Odes (Horace, Séguier)/I/24 - À Virgile

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Odes et Épodes et Chants séculaires
Traduction par M. le Comte de Séguier.
A. Quantin (p. 32-33).

XXIV

À VIRGILE



De tant pleurer une tête si chère
Nous rougirions ? Assombris mes accents,
Toi, Melpomène, à qui ton divin père
      Donna des accords tout-puissants.

Ainsi Varus dans la nuit éternelle
S’est endormi ! Vérité nue, Honneur,

Solide Foi, de Thémis sœur jumelle,
      Où retrouver un pareil cœur ?

Il disparaît, pleuré des nobles âmes,
De toi, Virgile, avant tout regretté.
Hélas ! en vain aux dieux tu le réclames :
      Ce n’était qu’un trésor prêté.

Quand, plus touchant qu’Orphée aux monts de Thrace
Tu charmerais l’arbre altier, le roc fier,
Le sang figé ne fondra point sa glace,
      Si, de sa baguette de fer,

Mercure, sourd aux vœux dont on l’assiège,
A poussé l’Ombre au sein du noir troupeau.
C’est dur ; pourtant la patience allège
      Tout irrémissible fardeau.