Différences entre les versions de « Galerie espagnole au Louvre »

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{{journal|Galerie espagnole au Louvre|[[Auteur:Henri Blaze de Bury|Henri Blaze]]|[[Revue des Deux Mondes]] T.10, 1837}}
 
==__MATCH__:[[Page:Revue des Deux Mondes - 1837 - tome 10.djvu/542]]==
 
Jusqu’ici l’école italienne et l’école flamande ont été les seules dignement représentées au Louvre. On citait bien, çà et là, quelques magnifiques peintures de Murillo, de Vélasquez et de Ribera ; mais ces chefs-d’œuvre, pour la plupart, vous apparaissaient isolés et sans suite. Quelques tableaux rassemblés au hasard ne font pas un musée. Le génie a ses temps ; on ne voit guère qu’il pousse, un beau matin, comme un champignon après la pluie ; certaines successions nécessaires précèdent son avènement. Pour faire un peintre comme Raphaël, un poète comme Alighieri, un musicien comme Mozart, il faut tout le travail d’un siècle ; l’un relève de l’autre dans cette grande famille, et c’est justement ce lien de parenté mystérieuse, qu’on retrouve dans le sanctuaire des musées, qui distingue l’étude grave et sérieuse des maîtres, d’une curiosité oisive qui se satisfait sans besoin de comparaison. Les collections logiques, pour ainsi dire, outre qu’elles augmentent à l’infini le nombre de vos richesses, vous aident merveilleusement dans l’appréciation des chefs-d’œuvre que vous possédez ; car, pour s’épanouir librement sous vos yeux, la belle fleur étrangère transportée en votre sol a besoin de cette atmosphère natale. A tout prendre, un musée espagnol manquait au Louvre ; on regrettait de n’y pouvoir suivre dans ses développemens ce grand art de la couleur chaude, de la forme énergique et du mouvement, ainsi qu’on peut le faire chaque jour, en ce qui concerne les écoles d’Italie et de Hollande. Les noms que nous avons jusqu’à présent salués en France, ne sont pas les seuls glorieux que l’Espagne ait produits ; derrière les grands maîtres que nous admirions, non sans hésiter parfois quelque peu, faute d’éducation spéciale, il y a toute une école, centre de lumière, d’où se sont échappés ces trois rayons jusqu’à ce jour un peu égarés parmi nous ; et ce grand art de l’Espagne, ne pourrions-nous pas dire, tous tant que nous sommes, qu’avant même qu’il se révélât d’une aussi splendide façon, nous l’avions deviné au fond de nos consciences ? En effet, en lisant cette histoire, où le caractère de l’épopée domine, lors même que vous ne sauriez rien de Vélasquez ni de Calderon, vous vous dites comme entraîné par une puissance invisible : L’art est là ; s’il ne nous apparaît pas dans son harmonie et sa grandeur, c’est qu’il est enfoui ; n’importe, il existe ; il ne s’agit plus que de le conquérir. Il suffit de jeter un coup d’œil sur cette terre si pleine encore de sève et de fécondité, dans ces temps que certains prophètes appellent son âge de décrépitude, et qui ne sont, après tout, pour elle, que l’âge d’une transformation tardive et laborieuse ; il suffit de la contempler, cette terre du soleil, pour sentir que ces rares chefs-d’œuvre, qui nous avaient frappés dans leur isolement, bien loin de n’être autre chose que le jet d’une fantaisie indépendante et capricieuse, puisent tous leur loi d’existence dans une unité profonde et catholique, dont le monde ignore peut-être encore le secret en deçà des Pyrénées. Vous appelez l’Espagne une terre usée pour nous ; l’art n’a désormais plus rien à récolter sur ce sol aride, dites-vous, et c’est vouloir perdre sa peine que d’y retourner ! En effet, j’en conviens, vous avez étrangement abusé des couleurs qui se prennent à la surface des choses. Les bonnes lames de Tolède commencent à se rouiller ; les fanfaronnades castillanes nous assomment ; et c’est à mourir d’ennui, quand un soudard ivre nous raconte ses amours avec des comtesses de Séville. Mais la parfaite déconsidération dans laquelle sont tombées ces boutades ingénieuses qui nous plaisaient fort autrefois, signifie tout simplement que les temps du réalisme brutal et du ''pastiche'' sont accomplis. Désormais, il ne s’agit plus d’imiter, il faut traduire. D’ailleurs, quels rapports peuvent exister entre de pareilles balivernes et le grand art catholique de Zurbaran ou de Calderon ? C’est au fond des cathédrales et des couverts que l’art espagnol repose enseveli ; c’est là qu’un jour des mains pieuses le rappelleront à la lumière du soleil comme un autre Lazare. L’entreprise vient d’être tentée pour la peinture. Elle a réussi. Voilà toute une école qui va se révéler à nous ; plus tard, la poésie aura son tour, sans doute, et peut-être aussi la musique. Qui sait ?
 
HENRI BLAZE.
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