Les Pleurs/Pitié !

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Les PleursMadame Goullet, libraire (p. 125-128).
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PITIÉ !

...... Ciel ! où donc êtes-vous ?
À tout ce qu’elle entend, de vous seule occupée,
De chaque bruit lointain mon oreille frappée,
Écoute, et croit souvent reconnaître vos pas ;
Je m’élance, je cours, et vous ne venez pas !

— ANDRÉ CHÉNIER. —

XXV.

Eh ! pourquoi ces clameurs, cet effroi, ces prières ?
Va-t-il, pour me troubler, franchir quelques barrières ?
Songe-t-il si par lui mon sort fut triste… et doux ?
Si mon cœur est paisible, ou volage, ou jaloux ?
Jamais de sa couronne une feuille légère
Cherche-t-elle ma vie à sa vie étrangère ?
Son nom seul fugitif et parfois caressant,
Porté vers l’avenir, me salue en passant :

De lui, rien ! peine affreuse et jamais exprimée !
Douleur toujours profonde et toujours renfermée !
Rapprochement cruel des jours purs et dorés,
Par ses regards, bien plus que des cieux éclairés,
Avec ces jours d’exil, d’abandon, d’amertume,
De regret qui déchire, et d’espoir qui consume !

Oh ! qu’il n’apprenne pas ces tourmens infinis
Dont les cœurs trop naïfs sont raillés et punis !
Et puis, ce n’est pas lui, c’est l’amour qui me tue.
Il détacha son sort de ma vie abattue ;
À présent, je descends un rapide chemin,
Dans une sombre nuit où j’ai perdu sa main.
Il ne viendra jamais ; pourquoi le lui défendre ?
Je l’ai haï : qu’importe ? A-t-il voulu l’apprendre ?
S’occupe-t-on toujours d’un danger qui n’est plus ?
Vers des échos muets que de cris superflus !
Ah ! je me fais pitié, je pleure sur moi-même ;
Et je dis bien souvent : Ce n’est plus lui que j’aime !