Odes (Horace, Séguier)/IV/11 - À Phyllis

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Odes et Épodes et Chants séculaires
Traduction par M. le Comte de Séguier.
A. Quantin (p. 161-163).


XI

À PHYLLIS


J’ai d’un vin d’Albe, atteignant dix automnes,
Un cade entier, Phyllis ; en mon jardin,
L’ache touffue assure des couronnes ;
            Le lierre abonde enfin,

Pour tes cheveux parure souveraine.
Dans ma maison l’argent s’étale et rit ;

L’autel n’attend, ceint de chaste verveine,
            Que le sang d’un cabrit.

Tout serviteur s’empresse ; on voit en foule,
Deçà, delà, courir filles, garçons,
Et sur le toit la flamme active roule
            De fumeux tourbillons.

Veux-tu savoir à quelle fête intime
Je te convie ? Il s’agit, cette fois,
Des ides qui de Vénus maritime
            Partagent le beau mois :

Jour solennel à mes yeux, je m’en flatte,
Voire plus saint que mon propre natal,
Puisque de lui mon cher Mécène date
            Son voyage vital.

Quant à Télèphe, objet de ta poursuite,
Et dont le rang prime ici-bas le tien,
Une beauté riche, au plaisir instruite,
            Dans ses doux fers le tient.

De Phaéton que la chute refrène
Les fous désirs. Pégase, rejetant
Bellérophon sur sa terrestre arène,
            Te conseille d’autant

De n’aspirer qu’aux biens à ta portée,
De t’en tenir — le contraire est un mal —
À tes

égaux. Viens donc, belle invitée,
            Toi mon amour final,

Car, toi perdue, adieu toute autre femme !
Apprends des airs que ton accent chéri
Me redira : le chant sert de dictame
            Au cœur endolori.