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Les Orientales/Malédiction

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Les OrientalesOllendorf24 (p. 703-704).

XXV

MALÉDICTION.


Ed altro disse : ma non l’ho a mente.
Dante.
Et d’autres choses encore ; mais je ne les ai plus dans l’esprit.


Qu’il erre sans repos, courbé dès sa jeunesse,
En des sables sans borne où le soleil renaisse

Sitôt qu’il aura lui !

Comme un noir meurtrier qui fuit dans la nuit sombre,
S’il marche, que sans cesse il entende dans l’ombre

Un pas derrière lui !


En des glaciers polis comme un tranchant de hache,
Qu’il glisse, et roule, et tombe, et tombe, et se rattache

De l’ongle à leurs parois !

Qu’il soit pris pour un autre, et, râlant sur la roue,
Dise : Je n’ai rien fait ! et qu’alors on le cloue

Sur un gibet en croix !


Qu’il pende échevelé, la bouche violette !
Que, visible à lui seul, la mort, chauve squelette,

Rie en le regardant !

Que son cadavre souffre, et vive assez encore
Pour sentir, quand la mort le ronge et le dévore,

Chaque coup de sa dent !


Qu’il ne soit plus vivant, et ne soit pas une âme !
Que sur ses membres nus tombe un soleil de flamme

Ou la pluie à ruisseaux !

Qu’il s’éveille en sursaut chaque nuit dans la brume,
Et lutte, et se secoue, et vainement écume

Sous des griffes d’oiseaux !


25 août 1828.