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Le Foyer et les Champs/Souvenirs d’enfance

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Le Foyer et les ChampsSociété centrale de librairie catholique (p. 32-34).

Souvenirs d’Enfance.

Hélas ! hélas ! ô mon enfance
xxxxxxxxxxVous avez fui !
Comme un beau jour dans l’existence
xxxxxxxxxxVous avez lui !
Ad. Siret


Lorsque j’étais enfant, Christ, ma mère me prit
Souvent contre son cœur frissonnant, et m’apprit
À murmurer ton nom mystérieux et tendre.
Et quand je bégayais ma prière à genoux,
Elle prétendait voir voler autour de nous
Des anges qui courbaient leurs ailes pour m’entendre.

Je l’aimais tant ma mère ! et je t’aimais aussi
Toi que l’on me montrait mignon, rose et transi
Dans le coin de l’étable où t’abritait la crèche !
Te voyant dans les bras de ta mère, j’aimais
À t’appeler mon frère, et quand je m’endormais
Je te disais bonsoir de ma voix la plus fraîche.


Dès que le mois de Mai commençait à fleurir,
— Troupe d’enfants joyeux qu’on aime à voir courir, —
Nous apportions le soir bouquet, offrande, cierge,
Dans la chambre riante où se groupaient nos lits ;
De nos cœurs, s’exhalait comme un parfum de lys
Devant la statuette en plâtre de la Vierge.

Plus tard aux sombres nuits qui précédaient Noël
Nous pensions voir voler dans les lueurs du ciel
Un séraphin portant des cadeaux sous ses ailes,
Pour venir les suspendre au sapin verdoyant.
Et le jour, quelle joie au réveil ! en voyant
Le vieil arbre d’hiver avec ses fleurs si belles.

À Pâques nous cherchions les œufs rouges, bleus, verts,
Que la « cloche de Rome » en tintant dans les airs
Semait avec un soin jaloux sous chaque plante.
Oh ! comme nous courions, plus agiles qu’un daim,
Fouiller parmi les fleurs et l’herbe du jardin
Payant en gros baisers notre mère tremblante.

Lorsqu’arrivait le jour de fête des parents,
Nous apprenions par cœur de naïfs compliments ;
Marchant à petits pas, rouges, fiévreux, timides,
Nous venions au lever leur offrir nos bouquets
Ou les faire sourire à nos charmants caquets
Qu’ils écoutaient le cœur ravi, les yeux humides !…


Voyages de vacance aux pays montagneux,
Courses dans les bois verts au bord des étangs bleus,
Ébats retentissants sur la plage ou la dune,
Blancs coquillages pris à l’immense océan,
Pleurs versés quand le soir dans le gouffre béant
Le soleil s’enfonçait et qu’émergeait la lune !

Matins harmonieux de ces jours triomphants
Où tintait la maison de nos chansons d’enfants,
Ruche où nous distillions comme un miel notre joie !…
Tout s’est évanoui ! tout a fui sans retour,
Et le nid qu’a vidé la mort, sombre vautour,
Reste morne aujourd’hui sous le ciel qui flamboie !…

Mais il me reste encor de ce cher souvenir
Que laisse le passé, la foi dans l’avenir
Et l’espérance en Dieu devant lequel tout tombe.
Le doute ne pourra me marquer de son sceau,
Puisqu’ayant eu les mains jointes dans mon berceau,
Je veux les joindre aussi dans le fond de ma tombe.