Feu de joie/Lever

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Feu de joieAu sans pareil (p. 39-45).
LEVER


à Pierre Reverdy.



Exténué de nuit
xxxxxxxxxxxx Rompu par le sommeil
xxxxxxxx Comment ouvrir les yeux
Réveil-matin.
Le corps fuit dans les draps mystérieux du rêve
Toute la fatigue du monde
xxxxxxxx Le regret du roman de l’ombre
Le songe
où je mordais Pastèque interrompue
xxxxxxxx Mille raisons de faire le sourd
La pendule annonce le jour d’une voix blanche
Deuil d’enfant paresser encore
xxxxxxxx Lycéen j’avais le dimanche
xxxxxx comme un ballon dans les deux mains
xxxxxxxx Le jour du cirque et des amis
Les amis
xxxxxxxx Des pommes des pêches
xxxxxxxx sous leurs casquettes genre anglais
Mollets nus et nos lavalières
Au printemps
xxxxxxxx On voit des lavoirs sur la Seine
xxxxxxxxxx des baleines couleur de nuée
L’hiver
xxxxxxxx On souffle en l’air Buée
xxxxxxxx À qui en fera le plus
Pivoine de Mars Camarades
xxxxxxxx Vos cache-nez volent au vent
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxx par élégance
L’âge ingrat sortes de mascarades
xxxxxxxxxx Drôles de voix hors des faux-cols
On rit trop fort pour être gais
Je me sens gauche rouge Craintes
Mes manches courtes
Toutes les femmes sont trop peintes
et portent des jupons trop propres
CHAMBRES GARNIES
CHAMBRES GARNIESQuand y va-t-on
xxxxxxxxxx HOTEL MEUBLÉ
Boutonné jusqu’au menton
xxxxxx J’essaierai à la mi-carême
Aux vacances de Pâques
xxxxxxxx on balance encore
Les jours semblent longs et si pâles
Il vaut mieux attendre l’été
les grandes chaleurs
xxxxxx la paille des granges
le pré libre et large
xxxxxxxxxxxx au bout de l’année scolaire
la campagne en marge du temps
les costumes de toile clairs
On me donnerait dix-sept ans
Avec mon canotier
xxxxxxxxxxxxxxxxxx mon auréole
Elle tombe et roule
sur le plancher des stations balnéaires
Le sable qu’on boit dans la brise
xxxxxxxxxx Eau-de-vie à paillettes d’or
La saison me grise.
xxxxxxxxxxxxxx Mais surtout
Ce qui va droit au cœur
xxxxxxxxxxxx Ce qui parle.
xxxxxxxxxxxx La mer
La perfidie amère des marées
Les cheveux longs du flot
Les algues s’enroulent au bras du nageur
xxxxxxxxxxxx Parfois la vague
Musique du sol et de l’eau
xxxxxxxxxxxx me soulève comme une plume
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx En haut
xxxxxxxxxxxx L’écume danse le soleil
Alors
xxxx l’émoi me prend par la taille
Descente à pic
xxxxxxxxxxxx Jusqu’à l’orteil
un frisson court Oiseau des îles
Le désir me perd par les membres
xxxxxxxxxxxx Tout retourne à son élément
xxxxxxxxxxxx Mensonge
Ici le dormeur fait gémir le sommier
Les cartes brouillées
xxxxxxxxxxxx Les cartes d’images

Dans le Hall de la galerie des Machines les mains fardées pour l’amour les mannequins passent d’un air prétentieux comme pendant un steeple-chase Les pianos de l’Æolian Company assurent le succès de la fête Les mendiants apportent tout leur or pour assister au spectacle On a dépensé sans compter et personne ne songe plus au lendemain Personne excepté l’ibis lumineux suspendu par erreur au plafond en guise de lustre

La lumière tombe d’aplomb sur les paupières
Dans la chambre nue à dessein
DEBOUT
DEBOUT L’ombre recule et le dessin du papier
sur les murs
se met à grimacer des visages bourgeois
La vie
La vie le repas froid commence
Le plus dur xxxxxx les pieds sur les planches
et la glace renvoie une figure longue
Un miracle d’éponge et de bleu de lessive
La cuvette et le jour
La cuvette et le jour Ellipse
qu’on ferme d’une main malhabile
Les objets de toilette
Je ne sais plus leur noms
trop tendres à mes lèvres
Le pot à eau si lourd
Le pot à eau si lourdLa houppe charmante
Le prestige inouï de l’alcool de menthe
Le souffle odorant de l’amour
Le miroir ce matin me résume le monde
Pièce ébauchée
Pièce ébauchée Le regard monte
et suit le geste des bras qui s’achève en linge
en pitié
xxxx Mon portrait me fixe et dit Songe
xxxx sans en mourir au gagne-pain
xxxx au travail tout le long du jour
L’habitude
Le pli pris
L’habit gris
Servitude
xxxxxx Une fois par hasard
xxxxxx regarde le soleil en face
Fais crouler les murs les devoirs
Que sais-tu si j’envie être libre et sans place
simple reflet peint sur le verre
simple reflet peint sur le verreDonc écris
simple reflet peint sur le verreÀ l’étude
simple reflet peint sur le verreFaux Latude
simple reflet peint sur le verreEt souris

simple reflet peint sur le verreque les châles
simple reflet peint sur le verreles yeux morts
simple reflet peint sur le verreles fards pâles
simple reflet peint sur le verreet les corps
simple reflet peint sur le verren’appartiennent
simple reflet peint sur le verrequ’aux riches
Le tapis déchiré par endroits
Le plafond trop voisin
Que la vie est étroite
xxxx Tout de même j’en ai assez
Sortira-t-on xxxxxxxxxxxx Je suis à bout
Casser cet univers sur le genou ployé
Bois sec dont on ferait des flammes singulières
Ah taper sur la table à midi
que le vin se renverse
qu’il submerge
les hommes à la mâchoire carrée
marteaux pilons
Alors se lèveront les poneys
les jeunes gens
en bande par la main par les villes
en promenade
pour chanter
à bride abattue à gorge déployée
comme un drapeau
la beauté la seule vertu
qui tende encore ses mains pures