Portraits littéraires, Tome I/Préface

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Garnier frères, libraires-éditeurs (Ip. 1-2).


Préface


« Chaque publication de ces volumes de critique est une manière pour moi de liquider en quelque sorte le passé, de mettre ordre à mes affaires littéraires. » C’est ce que je disais dans une dernière édition de ces portraits, et j’ai tâché de m’en souvenir ici. Bien que ce ne soit qu’une édition nouvelle à laquelle un choix sévère a présidé, j’ai fait en sorte qu’elle parût à certains égards véritablement augmentée. En parlant ainsi, j’entends bien n’en pas séparer le volume intitulé : Portraits de Femmes, qu’on a jugé plus commode d’isoler et d’assortir en une même suite, mais qui fait partie intégrante de ce que j’appelle ma présente liquidation. Les portraits des morts seuls ont trouvé place dans ces volumes ; ç’a été un moyen de rendre la ressemblance de plus en plus fidèle. J’ai ajouté çà et là bien des petites notes et corrigé quelques erreurs. C’est à quoi les réimpressions surtout sont bonnes ; les auteurs en devraient mieux profiter qu’ils ne font. L’histoire littéraire prête tant aux inadvertances par les particularités dont elle abonde ! Le docteur Boileau, frère du satirique, a écrit en latin un petit traité sur les bévues des auteurs illustres ; et, en les relevant, on assure qu’il en a commis à son tour. J’ai fait de plus en plus mon possible pour éviter de trop grossir cette liste fatale, où les grands noms qui y figurent ne peuvent servir d’excuse qu’à eux-mêmes. « L’histoire littéraire est une mer sans rivage », avait coutume de dire M. Daunou, qui en parlait en vieux nocher : elle a par conséquent ses écueils, ses ennuis. Mais il faut vite ajouter qu’au milieu même des soins infinis et minutieux qu’elle suppose, elle porte avec elle sa douceur et sa récompense.

Septembre 1843.