Odes (Horace, Séguier)/I/31 - À Apollon

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Odes et Épodes et Chants séculaires
Traduction par M. le Comte de Séguier.
A. Quantin (p. 42-43).


XXXI

À APOLLON


Dans son temple neuf que requiert d’Apollon
Le poète ? Offrant du moût de sa patère,
      Qu’attend-il ? Ni l’insigne moisson
   De la Sardaigne, inépuisable terre ;

Ni les fiers troupeaux en Calabre nourris
Grassement ; ni l’or de l’Inde ou son éburne ;
      Ni les champs qu’entame le Liris,
   À petits flots, rivière taciturne.

Des plants de Calès que l’heureux possesseur
Émonde sa vigne ! En des coupes dorées,
      Qu’un marchand épuise la liqueur
   Qu’il acheta de syriennes denrées,


Lui, l’ami des dieux, — car ses bateaux suivis
Recroisent toujours les ondes atlantiques,
      Sans malheur ! Moi, d’olives je vis,
   De chicorée et de mauves toniques.

Latoïde, entends mes vœux : d’un mince avoir
Laisse-moi jouir, valide et l’esprit ferme ;
      Puis, concède à ma vie un beau soir,
   Mon luth sonnant jusques au dernier terme.