-ci se flattoient pourtant que leur plume valait celle d’un Anglois & d’un Allemand, tous deux associés pour rendre Chambers en notre langue ; mais ils dévorèrent cette mortification, & ils attendirent que le journaliste portât son jugement sur le prospectus, qui parut bientôt.

Ce prospectus, de la composition de M. Diderot, lui fit beaucoup d’honneur. On veut que cet écrivain, non moins rempli de philosophie, que versé dans les belles-lettres, ne soit, dans son Essai sur le mérite & la vertu, dans sa Lettre sur les sourds & muets, dans son Interprétation de la nature, dans ses comédies morales, qu’un vil & ridicule plagiaire : mais n’enchérit-il jamais sur les originaux dont on le dit copiste ? Ne les embellit-il pas quelquefois ? Ses écrits sont-ils dénués de force & de raison ? À travers les ténèbres dont il s’enveloppe souvent, ne jette-t-il pas des rayons lumineux ? Son prospectus fit le plus grand effet : c’est le frontispice superbe d’un palais immense & magnifique.

Rien n’a fait plus de bruit que l’arbre généalogique du chancelier Bacon, né à Londres en 1560, génie créateur immortel, en vénération aujourd’hui chez ses compatriotes, comme dans tout le reste de l’Europe ; le père de la physique expérimentale ; le premier qui osa voir & montrer la lumière aux hommes, qui, se moquant avec raison de ces absurdités consacrées, quiddités, horreur du vuide, formes substantielles, étudia la nature, en développa les causes & les effets. Les expériences physiques qu’on a faites depuis, sont presque toutes indiquées dans le nouvel organe des sciences[1]. Physicien admirable, il était encore écrivain élégant, historien & bel-esprit. Ses ouvrages sont une source où tout le monde a puisé, les sots mal-adroitement, & les autres en hommes de génie, qui sçavent donner à leurs matériaux la forme convenable. Le larcin fait à Bacon, n’échappa point au journaliste. Il marqua le sol d’où l’on avoit transplanté l’arbre des connoissances humaines. Ce sol est le livre de la dignité & de l’accroissement des sciences[2]. Le jésuite répéta longtemps, de mois en mois, que les encyclopédistes se paroient d’un bien qui ne leur appartenoit pas. Il réclama, pour l’illustre Anglois, le plan & le système de leur dictionnaire. Il donna le parallele des deux arbres, & la ressemblance frappa. L’un & l’autre sont divisés en trois branches principales, relativement aux trois facultés de l’ame, la mémoire, l’imagination & la raison ; & ces trois branches sont divisées encore, & sous-divisées à l’infini.

On observera que Bacon, quoique protestant, parle avec assez d’égards des papes & des catholiques. Il avoit osé avancer qu’en fait d’éducation de la jeunesse, aucune école ne vaut celle des jésuites. Les louant en présence du roi Jacques premier, il leur avoit appliqué le mot d’Agesilaus, au sujet de Pharnabaze : Fait comme vous êtes, que n’êtes-vous des nôtres[3] ? Le jésuite ne manqua pas de rappeller ce trait si flatteur pour la société. Une pareille attention ne devoit par elle-même nuire à personne : mais l’éloge était malheureusement à côté de cette critique vive, de ces paroles ironiques, à la fin de la comparaison des deux célèbres arbres. « On nous promet dix tomes in-folio ; & nous ne devrions pas nous plaindre quand il y en auroit trente : on dit, dans le public, que vingt-quatre sçavans ont été choisis pour ce travail ; & il n’y auroit rien d’extraordinaire quand on en auroit choisi cent. On ne peut douter qu’il n’y ait bien des années qu’on a mis la main à l’œuvre ; & nous ne serions pas surpris qu’il y eut cinquante ans : on demande aux souscripteurs deux cent quatre-vingt livres ; on en demandera trois cent soixante-douze à ceux qui n’auront pas souscrit ; & le premier de ces deux prix nous paroît modique, le second ne nous paroît pas exorbitant. » Les encyclopédistes furent révoltés.

L’auteur du prospectus, pour se venger & venger tous ses associés, adresse alors une lettre au journaliste, avec ces mots en tête, Pæte non dolet, allusion à ceux que dit Arria, femme de Pætus, en lui présentant un poignard qu’elle avoit essayé sur elle-même[4].

M. Diderot se plaignoit, dans la lettre, qu’on osât accuser de plagiat une société d’écrivains qui, dès l’annonce de leur grand ouvrage, avoient indiqué la source où ils avoient puisé, avoient fait honneur au chancelier Bacon de ses richesses, avaient déclaré que, s’ils réussissoient, c’est à lui qu’ils en seroient redevables : mais il soutenoit, en même temps, que, pour s’être approprié l’idée de l’arbre généalogique, les associés ne devoient pas tout à Bacon. Il vouloit que la branche philosophique fût de leur seule invention. Il se permit des plaisanteries sur les louanges données aux jésuites par le chancelier Bacon, sur l’excellence des mémoires de Trévoux, sur le cas qu’on doit faire de l’encens ou de la critique, lorsqu’on les place mal. « Oui, disoit-il au père Berthier, pour former une encyclopédie, cinquante sçavans n’auroient pas été trop, quand vous eussiez été du nombre. »

Le journaliste, pour toute réponse à cette lettre, la fit imprimer à la suite d’un de ses mémoires, avec des notes à côté. Pourquoi, disoit-il, imiterois-je le bon seigneur Pætus, en me donnant de la dague dans le cœur, par complaisance pour quelqu’un qui s’est blessé sans aucune raison. Il parlait de la figure que les mémoires de Trévoux font dans le monde, de leur avantage, vû leur petit volume, & une ancienne habitude de plus de cinquante ans d’aller partout ; de la nécessité de ménager les auteurs autorisés à rendre vengeance pour vengeance, à célébrer qui les célèbre. Il promettoit de ne plus faire mention de M. Diderot, de ne citer que des écrivains modestes. Enfin, il disputa tout aux encyclopédistes, jusqu’à leur branche philosophique.

Le premier volume de leur dictionnaire ayant paru au mois d’octobre 1751, la scene changea. L’auteur de l’Épitre dédicatoire à M. le comte d’Argenson, & du Discours préliminaire, fut attaqué à son tour. Après avoir confirmé les louanges données au Mécène, le journaliste passe à l’analyse du discours en quatorze pages in-folio, & parcourt les deux parties qui le divisent. La première est le développement de ces secours mutuels que se prêtent les sciences & les arts, & qui forment une chaîne. Dans la seconde, on expose la manière nouvelle & philosophique dont les encyclopédistes traitent de toutes les sciences, de tous les arts & de tous les métiers. Des vues sublimes & utiles, une marche hardie, la dialectique la plus juste, beaucoup de tableaux frappans, un stile nerveux, une philosophie mâle, l’amour des arts & de l’humanité ; voila ce qui caractérise le discours préliminaire auquel l’auteur doit en partie sa grande réputation. Le journaliste sembla fermer les yeux sur les principales beautés de l’ouvrage. S’il loua quelques morceaux de grand maître, il parut que ce n’étoit que pour acquérir le droit de critiquer davantage. Dans l’extrait qu’il donna, on crut entrevoir la raison qui l’aigrissoit : on voulut l’attribuer à la crainte de voir tomber le Dictionnaire de Trévoux, & à l’ombrage que causèrent les éloges prodigués à chaque encyclopédiste. M. d’Alembert eût tout pardonné ; mais les soupçons, jettés sur lui dans les matières les plus graves, mirent dans son cœur un ressentiment qu’il exhala par la suite.

Le journaliste vient-il à l’examen des articles de l’encyclopédie ? Nouvelles plaintes, nouvelle matière de critique. Il ne voit que larcins, que dictionnaires mis à contribution, que pages entières, prises de tous côtes, tronquées, imitées, ou même copiées mot pour mot. Il revendique, pour son confrère, le père Buffier, les articles agir & amitié, donnés comme la preuve de la métaphysique claire & profonde de l’abbé Yvon. Il produit les originaux qu’on a défigurés. Plusieurs plagiats, dans le goût de celui qu’on a découvert plus récemment à l’article gravure, sont mis au jour. Furetière s’étoit plaint que le Dictionnaire de Trévoux étoit en grande partie, copié sur le sien & sur celui de Basnage : mais, ici, les auteurs de l’Encyclopédie sont accusés d’être des plagiaires effrontés. On avance qu’ils exercent un continuel brigandage littéraire, de façon qu’après avoir rendu à chacun ce qui lui appartient, il ne leur reste qu’un fond de maximes hardies, téméraires, séditieuses, également contraires au bien de la religion & de l’état.

Ces accusations d’esprit fort & de mauvais citoyen, langage ordinaire des cœurs ulcérés & jaloux, répandues dans le public, exagérées par l’ignorance, accréditées par des circonstances malheureuses, par le bruit d’une thèse soutenue sur les bancs de théologie par l’abbé de Prades, qu’on prétendoit être l’écho des autres & l’enfant perdu de la troupe, firent impression sur des hommes puissans. Le gouvernement s’allarma : l’Encyclopédie fut arrêtée dès le second volume : le conseil d’état s’expliquoit en ces termes : « Sa majesté a reconnu que, dans ces deux volumes, on a affecté plusieurs maximes tendantes à détruire l’autorité royale, à établir l’esprit d’indépendance & de révolte, & sous des termes obscurs & équivoques, à élever les fondemens de l’erreur, de la corruption des mœurs, de l’irréligion & de l’incrédulité. »

Le temps, les amis, les protections appaisèrent tout. Les encyclopédistes triomphans se remirent à l’ouvrage en 1753, c’est-à-dire, un an après la défense. Leur dictionnaire ne fit que gagner. Les éditeurs devinrent plus réservés : mais ils conservoient leur secret dépit. Dans l’avertissement de leur troisième volume, ils éclatèrent contre ce « journaliste, plus orthodoxe peut-être que logicien, mais certainement plus mal intentionné qu’orthodoxe. » Ils s’étonnent qu’un écrivain qui entreprend « de juger seul, ou presque seul, de tout ce qui paroît en matière d’arts & de sciences, trouve fort étrange qu’une société considérable de gens de lettres & d’artistes, ait pu même commencer un tel ouvrage. Pourquoi la nature n’auroit-elle pas répandu sur plusieurs ce qu’elle a pu réunir dans un seul ? » Ils parlent le langage de la plus sublime philosophie, & conviennent que leur dictionnaire a été le sujet d’un grand scandale, moins par leur faute toutefois, que par celle de leurs ennemis, auxquels ils pardonnent leur intention seulement, & non leur succès.

Les éditeurs protestent qu’ils ne sont responsables que de la partie qui leur est propre, celle de chaque auteur étant désignée par des marques distinctives. Ils étendent leur indignation sur tous ces « Aristarques subalternes, qui s’érigeant sans droit & sans titre un tribunal où tout le monde est appellé, sans que personne y paroisse, prononcent, d’un ton de maître & d’un stile qui n’en est pas, des arrêts que la voix publique n’a point dictés ; qui, dévorés par cette jalousie basse, l’opprobre des grands talens & la compagne ordinaire des médiocres, avilissent leur état & leur plume à décrier des travaux utiles. »

Le journaliste de Trévoux & les éditeurs, las d’être en guerre, cessèrent de répandre leur fiel ; mais tous les cris contre le dictionnaire ne furent pas étouffés. Il s’éleva d’autres voix. Un Franciscain s’annonça comme un foudre qui allait tout écraser. Les anti-encyclopédistes accueillirent avec transport un pareil défenseur. Quelques-uns prirent pour du talent le ton & la confiance du moine. On grava une estampe où l’on lisoit[5] :

Craignez encor, craignez le cordon de François.

On la trouve à la tête d’une brochure imprimée au mois de janvier 1752, contre la société encyclopédique. L’épigraphe étoit autour de l’estampe en forme de médaillon, où l’on voyoit un bras sortir d’une nuée, la main armée d’un fouet. On lisoit cet autre vers au bas de l’estampe[6] :

La droite tient la plume, & la gauche le fouet.

Et qu’est-ce qui fait travestir ainsi le franciscain en exécuteur des hautes œuvres ? Ce sont quelques plaisanteries sur les divisions de Scot avec Saint Thomas, sur l’obstination de chaque ordre à se ranger aux sentimens particuliers de ses docteurs ; sur la diversité des écoles, école des jacobins, école des franciscains, école des jésuites ; sur l’état où serait encore la physique, si l’on ne l’avoit arrachée à l’esprit de corps & de société ; sur l’impossibilité que, dans les productions d’une seule tête, il y ait dequoi meubler celle de tous les Franciscains qui existeront à jamais, & sur leur obligation de ne penser que par Scot, lui qui n’a point pensé du tout.

Le docteur subtil être ainsi maltraité ! quel affront pour tout l’ordre ! Le franciscain, à main armée d’un instrument de vengeance, déchire impitoyablement l’auteur de l’article qui le révolte, & prend à partie tous les encyclopédistes. Il leur applique ces vers ;


Air décisif & dent cynique ;
Stile libre & ton peu chrétien,
Du clair obscur philosophique :
Tout cela fait qu’un livre est bien.


Il oppose, au mépris qu’on affecte pour Scot, le témoignage que lui ont rendu les Ximenés, les Sixte-quint ; les plus célèbres universités de l’Europe, celle de Paris, d’Oxford & de Cologne ; la dernière, accompagnée des princes, des grands & du peuple, ayant été processionnellement le recevoir, lorsqu’il vint l’honorer & donner des leçons ; tous ceux enfin qui l’admiroient au quatorzième siècle. « Paroissez, leur dit-il, & écoutez le jugement qu’un docteur de ce siècle-ci prononce contre Scot & vous. » Il cite à cette occasion la dispute élevée entre les trois royaumes de la Grande-Bretagne, comme autrefois entre sept villes de la Grèce, au sujet du lieu de la naissance d’Homère.

Tous ces traits, lancés par le franciscain, eussent été oubliés avec lui & avec son livre, si, dans le second volume de l’Encyclopédie, article capuchon, l’on n’avait fait allusion à ses emportemens, à son bile injurieux & séraphique. Il est aussi ridicule, y disoit-on, de se battre pour le scotisme, que pour un coqueluchon plus ou moins étroit : cependant, qui toucheroit à l’un ou à l’autre, s’attireroit infailliblement une affaire & des grossièretés. Une telle réflexion était le comble de l’outrage pour les scotistes encapuchonnés. Le cordelier redoubla de fureur, & publia, en 1754, une seconde brochure sous le même titre que la première : Réflexion d’un Franciscain. Il avoit été jusques-là sur la défensive, mais il devint alors l’aggresseur. Il abandonna la dispute du capuchon, en disant que Cardan & Scaliger avoient bien agité sérieusement lequel avoit plus de poil d’un bouc ou d’un chevreau. Plein d’une noble audace, il s’élança contre ses ennemis, & les attaqua par l’endroit le plus sensible.

Il parcourt tous les articles de l’Encyclopédie, relevant des fautes, donnant à son tour des ridicules, publiant des personnalités, déclamant contre Deprades, Yvon, Diderot, & défendant les opinions combattues par les encyclopédistes, le célibat des prêtres, les études de collège. Selon lui, on y fait d’excellentes humanités : on y enseigne la plus saine philosophie. Notre franciscain est saisi d’horreur à l’article autorité. La main qui l’a composé lui paraît la plus criminelle. Après avoir porté son jugement sur l’Encyclopédie & sur la personne de plusieurs encyclopédistes, il termine sa critique par cet avis qu’il leur donne. « Soyez à l’avenir plus réservés dans vos articles ; apprenez à respecter la religion, l’état, le public, Scot & les cordeliers. Ne vous avisez point surtout, dans l’article cordon, de rien inférer contr’eux, sinon gare la corde. »

Ses menaces furent méprisées, & son défi ne fut point accepté. Pour lui, tout glorieux du silence que l’on gardoit, il se flatta d’être craint, & compara son cordon à la massue d’Hercule. Mais c’est trop insister sur des rodomontades : passons à la querelle sérieuse des ministres Génevois avec M. d’Alembert.

Dans l’article Genève, il parle ainsi d’eux : « Plusieurs ne croient plus la divinité de Jésus-Christ, & n’ont d’autre religion qu’un socianisme parfait, rejettant tout ce qu’on appelle mystère. » Ils ne regardent pas aujourd’hui l’enfer comme un des principaux points de leur croyance. « Ce seroit, dans leurs principes, faire injure à la divinité d’imaginer que cet être, plein de bonté & de justice, fût capable de punir nos fautes par une éternité de tourmens. » Leur religion est presque réduite « à l’adoration d’un seul Dieu. Le respect pour Jésus Christ & pour les écritures est peut-être la seule chose qui distingue, d’un pur déisme, le christianisme de Genève. » D’ailleurs il fait un grand éloge de cette ville, de ses mœurs, de son gouvernement, de son clergé, de sa constitution ecclésiastique. Son dessein n’étoit pas d’offenser un corps respectable. Il vouloit, au contraire, faire honneur aux ministres de leur esprit de philosophie, de modération, de tolérance, & du soin qu’ils apportent à prêcher moins le dogme que la morale. Les réflexions d’un des chefs de l’entreprise encyclopédique, étoient une inattention repréhensible & non une méchanceté condamnable.

Il est à remarquer qu’avant que de s’ouvrir sur la façon de penser des pasteurs Génevois, il avoit fait un voyage dans leur ville. Son article parut le résultat de ses conversations avec eux. Plusieurs de ces messieurs, dit-il, s’imaginent que le premier caractère d’une religion est l’accord parfait de celle-ci avec la raison. Un d’eux, ayant trouvé le terme de nécessité trop fort à la tête d’un livre sur la révélation, substitua le mot d’utilité[7]. Ceux qui s’étoient expliqués le plus ouvertement sur des matières aussi délicates, furent les premiers à se plaindre, à demander hautement réparation de l’outrage, à protester contre ce qu’on imputoit à la vénérable compagnie des pasteurs & professeurs de l’église & de l’académie de Genève.

Toute la ville murmura & fut indignée. On établit une comité de ministres pour faire un désaveu public des sentimens étranges qu’on prêtoit à leur corps. Lorsqu’on lut, dans le consistoire, l’article en question, on crut entendre un Servet qui ne méritoit aucune grace. Il sembloit, selon l’expression d’un Génevois, que ce fut le bourdonnement d’un essaim d’abeilles pour chasser un frelon de leur ruche. Cependant les délibérations durèrent longtemps. On fut plus de six semaines pour arranger une profession de foi.

Dans l’intervalle de ces assemblées, certains ministres, qui craignoient que M. d’Alembert, maltraité, ne se vengeât à son tour, qu’il ne ménageât plus rien, & qu’il ne les citât, lui écrivirent, faisant parade, dans leurs lettres, d’une doctrine toute contraire à celle qu’ils avoient débitée. Il les devina, les rassura, leur répondit que, quoiqu’il n’eût rien avancé qu’il ne tînt des principaux d’entr’eux, il n’avoit en vue aucun pasteur en particulier ; qu’ils fussent tous tranquilles, & que personne ne seroit compromis.

Enfin parut sa réfutation si desirée ; elle fut mise dans tous les journaux de l’Europe. La vénérable compagnie devoit ces soins à elle-même & à toutes les églises protestantes. Elle repasse sur chaque point qui l’a scandalisée, le combat & développe des principes admirables. « Nous estimons, dirent les ministres, & nous cultivons la philosophie : mais ce n’est point cette philosophie licencieuse & sophistique dont on voit aujourd’hui tant d’écarts. C’est une philosophie solide qui, loin d’affaiblir la foi, conduit les plus sages à être aussi les plus religieux. » Rien de plus sensé, de plus modéré que cette déclaration. Le nom même de l’auteur du scandale ne s’y trouve pas.

On va croire peut-être qu’elle le ramena : point du tout ; elle le confirma dans ce qu’il avoit dit. Le mot de consubstantialité manque à la déclaration, & ce mot est essentiel. L’affectation de ne le pas mettre, surtout après avoir eu parole de M. d’Alembert qu’il se rétracterait si les ministres convenoient qu’ils professassent la consubstantialité du verbe, semble justifier ses accusations. Aussi écrivoit-il à l’un d’eux : Votre déclaration n’a rien qu’Arius n’eût signé. On me sçaura gré, dans la suite, d’avoir parlé comme j’ai fait. Mes idées se fortifieront dans des têtes républicaines. En moins de vingt ans, on m’élevera une statue à Genève.

J.-J. Rousseau sera-t-il le statuaire ? On le demande à M. d’Alembert, dont il a prétendu relever l’imprudence. « Plusieurs pasteurs de Genève n’ont, selon vous, qu’un socianisme parfait. Voilà ce que vous déclarez hautement à la face de toute l’Europe. J’ose vous demander comment vous l’avez appris. Ce ne peut être que par vos propres conjectures ou par le témoignage d’autrui, ou sur l’aveu des pasteurs en question. Or, dans les matières de pur dogme, & qui ne tiennent point à la morale, comment peut-on juger de la foi d’autrui par conjecture ? Comment peut-on même juger sur la déclaration d’un tiers contre celle de la personne intéressée ? Qui sçait mieux que moi ce que je crois ou ne crois pas, & à qui doit-on s’en rapporter là-dessus plutôt qu’à moi-même ?… Il resteroit donc à penser, sur ceux de nos pasteurs, que vous prétendez être sociniens parfaits, & rejetter les peines éternelles ; qu’ils vous ont confié là-dessus leurs sentimens particuliers : mais, si c’étoit en effet leur sentiment, & qu’ils vous l’eussent confié, sans doute ils vous l’auroient dit en secret ; dans l’honnête & libre épanchement d’un commerce philosophique, ils l’auroient dit au philosophe & non pas à l’auteur. »

À Paris, le cri général fut contre M. d’Alembert. Ses partisans même le blâmèrent, & ses ennemis l’accusèrent de n’avoir parlé des sentimens de quelques ministres rebèles à Calvin, que pour avoir occasion d’autoriser ses propres idées. Ce portrait, qu’il trace de la République de Genève, portraits si flatté, si chimérique, même, à quelques égards, de l’aveu de ses citoyens, n’est destiné que pour être le passeport des opinions qu’il hazarde. Une observation cependant qu’on se permettra, c’est que, dans le temps même que parut la profession de foi des pasteurs qui se disoient calomniés, on fit imprimer, à Neufchâtel en Suisse, le socianisme tout pur.

Les désagrémens dont fut suivi le zèle ardent d’un philosophe pour le progrès de la philosophie, le dégoûtèrent des dictionnaires : il quitta celui de l’Encyclopédie. Tous les travaux furent suspendus. Les libraires associés à l’entreprise, désespérés alors, représentèrent au public l’injustice de la persécution élevée contre des écrivains qui servent si bien la patrie, les lettres, une branche importante de commerce. Ils sentoient les obligations qu’on avait aux éditeurs. Ils appréhendoient qu’une désertion n’en occasionnât d’autres ; qu’ils ne perdissent le fruit de douze ans & plus de travaux & de sollicitudes. Ils tachèrent de fléchir le rédacteur géomètre dont ils regrettoient la perte. Ils le conjurèrent, par son désintéressement, par son amour des lettres & de la nation, par sa bienveillance pour eux, de ne se venger des clameurs de l’envie, qu’en la méprisant, en suivant l’élevation de son ame, en continuant d’être la lumière qui dirige tout. Il cède à leurs instances ; mais c’est pour s’en tenir uniquement à la partie des mathématiques.

Voilà les grands combats rendus au sujet de l’Encyclopédie. Pour les escarmouches, elles sont inombrables.

Sous le nom seul de Cacouacs, il y en eut plusieurs. Le public n’étoit entretenu que d’avis utile concernant les Cacouacs, de nouveau mémoire pour servir à l’histoire des Cacouacs, de cathéchisme des Cacouacs. Par ce mot, on entendit d’abord une nation sauvage & méchante, mais dont les méchancetés se bornoient à l’humeur caustique, au persiflage, à la singularité. Bientôt on attaqua ses principes & ses mœurs, son enthousiasme, son ardeur « à faire des prosélytes, son indépendance des rois & des dieux, qu’elle n’a pas la folie de combattre, comme firent les Titans, mais dont elle nie l’existence ; » ses cris, lorsqu’on s’élève contre ses maximes ; son horreur des sifflets, ses enchantemens, sa magie, & principalement son penchant invincible au vol, vice qui gagne tout étranger qu’elle naturalise. Le pauvre Valentin, pendu l’année dernière à Francfort, en est une preuve touchante. Les Cacouacs, enchantés de leur pays, le désertent quelquefois, après y avoir fait naître des divisions intestines qui n’éclatent que trop. Un de leurs anciens s’est tourné contr’eux, indigné de les entendre déraisonner sur la musique.

Dans ce déluge d’écrits polémiques, il faut distinguer les petites lettres sur de grands philosophes : elles firent quelque sensation. On y saisit assez bien les ridicules de quelques philosophes modernes qui abusent de ce nom, le mépris fastueux de la gloire qu’ils affectent pour y parvenir plus surement ; leurs cabales, leurs intrigues ; l’intérêt qu’ils veulent inspirer, en exagérant la persécution, en citant sans cesse les Montesquieu, les Voltaire, pour être mis à côté de ces grands hommes ; leur attention à se renvoyer des brevets de célébrité ; leur ton décisif, leur charlatannerie ; la hauteur avec laquelle ils commandent à la nation de croire au mérite de leurs protégés ; la violence avec laquelle ils veulent emporter les suffrages du public, qu’ils obtiendroient mieux par la modestie ; enfin tant de pensées, tant d’expressions, tant de débuts emphatiques. J’ai vécu ;… j’écris de Dieu ;… jeune homme, prends & lis ;… ô homme ! écoute, voici ton histoire… Ah ! si l’on eût fait voyager des hommes tels que les Montesquieu, les d’Alembert & les Duclos, chez les Hurons ou chez les Iroquois, combien de merveilles ils nous auroient apprises ! Un de ces philosophes qui pense le plus, dit que tout homme qui pense est un animal dépravé.

Au milieu de toutes ces lances, rompues contre les encyclopédistes & leurs adhérans, écrivains, amateurs, libraires, colporteurs, il s’est élevé tout à coup un athlète inconnu dans la république des lettres. Il osa se mesurer lui seul avec tous : il se flatta d’ensévelir les encyclopédistes sous le poids de ses volumes. Il est vrai que le titre de son ouvrage est modeste ; Préjugés légitimes contre l’Encyclopédie : mais cette modestie est peut-être plus fondée que sincère. Quel stile ! quel fatras de raisonnemens & de paroles ! Son objet n’a d’abord été que de mettre en évidence les fautes du dictionnaire, par rapport à la métaphysique, à la morale & à la religion. Les louanges lui furent prodiguées, moins par estime pour un tel zoïle, que par l’idée de rabbaisser ceux qu’il attaquoit. Ce qui flattoit le plus Abraham Chaumeix, c’est le silence que gardoient ses ennemis ; silence qu’ils auroient dû toujours observer, ou du moins ne pas interrompre par une réfutation scandaleuse. La police fit arrêter promptement les exemplaires d’un libèle qui parut à ce sujet. La manière dont Chaumeix rapproche dans son livre les systêmes semés dans différens articles de l’Encyclopédie, révolta une grande partie du public. Au reste, tous ces excès ne doivent être mis que sur le compte des fanatiques des deux partis.

Mais, qui l’eût cru que la ruine des encyclopédistes ne viendroit point du déchaînement de leurs adversaires ; qu’elle seroit creusée par un de leurs plus zélés prosélytes, dont les principes ne sont qu’un écoulement des leurs. Le livre de l’Esprit leur a porté le dernier coup. Leurs maximes, leurs loix, leurs raisonnemens parurent fondus dans ce livre[8], « le code des passions les plus odieuses & les plus infames, l’apologie du matérialisme & de tout ce que l’irréligion peut dire pour inspirer la haine du christianisme & de la catholicité. Les écarts de raison, de décence, d’amour de la société ; les hypothèses chimériques & indécentes s’y présentent à chaque page. » On détesta le progrès d’une philosophie dont les apôtres frondent tout, détruisent tout, & ne substituent rien ; dont les prosélytes s’annoncent avec beaucoup d’enthousiasme & d’audace, se glorifient de n’être d’aucun pays, d’aucune secte, d’aucun état. On voulut aller à la source du mal, dont on voyoit des effets déplorables. Ces deux ouvrages furent à la fois l’objet de l’attention du parlement.

En quels termes en parle M. Joli de Fleuri ? « La Société, l’état & la religion se présentent aujourd’hui au tribunal de la justice, pour lui porter leurs plaintes. Leurs droits sont violés ; leurs loix sont méconnues… Le livre de l’Esprit est comme l’abrégé de cet ouvrage trop fameux qui, dans son véritable objet, devoit être le livre de toutes les connoissances, & qui est devenu celui de toutes les erreurs : on ne cessoit de nous le vanter comme le monument le plus propre à faire honneur au génie de la nation, & il en fait aujourd’hui l’opprobre. On y a fait entrer une compilation alphabétique de toutes les absurdités, de toutes les impiétés répandues dans tous les auteurs. On les a embellies, augmentées, mises dans un jour plus frappant. » L’avocat général examine les renvois, la clef du systême encyclopédique, le secret d’une mystérieuse philosophie, & cite ce morceau remarquable. « Les renvois des choses attaqueront, ébranleront, renverseront secrettement quelques opinions qu’on n’oseroit insulter ouvertement… Il y auroit un grand art dans ces renvois. L’ouvrage entier en recevroit une force interne & une utilité secrette, dont les effets sourds seroient nécessairement sensibles avec le temps. Toutes les fois, par exemple, qu’un préjugé national mériteroit du respect, il faudroit, à son article particulier, l’exposer respectueusement avec tout son cortège de vraisemblance & de séduction ; mais, renverser l’édifice de fange, dissiper un vain amas de poussière, en renvoyant aux articles où des préjugés solides servent de base aux vérités opposées : cette manière de détromper les hommes, opère très promptement sur les bons esprits, & elle opère infailliblement sans aucune fâcheuse conséquence, secrettement & sans éclat, sur tous les esprits. »

Les articles adorer, dimanche, christianisme, conscience, athées, autorités, démonstration, cerf, corruption, Éthiopien, sont le principal objet du zèle du magistrat. Il dit de « ces prétendus philosophes qui osent se donner aujourd’hui pour des génies du premier ordre, pour la gloire de la nation, pour les restaurateurs de la vraie science & les bienfaiteurs de l’humanité, ayant le courage d’aimer les hommes & la prudence de les fuir, que n’ont-ils eu plutôt le courage & la prudence de ne pas écrire. » Il rappelle la fin malheureuse de Morin & de Bertelot. « Nos prédécesseurs ont condamné au Supplice le plus affreux, comme criminels de lèze-majesté, des auteurs qui avoient composé des vers contre l’honneur de Dieu, son église & l’honnêteté publique. » Toutefois, avant que de prendre aucun parti décisif contre le dictionnaire, contre les éditeurs & rédacteurs, il propose de soumettre l’ouvrage à l’examen de quelques personnes éclairées, aimant la religion & l’état, & dont le rapport fidèle autorise la cour à une décision sure & authentique. La cour goûta ce plan, conforme à celui qu’elle suivit en 1715, au sujet de la Collection des conciles du P. Hardouin. Il y eut défense aux imprimeurs de débiter aucun exemplaire des sept volumes de l’Encyclopédie.

L’arrêt du parlement est du 23 janvier 1759, & celui du conseil du roi, qui révoque le privilége accordé pour l’impression du livre, est du 8 mars de la même année. Le conseil d’état motive ainsi ses ordres. « L’avantage qu’on peut retirer d’un ouvrage de ce genre, pour le progrès des sciences & des arts, ne peut jamais balancer le tort irréparable qui en résulte pour les mœurs & la religion. » Il rappelle l’indulgence qu’il avoit eue de ne pas révoquer le privilège dans le temps de la suppression des deux premiers volumes.

Les gens qui entendent finesse à tout, dirent que le coup mortel porté à l’Encyclopédie, était l’ouvrage des jésuites : mais ceux-ci objectèrent qu’on leur faisoit ce reproche dans le temps même qu’on les accusoit d’avoir approuvé le livre de l’Esprit, & d’être coupables d’une sorte de complicité avec l’auteur & avec ceux du dictionnaire.

Quel bruit ne fit pas la condamnation des encyclopédistes ! Leurs vainqueurs la célébrèrent. Il courut une estampe en forme de médaille : la religion, descendue d’un nuage, foulait aux pieds l’impiété avec tous ses attributs. On lisoit, sur la légende, la folle & l’impie sagesse foulée[9].

Mais, de tous les moyens employés pour rendre odieuse une société d’écrivains, le plus violent est la comédie des Philosophes. À l’imitation d’Aristophane, qui ne respectoit rien & qui divertissoit les Grecs aux dépens du mérite envié, on a tâché, dans la pièce Françoise, de couvrir d’opprobre les gens qui, s’ils sont réellement philosophes, méritent l’estime publique. Tout a paru surprenant dans cette comédie, l’idée de la pièce, l’exécution, le stile nerveux & correct, le ton satyrique, le succès prodigieux, le nombre des représentations, l’affluence des spectateurs. Il sembloit que ceux que l’auteur avoit en vue fussent des hommes frappés d’anathème, & qu’on leur fît faire amende honorable aux yeux de la nation & de toute l’Europe. On a voulu les venger de cet outrage par des écrits mordans ; mais la satyre a été funeste à quelques-uns de ses auteurs.

Peut-être que, sans la comédie des Philosophes, celle de l’Écossoise n’eût pas été donnée. La première fut l’occasion indirecte de quelques autres petits combats, quoiqu’assez vifs, livrés au milieu de cette dissension qu’elle répandit généralement, & qui amenèrent des brochures sous des titres singuliers. Toutes ces plaisanteries, signées la plupart par des monosyllabes, sont connues. On a eu l’attention de les recueillir & de les publier sous le titre de Facéties Parisiennes. Depuis la publication du recueil, on a fourni, & l’on fournit encore chaque jour dequoi l’augmenter considérablement.

L’Encyclopédie, ce monument qu’on se proposoit d’élever à la gloire de la nation & de l’esprit humain, auroit continué de mériter l’approbation du gouvernement, s’il n’avoit eu d’autres fondemens que ceux des sciences & des arts. Bâti sur la politique & sur la théologie, il devoit crouler. Comment ses auteurs ne l’ont-ils pas prévu ? Quel autre avantage encore n’eût-il pas résulté de l’exclusion de ces deux parties si critiques ? Le dictionnaire, embrassant moins d’objets, eût été susceptible de perfection ; au lieu que, malgré le nombre choisi de ses coopérateurs, il ne peut être considéré que comme un ouvrage incomplet. Il a surtout un grand défaut : c’est le mélange des stiles emphatique & déclamatoire dans certains articles ; diffus & languissant dans d’autres : dans ceux-ci, chargés de phrases & de lambeaux pris de toutes parts. Autant d’écrivains associés, autant de systêmes différens. L’accord des parties d’un tout fait sa perfection.



  1. Novum scientiarum organum.
  2. De dignitate & augmentis scientiarum.
  3. Talis cùm sis, utinàm noster esses ?
  4. Casta suo gladium cum traderet Arria Pæto,
    Quem de visceribus traxerat ipsa suis :
    Si qua fides, vulnus quod feci, non dolet, inquit.
    Sed tu quod facies hoc mihi Pæte, dolet.

    Martial.

    Tiens, prends, dit à Pætus une épouse trop chère,
    Ce poignard tout fumant, arraché de mon sein :
    Prends, dit-elle, crois-moi, ma blessure est légère ;
    Mais je souffre du coup que va porter ta main.

  5. Est etiam vobis Francisci à fune cavendum.
  6. Destra latet, pungitque stylodum læva flagellat.
  7. Encycl. art. Gen.
  8. Arrêt du parlement.
  9. Morosophia impia calcata.