Marie (Auguste Brizeux)/Un jour

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MarieAlphonse Lemerre, éditeur1 (p. 130).
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Un jour


Paris.


 
Qui n’eut parmi ces jours, déjà bien loin peut-être,
Un jour plus beau qu’eux tous, qui ne doit plus renaître,
Mais qui survit dans l’âme et dont le souvenir,
Délice du passé, charme aussi l’avenir :
Jour d’innocente joie et pur de tout nuage,
Dont une amitié douce a marqué le passage ;
Où quelque aveu naïf et longtemps suspendu
D’une bouche adorée enfin fut entendu ;
Où d’un premier transport, qu’il n’eût point fallu croire,
Tout le cœur tressaillit et devina la gloire ?
Ah ! quand d’un bras de fer le sort pèse sur nous,
Que de ce jour aimé le souvenir est doux !
Qu’il est doux d’éveiller au fond de sa pensée
Son image assoupie et jamais effacée ;
Avec un soin jaloux d’en rassembler les traits,
Lentement, à loisir, non sans quelques regrets,
Comme après un sommeil dont l’erreur se prolonge,
On aime à suivre encor les prestiges d’un songe !