Pauvres Fleurs/Cantique des Bannis

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Cantique des Bannis.


À NOTRE-DAME DE FOURVIÈRES.


— 1835. —


Notre-Dame des voyages,
Du fond des moites nuages,
Faites sur notre manteau,
Scintiller votre flambeau :
Des monts éclairez la cime ;
À nos pieds montrez l’abîme,
Et soufflez-nous quelquefois,
Pour chanter, un peu de voix !

Vierge aux palais inconnue,
Dont le trône est sur la nue,
Sentiers mobiles et blancs,
Où montent nos vœux tremblants,
Quand les pauvres de la terre
Cherchent l’eau qui désaltère,
Vierge ! entremêlez leurs pleurs,
D’un peu de miel et de fleurs !


Soutenez la femme blonde,
Suivant par la terre et l’onde,
Sur chaque bras un enfant,
Leur père à l’exil mouvant ;
Prêtez-lui l’humble auréole
Que perce, épure, console,
De tristes maisons du roi
Où les prisonniers ont froid !

Dans les yeux de cette femme,
Mettez une sainte flamme,
Pour éclairer les cachots
De rayons libres et chauds ;
Quand un captif la regarde,
Que cet ange qui le garde,
Dise à chacun de ses jours :
« Les rois un temps ; Dieu toujours ! »

Notre-Dame de la vie !
Tant priée et tant suivie,
Debout sur les flots errans
Des jours comme nos courans ;
Vous, la seule souveraine,
Abaissez vos mains de reine,
Sur votre peuple à genoux,
Puis après, pensez à nous !

Ce peuple est une grande âme,
Tout nue, ô Notre-Dame !
Dont la vie est un long deuil.
Et la chair un froid linceul.

Chassez l’autan qui le couvre,
Car je sens mon cœur qui s’ouvre,
Stérile aux chers malheureux,
Qui n’a que des pleurs pour eux !

Notre-Dame de Fourvières
Rallumez quelques lumières
Dans les ateliers éteints
D’un affreux silence atteints ;
Car le soir trop redoutable
Monte, étrange et lamentable,
Une lugubre clameur
De ce grand corps qui se meurt.

Autant qu’on l’a fait à plaindre,
Qu’il serait bientôt à craindre,
Ce courage errant le soir,
Et qui tombe sans s’asseoir,
Si dans sa course affamée,
Vierge triste et bien-aimée,
Il n’avait peur de vos yeux,
Entre la mort et les cieux !

Si ce chrétien sous sa chaîne,
Ne buvait dans son haleine,
Avec l’air qui l’a nourri,
Votre nom pur et chéri,
Terrible avec de s’étendre,
Aurait-il le temps d’attendre,
Le front voilé d’un lambeau,
Son droit d’asile au tombeau !


Enfin, si la pauvre voile
Sans boussole, sans étoile,
Poussée à d’autres hasards
Attire vos doux regards,
Après ces graves misères,
N’oubliez pas les prières
De ceux qui, bannis toujours,
Rament leurs ans et leurs jours !

Inclinez-vous pour entendre
Notre hymne sauvage et tendre,
Et que les bergers des champs
Vendent leur lait à nos chants ;
Puis, soufflez à la souffrance,
L’air où nage l’espérance,
Vierge ! et plaignez ici-bas
Les douleurs qu’on n’y plaint pas !

Lyon,…