Mémoires et procès-verbaux de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire/Tome 1/32

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SÉANCE DU 23 mars 1878.


La constitution d’un Comice agricole au Puy avait été décidée depuis plusieurs mois. Par suite de circonstances qu’il est inutile de rappeler ici, les organisateurs de cette institution agricole n’avaient pu mettre à exécution leur projet.

À la suite de la fondation si heureuse de la Société des amis des sciences de la Haute-Loire qui, dès son origine, rencontra de toutes parts tant de chaleureuses sympathies, il fut décidé, en principe, que le Comice deviendrait une section agricole de cette Société, et que ses rapports avec elle seraient établis dans un règlement dont la rédaction fut concertée entre le bureau de la Société des amis des sciences et les principaux organisateurs du Comice.

Le 23 mars 1878, tous les adhérents du Comice agricole furent convoqués dans une des salles de l’Hôtel-de-Ville.

Aussitôt entrés en séance, les membres présents procèdent, sous la présidence de M. Aymard, à la nomination d’un bureau provisoire. Le scrutin donne les résultats suivants :

Président : M. E. Mauras.

      Vice-présidents… M. Couderchet
M. Chorand, de Talobre.

Secrétaire : M. A. Jacotin.

Vice-Secrétaire : M. E. Bonnet.

Trésorier : M. Alix.


Le bureau ainsi constitué, M. E. Mauras prend place au fauteuil de la présidence et la discussion s’engage aussitôt sur les différents articles des Statuts dont M. A. Jacotin donne lecture.

Après quelques modifications introduites sur la proposition de divers membres dans le projet de règlement, l’ensemble en est adopté, et l’assemblée passe à l’organisation du concours d’animaux gras du mardi 9 avril prochain.

M. le Président annonce que le Gouvernement, sur la demande de M. le Préfet et de MM. les sénateurs de la Haute-Loire, a mis à la disposition du Comice, pour ce concours, 1,000 francs ; que le Conseil général avait, dans le même but, accordé 500 francs, à la dernière session d’août, et qu’enfin le Conseil municipal du Puy avait alloué 300 francs. Ces diverses sommes donnent un total de 1,800 francs, auxquels M. le Président propose d’ajouter, sur les fonds disponibles du Comice, 200 francs, pour compléter la somme de 2.000 francs.

À l’unanimité, l’assemblée accorde, sur ses ressources personnelles, les 200 francs réclamés par son honorable Président.

Il est ensuite décidé que le bureau du Comice devra, par les moyens les plus prompts, prévenir les agriculteurs, que des affiches faisant connaître le jour, l’heure et les dispositions principales du concours seront envoyées dans toutes les localités importantes où ce rencontrent les différentes espèces appelées à concourir.

La discussion s’engage sur la nomination du Jury. Sur la demande de M. Couderchet, le Comice décide d’adjoindre un boucher du Puy à la commission d’examen.

On procède à un scrutin pour la nomination du Jury, et M. le Président proclame les noms suivants : MM. E. Mauras, Couderchet, Chorand, de Talobre, Nicolas, directeur de la ferme-école, Vérot, propriétaire à Saint-Marcel près le Puy, Médard, vétérinaire, Moullade, pharmacien, Gimbert, propriétaire à Vals, et Giraud, boucher au Puy.

L’ordre du jour étant épuisé, M. le Président lève la séance en émettant le vœu que tous les membres du Comice soient présents le jour du concours.

Le Secrétaire,
A. Jacotin.



SÉANCE DU 30 MAI 1878.


Présidence de M. E. Mauras.

À l’ouverture de la séance, M. le Président annonce qu’il est allé, avec M. Aymard et d’autres membres du Comice, demander à M. le chef de gare du Puy s’il n’avait pas reçu des instructions sur la réduction du prix des places pour les personnes qui désiraient aller au concours d’animaux reproducteurs de Paris. M. le chef de gare a répondu, avec une grande courtoisie, qu’il espérait obtenir la prochaine solution de cette question, et qu’aussitot qu’elle lui serait parvenue, il la ferait parvenir au bureau du Comice. Sur la proposition de M. le Président, l’assemblée émet le vœu que la Compagnie du chemin de fer fasse connaître au plus tôt ses intentions sur la réduction du tarif des places.

M. Aymard dit que les animaux exposés par nos compatriotes seront très-beaux, et invite tous les membres du Comice à se rendre à la gare, dimanche prochain, 2 juin, pour assister au départ de nos braves agriculteurs et leur témoigner tout le plaisir que le Comice du Puy éprouve à les voir prendre part au concours de Paris. Cette proposition est unanimement adoptée.

L’ordre du jour appelle la nomination du bureau définitif. Le bureau provisoire est maintenu par acclamation.

M. A. Jacotin propose de nommer un comité de rédaction qui sera chargé de relever, dans les diverses publications agricoles, toutes les questions qui pourront intéresser notre département, et de les faire imprimer dans le bulletin du Comice. Cette proposition est adoptée, et il est adjoint au bureau du Comice une commission composée de neuf membres, ainsi qu’il suit : MM. Aymard, Langlois, I. Hedde, Nicolas, Lascombe, E. Gazanion, Moullade, Arssac, Dulac. Le comité de rédaction sera renouvelé à la même époque que le bureau.

Sur la demande de M. le Président, l’assemblée est unanime à reconnaître la prospérité des récoltes ; les semences d’automne, qui avaient un peu souffert, surtout, dit M. Arssac, dans les environs de Coubon, ont regagné le temps perdu et se présentent actuellement dans de fort bonnes conditions. Quant aux fourrages, tout fait espérer une récolte exceptionnelle[1].

Les membres présents attestent la bonne réussite de l’early-rose, que notre confrère M. Boyer, avoué, a si généreusement distribuée à une séance de la Société des amis des sciences. Partout on se félicite d’avoir semé cette précieuse pomme de terre, qui sera bientôt répandue dans tout notre arrondissement par les soins du Comice.

M. E. Gazanion a la parole pour lire le rapport suivant sur un moyen de détruire la cuscute, cette plante parasite si dangereuse pour la luzerne.


La cuscute, plante parasite caubicole, qui appartient à la famille des convolvulacées et dont la semence germe en terre, est facilement reconnaissable à sa structure en forme de filets blanchâtres s’entrelaçant à la naissance des branches. Cette plante n’a pas de feuilles (car on ne peut donner ce nom à une espèce de production ressemblant à de petites écailles dont ces filets sont très-abondamment pourvus). Ses tiges, en se prolongeant, s’enroulent autour de la tête de la luzerne et y forment d’abord une espèce de bourrelet qui a pour effet d’arrêter et d’agglomérer la sève sur un seul point. De là naissent alors une multitude de nouvelles racines excessivement minces qui pénètrent dans ce réservoir de sève et s’y nourrissent aux dépens de la plante qui ne tarde pas à dépérir, tandis que le parasite, puisant dans la plante atteinte de nouvelles forces, s’étend, se ramifie et atteint promptement les plantes voisines qu’il enlace et fait mourir à leur tour. Les cultivateurs, qui avaient donné à la plantation de cette prairie artificielle tous les soins qu’elle exige et qui comptaient sur trois ou quatre récoltes par an du fourrage excellent qu’elle produit, se trouvent en face d’un terrain aride et qu’il faudra défoncer profondément avant de le livrer à une autre culture.

Je crois donc, Messieurs, qu’il est de mon devoir de vous dire par quel moyen je suis arrivé à combattre ce fléau, certain que notre Comice lui donnera assez de publicité pour qu’il parvienne aux oreilles de tous nos agriculteurs, heureux si mon faible concours peut être utile à quelques-uns.

Je n’abuserai pas de vos instants, mais je crois indispensable de rentrer dans quelques détails. La luzerne sur laquelle j’ai expérimenté a été semée, en mars 1876, sur un terrain parfaitement défoncé et que j’avais ensemencé d’orge quelques jours plus tôt. Je fis cette année-là une bonne moisson d’orge et, en octobre, une petite coupe de luzerne ; la cuscute n’avait pas encore paru. En mai 1877, je fis une première coupe très-abondante sans trouver encore de trace de cuscute ; mais, un mois plus tard, au moment de la seconde coupe, j’en aperçus en deux ou trois endroits différents. Espérant la faire disparaître, je peignai avec soin à l’aide d’un râteau en fer à dents très-serrées. Mais, à la coupe suivante, je vis qu’au contraire le mal avait de beaucoup empiré et qu’il s’était répandu sur presque toute la superficie du pré. J’en fis part à plusieurs agriculteurs, leur demandant s’ils connaissaient un remède ; les uns me répondirent qu’il fallait faire brûler les parties atteintes, les autres que le seul moyen était de défricher ; c’était tuer et non faire revivre, cela n’atteignait pas mon but.

Enfin, cette année-ci, au mois de février, j’eus l’idée que la cendre ou la suie, qui ont la propriété de brûler certaines espèces de plantes lorsqu’on les en saupoudre, pourraient attaquer celle-là. Je fis nettoyer la partie sur laquelle je voulais opérer, en enlevant toutes les feuilles mortes, les mauvaises herbes et les rares pousses de luzerne qui commençaient à se faire voir, et je fis semer à la volée, par un jour calme et humide, quinze litres de cendre mêlés à cinq litres de suie, le tout provenant de la combustion de la houille. La partie sur laquelle j’ai expérimenté est d’une contenance de 400 mètres carrés environ. Le remède a été radical, la cuscute a complètement disparu, la luzerne a repris une végétation luxuriante, et la coupe que j’ai faite, il y a une dizaine de jours, a été très-abondante. Tels sont, Messieurs, les résultats que j’ai obtenus. Il est, je crois, indispensable de n’employer que de la cendre et de la suie qui aient toujours été conservées à l’abri de l’humidité.


M. le Président lève la séance après la lecture de cette intéressante communication.


Le Secrétaire,
A. Jacotin.





  1. Depuis ces renseignements sur la situation agricole de notre arrondissement, il s’est produit certaines plaintes d’agriculteurs contre la persistante humidité de ces jours derniers. Cette température, seule favorable aux fourrages, nuit aux blés, qui pourraient jaunir si elle persistait.