Les oracles de Michel de Nostredame/Tome 2/Partie 2/Section I/Épître à Cesar de Nostredame mon fils

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Texte établi par Anatole Le Pelletier, Le Pelletier (p. 20-28).


PREFACE
DE
M. NOSTRADAMUS
A SES PROPHETIES[1]
Ad Coesarem Nostradamum filium[2]
vie et félicité


Ton tard aduenemêt[3], Cesar Nostradame mon fils, m'a faict mettre mô long temps par côtinuelles vigilatiôs nocturnes referer par escript toy delaisser memoire[4], apres la corporelle extinction de ton progeniteur au commun proffit des humains, de ce que la Diuine essence par Astronomiques revolutions m’ôt dôné cognoissance. — Et depuis qu’il a pleu au Dieu immortel que tu ne sois venu[5] en naturelle lumiere dâs ceste terrene plaige, & ne veux dire tes ans qui ne sont encores accompagnez[6], mais tes mois Martiaux incapables à receuoir dedans ton bile[7] entendement ce que ie seray contrainct apres mes jours definer : — veu qu’il n’est possible te laisser par escrit, ce que[8] seroit par l’iniure du temps obliteré : car la parolle hereditaire de l’occulte prediction sera dans mon estomach intercluse : — considerât aussi les aduentures de l’humain definiment[9] estre incertaines, & que le tout est regi & gouuerné par la puissance de Dieu inestimable, nous inspirant non par bacchante fureur, ne[10] par limphatique mouuement, mais par astronomiques assertions. — Soli numine divino afflati[11] præsagiunt er spiritu Prophetico particularia[12] : — Combien que de long temps par plusieurs fois j’ay prédictibilités long temps auparauant ce que[13] depuis est aduenu, & en particulieres regions attribuant le cout estre faict par la vertu & inspiration diuine & autres felices & sinistres aduentures de acceleree promptitude pronôcees que[14] depuis sont aduenues par les climats du monde — ayant voulu taire & delaisser pour cause de l’iniure, & non tant seulement du temps present, mais aussi de la plus grande part du futur, de mertre par escrit pource que les regnes, sectes & religions feront changes si opposites, voire du[15] respect du present diametralement[16], — que si ie venois à referer ce qu’à l’aduenir sera[17] ceux de regne, secte religion, & foy trouueroyent[18] si mal accordant si[19] leur fantaisie auriculaire, qu’ils viendroyent à damner ce que par les siecles aduenir on cognoistra estre veu & apperceu. — Considerant aussi la sentence du vraÿ Sauueur. Nolire sanctum dare canibus nec mittatis margaritas ante porcos non[20] conculcêt pedibus et côuersi dirumpant vos[21]. Qui a esté la cause de faire retirer ma langue au populaire, & la plume au papier, — puis me suis voulu estendre declarant pour le commun aduenement par obstruses & perplexes sentences les causes futures, mesmes les plus vrgentes, & celles que i’ay apperceu, quelque humaine mutation qu’aduienne ne scandaliser l’auriculaire fragilite, & le rout escrit soubs figure nubileuse plus que du tout prophetique, — côbien que, Abscondisti hæc à sapientibus, et prudentibus, id est, potentibus et regibus, et enucleasti ea exiguis et tenuibus[22] : & aux Prophetes par le moyen de Dieu immortel, & des bons Anges ont receu l'esprit de vaticination, par lequel ils voyent les choses loingtaines, & viennent à preuoir les futurs aduenemens : — car rien ne se peut paracheuer -sans luy, ausquels[23] si grande est la puissance, & la bôté aux subiets que pendant qu’ils demeurent en eux, toutesfois aux autres effects subiects pour la similitude de la cause du bon genius, celle[24] chaleur & puissâce viticinatrice[25] s'approche de nous, comme il nous aduient des rayons du Soleil qui viennent iettât leur influence aux corps elementaires, & non elementaires. — Quand à nous qui sommes humains, ne pouuons[26] rien de nostre naturelle cognoissance & inclination d’engin, cognoistre des secrets obctruses[27] de Dieu le Createur. Quia nô est nostrû noscere trempora, nec momenta, &c.[28]— Combien qu’aussi de present peuuent aduenir & estre personnageet[29], que[30] Dieu le créateur aye voulu reueler par imaginatiues impresiôs quelques secrets de l’aduenir, accordez à l’astrologie iudicielle comme du passé que certaine puissance & volontaire faculté venoit par[31] eux, côme flambe de feu apparoit[32], que luy inspirant[33] on venoit à iuger les diuines & humaines inspiratiôs. — Car les œuures diuines, que[34] totalement sont absolues Dieu les viêt paracheuer : la moyéne qui est au milieu des[35] Anges : la troisiesme les mauuais[36] : — Mais mon fils ie te parle cy vn peu trop obstrusement : — mais quant aux occultes Vaticinations qu’on vient à receuoir par le subtil esprit de[37] feu, qui quelquefois par l’entendement agité, contemplant le plus haut des astre[38], comme estant vigilant, mesmes qu’aux prononciations[39] estant surprins escrits prononçât[40] sans contraincte[41] moins attainct d’inuerecôde loquacité mais quoy tout procedoit de la puissance diuine du grand Dieu éternel, de qui toute bonté procède. — Encores, mon fils, que i’aye inséré le nom de prophète, ie ne veux[42] attribuer tiltre de si haute sublimité pour le temps présent : car qui Propheta dicitur hodie, olim vocabatur videns[43] : car Prophète proprement mon fils, est celuy qui voit choses lointaines de la cognoissance naturelle de toute créature. — Et cas aduenant que le Prophète moyenant la parfaicte lumière de la Prophétie luy apparaire manifestement des choses diuines, comme humaines, que ce ne se peut faire, veu que les effects de la future predicrion escendent[44] loing. — car les secrets de Dieu incompréhensibles, & la vertu effectrice contingent de longue estendue de la cognoissance naturelle, prenant leur plus prochain origine du libéral arbitre, fait apparoir les causes que[45] d’elles mesmes ne peuuent acquérir celle[46] notice pour estre cogneues, ne[47] par les humains augures, ne[5] par autre cognoissance de vertu[48] occulte : comprinse soubs la concauité du ciel mesme du faîct présent totalement éternité[49], que[50] vient en soy embrasser tout le temps. — Mais moyennant quelque indiuisible éternité par, comitiale agitation Hiracliéne, les causes par le céleste mouuemêt sont cogneuës. — Ie ne dis pas, mon fils, à fin que bien l’entendez, que la cognoissance de ceste mantiere[51] ne se peut encores imprimer dans ton debile cerueau , que les causes futures bien loingtaines ne soyent à la cognoissance de la creature raisonable : si sont nonobstant bonnemêt la creature de l’ame intellectuelle des choses présentes loingtaines ne luy sont du tout ne[52] trop occultes, ne[53] trop reserés[54] : — mais la parfaicte des causes notices[55] ne se peut acquérir sans celle[56] diuine inspiration : veu que toute inspiration prophétique reçoit prenant son principal principe mouuant de Dieu le créateur, puis de rheur & de nature. — Parquoy estant les causes indifférentes indifferement[57] produictes, & non produictes, le presage panie aduient, ou à[58] esté predict. — Car l’entendemêt cree[59] intellectuellement ne peut voir occultement, sinon par la voix faicte au l’imbe[60] moyennât la exigue flame, en laquelle partie les causes futures se viendront à incliner, — Et aussi mô fils, ie te suplie que iamais tu ne vueilles employer ton entendement à telles resueries & vanitez qui seichent les[61] corps & mettent à perdition l’ame, dônant trouble au foible sens : mesmes la vanité de la plus qu’execrable magie reprouuee iadis par les sacrees escritures, & par les diuins canons — au chef duquel[62] est excepté le iugement de l’Astrologie iudicielle : par laquelle, & moyennant inspiration & reuelation diuine par continuelles supputations, auons nos prophéties redigé par escrit[63]. — Et combien que celle[64] occulte Philosophie ne fusse reprouué, n’ay oncque voulu presenter leurs effrenées persuasions, combien que plusieurs volumes qui ont esté cachez par longs siècles me sont este manifestez. — Mais doutant ce qui aduiendroit, en ay faict après la lecture presêt à Vulcan, que cependant qu’il les venoit à deuorer, la flamme leschant[65] l’air rendoit vne clarté insolite, plus claire que naturelle flamme, comme lumière de feu de clystre fulgurant, illuminant subtil[66] la maison : comme si elle fust esté en subite conflagration. — Parquoy à fin qu’à l’aduenir ne fussiez abuzé, perscrutur[67] la parfaicte trâsformation tant seline que solitaire[68], & soubs terre métaux incorruptibles, & aux ondes, ocultes[69], les ay en cendres conuertis. — Mais quât au iugement qui se vient paracheuer, moyennaht le iugement celeste, cela te veux ie manifester[70] : parquoy auoir cognoissance des choses futures, reiectant loing les phâtastiques imaginations qui aduiendront, limitant la particularité des lieux par diuine inspiration supernaturelle : — accordant aux célestes figures les lieux, & vne partie, du temps de propriété occulte par vertu puissance, & faculté diuine en presence de laquelle les trois temps sont comprins par eternité, reuolution tenant à la cause passee, présente & future : quia omnia sunt nuda et aperta, etc.[71]. — Parquoy mon fils, tu peux facilement, nonobstant ton tendre cerueau comprendre que les choses qui doiuent aduenir, se peuuent prophetizer par les nocturnes & célestes lumières, qui sont naturelles, & par l’esprit de prophétie : — non que ie me vueille attribuer nomination ny effect prophétique, mais par reuelee inspiration, comme homme mortel esloigné non moins de sens au Ciel, que les[72] pieds en terre. — Possum non errare, falli, decipi[73], suis pecheur plus grand que nul de ce môde, subiect à toutes humaines afflictions. — Mais estant surprins par fois la sepmaine limphatiquant, & par longue calculation, rendant les estudes nocturnes de souefue odeur, i’ay côposé liures de prophéties côtenant chacû cent quatrains astronomiques de prophéties, lesquelles i’ay vn peu voulu rabouter obscuremêt & sont perpétuelles vaticinations, pour d’yci à Tannée 3797. — Que possible fera[74] retirer le front à quelques vns, en voyant longue[75] extention, & par soubs toute la concauité de la Lune aura lieu & intelligence : & ce entendant vniuersellement par toute la terre les causes mon fils, que si tu vis l’aage naturel & humain, tu verras devers ton climat, au propre Ciel de ta natiuité, les futures aduentures preuoir. — Combien que le seul Dieu éternel soit celuy seul qui cognoist l’eternité de sa lumière, procédant de luy mesmes, — & ie dis franchemêt qu’à ceux à qui sa magnitude immense, qui est sans mesure & incôprehensible, a voulu pour longue inspiration, mélancolique[76] reueler, que moyennant icelle cause occulte manifestée diuinement, principalement de deux causes principales, qui sont comprinses à l’êtendement de celuy inspire[77] qui prophesage manifester[78]. — Car le presaige qui se faict de la lumière extérieure vient infalliblement à iuger partie auecques, & moyennant le lume extérieur : combien vrayement que la partie qui semble auoir par l’oeil de l’entendement, ce que n’est par la lésion du sens imaginatif[79], — la raison est par trop euidente, le tout estre predict par afflation de diuinité, & par le moyen de l’esprit angelique inspiré à l’hôme. prophétisant, rendant oinctes de vaticinations, le venât à illuminer, luy esmouuant le deuant de la phantasie par diuerses nocturnes apparitiôs que[80] par diurne certitude prophétise par, administration[81] Astronomique côioincte de la sanctissime future prédiction, ne considérant ailleurs qu’au courage libre[82]. — Vient[83] à ceste heure entendre, mon fils, que ie trouue par mes reuolutions[84] que[85] sont accordantes à reuelee inspiration, que le mortel glaiue s’approche de nous maintenant par peste, guerre plus horrible qu’à vie de trois hommes n’a esté, & famine, lequel tombera en terre, & y retournera souuent, — car les Astres s’accordent à la reuolution, & aussi a dit[86] : Visitabo in virga ferrea iniquitates eorum, et in verberibus percutiam eos[87] : — car la misericorde de Dieu ne sera point dispergee vn têps, mon fils, que la pluspart de mes Prophéties, seront accomplies, & viendront estre par accomplissement reuolues. — Alors par plusieurs fois durant les sinistres tempestes, Conteram ego. dira le Seigneur, et confringam, et non miserebor[88], — & mille autres aduentures qui aduiendront par eux[89] & continuelles pluyes , comme plus à plain l’ay redige par escrit aux miennes autres. Propheties[90] qui sont composees tout au long, in soluta oratione[91]. limittant les lieux, temps & les termes prefix que les humains apres venus verrôt, cognoissans les aduentures aduenues infailliblement, — comme auons noté par le autres parlant, plus clairement[92], nonobstant que soubs nuee seront comprises les intelligences[93] : sed quando submouenda erit ignorentia[94], le cas sera plus esclaircy. — Faisant fin, mon fils, prens donc ce don de ton père Michel Nostradamus, espérant toy déclarer[95] vne chacune Prophétie des quatrains cy mis Priant Dieu immortel, qu’il te veuille prester vie longue, en bonne & prospère félicité. — De Salon ce I. de Mars, 1555.

  1. La division, par paragraphes numérotés, de l'Épitre à César de Nostredame, n’existe pas dans les éditions-princeps de Pierre ni de Benoist Rigaud. Je l’ai introduite ici, afin de séparer les matières & de faciliter les recherches.
  2. Traduction : À César de Nostredame, mon fils, vie et félicité.
  3. César de Nostredame, né au commencement de 1555, n’était âgé que de quelques semaines, quand son père lui dédia ses quatre premières Centuries, publiées par lui pour la première fois en ladite année, à Lyon, chez Macé Bonhomme. Au fond, & sous le voile du nom de son fils, Nostredame adresse cette Épître aux futurs interprètes, qui seront, pour ainsi dire, les fils spirituels & les continuateurs de son œuvre, à travers les âges.
  4. Construisez : afin de t’en laisser la mémoire.
  5. Lisez : que tu sois venu.
  6. Lisez : accomparagés (voir ce mot au Glossaire).
  7. Variante de Benoist Rigaud : debile.
  8. Lisez : qui.
  9. Variante : definement.
  10. Ni.
  11. Variante : affati.
  12. Traduction : Ceux-là seuls qui sont inspirés par la Divinité peuvent prédire les faits particuliers avec un génie prophétique.
  13. Lisez : qui.
  14. Lisez : qui.
  15. Variante : au.
  16. Construisez : voire diamétralement, opposites au respect du présent.
  17. Variante : sera, ceux.
  18. Construisez : le trouveroyent.
  19. Variante : à.
  20. Variante : ne.
  21. Traduction : Ne donnez pas les choses saintes aux chiens et ne jetez pas les perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux piedset que, se tournant contre vous, ils ne vous déchirent.
  22. Traduction : Tu as caché ces choses aux sages et aux prudents, c’est-à-dire aux puissants et aux rois ; mais tu les as révélées aux petits et aux faibles.
  23. Auxquels Anges.
  24. Cette.
  25. Variante : vaticinatrice.
  26. Construisez : nous ne pouvons.
  27. Variante : obstruses.
  28. Traduction : Car ce n’est pas à nous de connaître les temps, ni les moments, etc.
  29. Variante : personnages.
  30. Construisez : à qui.
  31. Traduisez : per (prép. latine), en.
  32. Variante : apparoir.
  33. Construisez : qui, les inspirant.
  34. Lisez : qui.
  35. Variante : les.
  36. C’est-à-dire : les mauvais Anges.
  37. Variante : du.
  38. Variante : Astres.
  39. Lisez : pronunciations .
  40. Lisez : pronunciant.
  41. Variante : crainte.
  42. Variante : je ne me veux.
  43. Traduction : Celui qu’on appelle aujourd’hui Prophète, était autrefois appelé Voyant.
  44. Variante : s’étendent.
  45. Variante : qui.
  46. Cette.
  47. 4 & 5. Ni.
  48. Variante : ou vertu.
  49. Variante : de la totale Eternité.
  50. Lisez : qui.
  51. Variante : matière.
  52. Ni.
  53. Ni.
  54. Variante : reserées.
  55. Construisez : mais la parfaite notice (notion) des causes.
  56. Cette.
  57. Variante : indifferentement.
  58. Variante : a.
  59. Variante : créé.
  60. Variante : lymbe.
  61. Variante : le.
  62. Lisez : desquels.
  63. Construisez : nous avons rédigé nos prophéties par escrit.
  64. Cette.
  65. Variante : le seichant.
  66. Variante : subit.
  67. Variante : perscrutant.
  68. Lisez : solaire.
  69. Variante : ondes occultes.
  70. Construisez : je te veux manifester (éclaircir.) cela.
  71. Traduction : parce que toutes choses sont nues et découvertes, &c.
  72. Variante : des.
  73. Traduction : Je puis ne point errer, ni faillir, ni être abusé.
  74. Construisez : Il est possible que ce chiffre fera.
  75. Variante : si longue.
  76. Variante : inspiration mélancolique.
  77. Variante : inspiré.
  78. Construisez : qui se doit manifester à celuy qui présage.
  79. Cette phrase, très-énigmatique, semble pouvoir être modifiée & comprise comme suit : Car le présage qui se fait de la lumière extérieure vient infailliblement se combiner et juger en partie avec la lumière intérieure du Voyant, encore que ce que celui-ci croit voir par les yeux, ne soit qu’un effet de son imagination excitée (par le génie qui l’inspire).
  80. Lisez : tant par diverses nocturnes apparitions que par
  81. Variante : par administration.
  82. C’est-à-dire : ne considérant rien autre que son libre courage.
  83. Variante : Viens.
  84. Révolutions (calculs astronomiques).
  85. Variante : qui.
  86. La parole qui a dit.
  87. Traduction : Je réprimerai leurs iniquités avec une verge de fer et je les châtierai à coups de fouet.
  88. Traduction : Je les foulerai aux pieds, je les briserai et je n’en aurai pas pitié.
  89. Variante : eaux.
  90. Variante ; autres Prophéties
  91. Traduction : en prose.
  92. Variante : par les autres, parlans plus clairement.
  93. C’est-à-dire que ces prédictions, quoique couvertes d’un nuage, seront comprises par les hommes intelligents.
  94. Traduction : mais quand viendra le temps où doit se dissiper l’ignorance.
  95. C’est-à-dire : t’expliquer.