Nouvelles (Ourliac)/Maître Stranz

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Michel Lévy (p. 269-281).


MAÎTRE STRANZ


Le lendemain de mon arrivée au château, je m’éveillai de très-grand matin. Les oiseaux gazouillaient dans les arbres devant mes fenêtres. Il n’est rien de si doux que ces réveils dans une belle campagne, un jour de voyage, sans soucis, par un temps vif et clair.

Je descendis dans le parc.

J’y trouvai déjà le prince, qui tirait des moineaux en veste de nuit. On l’eût pris de loin pour un petit bourgeois du pays. Nous nous vîmes d’un bout à l’autre de la grande avenue, d’un bout à l’autre de sa principauté.

— Je vous conjure, me dit-il en m’abordant, de ne prendre aucune idée de la résidence avant d’avoir entendu maître Stranz. Maître Stranz, c’est ma merveille, à moi, c’est mon grand homme, et le plus beau fleuron de ma couronne. Toutes les cours d’Europe me l’envieraient si on le savait au monde, et je connais plus d’un roi qui troquerait contre lui sa meilleure ville.

Le prince me vit hésiter et continua :

Maître Stranz est mon maître de chapelle, un trésor de mélodies, un homme divin qui a bien voulu s’enterrer avec moi et son génie, dans ces quelques centaines de pieds de mur d’enceinte. Il est vrai que je le paye bien. Il ne serait pas mieux maître de chapelle à Berlin. Il a ici un orchestre excellent, un auditoire choisi, une prépondérance sans rivale. Il ne lui manque qu’une chapelle, hélas ! mais je la ferai construire derrière ma galerie. L’emplacement est tout prêt. En attendant, nous l’écoutons pieusement sur la terrasse quand il fait beau, et ce sont là, je vous jure, de délicieuses soirées. Vous l’entendrez ce soir. Je me suis arrangé pour cela, car il s’inquiète beaucoup d’un nouvel auditeur. Le voici ! silence.

M. Stranz était un homme d’une cinquantaine d’années, court, enflé, le visage ardent avec de gros yeux fort vifs. Il avait conservé la grande perruque poudrée à blanc, et portait une épée au côté. Une culotte et des bas de soie dessinaient ses jambes épaisses et toutes déformées.

Le prince le traitait avec déférence et l’appelait maître en lui parlant.

M. Stranz écoutait d’un air de grande confiance. On eût dit qu’il était le prince.

— Êtes-vous musicien ? me demanda-t-il brusquement.

— Ce n’est pas devant vous, répondis-je en m’inclinant, que j’oserais répondre à cette question. J’avouerai seulement que beaucoup d’airs, depuis mon enfance, sont restés dans ma tête, cousus à d’étranges souvenirs, et qu’à certaines heures de rêverie et de promenade, il me vient à la bouche des chants que je compose ou que je me rappelle et qui me font pleurer.

— Cela signifie tout au plus que vous êtes poète. Avez-vous appris la musique ?

— À l’âge de douze ans, je me passionnai, au collège, pour la manière dont on tenait la flûte. C’était selon moi, la posture la plus noble parmi tous les instruments. Le basson m’avait l’air bourgeois et fait pour des gens obèses. Les grimaciers de Bologne m’avaient gâté le violon, et le jeu m’en paraissait ingénument ridicule. Le trombone était trop long pour ma taille. Le cor gonflait les joues à les faire crever. La clarinette me faisait pleurer rien que d’y songer. Je choisis donc la flûte ; mais, comme il manquait un triangle à la classe de musique, on me fit triangle. Je m’y résignai, et cet instrument m’a donné encore de bien fortes émotions. Je me souviens surtout d’un certain Domine Salvum ! Un crescendo forcené expirait brusquement par un grand coup de caisse qui semblait exterminer tous les instruments, et le triangle seul, le triangle tout seul, fournissait par là-dessus une mesure et demie. J’avais un solo ! un solo de triangle au milieu de quarante exécutants ! moi qui ne savais point encore une gamme sur la flûte ! Il me souvient encore qu’un jour de la Fête-Dieu, je faillis m’évanouir en m’écoutant dans ce mémorable passage. Je vibrais avec l’instrument ; mon cœur sautait à chaque coup, je n’entendais plus, et jamais aucun chef-d’œuvre d’exécution ne m’a enivré à ce point. Le lendemain, on me reprocha d’avoir commencé ma mesure trop tôt et de l’avoir finie trop tard.

Stranz se tourna vers le prince, en hochant la tête.

— Je dois ajouter, repris-je aussitôt, que, depuis, j’ai appris pendant fort longtemps la musique vocale.

— J’entends, interrompit Stranz, vous êtes tout simplement un homme de goût, et vous jugez la musique, indépendamment de la science, par le plaisir que vous y prenez. Cette manière a un faux air de bonhomie et de raison ; mais je vous dirai, moi, que c’est une triste chose pour les arts que de pareils juges. Tout le travail, toute la haute inspiration, tout ce qui fait l’art enfin, leur échappe, et n’existe point pour eux. Néanmoins, comme les esprits délicats sont rares, je m’estimerais heureux d’avoir un auditeur tel que vous : Vous devez sentir les effets poétiques de la musique. Je jouerai ce soir quelque chose à votre portée. Avez-vous bien saisi la symphonie pastorale de Beethoven ?

— Je dois vous prévenir, continuai-je humblement, que je manque encore de ce sens précieux des effets pittoresques en musique dont vous avez la bonté de me croire doué. Je n’ai jamais démêlé le rapport direct d’un triolet à un paysage, ni d’un point d’orgue à un soleil levant. Le haut-bois m’avertit tout au plus d’une scène champêtre et les fanfares du cor d’une chasse. Or, vous avouerez que ces moyens d’indication sont bornés dans un orchestre, surtout si l’on considère l’intarissable variété des spectacles de la nature. Je sais encore que la mollesse, la langueur des accords, exprime la tendresse, la douceur, le calme, et que le bruit, la hâte, le fracas, signifient la colère, la tempête, les mouvements tumultueux ; mais c’est là peu de chose encore en comparaison de l’étendue que les musiciens prétendent donner à leurs intentions. Que la musique soit expressive au théâtre, je le conçois, et, là, son expression ne m’échappe point ; le geste et la parole de l’acteur traduisent la note et aident au sens. C’est la différence du vers dans la bouche du tragédien au vers muet d’un manuscrit ; c’est mieux que cela, c’est une lettre morte que le chanteur vivifie. Mais la musique, dans sa nudité vague, et rendue par des instruments vainement sonores comme elle, je ne saurais lui trouver d’application, à moins qu’on ne distribue un programme explicatif, et alors, c’est un jeu puéril qui rappelle ces grossiers dessins où les commençants écrivent le nom d’un héros grec, de peur de méprise.

— Corbleu ! reprit Stranz, déjà tout enflammé, vous ne parlez là que de musique mal faite, ou vous insultez aux maîtres dont la pensée rayonne jusque dans la moindre note. Quoi ! la musique ne serait qu’un jargon, et le compositeur n’est pas plus inspiré qu’un chalumeau ! Aures habent et non videbunt !

M. Stranz était fort troublé.

— Je vous jouerai, ce soir, une symphonie expressive, sans programme, monsieur, sans programme. Je n’en veux pas dire seulement le titre ; et l’honorable compagnie me comprendra, et vous, monsieur, si vous êtes poète, vous me comprendrez aussi.

À ce soir ! sans programme, monsieur, sans programme !

Stranz s’en alla là-dessus.

Le prince me pria de l’excuser sur sa brusquerie, tout en me disant qu’il était homme à me donner tort et que je m’apprêtasse à une défaite.

Le soir, les pupitres étaient dressés dans la salle de bal. La compagnie, après souper, alla prendre place sur des sièges rangés en cercle. Le prince s’assit au milieu.

Les exécutants étaient à leur poste, tout accordés, tout prêts, l’archet en main et leurs cahiers sous le nez. Après nous avoir fait attendre un bon quart d’heure, maître Stranz parut enfin et salua.

Tout le monde savait son défi, et l’on s’entretenait à voix basse. On ne doutait point, après ce que l’on connaissait de lui, que cette expérience ne réussît, et l’on s’apprêtait à étudier jusqu’au moindre trait l’intention et le caractère du morceau.

Maître Stranz frappa de sa baguette d’ébène sur un pupitre, et, à un signe de tête du prince, il déploya le bras.

Un large accord s’étendit d’abord dans la salle et s’éteignit doucement, laissant gémir les cors.

C’était une harmonie pénétrante, qui saisissait tout à coup et enlevait le souffle. Les nerfs grinçaient comme sous l’archet, et un frisson parcourait tout le corps. Puis, le vent du premier tutti repassa gravement sur l’orchestre et courba l’auditoire.

Alors les violoncelles commencèrent une exquise mélodie qu’achevaient en écho les flûtes plaintives, l’alto criait amoureusement, et des frémissements de harpe lui répondaient d’en haut comme des chœurs séraphiques. Les trompettes soupiraient par intervalles. Un accord éveillait mille accords, comme des oiseaux cachés sous les feuilles. Les phrases inattendues et lumineuses s’épanouissaient en fusées. Les basses bourdonnantes protégeaient toutes ces voix sans les étouffer, et le fifre aigu serpentait en gazouillant à travers ce réseau d’harmonie, comme un rossignol qui sautille de branche en branche.

Bientôt les cuivres s’enflèrent ; les tambours grondaient ; les cymbales bruissaient d’impatience ; les violons, pressés, bredouillaient ; tous les sons de l’orchestre se fondirent en une même clameur, et le crescendo formidable éclata par un grand coup de timbale.

Maître Stranz était en eau. Sa baguette voltigeait dans l’espace. Sa perruque furieuse battait le pupitre à grands coups d’aile. Sa figure en feu disparaissait dans le rayonnement de sa bougie, et l’on n’y distinguait que l’éclair humide du blanc de l’œil.

Les lunettes du premier violon lui tremblaient sur le nez. L’alto mélancolique louchait en s’écoutant. Le trombone poussait sa bouche jusqu’à l’oreille. Le basson farouche soufflait sans miséricorde. Les basses s’abîmaient en contorsions désespérées, et l’auditoire suffoquait d’attendrissement.

— Dieu ! que cela est beau ! — Que cela est touchant ! — Quelle expression ! — Quelle ivresse ! — Quelle exactitude ! l’on n’y tient pas ! — Je me meurs !

La caisse se disloquait les bras, le violoncelle s’égratignait les jambes, le cor écumait, la clarinette touchait à l’apoplexie ; tout l’orchestre suait, limait, frottait, soufflait, raclait, et l’on se pâmait d’aise, on se renversait, on levait les yeux au ciel, on essuyait des larmes.

Ciel ! cette phrase ! — Dieu ! cet accompagnement ! — Quelle peinture ! — Quelle passion ! — Vous comprenez ! — Vous devinez ? — Certes ! On serait trop coupable. — Comme cela est dit ! — Comme cela est peint ! — On voit, on sent, on touche la scène !

Le morceau finit par une longue et grave expiration des cuivres qui se perdit en écho. Un bruit d’applaudissements succéda à l’orchestre. Stranz se leva en sueur et s’approcha en fourrageant sa perruque de son mouchoir.

— Çà, fit-il, qu’en dit-on ? Cela est-il bien clair ? Qu’a donc chanté cette musique ?

Tout le monde s’écria à la fois :

— Il ne faut point le demander — Vous triomphez ! — C’est admirable ! cela est trop évident.

— Silence ! reprit maître Stranz avec autorité ; il faut que l’opinion soit unanime. Vous d’abord, monsieur le conseiller, que vous a-t-il semblé voir ?

— Eh ! mais, sans doute, c’est une tempête. Le bâtiment sort du port par un temps doux. Le jour va finir, les flots battent mollement le navire, et l’on entend les chansons des matelots qui vont paisiblement s’endormir. Puis voilà des vapeurs fumeuses qui s’allongent vers le couchant. Les sifflements des basses imitaient parfaitement la bourrasque. La foudre éclate dans les ténèbres, et le bâtiment roule parmi les vagues avec un horrible fracas. Les passagers lèvent les bras vers le ciel entr’ouvert, et font les prières les plus touchantes du monde. Enfin, les trombones s’apaisent un peu, l’aurore commence à poindre à l’horizon, et l’équipage entonne une hymne de délivrance qui se mêle aux derniers grondements de l’orage qui s’éloigne.

Maître Stranz se mordait les lèvres d’impatience.

— Mais vous n’y êtes point ! dit une grosse baronne en turban vert. Ce n’est point cela du tout, monsieur le conseiller. Il n’y a pourtant pas à s’y méprendre : c’est une noce de village qu’on a voulu peindre dans la symphonie. Cet appel du commencement, c’est le réveil des conjoints avec les tambourins et les fifres qui se promènent par le village pour réunir les invités. On donne d’abord l’aubade sous les fenêtres de la future. Vous avez dû remarquer ces cadences naïves du fifre. Ensuite l’on s’en va gaiment à l’église, tandis que les garçons font des décharges de mousqueterie sur la place. Les voix des jeunes filles accompagnent le plain-chant du curé. Dans l’après-dînée, la noce s’assemble devant le château. Les ménétriers s’accordent au milieu des éclats de rire. La danse commence par un menuet où brillent à la fois la vivacité du prétendu et la pudeur ingénue de la mariée. Les vieillards, plus expérimentés, s’enivrent sous les arbres à de longues tables. Les cris des servantes couvrent les violons, et la journée s’achève au bruit des refrains et des verres cassés.

Le prince souffrait pour son maître de chapelle, et prit la parole en ces termes :

— Je m’étonne que des gens de goût comme nous le sommes tous aient pu se tromper de la sorte à l’expression de ce morceau, qui, d’ailleurs, est un excellent morceau. Le sujet y est parfaitement rendu, et, puisqu’on n’a pas su l’y voir, il faut bien le dire. Ce n’est pas autre chose qu’un tournoi du vieux temps. Vous voyez dès le matin, l’horizon noyé des chaudes vapeurs. Les cors se répondent dans la plaine, et la campagne s’éveille à l’entour. Voici maintenant des cavalcades qui s’avancent au loin et les cuirasses qui étincellent à travers des nuages dépoussière ; dans l’arène, ce ne sont que panaches, parures et pavillons déployés. Chaque seigneur fait son entrée bannière en tête, au bruit des fanfares. Il se fait d’abord un tumulte d’acclamations, d’armures froissées et de hennissements. Les hérauts donnent le signal et les trompettes sonnent la charge. Pendant le combat, les hautbois jouent des airs de guerre. Les reprises vives marquent les diverses passées. Enfin, un grand cri s’élève ; on couronne le vainqueur, et tous les instruments éclatent en des chants de triomphe. Voilà, à ce qu’il me semble du moins, de quoi il s’agit.

M. Stranz fit un effort bien visible pour se contenir, et le prince baissa la tête.

— Quant à moi, dit une dame française qui revenait de Baden, j’ai pensé, d’un bout à l’autre, qu’il était question d’une brouille et d’un raccommodement à peu près comme dans nos pastorales d’Opéra. Je voyais, mais à n’en pas douter, le petit amoureux en veste bleu de ciel qui cueillait des fleurs près du bocage. La bergère le guignait malicieusement entre les branches. Puis ils se faisaient comme cela des petits gestes mutins qui les mettaient en bouderie. Colin jetait son bouquet avec dépit, et se mettait à jouer de son flageolet. L’air devenait plus languissant à mesure ; la bergère, attendrie, se rapprochait aussi peu à peu, et, ma foi, j’en étais là, quand la musique a cessé. Ce morceau est un peu court.

— Moi, dit un jeune Allemand, il m’a semblé d’abord nager dans de hautes et obscures régions. Je n’entendais qu’une immense bourdonnement autour de moi. Puis les ténèbres s’entr’ouvraient en fuyant, et j’ai distingué d’énormes arceaux qui s’allongeaient à mesure, et une nef si vaste, qu’on y était saisi d’effroi. Des femmes vêtues de blanc s’avançaient au pied d’un trône où était assise une autre femme vêtue comme elles de longs voiles blancs et le front ceint d’un diadème. Cette vierge avait les traits d’une dame que j’ai beaucoup connue autrefois. Alors, j’ai confusément entendu des chants d’une douceur infinie. Quand j’ai regardé de nouveau, cette femme que je reconnaissais était couchée dans un cercueil et couverte de fleurs. Et tout à coup, un gouffre s’est ouvert à quelques pas de moi, et il en sortait comme un chœur infernal qui m’appelait à grands coups de cymbales. — C’est ma coutume de fermer les yeux quand j’écoute de la bonne musique. — Lorsque je les ai rouverts, l’orchestre jouait encore, et il m’a semblé que j’avais dormi.

Un gentilhomme anglais, qui se tenait penché, leva sa tête chauve et interrompit posément.

— J’étais au milieu d’une forêt ; le son d’un tympanon a fait accourir trois jeunes filles. Elles tournaient si vite sur elles-mêmes, qu’on ne distinguait que l’éclat de leurs anneaux d’or. Bientôt leur tête a grossi démesurément. C’était trois oiseaux monstrueux, trois squelettes difformes, un long museau décharné qui grandissait à vue d’œil et s’approchait pour me dévorer avec mille transformations soudaines et horribles. — Je me suis retrouvé sur un rocher pelé, au milieu de la nuit. Les arbres gémissaient à grand bruit. Un dragon qui voilait le firmament les courbait du vent de ses ailes. — Plus tard, j’ai entrevu un pulcinella de Naples qui bramait comme un enragé dans un morceau d’ensemble. Ensuite, c’était un beau régiment qui défilait dans une ville, musique en tête. On marchait à l’ennemi, et les dames agitaient leurs mouchoirs vers les officiers, qui répondaient en faisant reluire leur épée au soleil. Le régiment est revenu vainqueur, et c’était moi que l’on portait en triomphe. J’étais ivre de joie et de fanfares. Enfin, j’ai entrevue un tabernacle en feu au fond d’une basilique, et des chants célestes tombaient des voûtes sur le peuple prosterné…

M. Stranz renversa trois bougies d’un coup de poing et sortit en courant. Le prince envoya après lui, de peur de quelque accident. La compagnie était consternée.

Un des musiciens nous dit alors que le sujet de la symphonie était la condamnation et le supplice du brigand Kirch.

— Ah ! fit tout le monde.

— Vous voyez bien, disait ce musicien, que l’introduction, vive et heurtée, tra tra hop ! tra hop ! tra hop ! représente à merveille l’arrestation du bandit et les cris de la foule amassée. La fin de l’adagio, douloureuse et lente, la hi la hi la ! ne peut que peindre l’isolement du cachot et les angoisses d’un homme qui se voit tout à coup livré à ses réflexions. — Maintenant à cette phrase des flûtes : tra deri dera deri. Voilà les remords. La conscience crie. Le bandit fait un retour sur lui-même ; il songe enfin qu’il est temps d’en finir. Quand les violons reprennent, la re la la la re la, il se confesse, il rentre en grâce avec son Créateur. Puis vient le rinforzando énergique. On le mène au supplice. Puis enfin, à ce staccato vigoureux, ran poum poum deri poum poum ! On lui coupe la tête. La société est vengée, et la dernière mesure se prolonge en cri d’effroi parmi la foule.

— À merveille ! s’écria-t-on de toutes parts, maître Stranz a raison !

— Cela peut signifier le supplice de Kirch, dit le conseiller, mais cela représente parfaitement aussi une tempête.

— Ce morceau, reprit la baronne, peint fort bien une noce champêtre ; mais j’avoue qu’il exprime singulièrement aussi le supplice de Kirch.