Lettre du 15 mars 1648 (Sévigné)

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Texte établi par Monmerqué, Hachette (1pp. 356-357).
1648
7. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU COMTE
DE BUSSY RABUTIN.

L’année d’après, marchant en Catalogne avec la compagnie de chevau-légers d’ordonnance du prince de Condé, dont j’étois capitaine-lieutenant, je reçus à Valence cette lettre de la marquise de Sévigné.

Des Rochers, le 15e mars [1648].

Je vous trouve un plaisant mignon de ne m’avoir pas écrit depuis deux mois. Avez-vous oublié qui je suis, et le rang que je tiens dans la famille ? Ah ! vraiment petit cadet, je vous en ferai bien ressouvenir : si vous me lâchez, je vous réduirai au lambel[1]. Vous savez que je suis sur la fin d’une grossesse, et je ne trouve en vous non plus d’inquiétude de ma santé que si j’étois encore fille. Eh bien, je vous apprends, quand vous en devriez enrager, que je suis accouchée d’un garçon, à qui je vais faire sucer la haine contre vous avec le lait, et que j’en ferai encore bien d’autres, seulement pour vous faire des ennemis. Vous n’avez pas eu l’esprit d’en faire autant, le beau faiseur de filles[2].

Mais c’est assez vous cacher ma tendresse, mon cher cousin ; le naturel l’emporte sur la politique. J’avois envie de vous gronder de votre paresse depuis le commencement de ma lettre jusques à la fin ; mais je me fais trop de violence, et il en faut revenir à vous dire que M. de Sévigné et moi vous aimons fort, et que nous parlons souvent du plaisir qu’il y a d’être avec vous[3].

  1. Espèce de brisure, qui se place dans les armoiries pour indiquer les branches cadettes. Voyez à la suite de la Notice la Généalogie de Mme de Sévigné et de Bussy.
  2. Bussy n’avait eu que des filles de son premier mariage avec Gabrielle de Toulongeon, sa cousine, dont il était veuf à cette époque. C’est en 1650 qu’il épousa en secondes noces Louise de Rouville dont il eut deux fils et deux filles : voyez la Généalogie de Bussy, p. 342.
  3. Cette lettre et la suivante ont été placées à tort par Bussy en 1647. Il s’est évidemment trompé d’une année : voyez la Notice biographique, p. 37 et 40.