100%.png

Revue scientifique - 30 novembre 1847

La bibliothèque libre.
(Redirigé depuis Revue scientifique, 1847/II)
Aller à la navigation Aller à la recherche
Anonyme
Revue scientifique - 30 novembre 1847
Revue des Deux Mondes, période initialetome 20 (p. 951-956).


REVUE SCIENTIFIQUE

LE CHLOROFORME


À peine un an s’est écoulé depuis la découverte des singulières propriétés qu’ont les vapeurs d’éther, et déjà un nouvel agent chimique, plus puissant encore que le premier, paraît devoir fixer pour quelque temps, sinon le choix, du moins l’attention des médecins. Ce n’est pas que les inhalations d’éther n’aient point répondu aux succès qu’on s’en était promis ; mais tel est le sort de toutes les grandes découvertes, qu’elles n’atteignent un certain degré de perfection qu’après avoir subi le contrôle de l’expérience et parcouru les diverses phases d’une évolution progressive. Accueillie avec une sorte de faveur, vantée avec enthousiasme par ceux mêmes qui de prime-abord n’avaient été qu’incrédules, l’éthérisation trouva bientôt des adversaires dont les argumens alarmèrent un instant la morale publique. Plonger l’homme dans l’ivresse, le priver de sa conscience, le réduire en un mot à l’état de la brute, n’est-ce pas le dégrader, l’avilir ? Et au milieu de l’exaltation des sens, dans le délire où l’ame est plongée, ne peut-il pas trahir un secret, ou s’abandonner à de déplorables accès de fureur ? N’est-ce pas d’ailleurs un spectacle bien digne de pitié que celui d’un homme qui déraisonne ou s’agite en proie à de cruelles hallucinations ? Tous ces reproches paraissaient devoir arrêter l’élan qui entraînait tous les chirurgiens dans une même voie et paralyser l’esprit de recherches qui les dirigeait vers un même but, celui de soulager l’humanité ; mais l’opinion publique, toujours favorable au parti du progrès, n’a point été dupe de ces vaines clameurs, et, si des mains criminelles ont depuis cette époque abusé de l’éthérisation, elle a, en flétrissant le coupable, laissé aux hommes de science et de cœur la faculté de ménager à leurs semblables un des soulagemens les plus grands qu’il soit donné d’imaginer.

Long-temps avant notre époque, des tentatives avaient été faites pour soustraire les patiens aux affreuses et inutiles tortures des opérations chirurgicales. On savait que le froid, en émoussant la sensibilité, suspend les vives douleurs qui succèdent à l’entorse. La propriété anesthésiante[1] du froid était encore prouvée par l’histoire du capitaine Ross, qui, pendant son retour d’une excursion avec les Esquimaux, eut la joue gelée par un coup de vent reçu à l’improviste et parti de l’angle d’une vallée, sans qu’aucun sentiment pénible l’avertit de cet accident. Que de fois n’avait-on pas employé un lien autour d’un membre pour comprimer les nerfs qui allaient aux parties dont on devait faire le sacrifice ? Deneux avait reçu à l’hôpital d’Amiens une femme du peuple qui, prise des douleurs de l’enfantement au milieu d’une ébriété complète, fut délivrée sans souffrir, et « qui se félicita d’avoir trouvé un moyen aussi heureux, se promettant bien de s’en servir à la première occasion. » M. Blandin avait pratiqué à l’hôpital Beaujeon une amputation de la cuisse sur un homme ivre-mort, qui n’eut pas conscience de l’opération, et Richerand avait conseillé l’ivresse alcoolique pour obtenir le relâchement des masses musculaires qui luttent contre les forces de traction exercées sur les membres démis. Des substances narcotiques et opiacées, aussi infidèles et aussi dangereuses que les alcooliques, ont été tour à tour essayées et abandonnées. Il paraîtrait même que certaines personnes dont l’esprit n’était point préoccupé ont pu tomber dans le sommeil magnétique et subir une opération sans souffrir. Que dire des tentatives de M. Wells de Hartford, qui faisait respirer à ses malades, pour les assoupir, ce gaz qui a la propriété de provoquer un rire insolite, une gaieté extraordinaire, et que, pour cette raison, on désigne vulgairement sous le nom de gaz hilariant, quoiqu’il ait causé quelquefois des vertiges, des maux de tête et la syncope ? Ces tentatives ont été complètement infructueuses. C’est donc à M. Jackson que revient la gloire d’avoir le premier trouvé un procédé facile qui permit de généraliser l’anesthésie dans la pratique de l’art de guérir.

Pendant que la découverte américaine agitait vivement les esprits en France, le mouvement se communiquait en Allemagne, en Russie, en Suisse et en Italie. Chirurgiens et physiologistes, cherchant à éteindre la douleur, posaient les règles de l’éthérisation, et étudiaient les phénomènes que les inhalations anesthésiantes produisent sur les sens et l’intelligence. Pirogow imaginait d’éteindre la sensibilité en introduisant les vapeurs d’éther dans le rectum, tandis que le successeur de Scarpa, M. Porta, et M. Buffini de Milan, démontraient que l’air qui ne contient que des vapeurs dissoutes n’excite pas la muqueuse des voies aériennes et produit sans accident une complète insensibilité. Les expériences sur les animaux permirent aussi d’observer l’action de ce précieux agent sur les centres nerveux, et cette étude, venant à l’appui des vivisections que M. Flourens avait déjà faites, permit à ce savant de poser la théorie physiologique de l’éthérisation.

Cette théorie est facile à saisir. Les centres nerveux se composent de quatre parties bien distinctes par le siége qu’elles occupent, la forme, le volume qu’elles présentent, et la spécialité des fonctions auxquelles elles président. La première, dont la masse l’emporte sur celle des trois autres réunies, est le cerveau, siége exclusif, condition indispensable des phénomènes intellectuels et moraux, ainsi que déjà l’avait écrit Platon ; la seconde, le cervelet, renferme le principe d’une force dont nous devons la connaissance à M. Flourens, force d’équilibration qui coordonne les mouvemens ; la troisième, intermédiaire et lien des deux précédentes, est connue sous le nom de moelle allongée : c’est en elle que réside le principe même de la vie ; la quatrième, enfin, qui se détache de la moelle allongée sous la forme d’un long cordon cylindrique, est la moelle épinière, qui renferme les principes du sentiment et du mouvement. Les vapeurs d’éther, absorbées et entraînées par le torrent circulatoire, arrivent sur chacune de ces parties et les impressionnent à divers degrés. L’étourdissement, les rêves, l’extase, se rapportent à l’éthérisation du cerveau. Bientôt les membres sont agités de mouvemens convulsifs ; les animaux deviennent titubans, tombent quelquefois dans un état comme tétanique : voilà les phénomènes qui traduisent la nouvelle modification du cervelet ; mais, dans ces deux états, l’animal respire, est sensible, se meut : il vit encore. Prolongez l’expérience, la moelle épinière est bientôt impressionnée à son tour ; aussitôt la sensibilité s’émousse, et, après quelques inspirations nouvelles, elle disparaît. C’est pendant ce sommeil, au milieu des rêves que peut enfanter une imagination en délire, que le couteau du chirurgien traverse les tissus sans causer de douleur. Des observations recueillies sur l’homme prouvent qu’un reste d’intelligence subsiste jusque dans l’état le plus complet d’éthérisation. Quelques patiens se rappellent toutes les circonstances qui ont accompagné l’opération cruelle qu’ils ont subie ; mais ils n’ont pas souffert, et, au réveil, ils s’étonnent que les manœuvres opératoires soient achevées. Dans un dernier degré d’éthérisation de la moelle épinière, le principe des mouvemens disparaît à son tour, et toutes les parties du corps tombent comme une masse inerte, obéissant aux lois de la pesanteur. La sensibilité est abolie avant que le principe des mouvemens soit éteint. Quand on injecte l’éther dans les vaisseaux, c’est le principe moteur qui est anéanti le premier.

À cette période, l’action de la moelle allongée n’est pas encore altérée : comme elle est en quelque sorte le nœud vital, l’animal soumis à l’expérience vit encore, quoique le cerveau, le cervelet et les autres parties des centres nerveux aient graduellement perdu leur action ; mais, dès que l’éthérisation de la moelle allongée est accomplie, la vie s’éteint. L’auteur du célèbre traité sur la vie et la mort étudiait la mort générale graduellement déterminée par celle du cœur, puis par celle des organes de la respiration, et enfin par celle du cerveau ; niais, selon l’expression de M. Flourens, ces morts partielles admises par Bichat ne sont, pour ainsi dire, que l’extérieur de la mort.

Ce fut pendant ces recherches que le célèbre académicien se demanda si les autres variétés d’éther n’auraient pas les mêmes propriétés que l’éther sulfurique. Après avoir expérimenté sur chacune de ces variétés, il fut naturellement conduit à essayer d’un composé nouveau, le chloroforme, qui, au bout de quelques minutes (de six dans une première expérience, de quatre dans une seconde et dans une troisième), éthérisa l’animal. C’est donc à M. Flourens qu’appartient l’honneur d’avoir le premier constaté les propriétés anesthésiques du chloroforme, mais c’est au docteur Simpson d’Édimbourg que sont dues les premières tentatives d’application de cet agent à l’homme et la connaissance des avantages que le nouveau corps parait devoir présenter.

Dès le début de l’éthérisation, le chirurgien d’Édimbourg avait reconnu que l’éther exhalait une odeur désagréable qui persistait long-temps après l’inhalation, et causait une vive irritation sur les voies respiratoires. D’ailleurs, certaines personnes étaient réfractaires à l’action de cet agent chimique, et ne tombaient dans une anesthésie complète qu’après un temps plus ou moins long. C’est pourquoi il se mit presque aussitôt à la recherche d’un nouveau composé qui fût moins irritant, et dont la puissance plus grande privât plus vite de la sensibilité les malades confiés à ses soins. Après bien des essais sur divers produits, il s’adressa au chloroforme, qui devait enfin répondre à ses vœux. Le chloroforme, ou perchlorure de formyle, a été découvert en 1831 par M. Soubeiran, décrit en 1832 par M. Liebig, et analysé en 1835 par M. Dumas, qui, après en avoir fait connaître la composition, lui donna le nom sous lequel on le désigne aujourd’hui, parce qu’il résulte de la combinaison d’un corps simple, le chlore, avec les démens d’un acide rejeté et admis tour à tour par les chimistes, et qui, existant naturellement dans les fourmis, est connu dans les laboratoires sous le nom d’acide formique. C’est un liquide incolore, oléagineux, d’une odeur légèrement éthérée, agréable, et d’une saveur sucrée qui plait. Il est plus pesant que l’eau, ne brûle que très difficilement à la flamme d’une bougie, qu’il colore en vert. Quelques médecins l’ont prescrit à l’intérieur, plus particulièrement contre l’asthme, mais à petites doses, et fortement étendu dans un liquide médicamenteux.

Avant de faire connaître les effets de l’inhalation de ce nouvel agent dans l’infirmerie royale d’Édimbourg, M. Simpson en avait, dans un grand nombre de cas, constaté la propriété anesthésiante. Ce fut par un hasard singulier que le chimiste français à qui l’on en doit l’analyse, M. Dumas, se trouvant à Édimbourg, put assister aux premiers essais que le chirurgien écossais faisait en public. M. Simpson opéra d’abord sur un enfant de quatre à cinq ans qui portait dans l’avant-bras un os frappé de nécrose. On répandit quelques gouttes de chloroforme sur un mouchoir que l’on approcha du visage du petit malade. D’abord effrayé par ces manœuvres qu’il ne comprenait point, celui-ci voulut se retirer ; mais, retenu avec douceur par M. Simpson, il tomba dans un profond sommeil après quelques inspirations. Le professeur Miller fit une incision à la peau qu’il disséqua pour mettre à nu l’os malade ; celui-ci, ayant été retiré avec des pinces, la plaie fut ensuite explorée avec le doigt, pansée, et l’enfant, transporté dans son lit, ne se réveilla qu’au bout d’une demi-heure, gai et paisible, l’œil pur, comme s’il fût sorti d’un sommeil réparateur. Le chloroforme fut présenté ensuite à deux autres malades sur une éponge de forme concave. Le premier était un soldat qui parut d’abord disposé à agiter les mains, mais qui bientôt devint insensible et resta calme pendant toute la durée d’une opération qui lui fut pratiquée dans la région de la joue. Le second était un jeune homme qui, au bout d’une demi-minute, put supporter sans aucune souffrance l’amputation du gros orteil. Une femme en couches qui, trois heures et demie après le commencement des douleurs, fut soumise par M. Simpson aux vapeurs de chloroforme, fut délivrée au bout de vingt-cinq minutes après l’inhalation ; comme elle resta plus long-temps endormie qu’il n’arrive d’ordinaire avec l’éther, elle ne pouvait croire à son réveil qu’elle fût accouchée et que l’enfant qu’on lui présentait fût bien le sien. Dès que ces faits ont été connus des chirurgiens de Paris, des essais ont été répétés dans presque toutes les salles de nos hôpitaux. Un homme de vingt-deux ans, ayant respiré le chloroforme, tomba au bout d’une minute et demie dans une anesthésie complète ; l’amputation de la cuisse droite faite par le docteur Jobert (de Lamballe) ne put réveiller ce malheureux qui semblait dormir d’un sommeil naturel. À l’Hôtel-Dieu, une femme fut assoupie au bout de cinquante secondes ; sa figure était calme, sans lividité ni pâleur, mais immobile et insensible comme le serait un corps privé de vie. Des manœuvres de lithotritie ont été pratiquées sans provoquer la moindre sensation pénible ou désagréable. On peut signaler les mêmes succès dans l’hôpital de la Charité, entre les mains de M. le professeur Velpeau. Le chloroforme inhalé pendant quelques minutes a suffi pour faire cesser un instant dans les muscles ces contractions permanentes et douloureuses qui caractérisent la terrible affection désignée sous le nom de tétanos. En quarante secondes, un homme d’un tempérament robuste subit sans la sentir la plus douloureuse opération à laquelle on puisse être condamné : nous avons vu M. le professeur Blandin disséquer sans causer la moindre douleur la peau déjà enflammée, mettre à nu la glande séminale affectée de cancer, et achever la castration avant le réveil du malheureux, dont la physionomie était parfaitement calme. Enfin M. Gerdy, qui, le premier, avait étudié sur lui-même l’effet des inhalations éthérées, a reconnu le 23 novembre, à l’Académie de Médecine, l’innocuité et la puissance anesthésiante du chloroforme. Aujourd’hui cette puissance est un fait acquis, tant sont nombreuses les observations recueillies et sur les malades et sur. les étudians qui se soumettent journellement à ces sortes d’expériences.

Il était tout naturel que ce fût parmi les liquides désignés en chimie sous le nom d’éthers que l’on cherchât un agent moins irritant et agréable pour tout le monde. Un élève de la Faculté de Médecine de Paris, le docteur Lach, dans une thèse soutenue le 7 août dernier, avait annoncé la découverte de cet agent dans un avenir plus ou moins éloigné. Il avait puisé cette conviction dans l’étude de l’action physiologique des éthers sur l’économie. Tous, en effet, peuvent éteindre la sensibilité ; tous peuvent porter atteinte au principe des mouvemens qu’ils exaltent ou pervertissent. Le problème se réduisait donc à trouver un corps volatil ou gazeux qui, éminemment doué de la première propriété, ne possédât la seconde qu’à un faible degré. Cette double condition est remplie par le chloroforme, que l’on obtient en distillant à une douce chaleur un composé de chlore et de chaux (l’hypochlorite de chaux), mêlé avec de l’esprit de vin ou de l’esprit de bois.

L’assoupissement obtenu par le chloroforme et celui que produit l’éther présentent des analogies et des différences remarquables. L’inhalation de l’éther nécessite l’emploi d’appareils spéciaux, le chloroforme au contraire est introduit dans les voies respiratoires de la manière la plus simple. On peut se contenter d’en laisser tomber quelques gouttes sur un mouchoir, ou bien sur un morceau de papier roulé en entonnoir, que l’on place ensuite sur le nez et la bouche. Le, plus souvent on se sert d’une éponge disposée en forme de croissant, et que l’on met sous les narines. Cependant le nouvel agent produit des effets d’autant plus rapides qu’il est plus concentré ; c’est pourquoi on l’emprisonne avec avantage dans les appareils imaginés pour l’inhalation de l’éther. On évite au moyen de ce procédé l’action irritante et même caustique que le contact prolongé du chloroforme exerce sur la muqueuse de l’ouverture du nez et de la bouche. La quantité de chloroforme employée dans les trois cas observés par M. Simpson ne dépassa pas quinze grammes : selon la remarque que fit à ses élèves M. le professeur Miller, il aurait fallu plusieurs onces d’éther pour atteindre le même degré d’insensibilité. On a vu l’éthérisation produite à l’aide du chloroforme en une minute, en une minute et demie, en quarante-huit ou trente secondes ; l’action de l’éther est certainement moins rapide. Comme l’a remarqué M. Simpson, et comme nous l’ont montré jusqu’à présent les faits observés à Paris, dix à vingt larges inspirations ont généralement suffi. Le nouvel agent produit donc, après une période d’excitation plus courte que celles des autres agens narcotiques, une insensibilité généralement plus durable ; il a, sous ce point de vue, quelque avantage sur l’éther, que l’on a rejeté pour certaines opérations longues et délicates. Comme il faut beaucoup moins de chloroforme que d’éther, le transport en est plus facile. Enfin il est permis d’espérer qu’en raison de la petite quantité de chloroforme nécessaire pour produire l’anesthésie, l’emploi de cet agent chimique, dont la préparation sera simplifiée sans doute, deviendra un jour moins coûteux qu’il ne l’est aujourd’hui, et qu’il ne sera pas plus cher que l’éther, si même il ne l’est moins.

Malgré ces avantages incontestables du chloroforme, le moment est-il déjà venu de se prononcer entre les deux agens ? Nous ne le pensons pas. Il ne faut point oublier que les inhalations éthérées ont épargné de cruelles douleurs à des milliers de malades qui en bénissent aujourd’hui la découverte. Il y aurait à examiner si les accidens nerveux qu’elles occasionnent ne se produisent pas le plus souvent chez les individus adultes d’un tempérament sanguin et dont le système musculaire est très développé. La vivacité du pouls que l’éther détermine en accélérant les battemens du cœur, et la surexcitation cérébrale qui l’accompagne, en proscrivent remploi chez les personnes prédisposées à l’apoplexie du cerveau ou des poumons et chez celles qui sont atteintes de catarrhe aigu ou d’affections organiques ; mais, en dehors de ces quelques conditions individuelles, l’éthérisation a été et peut désormais être recommandée avec une parfaite confiance.

Parmi les questions que soulève la double découverte qui préoccupe aujourd’hui le monde médical, il en est que le temps seul peut résoudre ; il en est d’autres sur lesquelles il n’est plus permis d’hésiter. De ce nombre est la nécessité d’une surveillance qui enlèverait à des mains inhabiles ou criminelles la faculté d’employer ces médicamens dangereux. En Allemagne, le contrôle d’un médecin est obligatoire toutes les fois que des opérateurs non reçus dans le corps médical, tels que les dentistes, veulent recourir à l’éthérisation. Dans certains cantons de la Suisse, l’autorité a pris les mêmes mesures. Il est à désirer que cet exemple soit suivi en France ; c’est le seul moyen d’y conserver à la nouvelle découverte son vrai caractère, celui d’un grand résultat scientifique et d’un inappréciable bienfait pour l’humanité.



  1. C’est-à-dire : qui détruit la sensibilité.