Marie (Auguste Brizeux)/Hymne, I

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MarieAlphonse Lemerre, éditeur1 (p. 102-104).


Hymne


 
Aimons la liberté ! c’est le souffle de Dieu,
C’est l’esprit fécondant qui pénètre en tout lieu,
C’est l’éclair dans la nuit ; sur l’autel c’est la flamme,
Le Verbe inspirateur qui rend la vie à l’âme.
Quand la terre languit dans son aridité,
Comme une large pluie alors la Liberté
S’épanche, et tous les cœurs à ses fraîches paroles,
Tels que des fleurs du ciel, entr’ouvrent leurs corolles,
Et le monde a repris sa première splendeur,
Et la nature exhale une suave odeur !

— Liberté, dans nos murs toujours la bienvenue,
Comme d’anciens amants nous t’avons reconnue,
Et nous baisions ta robe, et tous avec gaîté
Nous suivions au combat ta sœur l’Égalité.
Oh ! partout, sur nos ponts, nos marchés, nos fontaines,
Nous inscrirons le nom de la fille d’Athènes !
Athènes ! oui, c’est là, parmi des champs de miel,
Qu’elle arrêta son vol en descendant du ciel !
Ces Grecs l’aiment encor. Pourtant dans notre enceinte
Elle porte sa tente et sa bannière sainte,

Et quand les nations l’appellent à la fois,
Des clochers de Paris elle entendra leurs voix :
Ici sa métropole, ici ses jours de fête,
Ici des hommes francs osant lever la tête,
Des pas libres, des mains qui peuvent se serrer,
Et l’air vital et fort qu’elle aime à respirer !
Les arts viendront. Toujours leur gracieux cortège
L’accompagne en chantant ; de leurs beaux pieds de neige
Les Muses autrefois foulaient le Parthénon,
Et sur les lyres d’or elles disaient son nom ;
Les sages l’adoptaient, appelant libérales
Toutes créations divines, idéales ;
Car la Liberté porte un cœur religieux,
Et dans son temple immense elle admet tous les dieux.
Statuaire, à ton marbre ! Et quand il prend la lyre,
Le poète au beau front, écoutez son délire !
Au travail ! au travail ! Qu’on entende partout
Le bruit saint du travail et d’un peuple debout !
Que partout on entende et la scie et la lime,
La voix du travailleur qui chante et qui s’anime !
Que la fournaise flambe, et que les lourds marteaux,
Nuit et jour et sans fin, tourmentent les métaux !
Rien n’est harmonieux comme l’acier qui vibre
Et le cri de l’outil aux mains d’un homme libre ;
Au fond d’un atelier rien n’est plus noble à voir
Qu’un front tout en sueur, un visage tout noir,
Un sein large et velu que la poussière souille
Et deux robustes bras tout recouverts de houille !
Au travail ! au travail ! à l’œuvre ! aux ateliers !
Et vous, de la pensée habiles ouvriers,
À l’œuvre ! Travaillez tous, dans votre domaine,
La matière divine et la matière humaine !

Inventez, maniez, changez, embellissez.
La Liberté jamais ne dira : « C’est assez ! »
Toute audace lui plaît ; vers la nue orageuse
Elle aime à voir monter une aile courageuse.

Aimons la Liberté ! c’est le souffle de Dieu ;
C’est l’esprit fécondant qui pénètre en tout lieu ;
C’est l’éclair dans la nuit ; sur l’autel c’est la flamme,
Le Verbe inspirateur qui rend la vie à l’âme.
Quand la terre languit dans son aridité,
Comme une large pluie alors la Liberté
S’épanche, et tous les cœurs à ses fraîches paroles,
Tels que des fleurs du ciel, entr’ouvrent leurs corolles,
Et le monde a repris sa première splendeur,
Et la nature exhale une suave odeur !

Août 1830.