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Poésies nouvelles (1836-1852)/À Lydie (Horace)

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Poésies nouvelles (1836-1852)Charpentier (p. 149-150).


À LYDIE


TRADUIT D’HORACE (ODE IX, LIVRE III)





Horace.

 
Lorsque je t’avais pour amie,
Quand nul jeune garçon, plus robuste que moi,
N’entourait de ses bras ton épaule arrondie,
Auprès de toi, blanche Lydie,
J’ai vécu plus joyeux et plus heureux qu’un roi.


Lydie.

Quand pour toi j’étais la plus chère,
Quand Chloé pâlissait auprès de Lydia,
Lydia qu’on vantait dans l’Italie entière
Vécut plus heureuse et plus fière
Que dans les bras d’un dieu la Romaine Ilia.


Horace.

Chloé me gouverne à présent,
Chloé, savante au luth, habile en l’art du chant ;
Le doux son de sa voix de volupté m’enivre.
Je suis prêt à cesser de vivre
Si, pour la préserver, les dieux voulaient mon sang.


Lydie.

Je me consume maintenant

D’une amoureuse ardeur que rien ne peut éteindre
Pour le fils d’Ornithus, ce bel adolescent.
Je mourrais deux fois sans me plaindre
Si, pour le préserver, les dieux voulaient mon sang


Horace.

Eh quoi ! si dans notre pensée
L’ancien amour se rallumait ?
Si, la blonde Chloé de ma maison chassée,
Ma porte se rouvrait ? si Vénus offensée
Au joug d’airain nous ramenait ?


Lydie.

Calaïs, ma richesse unique,
Est plus beau qu’un soleil levant,
Et toi plus léger que le vent,
Plus prompt à t’irriter que l’âpre Adriatique ;
Cependant près de toi, si c’était ton plaisir,
Volontiers j’irais vivre, et volontiers mourir.